II
Cependant, — comme tous les désespoirs s’usent enfin par l’accoutumance, — le roi et la reine devenaient moins tristes de jour en jour ; sans doute ils auraient pris le parti de ne se plus désoler, s’il ne leur était arrivé une chose bien faite pour renouveler leur douleur. Sur le rapport qu’on lui faisait de la beauté de la princesse, — car la renommée, qui flatte volontiers les personnes royales, avait divulgué en tous lieux la grâce d’Othilde et non sa petitesse, — le jeune empereur de Sirinagor se rendit amoureux d’elle, et il envoya des ambassadeurs la demander en mariage. Vous pensez l’embarras que causa une telle proposition ! Marier cette mignonne poupée, grande comme une perruche, il n’y fallait pas songer. Quel homme s’accommoderait d’une épouse qui se perdrait certainement à toute minute dans le lit nuptial ! « Où donc êtes-vous, ma bien-aimée ? — Là, tout près de vous, mon ami, dans un pli de l’oreiller. » Et la demande de l’empereur de Sirinagor était d’autant plus effrayante, qu’on le disait lui-même d’une taille colossale ; il était plus beau que tous les princes, mais plus grand que tous les géants. Le jour de sa naissance, il avait été impossible de trouver un berceau assez vaste pour cet énorme prince ; on avait dû le coucher sur de longs tapis dans la salle du trône. A trois ans, il lui fallait se baisser un peu pour dénicher les oiseaux à la cime des chênes ! Ses parents, comme ceux d’Othilde, avaient consulté les médecins et les Fées, tout aussi vainement ; il avait grandi de plus en plus, d’une façon démesurée ; lorsque ses peuples, en célébration de quelque victoire, lui érigeaient des arcs de triomphe, il était obligé de descendre de cheval, pour passer dessous ; et si hauts qu’ils fussent, il ne manquait pas de heurter aux frontons la tarasque d’argent éployée sur son casque ! Naturellement, le roi et la reine déclarèrent aux ambassadeurs que l’union projetée était la chose du monde la plus impossible. Mais le jeune empereur, fort colère de son tempérament, ne se tint pas pour satisfait d’une telle réponse ; il ne voulut entendre à rien ; l’aveu de la petite taille d’Othilde lui parut une allégation absurde, imaginée dans l’intention de le bafouer ; et il s’écria en coiffant son casque, dont les ailes d’argent frémirent, qu’il allait tout mettre à feu et à sang pour venger cette injure.