§ IV.
Régions de sables marins.
La quatrième région, formée de sables marins, comprend toute la plage depuis Sandy Hook, en face de l’Ile-Longue jusqu’à la Floride: sa limite dans l’intérieur des terres est un banc ou sillon de granit talqueux, dit roche feuilletée[52] ou isinglass, qui court constamment dans le sens de la côte, c’est-à-dire de nord-est à sud-ouest; ce sillon ou banc part de l’extrémité des chaînes granitiques de la rive droite de l’Hudson, peut-être même du rivage en face de l’Ile-Longue, d’où je présume que les rocs se continuent sous la mer, et il s’étend jusqu’à la Caroline du nord par-delà le fleuve Roanoke, sous la forme d’un mince sillon, large au plus de 2 à 6 milles, sur une longueur de près de 500. Dans toute cette ligne, ce sillon, comme l’a très-bien observé Evans, marque sa route par les cascades qu’il fait subir à tous les fleuves avant leur arrivée à la mer; ces cascades elles-mêmes sont la limite extrême du flux et du reflux des marées. Ainsi le sillon d’Isinglass coupe la Delaware à Trenton, le Schuylkill 2 milles au-dessous de Philadelphie, la Susquehannah au-dessus du Creek ou ruisseau Octarora; le Gunpowder au-dessus de Joppa; le Patapsco au-dessus de Elk-ridge; le Potômac à George-town; le Rappahannock, au-dessus de Fredericksburg; le Pamunky, au-dessous de ses 2 branches (50 milles au-dessus de Hanover); le James à Richmond; l’Appamatox au-dessus de Petersburg, et le Reanoke au-dessus d’Halifax. L’on n’a point observé de fossiles dans tout ce banc.
Entre lui et la mer, le sol dans une largeur variable de 30 à 100 milles, est un sable évidemment apporté par l’Océan, qui jadis eut pour rivage la ligne du sillon lui-même. Aux embouchures et sur les bords des rivières, quelques terres argileuses venues des montagnes par des débordements, forment avec ce sable un mélange fertile: le géographe Evans a même reconnu un banc souterrain d’argile jaune, de 3 à 4 milles de largeur, placé longitudinalement entre le sillon et le rivage, et qui, donnant du corps aux sables adjacents, les rend propres à faire de bonnes briques, ainsi qu’on le voit à Philadelphie: hors ces deux cas, ce sable est le même que celui de la mer voisine, c’est-à-dire blanc, fin et profond jusqu’à 20 pieds.
Peter Kalm, voyageur suédois, en 1742, a observé qu’en Pensylvanie et en New-Jersey, les couches sont comme il suit:
| 1º Terre végétale, 10 à 12 pouces, ci | 1pd. |
| 2º Sable mêlé d’argile, 6 à 7 pieds, ci | 7 |
| 3º Graviers et cailloux roulés tenant des huîtres et des clams, tels qu’ils vivent encore sur la côte, de 3 à 5 pieds, ci | 5 |
4º Une couche de vase noire, fétide, remplie de roseaux et de troncs d’arbres, dont il ne donne pas l’épaisseur. Cette couche qui gâte toutes les eaux des puits, se trouve à Philadelphie entre 14 et 18 pieds de profondeur: à Raccoon en New-Jersey, entre 30 à 40 pieds; à Washington, je l’ai vue moi-même à 18 pieds dans la maison de M. Law, dont elle corrompt le puits.
5º Sous tous ces bancs, une couche d’argile où s’arrêtent les eaux: l’on me demandera peut-être sur quoi porte cette couche d’argile, mais je ne connais point de sondes inférieures, et puis il faut bien s’arrêter quelque part, sous peine d’arriver, comme les Indiens, à la tortue qui porte le monde.
Lorsque l’on considère que le noyau de l’île Longue est un granit talcqueux; que les pointes de roche et les récifs qui se montrent d’espace en espace jusqu’à la baie Chesapeak, et même par-delà Norfolk, sont de ce même granit; que toutes les roches du cap Hatteras en sont encore, on est tenté de le regarder comme le noyau fondamental de la côte; mais l’inclinaison des bancs dans la ligne des cascades, qui est de 70 degrés à celle du Schuylkill, et jamais de moins de 50 degrés de l’est à l’ouest, en offrant une direction contraire, tend plutôt à prouver que ces bancs servent de soutien à la région intérieure sous laquelle leurs tables s’enfoncent[53].