II

En entrant dans le prochain village, Landry aperçut une jeune fille accoudée à la fenêtre, et il eut peine à retenir un cri, tant elle lui paraissait jolie ! Non, il n’avait jamais vu une aussi charmante personne ; même il n’avait jamais rêvé qu’il pût en exister de pareille. Presque une enfant encore, avec des cheveux si légers et si blonds qu’on les distinguait à peine de l’air ensoleillé, elle avait le teint pâle ici et là un peu rougissant — lys au front, rose aux joues ; ses yeux s’ouvraient comme une éclosion de pervenches où luirait une perle de pluie ; il n’était pas de lèvres qui, près des siennes, n’eussent voulu être abeilles. Landry se garda bien d’hésiter ! Il arracha, jeta au loin l’un des pétales de sa marguerite : le vent n’avait pas encore emporté le frêle débris, que l’enfant de la fenêtre était dans la rue, souriant au voyageur. Ils s’en allèrent vers le bois voisin, les mains unies, se parlant bas, se disant qu’ils s’aimaient ; rien qu’à s’entendre, ils éprouvaient de telles délices, qu’ils se croyaient dans le paradis. Et ils connurent beaucoup de moments pareils à ce premier moment, beaucoup de jours aussi doux que ce premier jour. C’eût été le bonheur sans fin, si l’enfant n’avait trépassé un soir d’automne, pendant que les feuilles flétries, envolées dans la bise, heurtaient à petits coups les vitres, comme les doigts légers de la mort qui passe. Landry pleura pendant longtemps ; mais les larmes n’aveuglent pas si bien que l’on ne puisse regarder au travers : une fois, il vit une belle passante, vêtue de satin d’or, les yeux hardis, la lèvre folle ; et, jetant au vent un pétale encore, il partit avec elle. Dès lors, insoucieux, demandant à chaque heure d’être une joie et à chaque joie de ne durer qu’une heure, épris sans relâche de ce qui charme, affole, extasie, il dépensa les jours et les nuits, sans compter, dans tous les rires et dans tous les baisers. La brise trouvait à peine le temps de remuer les branches des rosiers et de soulever les voilettes des femmes, étant toujours occupée à emporter les pétales de la marguerite.