=II.—SPORTS ATHLÉTIQUES PROPREMENT DITS=
L'athlétisme est avec le tourisme la caractéristique de notre sport moderne; les siècles précédents connaissaient certains jeux de balle, mais négligeaient presque complètement les exercices athlétiques proprement dits, renouvelés pour la plupart de l'antiquité. Cette renaissance ne s'opère que lentement au cours du XIXe siècle. De nombreuses sociétés, entre autres le Racing-Club, fondé en 1882, puis le Stade Français, enfin l'Union des sociétés françaises des sports athlétiques (U.S.F.S.A.), contribuèrent grandement aux progrès de l'athlétisme en s'intéressant activement à toutes ses manifestations sportives.
=Gymnastique.=—Cultivée avec soin, avec goût, avec intelligence chez les Grecs, la gymnastique subit une période de décadence chez les Romains. Chez les peuples modernes elle est à peu près ignorée, au moins en tant que méthode consciente, jusqu'en 1815, époque à laquelle Ling créa la gymnastique suédoise. En France, le colonel espagnol Amoros ouvrit en 1820, dans la plaine de Grenelle, à Paris, un institut de gymnastique, qui devint plus tard notre école militaire de Joinville. L'enseignement amorosien avait pour but de développer la force musculaire; les premiers exercices consacrés à l'assouplissement, s'accompagnaient de chant. Sa méthode englobait: la lutte, la course, la marche, la natation, l'escrime, le saut, les haltères, le trapèze, les échelles et cordes, l'équilibre sur la poutre, les escalades de murs, la voltige.
Destinée aux seuls militaires, la gymnastique mettra plus de cinquante ans à pénétrer dans les lycées et écoles où elle ne rencontre au début que de l'indifférence, sinon du mépris; toutefois les sociétés de gymnastique se sont multipliées depuis une trentaine d'années. Elle se divise actuellement en gymnastique d'assouplissement, gymnastique aux agrès, gymnastique sans agrès (course, saut, boxe, savate, lutte, auxquels nous consacrons des développements spéciaux).
Pour assouplir les muscles, on fait exécuter au corps des séries de mouvements; mouvements horizontaux et verticaux des bras et des jambes, avec ou sans flexion; la marche et le pas gymnastique développent spécialement la souplesse des jambes. Les agrès constituent la gymnastique acrobatique; on s'exerce à sauter sur le chevalet; on suspend le corps sur les bras aux barres parallèles, dont l'usage est à recommander, parce qu'elles permettent des mouvements assez nombreux qui exigent autant d'habileté que de force; on fait des tractions ainsi que des rétablissements à la barre fixe et au trapèze; la voltige au trapèze, apprend à bien sauter et demande du sang-froid, de l'agilité; les cordes, échelles et mâts développent les muscles des bras; la pratique des anneaux assouplit les reins; enfin on s'accoutume à surmonter le vertige en marchant sur le portique. Les agrès permettent une multitude de tours de force, dont plusieurs sont dangereux et qu'il ne faut exécuter, que quand on est bien entraîné et sous la surveillance d'un moniteur.
Mais la gymnastique offre encore d'autres ressources à ses fidèles: la lutte à la corde, que deux camps tirent chacun de leur côté, constitue à elle toute seule un petit sport; les haltères, qu'il vaut mieux choisir assez légers au début, mais qui peuvent peser jusqu'à 15 kilos; les massues ou mils dont le poids varie de 1 kilo pour les enfants à 9 kilos pour les hommes vigoureux, et que l'on apprend à manier dans tous les sens, au-dessus de la tête, devant ou derrière. La barre de fer que l'on enlève, et avec laquelle on exécute les mouvements des bras avec ou sans flexion. Enfin le jet du disque, qui exige une grande souplesse; c'est un exercice renouvelé des anciens et qui a reparu aux modernes jeux olympiques d'Athènes; rond, en bois dur cerclé de fer, il mesure 22 centimètres de diamètre, 4 centimètres d'épaisseur au centre et pèse 1923 grammes; dans les concours, l'athlète se place dans un carré de 2 m. 50 de coté, dont il ne peut franchir les limites, en lançant le disque, sous peine de voir son essai annulé; chaque concurrent a le droit de le lancer trois fois; on cite parmi les champions Marius Eynard, qui le jeta à 43 m. 11. On pratique un exercice identique avec le boulet, qui pèse 7 k. 250. Notons que les gymnastes très exercés se livrent encore aux jeux icariens, d'origine vénitienne: voltige, pyramide humaine, sauts périlleux, etc.
Diverses méthodes médico-scientifiques font concurrence à la gymnastique acrobatique. En résumé la gymnastique française peut être pratiquée avec fruit, pourvu qu'on n'en abuse pas; auquel cas elle développerait anormalement certaines parties du corps, le buste et les extrémités supérieures par exemple, aux dépens des autres organes.
=Gymnastique suédoise.=—Tout autre est l'effet de la gymnastique suédoise, basée sur la thérapeutique et la connaissance approfondie de l'anatomie humaine. Le guerrier et maître d'escrime Ling parvint à se guérir de douleurs opiniâtres, à l'aide de mouvements soigneusement étudiés; lorsqu'il en eut observé sur lui-même l'heureux effet, il généralisa sa méthode et fonda un institut à Stockholm en 1815. Répandue d'abord en Suisse et en Allemagne, la gymnastique suédoise est enseignée depuis 1900 en France. Son but est de perfectionner à un degré égal le corps entier et d'assurer les fonctions primordiales de l'organisme, respiration, circulation, nutrition. Elle y parvient en faisant travailler les muscles dorsaux, latéraux, abdominaux; et par une série de mouvements appropriés ou des exercices à l'espalier ou au «bomme», élargit la poitrine, et rectifie les mauvaises attitudes: donner ici le détail de ces exercices serait plutôt nuisible au lecteur, parce que leur efficacité dépend de la perfection avec laquelle ils sont exécutés. Un bon maître est nécessaire, et ces maîtres sont plus rares qu'on le pense.
=Lutte.=—Les Grecs ont beaucoup pratiqué la lutte; ils connaissaient: la lutte debout, où l'athlète devait renverser trois fois son adversaire; la lutte à terre, analogue à notre lutte au tapis, enfin la lutte que nous appelons grecque, où les lutteurs ne combattaient qu'avec les mains, sans avoir le droit de se prendre à bras-le-corps; on ne permettait ni coups, ni chocs, qui formaient un exercice spécial, le pugilat; plus tard cependant, le pancrace combina les deux genres de combat. Les athlètes luttaient nus; le corps était frotté d'huile, puis poudré de sable ou même arrosé de boue, si bien qu'à la fin de la joute, il fallait racler les chairs avec un couteau de bois le strigille. La lutte debout faisait partie des grands concours nationaux; les femmes n'avaient pas le droit d'assister aux jeux olympiques et lorsque l'une d'elles s'y hasardait sous un déguisement masculin, on la précipitait du haut d'un rocher peu éloigné.
Très populaires en Grèce, ces exercices le furent moins à Rome, où les professionnels accentuèrent son caractère de brutalité.
Notre lutte moderne, ou lutte gréco-romaine, a beaucoup de points de ressemblance avec celle des anciens. Pendant les siècles derniers elle ne fut pas très en faveur en France, si ce n'est en Bretagne, dont les lutteurs furent longtemps célèbres comme champions de poids léger; les Allemands par contre et les Suisses se distinguaient dans les poids lourds. Ce n'est guère qu'au XIXe siècle que l'opinion s'intéressa à la lutte rénovée par les nègres américains; il y eut alors quelques rencontres fameuses, entre autres celle où l'athlète bordelais Exbroyat écrasa la tête de son adversaire, un nègre qui avait combattu de façon déloyale. Depuis quelques années l'intérêt du public s'est réveillé; partis des champs de foire, les lutteurs se produisent actuellement sur les planches des théâtres. Les vainqueurs se font une réputation aussi universelle que durable; nombreuses sont les célébrités de la lutte de Loubet de Nîmes à Pons, du turc Karu-Ahmed à Laurent le Beaucairois, de Constant le Boucher au russe Padoubny.
La lutte française, qui est une lutte à mains plates, défend certains coups dangereux autorisés en Amérique, tels que les coups au-dessous de la ceinture, les crocs-en-jambe, les prises de doigts ou de jambes, les bras retournés, le collier de force, etc., on ne peut prendre l'adversaire qu'au dessus de la ceinture. Les coups permis sont très nombreux et peuvent se faire debout ou à terre. Citons: les trois ceintures de devant, d'arrière et de côté et les ceintures à rebours et de travers, la cravate, le tour de bras, le tour d'épaule, le bras roulé, le tour de hanche en ceinture, etc.; presque tous ont leur parade. Pour vaincre, il faut faire toucher terre aux deux épaules à la fois; si un lutteur abandonne l'arène, avant que ce résultat soit obtenu, il est considéré comme battu; le combat a lieu en silence; les athlètes luttent ordinairement le torse nu ou recouvert d'un maillot.
La lutte pratiquée par les amateurs est un sport hygiénique, parce qu'elle met en jeu tous les muscles.
=Boxe.=—«La boxe est le plus court chemin d'un poing à un autre». Ce calembour définit assez clairement la boxe, pour qu'il soit inutile d'insister.
Le pugilat a été pratiqué par les anciens; tout d'abord, les athlètes combattaient le poing nu, puis ils prirent dans la main une boule de pierre ou de métal, ce qui rendait les coups plus violents; enfin ils se protégèrent la main avec des lanières de cuir souvent munies de fer ou de plomb: c'est ce qu'on appelait le ceste.
Tout le monde sait que l'Angleterre est la patrie de la boxe proprement dite; les rencontres entre «boxers» y ont toujours attiré une foule considérable qui se livrait à des paris très importants. On peut dire que toutes les classes de la société savent la boxe, et l'utilité de ce sport est augmenté encore par ce fait que le duel est inconnu en Angleterre. Les principales règles ont été fixées au milieu du XVIIIe siècle par le champion Jack Broughton.
La boxe anglaise interdit les coups de pied et de tête, les coups de pied bas, coup de pied de pointe, coup d'arrêt, coup de pied de flanc, coup de pied tournant. Elle considère également comme incorrect la prise de l'adversaire et les coups au-dessous du nombril. On peut donner par contre le coup de poing direct, le coup de poing de côté au visage ou au cou, le coup de poing direct au corps (dans l'estomac), le coup de poing de côté au corps. Deux coups d'égale force, appliqués en des régions différentes du corps n'ont pas le même résultat; les boxeurs cherchant surtout à faire perdre connaissance à leurs adversaires, visent dans ce but les points vulnérables, particulièrement, le creux de l'estomac, la pointe du menton et la carotide; si le coup est bien appliqué l'athlète tombe sans connaissance sur le ring; il est knock-out. Le knock-out est en effet le coup qui met le boxeur hors de combat. Un choc violent entre les deux yeux a pour résultat d'aveugler momentanément; si le pugiliste n'est pas revenu de son étourdissement dans les délais réglementaires, il est considéré comme vaincu. Généralement un match comprend trois rounds (reprises), les deux premiers de trois minutes, le dernier de quatre minutes; deux adversaires d'égale force pourront toutefois se mesurer en un plus grand nombre de rounds. En boxe, le coup de poing doit être donné avec les os métacarpiens.
La boxe française a ajouté les mouvements de la boxe anglaise à ceux de notre ancienne «savate»; elle résulte donc d'une fusion des deux systèmes de combat; c'est le célèbre professeur Lacour—un homme de génie prétendait Alexandre Dumas—qui imagina cette combinaison. Bien entendu, les Anglais considèrent notre boxe comme inférieure, vulgaire et tout à fait indigne d'un gentleman; il n'en est pas moins vrai qu'elle constitue une redoutable méthode de combat qui convient parfaitement à nos qualités d'agilité et de souplesse.
Les professionnels de boxe doivent pouvoir «encaisser» sans broncher les chocs les plus rudes; ils suivent dans ce but un entraînement spécial de «durcissement», qui les rend moins sensibles aux coups. Les amateurs s'exerceront avec profit contre les ballons à boxer, que l'on peut placer dans n'importe quelle pièce. Tous les jeunes gens devraient connaître la boxe.
=Jiu-jitsu.=—Le jiu-jitsu est nouveau venu en Europe, mais il a rapidement conquis ses lettres de naturalisation. Actuellement sport national du Japon il était autrefois en ce pays l'apanage de la caste dominatrice et guerrière des Samouraï.
Triomphe de l'agilité sur la force brutale, le jiu-jitsu permet de vaincre sans armes un adversaire et de le réduire à l'impuissance. Il comprend des coups nombreux: attaques, parades, torsions de membres, «clés au bras» ou armlock, qui se font aux parties les plus vulnérables du corps humain: il enseigne les coups du tranchant de la main du côté du petit doigt, qui est d'ailleurs soumis à des exercices spéciaux de durcissement. Le jiu-jitsuiste frappe la carotide, la pomme d'Adam, le creux de l'estomac, la région du coeur, le sommet de la nuque à la base du crâne (où se fait le coup du lapin), etc.; il retourne et tord les doigts, les phalanges, les poignets; en prenant à faux les bras ou les jambes il obtient des fractures ou des désarticulations. Il faut pour pratiquer le jiu-jitsu un long entraînement.
Cette méthode n'est qu'en partie originale, puisque certaines de ses pratiques sont connues de la savate marseillaise. Mais il complète la boxe française et anglaise et peut rendre de véritables services en cas de surprise ou d'attaque par des criminels. La préfecture de police s'est attaché un professeur de jiu-jitsu. Des matches très courus entre champions japonais et champions européens ont transformé ce genre de combat en sport à la mode surtout en Angleterre, où les jeunes misses demandent au jiu-jitsu l'adresse qui triomphe de la force.
=Courses.=—La course a joué un grand rôle chez les peuples primitifs et chez les anciens, où elle était de première utilité, tant pour échapper à l'ennemi que pour porter rapidement les nouvelles. Les jeunes filles hellènes s'y exerçaient dans les prairies. Les courses occupaient le premier rang dans les stades grecs ou dans les cirques romains. Une des catégories les plus curieuses, en honneur à Athènes, était les lampadophories ou courses au flambeaux, dans laquelle les coureurs portaient un flambeau qu'ils devaient garder allumé. Si cette course est aujourd'hui négligée, on en trouve quelques exemples au moyen âge, par exemple dans les villages du Centre de la France. Il fallait y faire preuve d'autant d'habileté que de vitesse, de même que dans les courses basques, où les femmes portent une cruche pleine d'eau sur la tête.
La course à pied est un sport très populaire, peut-être parce que c'est un exercice simple, naturel et peu coûteux, puisqu'il n'entraîne d'autres frais que ceux du costume, soit un maillot léger et des culottes flottantes. Un très grand nombre de sociétés les favorisent à l'exemple du Racing-Club, du Stade français et de l'U.S.F.S.A., qui ont organisé des matches et en ont fixé les règlements. On distingue deux sortes d'épreuves: les épreuves handicap et les épreuves scratch. Pour que les concours ne soient pas toujours gagnés par les mêmes athlètes dont la supériorité est reconnue, on a cherché à égaliser les chances des concurrents par le handicap; en quoi consiste-t-il? «C'est, nous dit Raoul Fabens dans les Sports pour tous, une course ou un concours dans lesquels les chances de tous les concurrents se trouvent égalisés par suite de rendements. Dans les concours hippiques, le meilleur cheval, rend des points à ses adversaires, c'est-à-dire que ceux-ci portent des poids moins élevés et proportionnés à leur valeur respective. Dans les courses de bicyclette et dans les courses à pied sur piste, ainsi que dans les concours athlétiques, le meilleur athlète rend aux autres une certaine distance en mètres ou en centimètres. Dans les courses sur routes, dans les cross-country le meilleur homme rend à ses rivaux un certain nombre de minutes ou de secondes. Dans les jeux de balles, lawn-tennis, paume, etc., le joueur ou le camp le plus fort rend à l'autre des points». La valeur de chaque concurrent est examinée par le «handicapeur», qui, prenant pour point de départ les performances de chaque athlète, place en première ligne le meilleur coureur dit «scratchman», et en dernière ligne le plus faible «limitman»; entre ces deux-là seront échelonnés les autres concurrents au prorata de leur valeur. Le scratchman part de la raie, scratch; les autres seront avantagés et partiront 10, 15, 20, 30 mètres devant la raie. On appelle épreuve scratch, celle où tous les coureurs partent de la raie (scratch). Le handicap peut être secret, auquel cas on attribue aux concurrents, après la fin de la course, des rendements qui s'additionnent avec les résultats déjà obtenus par eux. A un autre point de vue, on divise les courses en cross-country, courses sur piste, courses sur route.
=Cross-Country.=—Comme son nom l'indique, le cross-country (cross, à travers, country, contrée) se court en pleine campagne. Un traceur ou lièvre, après une étude sérieuse du terrain, part avant les crossmen et trace une piste avec des confettis ou mieux des rognures de papier. Cette piste doit revenir à son point de départ après avoir emprunté routes, chemins et sentiers, traversé des bois et des champs, et franchi des obstacles de toutes sortes, tels que rocher, ruisseau, barrière, haie, talus; elle doit comprendre des montées et des descentes. En Angleterre le cross-country est surtout couru en terres labourées. Le traceur fera bien de contourner les obstacles dangereux, comme les carrières profondes, voie de chemins de fer, etc., pour éviter les accidents, bien superflus, puisqu'il s'agit d'un sport, c'est-à-dire d'un divertissement. Les crossmen ou concurrents, forment la meute suivant cette piste et celui qui arrive le premier est le gagnant.
A la différence du rallye-paper, tombé en défaveur, le cross-country ne cherche pas à dépister les coureurs par de fausses pistes; au contraire les rognures doivent être semées en assez grande quantité, pour marquer nettement le parcours à suivre.
Ce sport est pratiqué par tous les temps, de novembre à mars; les concurrents s'entraînent chaque dimanche en vue du championnat interscolaire ou du championnat de France, qui se court sur une distance de 16 kil. 600; le championnat d'Angleterre se dispute sur 10 miles soit 16 kil. 093.
Le cross-country, très amusant, très varié par ses péripéties et par les difficultés inopinées qu'on y rencontre, développe l'intelligence, la rapidité de décision du chien, qui, d'un coup d'oeil, doit voir le parti à prendre devant l'obstacle. Dévaler les pentes, grimper les côtes, franchir les haies, traverser les taillis, est-il sport plus sain, plus vivant, plus intéressant pour la jeunesse? Tous les coureurs prennent le plus vif plaisir à exercer leur force et leur souplesse dans l'air pur du matin, parmi les grands arbres impassibles.
=Course sur piste.=—Les pistes sont en gazon, en terre battue comme en Amérique, ou en cendrée, c'est-à-dire en scories pulvérisées. Les courses sur pistes comprennent les courses plates de vitesse, les courses de fond et les courses d'obstacles. Les amateurs peuvent naturellement s'exercer sur des distances déterminées par eux, mais il est préférable de prendre pour exemple les épreuves officielles. Les courses plates (par opposition à courses de haies) de vitesse, se disputent sur les distances du championnat de France: 100, 400, 800 et, épreuve de demi-fond, 1,500 mètres, ou sur les distances également classiques de 500 mètres et 1000 mètres.
Le signal du départ est donné par le coup de pistolet du «starter». Pour marquer la ligne d'arrivée, on tend à travers la piste un fil de laine qui sera rompu par le corps du coureur qui s'est placé le premier. Un bon départ est indispensable pour les courses de vitesse. Celle de 400 mètres est considérée comme l'épreuve la plus dure, parce que le coureur se lance à toute allure comme dans celle de 100 mètres. Les concurrents portent généralement des souliers à pointes et prennent dans les mains des «poignées» de liège, qui empêchent les ongles de pénétrer dans la paume.
Les courses de demi-fond et fond exigent, outre de la vitesse, une grande résistance; ici les concurrents doivent suivre une tactique qui variera selon leur tempérament; les uns s'attachent pas à pas au meilleur coureur pour s'efforcer de le dépasser dans les derniers mètres: d'autres partent en tête, s'ils savent mener, et tâchent de rester à l'avant. La grande épreuve pédestre de cette catégorie est le prix Roosevelt: 4,827 mètres, couverte par Fleurac en quinze minutes cinq secondes deux cinquièmes.
En Amérique la mode est aux Courses de relais où les concurrents marchent par équipes, de deux ou plusieurs coureurs se relayant facultativement. La dernière grande épreuve de ce genre, course de New-York de mars 1909, a été gagnée par deux Français Cibot et Orphée, qui, se relayant à volonté, ont couvert en six jours l'énorme distance de 1,178 kilomètres, sur une piste ouverte de 160 mètres de tour, ce qui représente un train moyen de 8 kil. 300 à l'heure.
Dans les courses d'obstacles, les distances classiques sont: la course de haies de 110 et 400 mètres, le steeple-chase de 4,000 mètres. Dans le 110 mètres haies, la piste est coupée de 9 en 9 mètres de dix haies ou barrières d'une hauteur de 1 m. 06 de hauteur. Dans les courses de 200 et 400 mètres il y a également dix barrières à franchir, mais la hauteur en est alors de 0 m. 90. Le bon coureur doit s'exercer à «enjamber» les obstacles et non à les sauter en réunissant les pieds. Le steeple-chase, dont le parcours est semé d'obstacles, mur, haies, rivières, se court sur des distances de 2,500 à 4,000 mètres.
=Course sur routes.=—Aucun terrain spécial n'est nécessaire et c'est là l'une des raisons qui expliquent le succès des courses sur routes; en outre, depuis quelques années l'épreuve de «Marathon», qui intéresse vivement l'opinion, a ramené l'attention du public sur ce sport. Cette épreuve se dispute chaque année sur 40 kilomètres. Distance et nom sont empruntés à un fameux épisode de l'histoire grecque: un soldat courut d'une traite de Marathon à Athènes pour annoncer aux Athéniens la victoire remportée sur les Perses et il mit une telle hâte à porter l'heureuse nouvelle, qu'en arrivant, il tomba mort de fatigue.
Généralement les courses sur routes comprennent de 12 à 40 kilomètres et se disputent de mai à octobre; ce sont des épreuves assez pénibles, dont les cardiaques feront bien de s'abstenir, et qui exigent un entraînement particulier. Les spécialistes préconisent la marche comme meilleur moyen d'entraînement; mais si l'on se prépare à un concours, il faudra également couvrir à la course des parcours de plus en plus longs; on ne tardera pas à obtenir d'excellents résultats si on possède quelque résistance.
Parmi les records établis dans les siècles précédents, on ne peut passer sous silence la belle performance d'un laquais du comte de Polignac qui «âgé de plus de soixante ans, fit le trajet du Puy à Paris, aller et retour, soit environ 800 kilomètres en sept jours et demi, ne dormant que quatre heures sur vingt-quatre et le reste du temps arpentant les routes avec les jambes qu'il avait fort longues»[2].
[Note 2: Ch. Fleurigand. Jeux, sports et grands matches.]
=Saut.=—Le saut est un exercice naturel à l'homme, mais qui exige de la souplesse. Le principe dont il est nécessaire de se bien pénétrer, avant de sauter, c'est qu'il faut «se recevoir» sur la pointe des pieds, les jambes fléchies et la tête droite; une chute sur les talons pourrait être très grave, sinon mortelle. Tous ceux qui font du tourisme, des ascensions, ceux qui se livrent au cross-country, etc, doivent s'exercer à bien sauter. C'est un sport très utile. Rencontre-t-on un obstacle, mur, barrière, etc.; il est possible de le franchir de diverses manières. On peut: 1° le sauter de pied ferme ou avec élan; 2° le franchir en s'y appuyant d'une main sur laquelle pivote le corps; 3° poser les deux mains sur l'obstacle et sauter en faisant passer les jambes fléchies dans l'espace laissé par l'écartement des deux mains: cette dernière manière demande plus d'habitude. Se trouve-t-on en présence d'une barrière plus élevée, mieux vaudra alors recourir à la perche, si on peut en trouver une qui offre des garanties de solidité; il suffit qu'elle soit de 50 centimètres environ plus haute que l'obstacle. On place les deux mains l'une au-dessus de l'autre, près de l'extrémité supérieure de la perche; on prend son élan, on s'enlève; quand elle arrive à la position verticale, on fait une traction avec les bras et on jette vivement les jambes de côté, horizontalement ou même plus haut que la tête; on abandonne alors la perche pour se redresser et retomber sur la plante des pieds. On arrive, avec de l'entraînement à sauter des obstacles de plus de 2 mètres et 2 m. 50 de haut.
Les différentes catégories de saut, en hauteur, en largeur, à la perche font partie des exercices athlétiques réglementés et il existe pour chacun un championnat annuel. Dans les concours officiels de saut en largeur, la distance franchie est calculée du point de départ, à la plus proche empreinte marquée par le corps, c'est-à-dire que si, en retombant, on met les mains derrière soi, comme il arrive souvent pour rétablir son équilibre, la distance sera comptée à partir de l'endroit où cette main touche le sol. Pour le saut en hauteur, on ne se sert plus du tremplin, ce qui eut semblé, il y a quelques années seulement, une grave hérésie à nos maîtres de gymnastique.
Enfin on s'exerce également à sauter en arrière; on ne franchit alors que de petites distances.
Notons que les anciens, pour augmenter l'impulsion donnée au corps par les bras, sautaient avec des poids ou haltères dans les mains.
On cite des exemples de sauts particulièrement remarquables. Ainsi le colonel Amoros créateur de la gymnastique française, dit avoir connu un Anglais capable de franchir une rivière de 10 mètres de large. Un nommé Irland, vivant au XVIIIe siècle, sautait dix chevaux rangés côte à côte. Les Grecs relatent le record de Phayllius de Crotone, qui franchit d'un seul bond 19 mètres.
Un auteur digne de foi conte que le sauteur Grimaldi donnait une représentation à la foire de Saint-Germain en 1742, quand il fit le pari de bondir jusqu'au lustre qui éclairait la scène de fort haut. Il s'élança d'un bond si furieux, que son pied, bousculant la suspension, envoya un des cristaux dans le visage de l'ambassadeur de la Sublime-Porte: Mehemet Effendi. Quand Grimaldi s'approcha du haut personnage pour recevoir des félicitations bien méritées, un esclave de l'ambassadeur s'empara du pauvre histrion et lui administra une vigoureuse raclée de bois vert; on dit que le sauteur se consola difficilement d'avoir été pour un soir la tête de turc de ses spectateurs.
=Natation.=—«Il ne sait ni lire, ni nager», disaient les Romains d'un homme sans éducation; cette expression nous montre combien la natation était en honneur chez eux; il en était de même chez les Égyptiens, les Carthaginois, les Grecs. En France c'est depuis quelques années seulement qu'un mouvement se dessine, favorable à la nage. Outre son agrément, ce sport peut être très utile et il faut engager vivement ceux qui en ignorent jusqu'au principe, à prendre quelques leçons d'un maître nageur. Dans les lycées et casernes, on enseigne à sec les mouvements décomposés de la nage: cet exercice préparatoire, qui se fait au chevalet, offre des avantages mais ne suffit pas; l'élève ainsi formé sera incapable dans la plupart des cas de se débrouiller seul dans l'eau.
Des gens graves vous disent: Vous voulez nager, observez les grenouilles et faites comme elles. Si le principe est juste, la pratique est difficile. La nage commune ou brasse imite les mouvements des batraciens; l'homme étant plus pesant que le volume d'eau égal à son corps surnage grâce à des mouvements d'extension des bras et des jambes. Le nageur ayant joint ses mains devant la poitrine allonge ses bras en avant; en même temps les jambes pliées, les talons touchant le bas des reins, se détendent, s'écartent le plus possible, la pointe des pieds en dehors; ce mouvement a pour effet de pousser le corps en avant. Le nageur écarte les bras, les paumes de la main en dehors, et les ramène par un mouvement circulaire dans leur position primitive devant la poitrine, tandis que les jambes se réunissent et se plient de nouveau, les talons touchant les reins. On recommence et poursuit continuellement ces détentes et ces flexions.
On pratique également la nage sur le dos, en faisant la planche, les bras exécutant le mouvement de la godille. Dans la coupe, les bras battent l'eau alternativement en avant du corps. Pour apprendre la natation un professeur est presque toujours indispensable; si l'on ne veut pas prendre de leçons, il vaut mieux franchement s'abstenir de ceintures de liège et des appareils similaires pour avoir recours à l'aide d'un ami qui, de la berge, tiendra une perche et une corde.
Plus difficiles sont les méthodes athlétiques.
J.-B. Trudgeon a fait connaître il y a une quarantaine d'années la nage des indigènes de l'Amérique du sud: on l'appelle du nom de celui qui l'a vulgarisée: le trudgeon ou trudgen: elle a presque les mêmes mouvements que ceux de la coupe, mais plus rapides. En outre l'over arm stroke permet d'avancer très vite; les jambes y dessinent un mouvement de ciseau, tandis que les bras reviennent l'un après l'autre à la surface.
Il y a des concours de vitesse et de demi-fond organisés pour les nageurs et nageuses, puisque celles-ci, suivant l'exemple de miss Kellermann, tentent aussi l'épreuve de la traversée de Paris: cette traversée à la nage a été faite en deux heures dix-huit. Quant à la traversée de la Manche elle a été tentée plusieurs fois et par des hommes comme Holbein, Burgess, Wolf. Seul le capitaine Webbs a réussi en 1875 à aller d'Angleterre en France.
Il faut un entraînement spécial pour apprendre à bien plonger: certains professionnels restent sous l'eau jusqu'à deux et trois minutes.
Si l'on se trouve en présence d'une personne qui se noie, on doit agir prudemment pour lui porter secours et la saisir par derrière, par les cheveux ou bien sous les aisselles ou par le haut du bras. «Lorsqu'on cherche à sauver quelqu'un en plongeant au fond, dit l'instruction de la Commission de gymnastique française, il ne faut jamais saisir le noyé que par une seule main; l'autre est employée avec les pieds pour s'élever à la surface. Si le nageur est saisi par celui qui se noie, il ne pourra se dégager qu'en gardant tout son sang-froid. Du moment qu'il est étreint et qu'il se sent près de couler, il doit prendre haleine, engager vivement les doigts de ses deux mains sous l'extrémité de ceux qui le serrent, les ouvrir par un effort violent et brusque, puis, au même instant, se dégager par une secousse, s'échapper rapidement et aller attendre à l'écart le moment opportun pour ressaisir convenablement le noyé. Dans le cas où celui-ci serait très robuste, il serait bon d'attendre qu'il ait perdu connaissance avant de l'aborder de nouveau.»
Chacun sait que l'on ne peut se mettre à l'eau qu'une fois la digestion terminée, c'est-à-dire trois ou quatre heures après le repas. En résumé, avec de la prudence et quelques précautions, la natation offre peu de danger, et procure à ses adeptes une distraction aussi hygiénique qu'agréable; elle convient parfaitement à la jeunesse.