III

Enfin, un jour qu’il neigeait, elle résolut de ne plus souffrir. Elle n’avait plus la force de supporter tant de tourments : elle se jetterait dans le lac, au milieu de la forêt ; elle sentirait à peine le froid de l’eau, étant accoutumée au froid de l’air. Grelottante, elle se mit en route, marcha aussi vite qu’elle pouvait. C’était par un matin gris, sous la pesanteur des flocons. Parmi la tristesse du sol blanc, des arbres dépouillés, des buissons qui se hérissent, des lointains mornes, rien ne luisait que ses cheveux d’or ; on eût dit d’un peu de soleil resté là. Elle marchait toujours plus vite. Quand elle fut arrivée au bord du lac, elle avait sur ses haillons, à cause de la neige, une robe de mariée.

— Adieu ! dit-elle.

Adieu ? Oui, à lui seul.

Et elle allait se laisser tomber dans l’eau lorsque la fée, en robe de mousseline d’or, sortit d’entre les branches d’un épinier.

— Jocelyne, dit-elle, pourquoi veux-tu mourir ?

— Ne savez-vous point, méchante fée, combien je suis malheureuse ? La plus affreuse mort me sera plus douce que la vie.

La fée eut un bon petit rire.

— Avant de te noyer, reprit-elle, tu devrais au moins casser ta tire-lire.

— A quoi cela me servirait-il, puisque, étant si pauvre, je n’ai rien mis dedans ?

— Eh ! casse-la tout de même, dit la fée.

Jocelyne n’osa pas désobéir ; ayant tiré de dessous ses haillons l’inutile présent, elle le brisa contre une pierre.

Alors, tandis que la forêt d’hiver devenait un magnifique palais de porphyre aux plafonds d’azur, étoilés d’or, le beau fils de Roi, sorti de la tire-lire envolée en miettes, prit la mendiante entre ses bras, la baisa dans les cheveux, sur le front, sur les lèvres, cent fois ! En même temps, il lui demandait si elle voulait bien l’accepter pour mari. Et Jocelyne pleurait de joie, pleurait encore. La bonne tire-lire lui rendait au centuple, comme elle lui avait rendu le baiser, les larmes de tristesse en larmes de bonheur.