=I.—LES JEUX DE LA BALLE=
Les jeux de la balle remontent à la plus haute antiquité: Homère dans son odyssée, nous montre Nausicaa, fille de roi, jouant à la balle avec ses compagnes. Les Grecs englobaient divers exercices avec le ballon sous le nom de «sphéristique». Les Romains jouaient à la «pila». De nos jours, la balle est la reine du sport.
=Le football.=—Le football (de l'anglais foot, pied, ball, ballon) est de tous les sports à la mode le plus répandu et celui qui développe au mieux les qualités morales de décision, d'énergie et de sang-froid. Il convient à tous les hommes jeunes et n'exige pas de ses fervents le surmenage physique qu'imposent certains exercices athlétiques. On ne saurait trouver pour la jeunesse de divertissement plus sain; c'est ce qui explique, mieux que toute autre raison, son succès rapide en France.
Ses origines sont assez obscures; on le rattache au «follis» des Latins. Plus près de nous, on lui retrouve dans l'ancienne France une parenté indéniable avec la «soule» bretonne et la «barrette» du Centre. Il est fort probable quoique les Anglais ne veuillent pas le reconnaître, que le football, sport national anglais, n'est qu'un dérivé de ces jeux français qui, d'ailleurs, furent interdits par des ordonnances royales, à cause de leur brutalité et disparurent peu à peu de nos provinces.
Jusqu'au XIXe siècle, la plus grande confusion préside dans les règlements qui régissent les football des écoles anglaises. Ce n'est qu'après 1850 qu'on essaya d'unifier les règles multiples et l'on se trouva alors en présence des partisans irréductibles de deux méthodes différentes: celle de Rugby, permettant l'usage des mains et celle de l'école d'Eton qui n'autorisait l'usage que des pieds. Ces deux formes de football se sont maintenues sous le nom de football Rugby et football Association.
=Football Rugby.=—Le rugby introduit en France vers 1880 a porté d'abord le nom de barrette. Les premiers matches organisés par le Racing-Club et le Stade français, laissèrent l'opinion assez indifférente. Des matches internationaux augmentèrent l'intérêt de ces rencontres. La province ne tarda pas à imiter Paris, et Bordeaux donna l'exemple avec son fameux Stade bordelais. Toulouse fonda le Stade Olympien et Lyon le Foot-ball-Club. Depuis, presque toutes les villes de France, dans le Midi surtout, ont formé des sociétés de rugby.
On y joue sur une pelouse ou prairie; le terrain gazonné représente un vaste rectangle, limité par les lignes de ballon mort et, parallèles à celles-ci, par les lignes de touche. La largeur du champ de jeu ne peut être supérieure à 70 mètres, ni la longueur à 144 mètres. Deux poteaux verticaux, espacés de 5 m. 50 et reliés par une barre transversale, à une hauteur de 3 mètres au-dessus du sol, sont plantés dans chaque camp, à distance égale des lignes de touche: c'est ce qu'on appelle le but. Le jeu consiste à faire passer le ballon entre ces poteaux et par dessus la barre. Ce ballon est de forme ovoïde; son poids varie de 360 à 400 grammes et sa longueur de 25 à 28 centimètres.
Les footballeurs sont divisés en deux équipes de quinze joueurs chacune, comprenant: un gardien de but; quatre trois quarts; deux demis; huit avants, parmi lesquels le capitaine de l'équipe.
Chaque partie dure quatre-vingts minutes et se joue en deux demi-temps, coupés par un arrêt de cinq minutes; elle est gagnée par le camp qui a marqué le plus de points.
Sans entrer dans le détail des règles excessivement compliquées, nous donnerons ici quelques indications. Lorsqu'un joueur réussit à porter le ballon derrière la ligne du but adverse, il obtient un essai, d'une valeur de trois points; en outre son camp a le droit de tenter un but, en lançant le ballon d'un point choisi à l'avant du but, sur la perpendiculaire abaissée de l'endroit où l'essai a été marqué. En cas de réussite ce camp gagnera deux points.
On compte deux points, lorsque le ballon, rebondissant sur la terre, est envoyé d'un coup de pied jusque dans la barre du but. En cas d'une faute contre le règlement, un coup franc est accordé à l'équipe lésée, c'est-à-dire qu'elle aura le droit de tenter un but, estimé en ce cas trois points. Les autres buts sont cotés quatre points.
Les règles étant complexes, l'arbitre, qui assiste nécessairement à chaque partie, a de fréquentes occasions d'intervenir; il juge seul et sans appel. Son coup de sifflet arrête le jeu, qui recommence, après décision, soit par la touche, soit par la mêlée.
Pour la mêlée, les avants de chaque équipe, forment un groupe compact: en première ligne trois joueurs se tiennent par la taille, étroitement serrés; derrière, deux joueurs intercalent leur tête entre les avants de première ligne; en troisième ligne enfin, trois joueurs encore dans la même position.
Un demi lance alors le ballon exactement entre les deux groupes qui cherchent à s'en emparer avec les pieds; le parti le plus fort repousse son adversaire et chasse le ballon vers le but en dribblant, c'est-à-dire en poussant le ballon à petits coups de pied; ou bien, les deux premières lignes d'avants tiennent tête à l'adversaire et font passer le ballon à leurs co-équipiers de troisième ligne, qui eux-mêmes, si leur situation est défavorable, pourront le confier aux trois-quarts.
Si le ballon a franchi l'une des lignes de touche, la partie s'arrête et recommence au point où le ballon est sorti du champ de jeu. Une partie de Rugby, féconde en péripéties, offre l'image d'une bataille. Les deux équipes doivent obéir aveuglément à leurs capitaines. Le succès dépend en effet en grande partie de la cohésion et de la discipline des footballeurs. Cependant l'initiative trouve aussi à s'exercer; ainsi un joueur, courant avec le ballon dans ses bras, devra tromper ou gagner de vitesse les poursuivants; il lui faudra éviter ceux qui tenteront de l'arrêter en pleine course en le saisissant à bras-le-corps, ou par les genoux. Quels que soient ses talents de stratège, il sera perdu, s'il n'est doué d'une grande rapidité de décision.
On a fait au Rugby le reproche d'être trop violent; en vérité avec les règlements actuels, il est beaucoup moins dangereux qu'on ne le croit généralement.
=Football Association.=—Le Football Association ne s'est implanté en France qu'après le Rugby et n'a eu de succès au début que dans le Nord. L'un des premiers clubs d'Association fut l'Athletic-Club du Havre, créé en 1884. Mais, depuis quelques années, il s'est conquis des partisans un peu partout et il est aujourd'hui beaucoup plus répandu que le Rugby.
C'est un jeu d'adresse plutôt qu'un jeu de force. Il est interdit de se servir des bras et des mains et l'on ne peut donner au ballon que des coups de pied ou de tête. Il se joue sur un terrain rectangulaire, de préférence gazonné, de 90 à 180 mètres de longueur et de 45 à 90 mètres de largeur. Le champ de jeu est divisé en deux parties égales; une circonférence de 10 mètres de rayon entoure le point central. Les buts—un par camp—consistent en deux hauts poteaux plantés à une distance de 7 m. 30 l'un de l'autre et reliés par une barre de bois à 2 m. 40 du sol. Il y a 22 joueurs; 11 par équipe, soit 5 avants, 3 demis, 2 arrières et 1 gardien de but, disposés par chaque capitaine en avant-garde, centre et arrière-garde.
Le jeu consiste à lancer le ballon—un ballon rond—entre les poteaux et la barre transversale, et non plus au-dessus de cette barre comme dans le Rugby. Le camp qui a réussi le plus de buts gagne la partie qui se joue en 90 minutes, soit deux mi-temps de quarante-cinq minutes séparées par quelques minutes de repos.
L'Association ne comporte pas d'essais ni de mêlée, mais occasionne de fréquentes passes, qui consistent pour un joueur en mauvaise posture à faire passer le ballon à un co-équipier mieux placé. Le sort de la partie dépend souvent de l'habileté des footballeurs à pratiquer cet exercice; les Anglais y sont passés maîtres et doivent à l'habileté de leurs passes de nombreuses victoires. Quant aux fautes contre le règlement, elles sont jugées et punies par un arbitre, muni d'un sifflet.
L'Association est un sport très complet, très hygiénique et qui développe au plus haut point les qualités de discipline, de ruse et de finesse.
On joue en Amérique un jeu qui tient à la fois du Rugby et de l'Association, et qui par ses mêlées excessivement brutales, cause de nombreux accidents; aussi les joueurs se protègent-ils les bras, les jambes, la tête avec une sorte de carapace en cuir rembourrée de ouate ou de filasse.
=Polo.=—Le polo est une variété du football et rappelle particulièrement l'Association. Il a été rapporté des Indes, où on le pratiquait depuis des siècles, par des officiers anglais, qui jouèrent en Europe la première partie en l'année 1869. Les règles, assez complexes, ont été arrêtées par le Hurlingham-Club. On y joue à cheval, le plus souvent sur des poneys, «polo-ponies», qui doivent être ardents, nerveux et dociles.
Il est nécessaire de disposer d'un terrain spécial, d'une étendue de 300 mètres environ, aux extrémités duquel sont placés les buts: deux poteaux verticaux espacés de 7 m. 50. Les joueurs, divisés en deux équipes ordinairement de quatre cavaliers, cherchent à pousser la balle dans le but adverse. Ils se servent pour cela d'une sorte de marteau ou maillet d'une longueur de 1 m. 30, et qu'ils tiennent de la main droite; la balle, peinte en blanc, est en bois de saule ou en liège épais recouvert de fil ciré et doit avoir un diamètre de 7 centimètres.
Il est interdit d'accrocher le maillet d'un adversaire au-dessus ou au-dessous de son cheval; il est permis de se mettre au travers d'un joueur, mais non de se couper réciproquement, étant au galop. La partie, d'une durée de quatre quarts d'heure, coupés par des repos, est gagnée par l'équipe qui a le plus de points, c'est-à-dire qui a réussi le plus de buts. Un arbitre relève les fautes.
Ce jeu, fort intéressant pour les spectateurs, est très à la mode en
Angleterre et en France. Le Club parisien possède un bon terrain au
Bois-de-Boulogne, et Pau, Biarritz, etc., voient aussi se disputer des
matches de polo.
C'est éminemment un sport aristocratique; il exige une parfaite connaissance de l'équitation. Les frais qu'il entraîne sont très élevés, puisque, les chevaux se fatiguant vite, les joueurs sont obligés d'en changer plusieurs fois en une seule partie; plusieurs ont de véritables petites écuries; or certains poneys atteignent le prix de 8 à 10,000 francs.
Le polo se joue également sur l'eau, sur la glace et en bicyclette. Pour le water-polo, on se sert d'une piscine d'une longueur variant entre 17 m. 37 à 27 m. 43 et d'une largeur maxima de 18 m. 29. L'eau ne peut avoir moins de trois pieds de profondeur. Les équipes sont généralement de sept joueurs; le ballon est gonflé de manière à flotter. Un arbitre décide des coups et tranche les contestations.
Le polo à bicyclette est un jeu très curieux, très gracieux, mais difficile. Le joueur, qui n'a pas de maillet, pousse la balle avec les roues. Il doit constamment enlever à force de bras sa machine, la soulever pour laisser passer la balle lancée par un co-équipier et c'est là un exercice qui demande en même temps que de la force beaucoup d'agilité et d'adresse.
Enfin les Américains viennent d'inaugurer le polo-automobile. De jeunes millionnaires new-yorkais se sont fait construire spécialement des automobiles électriques, d'une valeur de 12,000 francs chacune, si bien que la partie avant d'être commencée coûtait plus de 150,000 francs. Et s'étant divisés en deux équipes, ils ont chassé une balle de polo à coup de maillet; chaque joueur était assisté d'un chauffeur. Le public élégant de la plage de New-Port à qui fut offert ce spectacle sensationnel, se divertit grandement. Ce fut moins drôle pour les joueurs qui se trouvèrent tous plus ou moins éclopés à la fin du match.
=Cricket.=—Le cricket est en faveur de l'autre côté de la Manche comme de l'Atlantique, et c'est à ce titre que nous lui consacrons quelques lignes. Jeu favori des Anglais le cricket est pratiqué par les hommes de tout âge et par toutes les classes de la société; il n'est pas rare de voir tel évêque célèbre ou tel grave ministre lui consacrer une bonne partie de ses loisirs.
Il a beaucoup de ressemblance avec notre ancien mail, crosse ou criquet. Distants de 20 mètres au moins, s'élèvent deux guichets, un par camp, ainsi formés: trois bâtons verticaux de 0 m. 69, reliés par des traverses, soutiennent un troisième bâton, posé de façon à tomber au moindre choc. Il s'agit de faire choir avec la balle de cricket le guichet de l'adversaire. Les crickters jouent avec une courte batte ou battoir, en bois dur; ils portent des jambières, qui les protègent contre les coups de la balle qui est en cuir durci et d'un poids de 165 à 172 grammes. Le terrain est une pelouse gazonnée, soigneusement entretenue et passée au rouleau; les limites du champ de jeu sont indiquées par des raies tracées à la craie.
=Base-ball.=—Le base-ball, sport national des États-Unis, est une variété très compliquée du cricket. Les joueurs, au nombre de dix-huit, forment deux équipes: ceux qui battent la balle et ceux qui tiennent le camp. Les batteurs après avoir relancé la balle avec une large batte, se mettent à courir et doivent arriver à certains arrêts marqués d'avance et appelés bases, avant que la balle n'ait achevé un parcours déterminé. Il serait dangereux de recevoir la balle en cuir ou en bois. La partie, comprenant sept manches, est gagnée par le camp qui a le plus de runs ou points.
=Basket-ball.=—C'est le football en espace clos, le football en chambre. Les combinaisons sont très nombreuses, parce que les murs, agissant comme les bandes d'un billard, renvoient la balle d'une façon souvent inattendue. On dessine sur le sol à la craie un rectangle de 20 à 25 mètres de long sur 10 à 15 de large; on joue avec un ballon plus léger que celui du football. Deux paniers placés à 3 mètres au-dessus du sol constituent les buts. Deux camps de cinq joueurs chacun se disputent la partie. Un arbitre tranche les différends et juge sans appel.
=Hockey.=—Le hockey est, à peu de nuances près, l'ancien jeu français du gouret, que l'on joue encore dans l'Ouest de la France et qui était déjà connu des Gaulois, lors de l'invasion romaine. Il nécessite un vaste terrain de 90 mètres de longueur et de 45 à 50 mètres de largeur. Ce parallélogramme est limité par les raies tracées en blanc et dites lignes de côté et lignes de touche. De chaque côté du centre que l'on marque en blanc et à égale distance sont les lignes de 23 mètres. Des petits drapeaux sont plantés aux quatre coins du quadrilatère. Deux poteaux verticaux espacés de 4 mètres et reliés par une traverse horizontale à 2 m. 10 au-dessus du sol forment les buts, situés aux deux extrémités du champ de jeu. A une distance de 4 mètres de chaque but, on trace une ligne de 4 mètres; cette ligne marque le point culminant de quarts de cercle qui ont pour centre les poteaux du but; l'espace circonscrit par ces quarts de cercle se nomme cercle d'envoi.
Pour compter un but, il faut envoyer la balle d'un point quelconque de ce cercle d'envoi entre les deux poteaux et au-dessous de la traverse. Une balle envoyée d'un endroit extérieur aux «cercles d'envois» ne pourrait donner droit à un but. On joue avec des crosses en bois, sortes de cannes au bout recourbé et renflé. Le prix des crosses est très variable; on peut s'en procurer pour 50 centimes ou pour 15 francs; les balles qui valent de 1 à 10 francs, analogues à celles du cricket, pèsent de 165 à 172 grammes. Tel est le matériel du jeu. Une partie se joue en deux demi-temps de 35 minutes. Les joueurs, au nombre de 22, s'organisent en deux équipes de 11, commandées par un capitaine et comprennent: un gardien de but, 2 arrières, 3 demi-arrières, 5 avants.
Il est interdit de frapper la balle autrement qu'avec la crosse; mais il est permis d'arrêter la balle avec la main, sous la condition de la reposer immédiatement à terre, si on l'a élevée: les adversaires n'ont pas le droit de se saisir. Un arbitre punit les infractions aux règlements. La tactique du jeu consiste à envoyer la balle dans l'intérieur du cercle d'envoi d'où un camarade peut tenter un but; on peut aussi la relancer à un co-équipier mieux placé; c'est en somme la «passe», telle que nous l'avons vu pratiquer avec le ballon du football.
Le hockey a pris en ces dernières années une grande extension. Toujours plus nombreux sont les écoliers qui s'y adonnent avec joie. Il n'offre aucun danger; il arrive bien, dans l'animation du jeu, qu'une crosse se trompant de but va frapper un camarade, mais le mal n'est pas grand et le joueur en est quitte pour un bleu. Dames et jeunes filles affectionnent aussi le hockey, parce qu'elles trouvent à cet exercice hygiénique beaucoup de plaisir.
=Crosse.=—La crosse présente beaucoup d'analogies avec le hockey. On y joue à 22, soit deux équipes de 11 joueurs, y compris le capitaine, sur une surface d'au moins 100 mètres. Deux poteaux écartés de 1 m. 80 figurent le but dans chaque camp; mais il n'y a plus ici de barre horizontale. Les balles sont en cuir ou en éponge de caoutchouc. La partie, durant une heure en deux demi-temps, est gagnée par le camp qui a réussi le plus grand nombre de buts.
=Golf.=—Sport national des Écossais, importé en Angleterre à l'époque de Guillaume le Conquérant, le golf, qui rappelle notre mail, est tard venu en France. Le premier club de golf a été fondé à Pau en 1856. On y joue sur un vaste terrain accidenté, d'une dizaine d'hectares au minimum et parsemé de «hasards» ou obstacles: maisons, carrières, rochers, buissons, fossés, ruisseaux, etc. Dix-huit trous,—parfois neuf,—contenant chacun un auget en fonte, d'une largeur et d'une profondeur de 10 centimètres environ, sont disséminés à des distantes inégales; le sol est aplani et gazonné autour de chaque trou; cette surface nivelée porte le nom de «putting-green». Il s'agit de faire entrer une balle—il y en a une par joueur ou par camp—dans les dix-huit augets successivement; il est défendu de la toucher autrement qu'avec le maillet dit club, en fer ou en bois. Il faut beaucoup d'habitude et d'habileté pour faire pénétrer la balle en caoutchouc durci dans l'auget, en aussi peu de coups que possible; car dans les concours et matches officiels chaque coup est compté pour un point. Il arrive qu'un joueur d'un seul choc du maillet lance sa balle à une grande distance, mais qu'il ne peut plus la faire sortir d'une excavation ou d'un fourré; ce sont là péripéties et agréments du jeu. Souvent des gamins portent derrière les joueurs des «clubs» de forme et de poids différent. Les joueurs doivent garder le silence pendant la partie, et s'abstenir de demander des conseils. C'est en résumé un jeu amusant, mais assez coûteux, puisqu'il faut se procurer un terrain. Toutefois il tend à se démocratiser. Parmi les souverains, le roi Édouard VII est l'un des meilleurs amateurs de golf.
=Paume.=—La paume est un jeu très simple en son principe: deux joueurs ou deux camps se renvoient une balle soit avec la main gantée, soit avec une raquette.
Ce jeu était connu des Égyptiens et des Grecs. La pila des Romains fut introduite en Gaule par les légions de César et ne tarda pas à jouir d'une grande faveur. On y joua même à cheval sous le nom d'exercice à la chicane. La raquette fit son apparition sous Henri IV; on renvoyait auparavant la balle avec la paume de la main. La paume était tellement en honneur au XVe siècle que les femmes même ne dédaignaient pas de s'y exercer et que les chroniques du temps citent une certaine Margot, qui battait les meilleurs joueurs; chaque quartier de Paris possédait alors une salle de paume. François Ier aimait passionnément ce divertissement. On conte qu'un certain jour, deux seigneurs étaient sur le point de gagner la partie contre le roi et son partenaire, un moine; ce dernier eut l'heureuse chance de réussir un coup qui assura le succès au camp royal.
«Ventre Saint-Gris! s'exclama François Ier, voilà un beau coup de moine!
—Sire! répondit finement Sa Révérence, ce sera un coup d'abbé, quand il vous plaira.» Peu après le roi lui accordait une grasse abbaye.
Noblesse et bourgeoisie continuèrent à jouer à la paume pendant les siècles qui suivirent et nombreux furent les tripots (tripodium, trépignement, tripot désigna d'abord la salle de paume et le jeu lui-même). Mais Louis XIV lui préféra le billard, inventé par son ministre Chamillart. La Révolution dispersa les derniers amateurs de paume. La seule salle de jeu qui subsiste encore à Paris est celle du jardin des Tuileries, construite au second Empire.
Le jeu dont nous venons de parler est la courte-paume, c'est-à-dire la paume que l'on joue en lieu clos, la longue paume étant jouée en plein air.
=Courte-paume.=—Il faut pour la courte-paume un terrain environné de murs, ayant de 28 à 50 mètres de long sur 9 m. 50 de large. Une galerie grillagée court le long du rectangle, pour permettre aux spectateurs d'assister sans danger aux parties. La toiture doit être à 7 mètres au moins au-dessus du sol qui est cimenté. Aux deux extrémités opposées de la salle se trouvent le dedans, ouverture presque aussi large que le toit et le tambour ou grand mur.
La pelote basque, comme la balle au tamis encore en honneur dans le Nord de la France, dérive en droite ligne du jeu de paume primitif.
=Longue-paume.=—La longue-paume se joue en terrain ouvert, sur un rectangle de 70 à 80 mètres de long et de 15 à 17 de large. Ce rectangle est partagé en deux parties égales par une ligne tracée sur le sol et nommée corde. Il s'agit de lancer avec une raquette la balle par dessus cette corde, que les joueurs habiles rasent sans la toucher; on cherche à la lancer dans une direction inattendue, afin de fatiguer l'adversaire. La règle veut que la balle soit relevée ou bien de volée avant qu'elle ait frappé la terre, ou bien lorsqu'elle rebondit, avant qu'elle ait touché le sol une seconde fois. La partie se fait en 60 points; les joueurs forment deux camps de deux à six joueurs. C'est en somme un jeu d'une pratique facile.
=Pelote basque.=—Dérivé de l'ancien jeu de Rebot, ce sport passionne non seulement le pays Basque, mais toute l'Espagne et l'Amérique du Sud. Des villes comme Madrid ou Barcelone ont élevé des frontons coûtant de 500,000 à 800,000 francs. Depuis quelques années, Paris possède aussi un fronton et la pelote basque est très à la mode.
On y joue sur une piste, d'une largeur de 10 mètres environ et d'une longueur de 80 mètres. Aux deux extrémités du champ de jeu s'élèvent d'un côté le mur de face ou fronton, haut de 10 mètres, large de 20 et muni à un mètre du sol d'une barre de fer horizontale; de l'autre, le rebot ou mur de fond qui est moins élevé. A gauche, un mur court tout le long de la piste et est marqué, comme elle, de divisions de 4 en 4 mètres.
Les joueurs, deux à trois par camp, lancent la balle contre le fronton qu'elle doit toucher d'après certaines prescriptions fixées par le règlement, mais toujours au-dessus de la barre de fer. Ils se servent pour recevoir la balle du chistera, sorte de long et étroit panier d'osier, que Loti, dans son admirable roman de Ramuntcho, décrit ainsi: «A leur poignet droit, les joueurs attachent avec des lanières une étrange chose d'osier, qui semble un grand ongle courbé, leur allongeant de moitié l'avant-bras; c'est avec ce gant qu'il va falloir saisir, lancer et relancer la pelote, une petite balle de corde serrée et recouverte en peau de mouton, qui est dure comme une boule de bois».
La pelote est un spectacle d'un très vif intérêt. Les pelotaris ou joueurs de pelote font preuve d'une agilité, d'une adresse et d'une rapidité déconcertantes. La balle vole, frappe le mur d'un «clac» sec, rebondit, est reçue dans le chistera, repart, suivie par tous les yeux dans sa course rapide. On sait que si elle rencontrait une jambe ou une tête, elle briserait l'obstacle; c'est qu'en effet, elle pèse 120 grammes et qu'elle est lancée très violemment. La pelote a déjà fait plusieurs victimes parmi les pelotaris. Du moins les bons professionnels sont-ils très recherchés et bien rétribués; une seule partie leur rapporte parfois 500 francs à chacun d'eux.
On pratique au Chili une pelote sans chistera contre un fronton nommé trinquet.
=Lawn-tennis.=—Le tennis est un jeu élégant, gracieux, mais difficile, quoique on puisse y jouer sans apprentissage. Ceci semble un paradoxe. Rien de plus vrai cependant. Ce qui est difficile, c'est de faire bonne figure dans la partie, d'être un bon joueur.
Le terrain de tennis s'appelle le cours et mesure 23 m. 80 de large sur 8 m. 23. En Angleterre le sol est gazonné; en France, on se contente ordinairement de terre battue. Le cours est divisé en deux parties égales par un filet haut d'un mètre, puis par des lignes de service et de demi-cours. Un joueur, le servant, ayant un pied sur la ligne de fond, doit lancer avec sa raquette une balle dans un des rectangles du camp adverse, où le relanceur s'efforcera de la rattraper de volée, c'est-à-dire en plein vol, ou lorsqu'elle a touché terre une seule fois, et de la chasser, par dessus le filet encore, dans le camp du servant. La balle pourra ainsi voler d'un camp à l'autre jusqu'à ce qu'elle soit arrêtée par le filet, ou qu'elle ait dépassé les limites du jeu, indiquées par des lattes de bois, ou, à défaut, des ganses. Après une faute, le servant deviendra relanceur à son tour et vice versa. On compte 15 pour le premier point gagné, 30 pour le second, 40 pour le troisième et jeu pour le quatrième. Si les joueurs arrivent tous les deux à 40, il faudra, pour terminer, que l'un d'eux gagne encore deux points dits: avantage et jeu. Une partie comprend six jeux.
Le tennis se joue à un contre un, deux contre un ou deux contre deux. Le servant a diverses manières de lancer la balle; s'il l'envoie doucement, son adversaire pourra facilement la relever; mais si elle est envoyée à l'américaine, avec une grande force et en rasant le filet, il sera difficile de la reprendre à temps. Il est très important d'avoir une bonne raquette; il en existe de lourdes et de légères; elle est faite avec des boyaux de chat, tendus dans une armature de bois; il y a deux manières de la tenir, à l'anglaise, et elle fait alors un angle avec le bras, à l'américaine et elle est dans le prolongement du bras. Ce jeu offre une grande variété de combinaisons dans la façon de lancer ou de recevoir les balles qui sont en caoutchouc et pèsent 55 grammes.
Le tennis a été inventé dans le but de distraire des dames, par un officier anglais en résidence aux Indes; il a été réglementé au milieu du siècle dernier; c'est une ingénieuse combinaison de la courte-paume et de la longue-paume, qui fait la joie de bien des jeunes gens et de bien des jeunes filles. Détail peu connu, le mot tennis lui-même vient d'un vieux mot français et s'écrivait primitivement tenetz, soit: tenez, cri du servant (lawn, signifie pelouse).
Les Italiens jouent une variété de tennis, avec gants spéciaux au lieu de raquette, et balle de football, jeu qui demande plus de force; c'est ce qu'on appelle la palone (palone).
=Push-ball.=—Quoique le push-ball ne soit pas encore à la mode, nous le mentionnons ici, parce qu'il est le dernier jeu de balle inventé. Il a été imaginé par les étudiants de l'Université d'Harvard, qui en bons Américains ont voulu faire plus grand qu'en Europe. La balle s'est transformée en un énorme ballon de 1 m. 80 de diamètre, pesant plus de 22 kilogrammes. Deux camps cherchent à s'en emparer et se bousculent autour de lui pour le porter au but; comme bien l'on pense, il n'est pas facile de remuer une pareille masse. Ce jeu est moins dangereux que le football; les Anglais jouent aussi au push-ball sur l'eau.