SECONDE PARTIE.
RENSEIGNEMENTS.
I.
BASSIN DE L’OUAD OUMM ER REBIA.
L’Ouad Oumm er Rebiạ prend sa source sur le territoire des Beni Mgild, à une haute montagne d’où sort aussi la Mlouïa. De là il traverse les tribus des Zaïan, des Ichqern, des Qeṭạïa, des Aït Roubạ, des Beni Ạmir, des Beni Mousa, ces quatre dernières faisant partie du Tâdla. En sortant des terres des Beni Mousa, il reçoit l’Ouad el Ạbid, qui est la limite et de cette tribu et du pays de Tâdla. A partir de là, il ne cesse de couler entre des tribus différentes, formant frontière entre elles : d’abord entre les Beni Miskin au nord et les Sraṛna au sud ; puis entre les Chaouïa (nord) et les Rḥamna (sud) ; ensuite entre les Chaouïa (nord) et les Doukkala (sud) ; enfin entre les Chtouga (nord) et les Doukkala (sud).
Les tribus mentionnées en aval du Tâdla sont nomades, parlent l’arabe et se disent de race arabe. Elles sont soumises au sultan. Trois d’entre elles sont regardées comme les plus puissantes du blad el makhzen : celles des Rḥamna, des Chaouïa et des Doukkala : les premiers peuvent, dit-on, mettre 11000 hommes à cheval, les seconds 7000, les derniers 6000.
AFFLUENTS. — L’Ouad Oumm er Rebiạ reçoit un grand nombre d’affluents, parmi lesquels on remarque, en descendant son cours : l’Ouad Derna, l’Ouad Daï, l’Ouad el Ạbid, l’Ouad Teççaout. Ces quatre cours d’eau se jettent sur sa rive gauche. L’un d’eux, l’Ouad el Ạbid, égale en importance l’Oumm er Rebiạ elle-même.
1o OUAD DERNA. — Cette rivière prend sa source dans le Djebel Aït Seri, arrose le grand village de Tagzirt et, à 2 heures de marche au-dessous de ce point, entre dans le territoire des Aït Iạïch : elle se jette dans l’Oumm er Rebiạ à Zidania, vieille qaçba qui ressemble à celle de Fichtâla et qui a été construite aussi par Moulei Ismạïl. Zidania est située à 5 heures de marche au-dessous de Qaçba Tâdla, chez les Oulad Ạbd Allah, fraction des Beni Ạmir. Point de ville du nom de Derna.
2o OUAD DAI. — Cette rivière roule à peu près le même volume d’eau que l’Ouad Derna : elle prend sa source dans la même chaîne de montagnes : c’est chez les Oulad Bou Bekr, fraction des Beni Mellal, qu’elle entre en plaine. Elle se jette sur la rive gauche de l’Oumm er Rebiạ dans le territoire des Beni Mousa. Point de ville du nom de Daï.
3o OUAD EL ABID. — Les sources de cette grande rivière sont, comme celles de l’Oumm er Rebiạ, dans une contrée sauvage, boisée, infestée de lions et de panthères, région peu fréquentée et que ne traverse aucun chemin. En remontant l’Ouad el Ạbid au-dessus d’Ouaouizert, on trouve les Aït Messaṭ sur sa rive gauche et les Aït Atta d Amalou sur sa rive droite : la rivière forme frontière entre les deux tribus. Puis elle entre dans celle des Aït Seri. A partir de là, plus de bourgades ; il n’y a que de petits villages, des huttes et des tentes groupées autour de tiṛremts.
Au-dessous d’Ouaouizert, c’est encore la grande tribu des Aït Messaṭ qui occupe la rive gauche de l’ouad : les Entifa, puis les Sraṛna lui font suite. Sur la rive droite, on traverse successivement, en descendant la rivière, les Aït Atta d Amalou, les Aït Bou Zîd, les Aït Ạtab et enfin les Beni Mousa.
L’Ouad el Ạbid a deux points de passage importants dans la portion inférieure de son cours :
A 3 heures de marche en amont de son confluent avec l’Oumm er Rebiạ, se trouve le gué de Bou Ạqba, célèbre par la bataille qui s’y livra. En cet endroit, l’Ouad el Ạbid forme limite entre les Entifa et les Beni Mousa.
5 heures plus haut, c’est-à-dire à 8 heures du confluent, se trouve un pont construit par Moulei Ismạïl et encore en bon état : il n’a point de nom particulier : on l’appelle El Qanṭra.
AFFLUENT. — L’Ouad el Ạbid reçoit sur sa rive gauche une rivière importante dont nous avons aperçu le confluent entre Ouaouizert et Aït ou Akeddir ; c’est l’Ouad Aït Messaṭ.
Ouad Ait Messat. — Cette rivière prend sa source dans le Grand Atlas un peu au-dessus de Zaouïa Aḥansal. Elle arrose sur son cours un grand nombre de qçars : ils appartiennent aux Aït Isḥaq, l’une des 5 fractions des Aït Messaṭ. Voici les principaux d’entre eux, dans l’ordre où on les trouve en descendant l’ouad :
| Zaouïa Aḥansal (zaouïa trèsimportante, dont le chef actuel se nomme Sidi Ḥamed ou ḤamedAḥansal). | |
| Aït Tamzout | rive droite. |
| Zaouïa Aït Sidi Ạli ou Ḥaseïn | rive droite. |
| Tillougit | rive droite. |
| Aït Ạïssa | rive droite. |
| Izerouan (3 qçars) | rive droite. |
| Distances : | de l’Oussikis à Zaouïa Aḥansal | 1 jour. |
| De Zaouïa Aḥansal à Ouaouizert | 2 jours. |
4o OUAD TEÇÇAOUT. — Cette rivière se jette sur la rive gauche de l’Oumm er Rebiạ, à 7 heures de marche au-dessous du confluent de ce fleuve avec l’Ouad el Ạbid. La Teççaout est formée de la réunion de deux cours d’eau : le premier, Teççaout Fouqia ou Ouad Akhḍeur, passe entre Demnât et Bezzou ; le second, Teççaout Taḥtia ou Teççaout Merrâkech, passe entre Demnât et El Qlạa. Ces deux rivières prennent leur source dans un même massif de montagnes et se dirigent vers le nord, l’une par l’est, l’autre par l’ouest : elles se réunissent en plaine entre El Qlạa et Bezzou, et de là vont se jeter dans l’Oumm er Rebiạ. Le chemin qui va en ligne directe de Demnât au Dâdes, chemin très suivi, remonte la Teççaout Fouqia jusqu’à sa source : de là il passe sur le territoire des Haskoura, dans le bassin du Dra. La Teççaout orientale a tout son cours supérieur occupé par la grande tribu tamaziṛt indépendante des Aït b Ououlli. Elle traverse ensuite le territoire des Aït Abbes, puis celui des Entifa, enfin celui des Sraṛna, sur lequel les deux Teççaout se réunissent et se jettent dans l’Oumm er Rebiạ.
AFFLUENTS. — La Teççaout Fouqia reçoit plusieurs affluents dont le principal est l’Ouad el Ạrous, se jetant sur sa rive droite au point frontière entre les Aït b Ououlli et les Aït Abbes.
Ouad el Arous. — A 2 kilomètres au-dessus de son confluent avec l’Ouad Teççaout, il reçoit lui-même sur sa rive droite, au village d’Agerd n Ouzrou, un cours d’eau important, l’Ouad b Ougemmez.
Ouad b Ougemmez. — Cette rivière porte aussi le nom d’Ouad Aït Ouaham. Elle prend sa source dans le Grand Atlas, auprès du Tizi Izouṛar : le cours en appartient tout entier à la tribu des Aït b Ougemmez : un grand nombre de qçars s’échelonnent le long de ses rives : le plus rapproché de sa source est Zaouïa Aït Ouaham (appelé aussi Zaouïa Alonzi) ; le plus bas est Agerd n Ouzrou, où il se jette dans l’Ouad el Ạrous. Entre eux, il en existe d’autres, dont les principaux sont, en descendant : Aït Ạli, Aït Ouriad.
Entre Aït Ouriad et Agerd n Ouzrou, l’Ouad b Ougemmez reçoit sur sa rive gauche un affluent, l’Ouad Ibakellioun.
Ouad Ibakellioun. — Le cours en appartient aussi en entier aux Aït b Ougemmez : il est bordé de nombreux qçars : le plus considérable d’entre eux est Ibakellioun, situé non loin de la source de l’ouad.
Cette rivière reçoit elle-même un affluent, l’Ouad Tizi Aït Imi, se jetant sur sa rive gauche dans la partie basse de son cours.
Ouad Tizi Aït Imi. — Il prend sa source au col d’Aït Imi, dans le Grand Atlas. Le cours en appartient à la tribu des Aït b Ougemmez. Il arrose plusieurs qçars.
Les localités situées sur les cours des ouads b Ougemmez, Ibakellioun et Tizi Aït Imi forment la totalité de la tribu des Aït b Ougemmez, tribu indépendante, de race et de langue tamaziṛt.
Pas de marché chez les Aït b Ougemmez.
Un mellaḥ, sur l’Ouad b Ougemmez.
| Distances : | de l’Oussikis à Aït Ouaham | forte | 1/2 | journée. |
| D’Aït Ouaham à Ḥad Aït Ạtab | 1 | jour. | ||
| » Agerd n Ouzrou | 17 | kilomètres. | ||
| » Demnât | 2 | petites journées. |
Renseignements sur les tribus.
TRIBUS DU TADLA. — Voici la décomposition des tribus du Tâdla :
| Oulad Bḥar el Kebar. | ⎧ ⎨ ⎩ | Oulad Brahim. | ||||
| Ourdiṛra | ⎧ ⎪ ⎨ ⎪ ⎩ | Gouffa. | ||||
| Beni Khelf. | ||||||
| Oulad Bḥar es Sṛar. | ⎧ ⎪ ⎨ ⎪ ⎩ | Mfasis. | ⎱ ⎰ | 1 | ||
| Oulad Ạzzouz. | ||||||
| Oulad Smir. | ||||||
| Beni Ḥasen. |
| Beni Khîran | ⎧ ⎨ ⎩ | Oulad Bou Ṛadi. |
| Beni Mançour. | ||
| Genadiz. |
| Mạdna. | ⎧ ⎨ ⎩ | Torch. | ||
| Smâla | ⎧ ⎪ ⎨ ⎪ ⎩ | Beraksa. | ||
| Ạsasga. | ||||
| Oulad Ạïssa. | ⎧ ⎨ ⎩ | Houasen. | ||
| Oulad Fennan. | ||||
| Chraạ. |
| Oulad Iousef. | ⎧ ⎪ ⎪ ⎨ ⎪ ⎪ ⎩ | Oulad Gaouch. | ||||
| Aït Çaleḥ. | ⎱ ⎰ | 1 | ||||
| Beni Zemmour | ⎧ ⎪ ⎪ ⎪ ⎪ ⎪ ⎨ ⎪ ⎪ ⎪ ⎪ ⎪ ⎩ | Nouaser. | ||||
| Berachona. | ⎱ ⎰ | 1 | ||||
| Oulad Nahr. | ||||||
| Beni Zrandil. | ||||||
| Beni Bataou. | ⎧ ⎪ ⎨ ⎪ ⎩ | Ạbabsa. | ||||
| Oulad Brahim. | ||||||
| Zania. | ||||||
| Soual. | ||||||
| Rouased. | ||||||
| Aït Iaḥi. | ⎧ ⎪ ⎨ ⎪ ⎩ | Aït Bihi. | ||||
| Aït Mousa. | ||||||
| Ahouraïn. | ||||||
| Geraïat. |
| Qeṭạïa | ⎧ ⎪ ⎨ ⎪ ⎩ | Semget. | ||
| Ạït Ạla. | ⎱ ⎰ | 1 | ||
| Aït Brahim. | ||||
| Aït Kerkaït. |
| Oulad Sạïd. | ⎧ ⎨ ⎩ | OuladSmạïn. | ||
| Beni Mạdan ; Aït Roubạ. | ⎧ ⎪ ⎪ ⎨ ⎪ ⎪ ⎩ | Oulad Iạqoub. | ||
| Oulad Bou Iạoud. | ||||
| Oulad Iousef. | ⎧ ⎨ ⎩ | Bezzaza. | ||
| Oulad Iạïch. | ||||
| Oulad Mạmmer. | ||||
| Zouaïr. | ||||
| Beni Mellal. |
| Beni Amir | ⎧ ⎪ ⎪ ⎪ ⎪ ⎪ ⎨ ⎪ ⎪ ⎪ ⎪ ⎪ ⎩ | Oulad Assoun | ⎫ ⎬ ⎭ | 1 |
| Oulad Nedjạ | ||||
| Oulad Ạbd Allah | ||||
| Beradia | ⎫ ⎬ ⎭ | 1 | ||
| Ahel Sous | ||||
| Oulad Ạli | ||||
| Oulad Ḥasen | ⎫ ⎪ ⎬ ⎪ ⎭ | 1 | ||
| Krifat | ||||
| Oulad Zian | ||||
| Oulad Bou Ḥerrou | ||||
| Beni Chegdal | ⎫ ⎬ ⎭ | 1 | ||
| Oulad Rejiạ | ||||
| Mouali el Ouad |
| Oulad Ạrif. | ⎧ ⎪ ⎪ ⎪ ⎨ ⎪ ⎪ ⎪ ⎩ | Oulad Zahra. | ||
| El Amgar. | ||||
| Oulad Zmam. | ||||
| Beni Mousa | ⎧ ⎪ ⎪ ⎪ ⎨ ⎪ ⎪ ⎪ ⎩ | Ạsara. | ||
| Oulad Smida. | ||||
| Beni Ạoun. | ||||
| Oulad Meraḥ. | ||||
| Krazza. | ||||
| Beni Oujjin. | ||||
| Oulad Brahim. | ||||
| Ahel Zerberrachi. | ||||
| Beni Miskin. |
AIT SERI. — Voici la décomposition des Aït Seri, tribu tamaziṛt indépendante :
| Aït Ouirra. | ⎧ ⎪ ⎪ ⎪ ⎨ ⎪ ⎪ ⎪ ⎩ | Imhaouchen. | ||
| Aït Daoud. | ||||
| Aït Mesạoud. | ||||
| Aït Seri | ⎧ ⎪ ⎪ ⎪ ⎪ ⎪ ⎪ ⎪ ⎪ ⎪ ⎪ ⎪ ⎪ ⎪ ⎨ ⎪ ⎪ ⎪ ⎪ ⎪ ⎪ ⎪ ⎪ ⎪ ⎪ ⎪ ⎪ ⎪ ⎩ | Aït El Ḥasen. | ||
| Aït Ạlou ou Brahim. | ||||
| Aït ou Ạzzou. | ||||
| Aït Ousaden. | ||||
| Aït Iqqo. | ||||
| Aït Mḥammed. | ⎧ ⎪ ⎨ ⎪ ⎩ | Aït Ạbd es Selam. | ||
| Aït Iạqoub. | ||||
| Aït Smạïn. | ||||
| Aït Ḥammi. | ||||
| Aït Bou Bekr. | ||||
| Aït Ạbd el Ouali. | ⎧ ⎪ ⎪ ⎨ ⎪ ⎪ ⎩ | Aït Ichcho. | ||
| Mrabṭen. | ||||
| Aït Daoud. | ||||
| Aït Ousakki. | ||||
| Mḥarir. | ||||
| Aït Ạlou ou El Ḥasen. | ||||
| Aït Ioudi. | ||||
| Friata | ⎫ ⎪ ⎬ ⎪ ⎭ | 1 | ||
| Aït Ḥebibi | ||||
| Aït Maḥa | ||||
| Aït Ạbd en Nour. | ||||
| Aït Sạïd | ⎧ ⎪ ⎪ ⎪ ⎨ ⎪ ⎪ ⎪ ⎩ | Aït Ạli ouSeliman. | ||
| Aït Ḥammou ou Sạïd. | ||||
| Aït Isḥaq. | ||||
| Iḥebaren. | ||||
| Aït Ḥammou ou Mançour. | ||||
| Aït Daoud ou Bou Ḥïa. | ||||
| Aït Daoud ou Iousef. | ||||
| Aït Ougrar. |
Les Aït Seri sont de langue comme de race tamaziṛt. Partie nomades, partie sédentaires, ils ont des tentes et des villages ; ces derniers dominent. Leur territoire nourrit peu de chevaux ; pouvant armer un très grand nombre de fantassins, ils n’ont presque pas de cavaliers.
Deux fractions des Aït Seri, les Aït Ouirra et les Aït Mḥammed, sont célèbres pour leur hostilité aux Juifs : leur territoire est absolument interdit à cette race. Un Israélite veut-il le traverser quand même, il lui faut se travestir et prendre garde de ne point se trahir : s’il était reconnu, il n’échapperait pas à la mort. Tout Juif trouvé est tué, et l’horreur qu’il inspire va si loin qu’on ne dépouille pas son cadavre et que ses marchandises sont jetées au vent.
ICHQERN. — Les Ichqern sont une tribu de race et de langue tamaziṛt bornée au nord par les Zaïan, à l’ouest par le Tâdla (Beni Zemmour et Qeṭạïa), au sud par les Aït Seri (Aït Ouirra). Il y a 4 heures de chemin entre Qaçba Tâdla et leur frontière. Ils peuvent mettre environ 8000 hommes à cheval. Ils sont indépendants, bien qu’un qaïd in partibus vive chez eux. Ils ont, en ce qui concerne les Juifs, le même usage que les Aït Ouirra et les Aït Mḥammed, usage qui n’existe nulle part ailleurs au Maroc.
Sur la frontière nord des Ichqern, se trouve le point assez connu de Khanifra. Khanifra est une qaçba un peu plus grande que Fichtâla, située à 9 heures de marche à l’est-nord-est de Bou el Djạd ; sur la limite même des Ichqern et des Zaïan, elle fut longtemps un sujet de disputes pour ces deux tribus. Fondée par les premiers, elle appartient aujourd’hui aux seconds. Là habite ce malheureux qaïd des Zaïan dont nous avons parlé plus haut.
CHAOUIA. — Les Chaouïa sont nomades et parlent l’arabe : ils forment une nombreuse tribu soumise au sultan. Voici leur décomposition :
| Oulad Mḥammed (3 qaïds). | ⎧ ⎪ ⎨ ⎪ ⎩ | Oulad Zireg. | ||||
| Chaouïa | ⎧ ⎪ ⎪ ⎪ ⎪ ⎪ ⎪ ⎪ ⎪ ⎪ ⎪ ⎪ ⎪ ⎪ ⎪ ⎪ ⎨ ⎪ ⎪ ⎪ ⎪ ⎪ ⎪ ⎪ ⎪ ⎪ ⎪ ⎪ ⎪ ⎪ ⎪ ⎪ ⎩ | Oulad Chaïb. | ||||
| El Khloṭ. | ||||||
| Oulad Ạmama. | ⎱ ⎰ | 1 | ||||
| Khesasra (1 qaïd). | ⎧ ⎪ ⎨ ⎪ ⎩ | Oulad Bou Bekr. | ||||
| Oulad El Ạsri. | ||||||
| Brasiin. | ||||||
| Oulad Mnisf. | ||||||
| El Aoulad (1 qaïd). | ||||||
| Oulad Bou Ạrif. | ⎱ ⎰ | (1 qaïd) | ||||
| Beni Imman. | ||||||
| Mzab (1 qaïd) | ⎧ ⎪ ⎪ ⎪ ⎨ ⎪ ⎪ ⎪ ⎩ | Ḥamdaoua. | ||||
| Beni Sqeten. | ||||||
| El Elf. | ||||||
| Beni Brahim. | ||||||
| Mnia. | ||||||
| Djemouạ. | ||||||
| Oulad Fers. | ||||||
| Oulad Senjej. | ||||||
| Oulad Sidi Ben Daoud (1 qaïd). | ||||||
| Oulad Bou Ziri (1 qaïd). | ||||||
| Oulad Sạïd (1 qaïd). | ||||||
| Msamsa (1 qaïd). | ||||||
| OuladḤaris. | ⎱ ⎰ | 1 (Réunies, ces deux fractions formentun groupe plus nombreux encore que les Mzab. — 1 qaïd.) | ||||
| Medaṛra. | ||||||
| Oulad Zian (1 qaïd). | ||||||
| Mediouna (1 qaïd). | ||||||
| Siaïda (2 qaïds). | ||||||
| Zenata (1 qaïd). | ||||||
La fraction des Mzab contient un grand nombre de zaouïas ; telles sont : Oulad Sidi Ạïssa, Qeradma, Oulad Sidi el Ḥadj, Oulad Sidi Bel Qasem, El Kaouka.
ZAIR. — Les Zạïr forment une puissante tribu indépendante, de race et de langue tamaziṛt. Leur territoire se trouve à l’ouest de celui des Zaïan et au nord-ouest du Tâdla. Quoique ce pays soit montagneux, ils possèdent un grand nombre de chevaux.
AIT MESSAT. — C’est une puissante tribu chleuḥa[100], indépendante, qui a pour limites, au sud la crête supérieure du Grand Atlas, au nord l’Ouad el Ạbid, à l’est les Aït Seri et les Berâber, à l’ouest les ouads b Ougemmez et Teççaout. Les Aït Messaṭ habitent, les uns dans des qçars, les autres sous la tente : ceux-ci sont les plus nombreux. La tribu peut, en tout, armer 4000 fantassins et 300 à 500 cavaliers. Elle se décompose en cinq fractions.
| Aït Isḥaq. | ||
| Aït Moḥammed. | ||
| Aït Ougoudid. | ⎫ ⎬ ⎭ | Atferkal. |
| Aït Ạbd Allah. | ||
| Ibaraṛen |
Les Aït Isḥaq forment environ 2000 fusils. Ils s’étendent entre la zaouïa d’Aḥansal et l’Ouad el Ạbid : tout le cours de l’Ouad Aït Messaṭ leur appartient : à eux encore les deux groupes de qçars d’Aït Maziṛ et d’Aït Issoumour. Aït Maziṛ est une collection de qçars répartis dans la montagne entre l’Ouad el Ạbid et l’Ouad Aït Messaṭ, au delà de la rive gauche de ce dernier. Aït Issoumour est une réunion de 3 qçars situés près de l’Ouad el Ạbid au-dessus d’Aït Maziṛ : on compte 17 kilomètres d’Aït Issoumour à Ouaouizert. Les Aït Isḥaq sont la seule des cinq fractions des Aït Messaṭ qui possède des qçars. Les quatre autres n’ont que des tentes et des tiṛremts.
Les Aït Moḥammed sont limitrophes des Aït Isḥaq : ils s’étendent entre eux, les Aït b Ougemmez, l’Ouad el Ạbid et la crête du Grand Atlas : à l’est des Aït b Ougemmez, ils occupent le vaste plateau d’Iferṛes. Pas de rivière sur leur territoire ; mais les sources sont nombreuses. Pays montagneux et boisé. Point de qçars : les Aït Moḥammed emmagasinent leurs biens dans des tiṛremts pendant qu’ils vivent sous la tente. Ils sont environ 500 fusils.
Les Aït Ougoudid habitent à l’ouest des Aït Moḥammed, entre eux et les Aït Ạbd Allah. Ils n’ont que des tentes et des tiṛremts. Il en sera de même des fractions suivantes : leur pays, comme celui des Aït Ạbd Allah et celui des Ibaraṛen, est en tout semblable à celui des Aït Moḥammed. Les Aït Ougoudid comptent 500 fusils.
Les Aït Ạbd Allah habitent à l’ouest des Aït Ougoudid, entre eux et les Ibaraṛen. Ils sont en face des Aït Ạtab. Ils peuvent lever 500 fusils.
Les Ibaraṛen se trouvent à l’ouest des Aït Ạbd Allah, auprès des Entifa : ils forment environ 500 fusils.
Ces trois dernières fractions portent le nom collectif d’Atferkal.
Ainsi qu’on le voit, une seule rivière arrose le territoire des Aït Messaṭ, celle qui porte le nom de la tribu.
Il existe chez les Aït Messaṭ une zaouïa dont le chef est tout-puissant sur eux : la zaouïa d’Aḥansal. Le pouvoir de son chikh est absolu sur les Aït Messaṭ, et son influence s’étend beaucoup plus loin. Jusqu’à Merrâkech d’une part, jusqu’au Dâdes et au Todṛa de l’autre, il est connu et vénéré. Un esclave de Sidi Ḥamed ou Ḥamed Aḥansal, chef actuel de la zaouïa, suffit pour conduire en sûreté une caravane du Todṛa à Merrâkech. A lui a recours quiconque veut voyager dans ces régions.
Les Aït Messaṭ ne parlent que le tamaziṛt : très peu parmi eux savent l’arabe.
Deux marchés sur leur territoire : Khemîs Aït Khelift (Aït Ạbd Allah), Arbạa Tabaroucht (Aït Isḥaq).
Point de Juifs.
AIT B OUOULLI. — C’est une nombreuse tribu chleuḥa, indépendante, cantonnée sur le haut cours de la Teççaout Fouqia et sur tout celui de l’Ouad el Ạrous. Elle n’habite que des qçars. Les Aït b Ououlli parlent le tamaziṛt.
Point de marché sur leur territoire.
Un mellaḥ.
AIT ABBES. — Petite tribu chleuḥa cantonnée sur les rives de l’Ouad Teççaout au-dessous des Aït b Ououlli. Nominalement, elle dépend du qaïd des Entifa : de fait, elle est peu soumise. Les Aït Abbes n’habitent que des qçars. Ils parlent le tamaziṛt.
Point de marché.
Un mellaḥ.
Distance : des Aït Abbes aux Aït Bou Ḥarazen comme d’Imiṭeṛ à Taourirt (Todṛa).
AIT BOU HARAZEN. — Petite tribu chleuḥa située à quelque distance à l’est de Djemaạa Entifa. Elle fait partie du blad el makhzen et obéit au qaïd des Entifa. Point de rivière sur son territoire : celui-ci n’est arrosé que par des sources. Les Aït Bou Ḥarazen n’habitent que des qçars : leur langue est le tamaziṛt, mais beaucoup d’entre eux savent l’arabe.
Un marché, l’Arbạa Bou Ḥarazen.
Deux mellaḥs.
Distance : d’Arbạa Bou Ḥarazen à Djemaạa Entifa comme de Timaṭṛeouin à Taourirt (Todṛa).
INKTO. — Petite tribu chleuḥa au sud des Entifa. Elle appartient au blad el makhzen et obéit au qaïd de Demnât. Elle n’habite que des qçars. La langue en est le tamaziṛt. Le territoire, situé à l’est de l’Ouad Teççaout Fouqia, n’en est arrosé que par des sources : on n’y voit aucun cours d’eau.
Un marché, l’Arbạa Ouaoula.
Pas de Juifs.
| Distances : | d’Inkto à | Demnât comme d’Aït Iidir (Dâdes) | à Taourirt (Todṛa). |
| » | Djemaạa Entifa comme d’Aït Iidir | » » |
AIT AIAD. — Tribu chleuḥa indépendante occupant les premières pentes du Moyen Atlas au nord-est des Aït Ạtab. La fraction des Aït Ạtab qui la limite de ce dernier côté s’appelle les Ikadousen. Les Aït Ạïad peuvent mettre en ligne environ 1000 hommes, dont 100 cavaliers. Ils sont habituellement alliés aux Aït Ạtab.
Un marché, le Tlâta Aït Ạïad.
Un mellaḥ.
Itinéraires.
DE FAS A BOU EL DJAD. — Fâs, Sfrou, Aït Ioussi, Beni Mgild, Ạïn el Louḥ, Akebab, Ichqern, Bou el Djạd.
DE FAS A BOU EL DJAD. — Fâs, Sfrou, Aït Ioussi, Beni Mgild, Zaïan, Bou el Djạd.
DU TADLA A QÇABI ECH CHEURFA. — Du Tâdla, un chemin remonte le cours de l’Ouad Oumm er Rebiạ jusqu’à sa source : de là on peut gagner Qçâbi ech Cheurfa. Cette route n’est point fréquentée : les animaux féroces, lions et panthères, qui peuplent les grandes forêts traversées par le haut cours de l’Oumm er Rebiạ, en sont cause en partie.
DE BOU EL DJAD A MOULEI BOU IAZZA. — De Bou el Djạd à Moulei Bou Iạzza, on compte 10 heures de marche : chemin faisant : on rencontre deux lieux habités, Sidi Bou Ạbbed, situé à 4 heures de Bou el Djạd, et Sidi Oumbarek, qui se trouve à 7 heures de cette même ville. Entre Sidi Bou Ạbbed et Sidi Oumbarek, on traverse l’Ouad Grou, entre S. Oumbarek et Moulei Bou Iạzza, on franchit la frontière du Tâdla, et on passe des Beni Zemmour chez les Zaïan.
Sidi Bou Ạbbed est un village de 200 maisons : au milieu s’élèvent la qoubba de Sidi Bou Ạbbed et une zaouïa où vivent ses descendants.
Sidi Moḥammed Oumbarek était un cherif vénéré ; mort depuis très longtemps, il a laissé une postérité nombreuse qui habite autour de sa qoubba, dans un village de 400 maisons : ce village a pris son nom ; il est situé au milieu de grandes forêts.
Moulei Bou Iạzza est une bourgade de 1200 à 1400 habitants. Elle porte le nom d’un cherif célèbre, mort là depuis des siècles. Il n’a laissé ni postérité ni disciples, le souvenir de ses vertus et son tombeau sont tout ce qui reste de lui ; son mausolée, reconstruit jadis par Moulei Ismạïl, est fort beau : il est du même modèle que ceux de Bou el Djạd. Cette qoubba est l’objet d’une grande vénération.
DE DEMNAT A BEZZOU. — Une journée de marche. Chemin faisant, on traverse l’Ouad Teççaout Fouqia. Bezzou est une bourgade de 1500 habitants avec un mellaḥ. Elle ressemble de tous points à Djemaạa Entifa. Elle est située en plaine entre l’Ouad Teççaout et l’Ouad el Ạbid. Elle est sous la juridiction du qaïd des Entifa.
DE DEMNAT A EL QLAA. — Un jour et demi de marche, soit : de Demnât à Zaouïa Sidi Reḥal, une journée ; de Zaouïa Sidi Reḥal à El Qlạa, une demi-journée. Entre ces deux derniers points on chemine constamment en plaine et on ne traverse aucun cours d’eau. El Qlạa est sur le territoire des Sraṛna. C’est une ville de 3000 habitants, de l’importance de Demnât. Elle possède un grand mellaḥ. Située à l’ouest de la Teççaout Taḥtia, à l’est de l’Ouad Rḍât, elle n’a d’autre eau que celle qui lui est amenée de la Teççaout par des feggara[101].
DE DEMNAT AU TIZI N GLAOUI. — Il y a deux chemins : l’un, plus long mais beaucoup meilleur, passant par Zaouïa Sidi Reḥal, Tagmout, etc. ; l’autre, plus court mais très difficile, entrant à Demnât dans la montagne et allant tout droit vers le col : le dernier est très peu fréquenté.
DE ZARAKTEN AU TELOUET. — Il y a deux chemins : l’un est celui que nous avons pris ; voici l’autre : Zarakten, Ạqoub es Soulṭân (en tamaziṛt, Asaou n Ougellid), point de croisée du sentier venant de Tagmout, Tikhfar (l’Ouad Rḍât étant à main droite), Talatin n Ouadil, Timi Ourṛt, Amsensa, traversée de l’Ouad Amsensa, affluent de l’Ouad n Iri, Tanzmout (sur l’Ouad Amsensa), Ideṛ (sur l’Ouad n Iri). A partir de là, on reprend le chemin connu.
D’OUAOUIZERT A L’OUSSIKIS. — D’Ouaouizert à l’Ouad el Ạbid, 1 heure. Jusque-là on est sur le territoire des Aït Atta d Amalou.
De l’Ouad el Ạbid à Talmest, un jour. Talmest est sur les terres des Berâber. Entre l’Ouad el Ạbid et les Berâber se trouve le territoire des Aït Messaṭ. C’est là qu’on a marché durant la plus grande partie de la journée : le chemin y traverse le groupe de qçars d’Aït Issoumour.
De Talmest à Tarḥamt, un jour. Tarḥamt est un endroit désert où les caravanes ont l’habitude de faire halte pour passer la nuit.
De Tarḥamt à l’Oussikis, un jour. De Talmest à l’Oussikis on n’a cessé de marcher sur le territoire des Berâber. L’Ouad Dâdes, auquel on arrive dans l’Oussikis, est la première rivière qu’on rencontre depuis l’Ouad el Ạbid : entre ces deux cours d’eau ce ne sont que montagnes : point de neige sur le chemin en été ; à dater du mois de novembre, il y en a fréquemment.
DU TODRA AUX AIT ATAB ET A DEMNAT. — Du Todṛa à l’Oussikis, une journée de marche. On passe au départ sur la rive droite de l’Ouad Todṛa ; puis on entre dans la montagne, où l’on reste jusqu’à l’Oussikis sans rencontrer de toute la route ni qçar ni cours d’eau. Dans ce long désert on ne trouve que des tentes des Aït b ou Iknifen ; encore n’y sont-elles qu’en été : en hiver elles se transportent sur le Saṛro.
De l’Oussikis trois chemins conduisent à la plaine d’Izouṛar, plateau désert :
- Ṭriq Aqqa (à l’est).
- Ṭriq Izilal (au centre).
- Ṭriq Tafrout (à l’ouest).
Dans la plaine d’Izouṛar campent en été des Aït ou Allal et des Aït Bou Daoud. De cette plaine on passe à la vallée de l’Ouad b Ougemmez : un seul chemin y conduit : on franchit au Tizi Izouṛar une crête qui marque l’extrémité du plateau, et de là on descend directement dans la vallée de l’Ouad b Ougemmez : on l’atteint à Zaouïa Aït Ouaham. De l’Oussikis à Aït Ouaham, un piéton isolé met une forte demi-journée. Pour les caravanes il faut une journée.
D’Aït Ouaham partent deux routes, l’une vers les Aït Ạtab, l’autre vers Demnât.
La première monte sur le flanc droit de l’Ouad b Ougemmez, en face même de la zaouïa, puis franchit un col, le Tizi n Tiṛrist. C’est un passage difficile. De là on entre dans la vaste plaine d’Iferṛes. Elle est occupée par les tentes des Aït Moḥammed (fraction des Aït Messaṭ). On descend ensuite dans la vallée de l’Ouad el Ạbid. Un piéton isolé ne met qu’une journée pour aller d’Aït Ouaham à Ḥad Aït Ạtab.
Si l’on prend la seconde voie, celle de Demnât, on descend l’Ouad b Ougemmez jusqu’à Agerd n Ouzrou, puis l’Ouad el Ạrous jusqu’à son confluent avec la Teççaout Fouqia. On remonte ensuite la Teççaout pendant 4 heures environ ; puis on passe sur sa rive gauche, on franchit le Djebel Tamatout (montée très difficile), et de là on se rend à Demnât. Il y a deux petites journées d’Aït Ouaham à Demnât. On passe la nuit dans le haut de la tribu des Aït b Ououlli, sur les rives de la Teççaout.
DE L’OUSSIKIS A OUAOUIZERT. — On gagne le plateau d’Izouṛar par le chemin le plus oriental, Ṭriq Aqqa. On traverse le plateau, puis on franchit successivement le Tizi n Teṛrisin et le Tizi n Terboula. De là on débouche, à Zaouïa Aḥansal, dans la vallée de l’Ouad Aït Messaṭ. On descend cette rivière jusqu’à son confluent avec l’Ouad el Ạbid, et on gagne Ouaouizert. On compte un jour de l’Oussikis à Zaouïa Aḥansal, et deux jours de la zaouïa à Ouaouizert. Ce chemin a pour les caravanes l’avantage de passer par Zaouïa Aḥansal, résidence d’un puissant chef religieux de qui elles prennent l’ạnaïa. Ce marabout est la ressource habituelle de ceux qui voyagent chez les Aït Messaṭ.
[100]Lorsque nous nous rapprocherons du sud, nous emploierons souvent le mot de Chleuh pour désigner la race à laquelle appartiennent les populations, afin de marquer qu’elles sont composées d’Imaziren blancs « Chellaha », et non d’Imaziren noirs « Haratîn ».
[101]On donne le nom de feggara à des canaux souterrains offrant des jours de distance en distance : ces jours sont d’ordinaire très rapprochés : il est rare qu’ils aient 10 mètres d’espace de l’un à l’autre.
II.
BASSIN DE L’OUAD DRA.
Le cours du Dra se divise en trois portions : cours supérieur, depuis les sources des ouads Idermi et Dâdes jusqu’au point où ces cours d’eau se réunissent ; cours moyen, depuis ce confluent jusqu’à Mḥamid el Ṛozlân ; cours inférieur de Mḥamid el Ṛozlân à l’Océan.
Dans le cours supérieur, point de rivière portant le nom de Dra : deux torrents, dont la réunion formera le fleuve, roulent au pied de l’Atlas leurs eaux froides et impétueuses ; les rives en sont presque constamment bordées de villages et de cultures : région montagneuse ; végétation des pays froids : les crêtes du Grand Atlas se dessinent tout près des vallées en longue masse blanche ; dans les fonds, point de palmiers : des oliviers, des figuiers, des noyers.
Dans son cours moyen, l’Ouad Dra, formé de la réunion des deux rivières précédentes, prend une nouvelle direction : il coule perpendiculairement à l’Atlas et s’enfonce dans le sud : c’est un large fleuve, au cours majestueux, faisant miroiter ses belles ondes, claires et paisibles, à l’ombre de palmiers innombrables : il coule sans interruption entre les dattiers et les villages, oasis longue de 40 lieues, pays le plus beau et le plus riche du Maroc. Il a presque toujours une eau abondante ; que, par extraordinaire, elle manque dans son lit, les nombreux canaux qui le bordent en restent pleins. La vallée est bordée de montagnes qui vont s’abaissant et s’écartant à mesure qu’elles s’avancent vers le sud.
Dans le cours inférieur, plus un dattier, plus une maison : au sortir d’El Mḥamid, l’Ouad Dra entre dans le désert ; il y reste jusqu’à la mer. Il coule en plaine ; plus d’eau ; son lit à sec s’élargit démesurément ; ses bords sont aussi désolés qu’ils étaient riants tout à l’heure. Sa direction a changé : il a fait un coude brusque à angle droit, et il se dirige vers l’Océan parallèlement aux crêtes de l’Atlas.
Nous allons nous occuper successivement de chacune de ces trois portions du cours de l’Ouad Dra.
1o. — BASSIN SUPÉRIEUR DU DRA.
Le bassin supérieur du Dra se compose de ceux des deux rivières dont la jonction forme ce fleuve : l’Ouad Dâdes et l’Ouad Idermi.
Nous allons étudier séparément chacun de ces deux cours d’eau.
Ouad Dâdes.
L’Ouad Dâdes prend sa source dans le Grand Atlas : il traverse, en descendant, les districts ci-dessous qui se succèdent immédiatement les uns aux autres : Imdras, Aït Atta, Aït Seddrât, Dâdes, Aït Iaḥia, Isḥiḥen, Imeṛrân, Aït Bou Delal. Au-dessous d’Aït Bou Delal, il s’unit à l’Ouad Idermi au kheneg de Tarea. La jonction des deux rivières forme l’Ouad Dra. L’Ouad Dâdes, par l’importance de son volume d’eau, est la principale source du fleuve.
Le district d’Imdras est formé de quelques qçars tous situés sur l’Ouad Dâdes : l’Imdras est habité par une fraction des Aït Melṛad (Berâber). Il ne se compose que d’une djemaạa, c’est-à-dire qu’il ne forme politiquement qu’un seul groupe.
Le district d’Aït Atta est aussi composé de qçars s’élevant tous sur les rives mêmes de l’Ouad Dâdes : il est habité par des Aït Atta (Berâber) ; il se divise en deux groupes ou djemaạas, le Semṛir et l’Oussikis, le premier en amont, le second en aval.
Le district d’Ait Seddrât se compose également de qçars situés sur les rives mêmes de l’Ouad Dâdes ; les habitants en sont des Aït Seddrât ; ils ont leur chikh el ạam particulier ; ce district ne forme qu’une djemaạa. Le principal de ses qçars est celui d’Aït Saoun : on appelle quelquefois de son nom tout le district, pour le distinguer du grand nombre d’autres régions peuplées d’Aït Seddrât.
Le district du Dâdes ne se compose, comme les précédents, que de qçars situés au bord même de l’Ouad Dâdes. Le Dâdes est habité partie de Draoua (Ḥaraṭîn), partie de Berâber, partie d’Aït Seddrât. Ces derniers sont les plus nombreux : Draoua, Berâber et Aït Seddrât sont mélangés et dans les djemaạas et dans les qçars ; tout le pouvoir est entre les mains des Aït Seddrât et des Berâber. Le Dâdes est divisé en six groupes ou djemaạas ; chacun d’eux a son chikh el ạam particulier : il n’y a de chikh supérieur, réunissant plusieurs djemaạas sous son autorité, que dans des cas exceptionnels, lorsque des djemaạas s’unissent pour une guerre. Voici les noms de ces six subdivisions du Dâdes, dans l’ordre où on les trouve en descendant le cours de l’ouad : Aït Temouted, Aït Ouniṛ, Aït Ḥammou, Aït ou Allal, Iourtegin, Arbạ Mia. Les chikh el ạam qui administrent chacune de ces djemaạas n’ont pour fonction que d’en gérer les affaires générales : ils ne se mêlent point du gouvernement particulier des qçars : chacun de ceux-ci s’administre comme il l’entend, réglant ses affaires à sa guise et se battant avec les localités voisines à tout instant. Les guerres, journalières entre qçars, sont rares entre djemaạas, et ne deviennent presque jamais générales. Cette façon de se gouverner, ces querelles intestines sont des coutumes invariables des Aït Seddrât : elles existent et dans toute leur tribu et dans les régions où, comme ici, ils dominent.
Le district d’Ait Iahia appartient aux Aït Seddrât : dans chaque qçar se trouvent, mélangés avec eux, un petit nombre de Draoua (Ḥaraṭîn) ; mais ils n’ont aucune part aux affaires. L’Aït Iaḥia ne forme qu’une djemaạa : il a son chikh el ạam particulier. Comme les districts précédents, celui-ci se compose de qçars situés sur les bords de l’Ouad Dâdes. L’Aït Iaḥia peut mettre sur pied environ 1500 fusils.
Le district d’Ishihen. Les Isḥiḥen sont encore des Aït Seddrât. Comme les Aït Iaḥia, comme leurs frères du Dâdes et d’Aït Saoun, ils ne sont pas une fraction homogène de la tribu des Aït Seddrât, mais un mélange d’Aït Zouli et d’Aït Meḥelli, de tous les groupes. L’Isḥiḥen a un chikh el ạam particulier : il ne forme qu’une seule djemaạa. Même remarque que pour le Dâdes et les autres pays d’Aït Seddrât : ce chikh el ạam, apparence de gouvernement régulier, n’empêche pas les guerres continuelles de qçar à qçar. Les Isḥiḥen forment environ 200 fusils.
Le district d’Imerrân appartient à la grande tribu, moitié sédentaire, moitié nomade, qui porte ce nom. Elle possède ce district sur l’Ouad Dâdes, occupe une vaste région au nord de cette rivière et étend ses tentes sur la partie occidentale du Djebel Saṛro. La portion de l’Ouad Dâdes possédée par les Imeṛrân se divise en quatre djemaạas : ce sont, en descendant la rivière, celles de Taṛzout Imeṛrân, d’Imasin, de Tamesraout, et d’Assaka. Elles ont chacune leur chikh el ạam et se gouvernent séparément. Les qçars sont tous sur les rives mêmes de l’ouad.
Le district d’Aït Bou Delal se compose d’une douzaine de qçars situés sur les bords de l’Ouad Dâdes : le principal d’entre eux est Zaouïa Sidi Felaḥ ; on se sert quelquefois de son nom pour désigner tout le groupe dont il fait partie.
Les districts que nous venons d’énumérer sont, ainsi que le bassin entier de l’Ouad Dâdes, indépendants du sultan.
I. — District du Dâdes.
Voici les principaux qçars dont il se compose : tous sont sur les bords mêmes de l’Ouad Dâdes.
| RIVE DROITE : | ||||
| Aït Mesạoud | ⎫ ⎪ ⎬ ⎪ ⎭ | Aït Temouted. | 30 | fusils. |
| Iṛerm Melloul | 40 | |||
| Qçar Zida | 60 | |||
| Iṛerm n Imzil | 200 | |||
| Tiṛremt Aït Ạli ou Iaḥia | 10 | |||
| Tarmoucht | Aït Ouniṛ. | 30 | ||
| Aït Bou Iousef (3 qçars) | ⎫ ⎪ ⎬ ⎪ ⎭ | Aït Ḥammou. | 60 | |
| El Ḥara | 100 | |||
| Tilmiouin (2 qçars) | 40 | |||
| Aït Mezber | 100 | |||
| Aït Kasi ou Ạli (3 tiṛremts) | ⎫ ⎪ ⎬ ⎪ ⎭ | Aït ou Allal. | 150 | |
| Khemîs Sidi Bou Iaḥia (marché) | ||||
| Qoubba Sidi Bou Iaḥia (qoubba isolée) | ||||
| Aït b Oulman | 60 | |||
| Amdnar | ⎫ ⎬ ⎭ | Iourtegin. | 40 | |
| Ifri | 50 | |||
| Tiilit | 60 | |||
| Aït Bou Ḥeddou | ⎫ ⎪ ⎪ ⎪ ⎪ ⎪ ⎬ ⎪ ⎪ ⎪ ⎪ ⎪ ⎭ | Arbạ Mia. | ||
| Imzouṛ | ||||
| Iṛerm n Igran | ||||
| Taourirt Izknasen | ||||
| Taourirt Izknasen | ||||
| Cheurfa Aït Bou Ạmran | ||||
| Aït Haroun | ||||
| Zaouïa Aït Bou Bekr | ||||
| Azdag | ||||
| Cheurfa Aït Bou Ạmran | ||||
| Zaouïa el Oustia Aït Bou Ạmran | ||||
| Cheurfa Aït Taltmanart | ||||
| Cheurfa Aït Bou Ạmran | ||||
| RIVE GAUCHE : | ||||
| Aït Selîman | ⎫ ⎬ ⎭ | Aït Temouted. | 50 | fusils |
| Akboub | 30 | |||
| Aït Iidir | 20 | |||
| Aït Slillo | ⎫ ⎬ ⎭ | Aït Ouniṛ. | 100 | |
| Tiṛremt Aït Merset | 10 | |||
| Aït b Oumal | 150 | |||
| Tiṛremt Ḥamed | ⎫ ⎪ ⎬ ⎪ ⎭ | Aït Ḥammou. | 20 | |
| Aït Ḥamed | 20 | |||
| Aït Ioud | 20 | |||
| Tiṛremt Aït Mezber | 20 | |||
| Aït Bou Bekr | 20 | |||
| Aït Bou Allal | ⎱ ⎰ | Aït ou Allai. | 60 | |
| Aït ou Ez Zin | 50 | |||
| Tagenza (Zaouïa Aït Sidi El Boṛdad) | ⎫ ⎪ ⎬ ⎪ ⎭ | Iourtegin. | 30 | |
| Iattasen | 50 | |||
| Aserṛin | 20 | |||
| Tiṛremt Kasi | 20 | |||
| Aït El Ḥaseïn | 50 | |||
| Imzouṛ | ⎫ ⎪ ⎪ ⎪ ⎪ ⎪ ⎬ ⎪ ⎪ ⎪ ⎪ ⎪ ⎭ | Arbạ Mia. | 100 | |
| Zaouïa Fouqania Sidi Dris | ||||
| El Mạïach | ||||
| Zaouïa Sidi Dris | ||||
| Aït Aqqo ou Ạli | ||||
| Aït Haroun | ||||
| Aït Bou Bekr | ||||
| Azdag | ||||
| Zaouïa Aït Sidi Mouloud Fouqania | ||||
| Zaouïa Aït Sidi Mouloud Taḥtania | ||||
| Aït Ioul | ||||
| Aït Bou Bekr | ||||
Les marchés du Dâdes sont : le Khemîs Sidi Bou Iaḥia, l’Arbạa Imzouṛ, l’Arbạa Aït b Oumal.
Il y a au Dâdes deux mellaḥs.
II. — District d’Aït Iahia.
Il se compose des qçars suivants, tous situés dans la vallée de l’Ouad Dâdes, les uns sur ses rives mêmes, les autres sur celles de l’Ouad Imgoun, auprès de son confluent. C’est à Tagnit Ba Ḥammou d Aït Ṭaleb que cette rivière se jette dans l’Ouad Dâdes. Les qçars de la rive droite situés au-dessous de Tagnit sont donc sur l’Ouad Dâdes même ; ceux qui sont au-dessus se trouvent sur l’Ouad Imgoun. Mais ces localités sont si rapprochées les unes des autres, si groupées que, bien que sur deux rivières différentes, elles sont toutes dans la vallée de l’Ouad Dâdes.
Voici les qçars dont l’ensemble forme le district d’Aït Iaḥia, dans l’ordre où on les trouve en descendant la vallée :
- RIVE DROITE :
- Tiṛremt Ifertioun.
- Aït Er Râmi.
- Ibaraḥen.
- Aït Abbou.
- Ilouaḥen.
- Ikazzour.
- Tagnit Aït Moḥo.
- Tagnit Ba Ḥammou d Aït Ṭaleb.
- Tiṛremt Aït El Ḥasen.
- Tiṛremt Ouazen.
- Aït Er Ridi.
- El Ḥara.
- Taourirt.
- Aït Tazarin.
- Tirigiout.
- Ikeddaren.
- Aït Igmad.
- RIVE GAUCHE :
- Zaouïa Ouad Zfal.
- Aïlkemt.
- Aït ou Addar.
- Timichcha (8 qçars).
Pas de marché dans le district d’Aït Iaḥia.
Dans l’Aït Iaḥia, comme dans le Dâdes, les deux rives de l’ouad sont bordées d’un ruban non interrompu de cultures : mais elles sont un instant désertes entre les deux districts ; à cet endroit, la rivière traverse une petite gorge inculte et inhabitée de 1200 à 1400 mètres de long : c’est la frontière.
III. — District d’Ishihen.
Tous les qçars qui composent l’Isḥiḥen sont sur les bords de l’Ouad Dâdes. Celui-ci a, sur toute la longueur du district, ses deux rives garnies d’une bande continue de cultures. Avant d’y entrer, il a été quelque temps désert : entre l’Aït Iaḥia et l’Isḥiḥen, il a traversé une gorge inculte et inhabitée qui forme frontière entre eux ; la longueur de ce désert est égale à la distance de Taourirt à Asfalou (Todṛa). Voici les qçars dont se compose l’Isḥiḥen, dans l’ordre où on les trouve en descendant la rivière :
| RIVE DROITE : | ||
| Tiṛremt Aït Sidi Ạli | ⎫ ⎪ ⎪ ⎪ ⎬ ⎪ ⎪ ⎪ ⎭ | portant le nom collectif de Tiṛrematin Aït nAglou. |
| » Aït ou BenẠli | ||
| » Isso ouMḥammed | ||
| » Ben Zizi | ||
| » Ibaraḥen | ||
| » IbaraḥenTaḥtia | ||
| » Isso ouḤamed | ||
| » Ḥammou d AïtIoub. | ||
| Taria[102] Aït Ạmer. | ||
| Taria Aït Ạli ou Moḥa. | ||
| Taria Ben Sekri. | ||
| Tiṛremt Taria ạla sagia Imeṛrân. | ||
| RIVE GAUCHE : | ||
| Aït Bakhous. | ||
| Tiṛremt Issoun Ben Touda. | ||
| Tiṛremt Ạli Ḥeddou. | ||
| Tiṛremt Ḥeddou Nzaha (Aït Isso). | ||
| Tiṛremt Aït el Mạllem. | ||
| Tiṛremt Aït Ḥeddou. | ||
| Aït Iqqo. | ||
| Tiṛremt Aït Ḥeddou ou Sạïd. | ||
| Tiṛremt Ousfia. | ||
| Distances : | d’Aït Bakhous à Tiṛremt Ousfia, 2 fois comme de Taourirt à Tinṛir (Todṛa). |
| Aït n Aglou est en face d’Aït Bakhous. | |
| Tiṛremt Taria ạla sagia Imeṛrân est en face de Tiṛremt Ousfia. |
Il n’y a dans l’Isḥiḥen ni zaouïa, ni marché, ni Juifs.
IV. — District d’Imerran.
La portion de la grande tribu des Imeṛrân qui habite, sur l’Ouad Dâdes, ce district, auquel elle a donné son nom, comprend les qçars qu’on va lire, tous sur le cours même de la rivière. Les bords de celle-ci sont, dans tout le district, garnis d’une double bande de cultures qui ne s’interrompt qu’à un seul endroit et sur un très court espace, entre Tiṛremt Aït Brahim et Tiṛremt Aït Temoudout. Entre l’Isḥiḥen et l’Imeṛrân, la vallée est un instant déserte ; l’ouad y traverse une petite gorge inculte et inhabitée : on l’appelle Khela Igrikan ; elle forme la limite entre les deux districts. Ce désert a peu de longueur : autant qu’il y a de distance de Tamnougalt à Takatert.
| RIVE DROITE : | ||||
| Aït Ḥammou ou Fekou | ⎫ ⎪ ⎪ ⎪ ⎪ ⎪ ⎬ ⎪ ⎪ ⎪ ⎪ ⎪ ⎭ | Taṛzout. | 25 | fusils. |
| Tiṛremt El Ḥasen d Aït Isso | 8 | |||
| Tiṛremt Aït Assa | 12 | |||
| Aït Ben Sạïd | 7 | |||
| Talat n Tanout (Cherifs. 3 qçîbas) | 12 | |||
| Iạraben | 8 | |||
| Ạli Aït El Ḥasen ou Sạïd | 2 | |||
| Tiṛremt Ou Tmakecht | 3 | |||
| Tiṛremt Sạïd d Aït Lalla | 8 | |||
| Cheurfa Aït Moḥammed | 15 | |||
| Iṛrem Aqdim | 20 | |||
| Moulei Iousef d Aït Ba El Ḥasen | 20 | |||
| Ifran Ạli ou Reḥo | ⎫ ⎪ ⎪ ⎬ ⎪ ⎪ ⎭ | Imasin. | 3 | |
| Tiṛremt Moulei Es Sṛîr | 30 | |||
| Tiṛremt Aït Ạbd Allah | 15 | |||
| Aït Bou Mesḥaoul | 20 | |||
| Cheurfa El Bour | 40 | |||
| Mesgoug | 20 | |||
| Tigemmi Tazouggaṛt Aït El Ḥaseïn | ⎫ ⎬ ⎭ | Tamesraout | 15 | |
| Tiṛremt Aït ou Ạggoun | 10 | |||
| Tiṛremt Aït Brahim | 20 | |||
| Tiṛremt Aït Temoudout | ⎫ ⎪ ⎬ ⎪ ⎭ | Assaka. | 40 | |
| Tiṛremt Bou Ouchchan | 20 | |||
| Tiṛremt Aït Kelb ou Ouchchen | 20 | |||
| Tiṛremt Azarif | 12 | |||
| RIVE GAUCHE : | ||||
| Taleint Bou Ḥeddou | ⎫ ⎪ ⎪ ⎪ ⎪ ⎪ ⎬ ⎪ ⎪ ⎪ ⎪ ⎪ ⎭ | Taṛzout. | 70 | fusils. |
| Tiṛremt Iderdar | 7 | |||
| Tiṛremt Izeggaren | 2 | |||
| Tiṛremt Ḥammou d Aït Ạli | 1 | |||
| Tiṛremt Imi n Ichil | 7 | |||
| Agerd Oumerri | 3 | |||
| Agerd Aït Zaïneb | 4 | |||
| Amerdoul (10 tiṛremts) | 50 | |||
| Aït Zaneṭ | 12 | |||
| Tiṛremt Ạaraben | 8 | |||
| Aït Gendou (4 tiṛremts) | 50 | |||
| Bou Iqba (8 tiṛremts) | 45 | |||
| Amerdoul Aït Imi (8 tiṛremts) | 50 | |||
| Tiṛremt Aït Ḥaddou ou Ạmr | ⎫ ⎪ ⎬ ⎪ ⎭ | Assaka. | 10 | |
| Tiṛremt Aït Moḥammed | 20 | |||
| Tiṛremt Idir Aït Temoudout | 12 | |||
| Tiṛremt Aït Iddi Ikniouin | 10 | |||
| Tiṛremt Bou Tezouerin | 8 | |||
| Distances : | d’Aït Ḥammou ou Fekou à Ifran comme deux fois de Taourirt à Tinṛir (Todṛa). |
| D’Ifran à Mesgoug comme de Tamnougalt à Asellim. | |
| De Mesgoug à Tiṛremt Aït Brahim comme de Taourirt à Tinṛir. | |
| De Tiṛremt Aït Brahim à Tiṛremt Aït Temoudout comme deux fois de Taourirt à Tinṛir. | |
| De Tiṛremt Aït Temoudout à Tiṛremt Azarif comme de Tamnougalt à Asellim. |
Entre Tiṛremt Aït Brahim et Tiṛremt Aït Temoudout, l’Ouad Dâdes traverse une petite gorge déserte : c’est le seul point de l’Imeṛrân où les rives en soient inhabitées.
Un marché, le Ḥad Imasin, au bord de la rivière, entre Mesgoug et Tiṛremt Aït Ạbd Allah.
Point de Juifs.
V. — Affluents de l’Ouad Dâdes.
L’Ouad Dâdes a peu d’affluents sur sa rive gauche : ceux qu’il y reçoit sont peu importants et ont des cours déserts. Sur sa rive droite, au contraire, il en reçoit un assez grand nombre, et parmi eux de considérables. Beaucoup traversent des lieux habités : la région comprise entre l’Ouad Dâdes et le Grand Atlas est très peuplée.
Voici les quelques affluents dont nous avons pu savoir les noms : c’est une liste fort incomplète.
RIVE GAUCHE :
Ouad Tagmout. — (Ayant son confluent dans le Dâdes ; cours désert.)
Ouad Aqqa el Medfa. — (Ayant son confluent dans l’Imeṛrân ; cours désert.)
RIVE DROITE :
Achil Sidi Bou Iahia. — (Ayant son confluent à Qoubba Sidi Bou Iaḥia, dans le Dâdes.)
Ouad Imgoun. — (Ayant son confluent à Tagnit Ba Ḥammou d Aït Ṭaleb. Il arrose les territoires de plusieurs tribus ; il fera l’objet d’un article spécial.)
Ouad Iserki. — (Ayant son confluent dans l’Aït Bou Delal). Il prend sa source dans le Grand Atlas et arrose successivement les qçars suivants appartenant à la tribu des Imeṛrân :
- Dar Aït Iaḥia.
- Oumm er Remman.
- Dar Aït Moulei.
- Tidrest.
De plus, entre Dar Aït Moulei et Tidrest, se trouvent, à une heure de distance de l’ouad, sur le flanc gauche de sa vallée, les quatre qçars suivants :
- Tiflit.
- Timtedit.
- Iṛerm n Tizi.
- Iṛerm Amellal.
Ils appartiennent aussi aux Imeṛrân.
| Distances : | de l’Ouad Iserki à Tikirt, une petite journée de marche. |
| De l’Ouad Iserki à Tizgi, une petite journée de marche. |
Cette énumération est très incomplète : il y manque, entre autres, les rivières arrosant d’autres portions des Imeṛrân et celles de la grande tribu des Haskoura.
OUAD IMGOUN. — Il prend naissance au Djebel Tarkeddit, dans le Grand Atlas : en descendant, il arrose trois tribus dont il porte successivement les noms pendant qu’il est sur leurs territoires : on l’appelle d’abord Ouad Tourza Aït Sekri, puis Ouad Aït Ḥamed, enfin Ouad Imgoun. Le premier district qu’il traverse est celui de Tourza Aït Sekri ; il se compose d’une certaine quantité de qçars qui appartiennent tous aux Imeṛrân : ce sont, en descendant :
| Aït ou Aḥman (groupe de 7 qçars). | 150 fusils. |
| Aït Daoud (groupe de 7 qçars). | 200 |
| Aït Mousa ou Daoud (groupe de 8 qçars). | 200 |
| Aït Toumert (groupe de 8 qçars). | 150 |
De là il passe dans la tribu des Aït Ḥamed : il y arrose un assez grand nombre de localités ; elles forment toute la tribu : celle-ci compte environ 700 fusils. Elle est isolée et indépendante.
Des Aït Ḥamed, il entre dans le territoire des Imgoun : il y arrose successivement les qçars suivants :
| Agouti | rive droite. |
| El Ḥout | rive droite. |
| Bou Teṛrar | rive droite. |
| Aït Qlạa | rive gauche. |
| Tazrout. | |
| Azrou. | |
| Aït Ḥammou ou Iaḥia. | |
| Cheurfa Iifar. | |
| Iberroussen. | |
| Tiṛremt Izouralen d Aït Ḥammou ou Iaḥia. | |
| Tabarkhast. | |
| Tazrout. | |
| Ouarsdik. | |
| Tabaouchit. | |
| Aït Irmaḍ d Imgoun. | |
| El Mirna. | |
| Zaouïa Agerd. | |
| Talmout. | |
| Er Reken. | |
| El Qlạa. | |
| Ḥara Imroudas. | |
| Aït Meṛrar. |
Ces qçars, avec trois autres situés sur l’Ouad Aït Meraou, et dont nous parlerons plus bas, composent toute la tribu d’Imgoun. Au-dessous d’Aït Meṛrar, l’Ouad Imgoun n’arrose que les quelques localités du district d’Aït Iaḥia énumérées plus haut, puis il se jette dans l’Ouad Dâdes.
| Distances : | de l’Aït Iaḥia à Aït Meṛrar comme de Tiilit à Khemîs Sidi Bou Iaḥia. |
| D’Aït Meṛrar à Aït Qlạa comme de Tiilit à Aït Iidir. | |
| D’Aït Meṛrar à Bou Teṛrar comme de Tiilit à Aït Iidir. | |
| De Bou Teṛrar à Agouti comme de Tiilit à Aït Iidir. | |
| De Bou Teṛrar aux premiers qçars de Tourza Aït Zekri comme de l’Aït Iaḥia à Aït Iidir. |
Il n’y a point de désert entre l’Imgoun et l’Aït Iaḥia : les rives de l’Ouad Imgoun sont, entre ces territoires comme dans chacun d’eux, bordées d’une ligne continue de cultures.
Il existe deux mellaḥs sur l’Ouad Imgoun, l’un et l’autre dans la tribu d’Imgoun.
Un marché, le Tlâta Imgoun.
AFFLUENTS. — L’Ouad Imgoun reçoit sur sa rive gauche l’Ouad Aït Meraou, qui s’y jette à Aït Qlạa.
Ouad Ait Meraou. — Il prend sa source dans le Grand Atlas, puis arrose le territoire des Aït Meraou : cette tribu se compose d’un certain nombre de qçars échelonnés sur les bords de l’ouad ; elle compte 700 ou 800 fusils. Au-dessous des Aït Meraou, la rivière entre dans la tribu des Imgoun, où elle passe par les trois qçars suivants, avant de se jeter dans l’Ouad Imgoun :
- Igourramen.
- Taria Aït Meraou (très grand qçar ; 200 fusils et 50 chevaux).
- Timstiggit.
VI. — Renseignements sur quelques tribus au nord de l’Ouad Dâdes.
Les pentes du Grand Atlas, au nord de l’Ouad Dâdes, sont habitées par une population nombreuse. Elles appartiennent à plusieurs tribus dont les principales sont : à l’est, divers groupes des Aït Melṛad (subdivision des Aït Iafelman, qui sont eux-mêmes une fraction des Berâber) ; à l’ouest, les Imeṛrân et les Haskoura.
IMERRAN. — C’est une grande tribu pouvant mettre sur pied 3000 à 3500 fusils et 150 chevaux : elle est chleuḥa et ne parle que le tamaziṛt ; elle est indépendante. Les Imeṛrân ont des tentes et surtout des qçars. Les tentes sont dans le Saṛro et sur les pentes méridionales du Grand Atlas. Les qçars forment un grand nombre de districts dont voici les principaux :
Imerrân (sur l’Ouad Dâdes ; les qçars en ont été énumérés plus haut).
Tourza Aït Sekri (sur l’Ouad Imgoun ; les qçars en ont été énumérés plus haut).
Ahel Ouad Iserki (sur l’Ouad Iserki ; les qçars en ont été énumérés plus haut).
Igernan (situé à 2 jours de l’Imasin, à 2 j. du Telouet, à 3 j. de Demnât).
Ikandoul (ou Kandoula) (à 1 jour de l’Igernan, à 3 j. du Telouet, à 1 j. de l’Imasin : le chemin de l’Imasin traverse le Tizi n Taddart).
Aït Iahia ou Ali (à 2 jours de l’Imasin, à 1 j. de Demnât, tout près du Telouet).
Aït Hammou ou Ali (touche à l’Aït Iaḥia ou Ạli).
Zaouïa Aït Zerrouq (à 2 jours de l’Imasin, à 2 j. de Demnât, à 2 j. 1/2 du Telouet).
Ait Outfaou (à 1 jour 1/2 de l’Imasin, à 2 j. du Telouet, à 1/2 journée de Tourza Aït Sekri).
Tirrematin Igelmouz (4 qçars. — A 1 petite journée de l’Imasin, à 1/2 j. de Tourza Aït Sekri, à 1/2 j. de l’Aït Outfaou, à 2 j. du Telouet).
Targanada (à 1/2 jour de l’Imasin, à 1 j. 1/2 du Telouet, à 1 j. de Tourza Aït Sekri, à 1 j. de l’Ouarzazât).
Igli Aït Zarar (à 1 jour de l’Imasin, à 1 j. de Tourza Aït Sekri, à 1 j. de l’Ouarzazât).
Timicha (à 1 jour de l’Imasin, à 1 j. de Tourza Aït Sekri, à 1 j. de l’Ouarzazât ; du district de Timicha à celui d’Igli Aït Zarar, même distance que d’Ourika à Ouriz ; une rivière passe entre eux : l’Igli est sur la rive droite, le Timicha sur la gauche).
Tindout (sur la même rivière que le Timicha, mais plus bas : du Tindout au Timicha comme de Tesaouant à Ourika).
Les diverses fractions des Imeṛrân se gouvernent d’une manière identique : elles s’unissent par groupes plus ou moins nombreux, et chacun d’eux élit un chikh el ạam.
Il existe chez les Imeṛrân quatre mellaḥs : dans le Targanada, l’Igli Aït Zarar, le Timicha et le Tindout.
HASKOURA. — Les Haskoura sont une nombreuse tribu comprenant plus de 200 qçars.
VII. — Itinéraires.
1o DE L’IMASIN A TOURZA AIT SEKRI. — Pour aller de l’Imasin aux qçars de Tourza Aït Sekri, sur le haut Ouad Imgoun, on quitte l’Ouad Dâdes dès le départ et on gagne d’abord l’Ouad el Melḥ : ce dernier est une rivière qui prend sa source dans le désert de Timasinin, puis qui descend vers l’Imasin ; avant d’y parvenir et d’atteindre l’Ouad Dâdes, elle déverse ses eaux dans une dépression nommée Issin Imaṛiren : il se forme là un vaste marais qui n’a pas d’écoulement et ne communique point avec l’Ouad Dâdes. Lorsque ce marais se dessèche, on ramasse beaucoup de sel dans son lit. On remonte ensuite l’Ouad el Melḥ jusqu’au Khela Timasinin ; on traverse ce désert : à son extrémité se trouvent la vallée de l’Ouad Imgoun et les qçars de Tourza Aït Sekri. — Il y a une journée et demie de chemin entre l’Imasin et Tourza Aït Sekri ; la nuit se passe dans le désert, dans la plaine d’Azbed.
2o COLS DANS LE GRAND ATLAS. — Le Grand Atlas, quoique très élevé et presque toujours couvert de neige entre l’Ouad Dâdes et le bassin de l’Oumm er Rebiạ, est percé de plusieurs cols praticables toute l’année ; quand les neiges couvrent l’un d’eux d’une couche trop épaisse, on attend huit, dix, quinze jours au village le plus rapproché, ou bien on essaie de passer par un autre : en aucune saison les relations ne sont interrompues entre les deux versants de la chaîne. Les quatre principaux cols sont, en allant de l’est à l’ouest :
Tizi ou Rijimt (chemin de l’Ouad Imgoun), Tizi Aït Imi (chemin de l’Ouad b Ougemmez), Tizi Tarkeddit, Tizi Amzoug.
Ouad Idermi.
I. — Ouad Idermi.
L’Ouad Idermi, dont la réunion avec l’Ouad Dâdes forme l’Ouad Dra, résulte du confluent de deux rivières : l’Ouad Iounil et l’Ouad Imini : ce confluent se trouve entre Tazentout et Tikirt. A peu de distance au-dessus de ces points, les deux cours d’eau avaient reçu, chacun sur leur rive droite, un tributaire d’une importance égale à la leur, savoir : l’Asif Marṛen, se jetant dans l’Ouad Iounil entre Tazleft et Tamdakht ; l’Ouad Iriri, se jetant dans l’Ouad Imini entre Tizgzaouin et Imzouṛen.
Nous allons étudier séparément chacune de ces quatre rivières, puis nous passerons à l’Ouad Idermi.
1o OUAD IOUNIL. — On l’appelle aussi quelquefois Ouad Bou Felfoul. Les eaux en sont douces. Il prend sa source au Djebel Anṛemer ; il passe d’abord par les villages de :
Tirza, Zaouïa Bou Felfoul.
Puis il entre dans le district d’Ounila, appelé aussi Iounilen, et y arrose successivement les villages de :
Iṛris, Aït Sidi Ạïssa, Anmiṭer, Irounan, Timsal, Angelz, Tiourassin, Tiferoui[103].
De là il entre dans le district d’Assaka, où il arrose :
Timellilt, Tagendouzt, Tajegjit, Aït Ḥeddou, Aït Oumaziṛ, Bedaan, Tametkal, Zaouïa Igourramen, Aït Alla, Ida ou Tazert, Ạnd Aït Mesạoud[104].
Ensuite il passe dans le district de Tizgi, où il arrose :
Takerrat, Zaouïa Igourramen, Berda, Toṛora, Tizgi[105].
De là il passe dans celui d’Aït Zaïneb, où il arrose :
Tamakoucht, Achahod, Aït Fers, Tigert, Taïfst, Ouaounsemt, Tazleft, Tamdakht, Asfalou, Aït b Oulman, Aït Ạïssa, Itelouan, Agilan, Taselmant, Tabouraḥt, Tazentout[106].
Sur tout son cours, depuis Zaouïa Bou Felfoul jusqu’à Tazentout, ses deux rives sont cultivées. Il a généralement de l’eau toute l’année.
La réunion des deux villages de Tazleft et de Tamdakht, entre lesquels l’Asif Marṛen se jette dans l’Ouad Iounil, porte le nom de Teççaïout.
Les villages de cette région ont en moyenne de 200 à 500 habitants ; Tizgi peut en avoir 500 ou 600 ; Tiourassin, la première Zaouïa Igourramen, Aït Ạïssa et Tikirt, de 600 à 800.
La portion de désert s’étendant entre Itelouan (Ouad Iounil) et le Tammast (Ouad Idermi) porte le nom de Khela Afella Ifri.
2o ASIF MARREN. — On l’appelle aussi Ouad el Melḥ et Ouad Tamdakht. Ses eaux sont douces dans son cours supérieur, jusqu’à Imirṛen : là elles traversent de grands gisements de sel et deviennent salées. Il prend sa source dans le Grand Atlas, à l’ouest du Djebel Anṛemer : de là il traverse d’abord la plaine du Telouet, y recevant sur sa rive droite plusieurs petits affluents, au bord desquels se trouvent la plupart des villages du district.
Dans le Telouet, l’Asif Marṛen arrose successivement :
Adaḥa, rive droite ; Imi n Zgi, rive droite ; Imirṛen, rive droite.
Entre ces deux derniers points, il y a un court désert. Après Imirṛen, la rivière sort du Telouet. Elle traverse le désert d’Assaka Ourami.
Puis ses bords se couvrent de cultures, et elle arrose :
Timountout Fouqia (avec une source d’eau douce, Ạïn Amezouar), rive droite ; Timountout Taḥtia, rive droite.
Ces deux villages forment un district séparé : au-dessous, elle rentre dans un désert, celui d’Aounkou. Elle arrose ensuite un village isolé :
Tadellast, rive gauche.
Nouveau désert, puis autre village isolé :
Ankhessa (qoubba et zaouïa vénérées).
Nouveau désert jusqu’à Teççaïout : là elle entre dans le district d’Aït Zaïneb, et, avec Tazleft sur sa rive gauche, Tamdakht sur la droite, elle se jette dans l’Ouad Iounil.
L’Asif Marṛen a habituellement de l’eau dans son cours inférieur, d’Imirṛen à Teççaïout ; au-dessus d’Imirṛen, il n’en a que rarement, au moment des grandes pluies ou à celui de la fonte des neiges : l’eau des ruisseaux qui devraient l’alimenter dans cette région est retenue pour l’irrigation du Telouet.
Le district du Telouet se compose des villages ci-dessous, dont trois sont situés sur le cours de l’Asif Marṛen, les autres sur des affluents de sa rive droite :
Tasga, Tarilast, Aït Ḥammou ou Ạli, Aït Baddou, Tabougoumt, Toumjoujt, Iṛil el Abian, Tamerranist, Areg, Haïndaken, Imaounin (appelé aussi Dar el Glaoui et Dar el Qaïd), Aachoun, Adaḥa, Imi n Zgi, Imirṛen.
Dans cette énumération, on a commencé par les villages du bassin supérieur, en descendant progressivement à ceux des affluents inférieurs. Entre Tarilast et Aït Ḥammou ou Ạli, se trouve la qoubba isolée de Sidi Mançour ou Ḥamed. A Imirṛen sont de vastes gisements salins : on y extrait le sel par grandes dalles semblables à celles du Tâdla.
AFFLUENT. — L’Asif Marṛen ne reçoit qu’un affluent, encore est-il de peu d’importance : c’est l’Ouad Tichka ; il descend du col de ce nom et se jette sur la rive droite de la rivière à Imirṛen.
3o OUAD IMINI. — On l’appelle aussi Ouad Tidili. Les eaux en sont douces. Il prend sa source au Djbel Tidili. Puis il entre dans le district de Tidili, où il arrose successivement une quinzaine de villages[107] dont les principaux sont :
Timjdout, Sour, Dir, Igadaïn, Ilṛman, Timzrit, Timkist, Asell.
Il passe de là dans le district de Tizgi n Ouzalim, où il arrose environ dix villages[108].
Il s’engage ensuite dans le district d’Imini, où il arrose successivement :
Iflilt, Iṛil, Tagnit, Afella Isli, Taourirt, Taskoukt, Amerzeggan, El Medina[109].
Il entre enfin dans le district d’Aït Zaïneb, où il arrose :
Tadoula, Tizgzaouin, Imzouṛen, Aït Bou Mḥind, El Mellaḥ, Zaouïa Sidi Ḥamed, Tikirt.
Sur tout son cours, depuis Timjdout jusqu’à Tikirt, l’Ouad Imini est cultivé.
L’Ouad Imini et l’Ouad Iriri coulent de même manière que l’Ouad Iounil : les villages sont exclusivement sur leurs bords, et le fond seul de leurs vallées est cultivé. Ces vallées sont semblables à celle de l’Ouad Iounil, fort étroites et fort encaissées jusque auprès de leur confluent, et s’élargissant à son approche. Entre elles, comme entre l’Ouad Iounil et l’Asif Marṛen, et comme entre l’Asif Marṛen et l’Ouad Imini, le désert est absolu. Le désert qui s’étend de l’Ouad Imini à l’Asif Marṛen s’appelle Khela Tamṛart.
Le principal village du Tidili est Timjdout ; le principal de l’Aït Zaïneb est Tikirt : il n’y en a point de marquant dans l’Imini.
AFFLUENT. — Hors l’Ouad Iriri, l’Ouad Imini ne reçoit qu’un affluent : l’Ouad Tamanat, petit cours d’eau sans importance descendant du col du même nom et se jetant sur sa rive gauche dans le Tidili.
4o OUAD IRIRI. — Les eaux en sont douces. Il prend sa source dans le Siroua. De là il entre dans la tribu des Ikhzama, tribu portant aussi quelquefois le nom d’Aït ou Zgiḍ, où il arrose successivement les trois villages suivants :
Tesakoust, Tourtit, Aït Nbdaz[110], rive droite.
Puis il entre dans un désert, où il coule pendant un certain temps.
De là il passe dans la tribu des Aït Ạbd Allah, où il arrose :
Azreg, Tagouïamt, Tasṛekht[111].
Puis il traverse le désert de Bou Izri.
En sortant de là, il entre dans la tribu des Aït Touaïa, où il arrose :
Tazeggert, Taoura, Seroub, Aït Bou Khtir, Ansekki, Zaouïa Iggourramen[112].
De là il se jette dans l’Ouad Imini, un peu au-dessus d’Imzouṛen.
| Distances : | de Tikirt à Tazeggert (pas de désert) | 3 heures. |
| De Tazeggert à Tasṛekht (désert) | 1/2 jour. | |
| De Tasṛekht à Azreg (pas de désert) | 1/2 heure. | |
| D’Azreg à Aït Nbdaz (désert) | 4 heures. | |
| D’Aït Nbdaz à Tesakoust (pas de désert) | 3/4 d’heure. |
AFFLUENTS. — L’Ouad Iriri reçoit deux affluents, l’un et l’autre sur sa rive gauche. Le premier est l’Ouad Amasin, s’y jetant entre Tesakoust et Tourtit ; le second, l’Ouad Bou Igouldan, s’y jetant un peu au-dessous de Tourtit.
Ouad Amasin. — Il prend sa source au Tizi n Ougdour. Il coule dans le désert jusqu’au village d’Amasin, l’un des principaux des Ikhzama. Il reste sur le territoire de cette tribu jusqu’à son confluent, sans arroser d’autre lieu habité.
| Distances : | d’Amasin à Tesakoust | 3 heures. |
| D’Amasin à Tizi n Ougdour | 1 heure 1/2. |
Ouad Bou Igouldan. — Il prend sa source dans le désert de Bou Igouldan. De là il passe dans la tribu des Aït Marlif, où il arrose 8 ou 10 villages dont les principaux sont :
Aṛbar, Agdour, Almid, Tlemsen, Tagdourt n Touda, Aït Tagdourt.
Puis il passe, pour n’en plus sortir, sur le territoire des Ikhzama, où il arrose le village d’Ourti, le seul de cette tribu qui soit sur son cours.
Les Aït Marlif reconnaissent nominalement la suprématie de Moḥammed ou Ạbd Allah, l’un des chikhs des Aït Tameldou. Leur tribu ne se compose que des villages qu’elle possède sur l’Ouad Bou Igouldan.
| Distance : | de Tourtit à Aït Tagdourt (sans passer par Ourti, qui est dans un coude de la rivière) | 1 heure 1/2. |
OUAD IDERMI. — Aussitôt après le confluent des deux rivières qui le forment, il s’enfonce dans une gorge étroite et déserte, appelée Khela Assaka, ayant pour flanc droit une haute croupe rocheuse très escarpée, Iṛrem n Ououl. Ce défilé forme la limite entre le district d’Aït Zaïneb et celui d’Ouarzazât. Après l’avoir franchi, l’Ouad Idermi entre dans ce dernier. Pendant tout le temps qu’il y demeure, il coule à l’ombre des palmiers et au milieu de riches villages. Le Ouarzazât se décompose en 3 subdivisions : il les traverse l’une après l’autre.
Il arrose d’abord celle de Tammast, où il baigne successivement les villages et les qçars de :
| Tiffoultout | rive gauche. |
| Aran | rive droite. |
| Aït Iousef ou Talil | rive gauche. |
| Tamasint | rive gauche. |
| Taṛramt | rive droite. |
| Fedragoum | rive gauche. |
De là il passe dans celle de l’Ouarzazât proprement dit, où il arrose :
| Zaouïa Sidi Ọtman (grand village de 300 familles) | rive droite. |
| Tamerzast | rive gauche. |
| Tabount | rive droite. |
| Tigemmi Djedid | rive droite. |
| Tadja | rive droite. |
| Taourirt | rive gauche. |
| Tazrout | rive droite. |
| Tenmasla | rive droite. |
| Qoubba Sidi Daoud (qoubba isolée, sans village) | rive gauche. |
| Aït Kedif | rive gauche. |
| Talet | rive droite. |
| Aourz | rive gauche. |
Puis il passe dans celle de Ṛalil, où il arrose :
| Tademricht (grand village avec zaouïa) | rive gauche. |
| Ḥebib | rive droite. |
| Ṛalil | rive droite. |
Là finit l’Ouarzazât. L’Ouad Idermi rentre dans le désert et y reste jusqu’au point où, s’unissant à l’Ouad Dâdes, il forme l’Ouad Dra. Ce désert s’appelle Khela Timikirt.
Les trois subdivisions et les villages que nous venons d’énumérer forment la totalité de l’Ouarzazât. Ce district est soumis au sultan, et surtout au qaïd des Glaoua, qui, fonctionnaire du makhzen au Telouet, est ici chef héréditaire. Il exerce son pouvoir avec douceur, à la façon des chikhs de Tikirt et de Tazenakht ; aussi s’aperçoit-on à peine dans le Ouarzazât qu’on est en blad el makhzen. Au-dessous de lui, trois chikhs, dont les ressorts ne répondent pas tout à fait aux trois subdivisions du pays, se partagent l’autorité. Ce sont : Chikh El Ḥoseïn ould Amṛar Mḥind, résidant à Tiffoultout ; un fils du qaïd des Glaoua, Chikh Ḥammadi, à Taourirt ; Chikh Ḥamma Ạli, à Tenmasla.
Il n’y a qu’un marché dans l’Ouarzazât : le Khemîs Sidi Ọtman. Les marchés sont fort rares dans ces régions : dans le bassin entier de l’Ouad Idermi, on n’en compte que trois, le tenîn de Telouet, le khemîs de Ouarzazât et le khemîs de Tazenakht.
Il y a 7 mellaḥs dans l’Ouarzazât. Les Juifs sont nombreux dans ces contrées : il existe 44 mellaḥs dans le bassin de l’Ouad Idermi ; ils se répartissent de la manière suivante : Assaka (Ouad Iounil), 3 mellaḥs ; Tizgi (Ouad Iounil), 1 ; Aït Zaïneb, 6 ; Telouet, 4 ; Tidili, 7 ; Imini, 4 ; Ikhzama, 2 ; Aït Touaïa, 1 ; Aït Marlif, 2 ; Ouarzazât, 7 ; Aït Ạmer, 2 ; Zenâga, 3 ; Iṛels, 1 ; Tammasin, 1.
| Distances : | de Tikirt à Tiffoultout | 2 heures. |
| De Tiffoultout à Taourirt | 1 heure. | |
| De Taourirt à Ṛalil | 1 heure. | |
| De Ṛalil à Afella n Dra (Ouad Dra) | 1 jour. |
AFFLUENT. — L’Ouad Idermi ne reçoit qu’un affluent important, l’Ouad Aït Tigdi Ouchchen, se jetant sur sa rive droite au lieu appelé Bin el Ouidan, dans le désert de Timikirt. Cette rivière est presque aussi considérable que l’Ouad Idermi lui-même.
II. — Ouad Aït Tigdi Ouchchen.
L’Ouad Aït Tigdi Ouchchen, qui se jette sur la rive droite de l’Ouad Idermi entre le Ouarzazât et le Dra, est formé de la réunion de deux rivières, l’Ouad Tazenakht et l’Ouad Azgemerzi. Leur confluent se trouve dans la tribu des Aït Tigdi Ouchchen, au village d’Assaka.
1o OUAD TAZENAKHT. — Il est formé lui-même de la jonction, à Imdṛeṛ Taḥtani, de trois cours d’eau, l’Ouad Siroua, l’Ouad Ta n Amelloul et l’Ouad Tasṛirt : nous allons décrire ces trois rivières, puis nous passerons à l’Ouad Tazenakht.
Ouad Siroua. — Il prend sa source dans le mont Siroua. Il coule d’abord dans le désert, puis entre dans la tribu des Aït Ouaṛrda ; il y arrose successivement les villages suivants :
Temsasar, Taloust, Imirleïn, Areg, Temouddat.
Puis il passe dans le district d’Amara, dépendance de celui de Tazenakht, dans lequel on le confond quelquefois ; il y arrose :
Imdṛeṛ Fouqani, Imdṛeṛ Taḥtani.
A ce dernier point, il s’unit aux deux autres rivières pour former l’Ouad Tazenakht.
| Distance : | d’Imdṛeṛ Taḥtani à Temsasar | 1/2 jour. |
Ouad Ta n Amelloul. — Il prend sa source dans le désert de Ta n Amelloul. De là il entre dans la tribu des Aït Ouaṛrda, où il arrose successivement les villages de :
Afella ou Asif, Tazrout, Tafrent, Tamjerjt, Nekeb Fouqani, Nekeb Taḥtani.
Puis il passe dans le district d’Amara et coule, sans rencontrer de lieu habité, jusqu’à Imdṛeṛ Taḥtani, où il se réunit aux ouads Siroua et Tasṛirt.
| Distances : | d’Imdṛeṛ Taḥtani à Afella ou Asif | 4 heures. |
| D’Imdṛeṛ Taḥtani à Tamjerjt | 1 heure 1/2. |
Ouad Tasrirt. — Il prend sa source dans le Khela Tasṛirt. Après avoir coulé longtemps dans le désert, il entre dans le district d’Amara, où il arrose l’un après l’autre les villages de :
Tamzerra (avec la qoubba de S. El Ḥasen Ạli), Ansera.
En face d’Imdṛeṛ Taḥtani, il se réunit aux deux autres rivières.
| Distances : | d’Imdṛeṛ Taḥtani à Tamzerra | 3 heures. |
| De Tamzerra au Khela Tasṛirt | 1/2 jour. |
OUAD TAZENAKHT. — On lui donne aussi le nom d’Ouad Aït Ouzanif. Au-dessous d’Imdṛeṛ Taḥtani, il continue d’abord à couler dans le district d’Amara ; il y arrose successivement les villages de :
Imṛeld, Tareddout.
Puis il passe dans le district de Tazenakht, où il baigne :
Taourirt, Adreg, Tagadirt Aït Daoud, Tagadirt Aït Atto, Tazenakht, Tazrout.
De là il passe dans la tribu des Aït Tigdi Ouchchen, où il s’unit, à Assaka, à l’Ouad Azgemerzi.
| Distances : | de Tazenakht à Imdṛeṛ Taḥtani | 4 heures. |
| De Tazenakht à Assaka | 1/2 heure. |
Les villages du Tazenakht et de l’Amara que nous avons énumérés sur ces différents cours d’eau composent la totalité de ces districts.
La tribu des Aït Ouaṛrda ne comprend qu’un village en plus de ceux que nous avons mentionnés : ce village est Amasin, situé entre les ouads Siroua et Ta n Amelloul, à 3 heures de Temsasar et à 1 heure et demie de Tamjerjt. Les Aït Ouaṛrda sont une tribu tamaziṛt (chleuḥa) indépendante. Aucun lien ne les unit à leurs voisins. Les plus importants de leurs villages sont Tamjerjt, Afella ou Asif, Tazrout.
Les points où prennent leur source les trois rivières dont est formé l’Ouad Tazenakht demandent quelques explications. Le Djebel Siroua appartient, le versant est aux Aït Ouaṛrda, le versant sud aux Aït Oubial, le versant ouest aux Aït Tedrart. Le Khela Ta n Amelloul s’étend entre les Aït Ouaṛrda et les Aït Oubial, le Khela Tasṛirt entre les Zenâga et les Seketâna. Ces deux déserts, qui se font suite, s’étendent depuis le Siroua jusqu’au Petit Atlas ; c’est dans leurs solitudes, série de plateaux rocheux, qu’est la ligne de partage des eaux entre les deux bassins du Sous et du Dra.
2o OUAD AZGEMERZI. — On lui donne aussi le nom d’Ouad Ifenouan. Il prend sa source dans le voisinage du col d’Agni, sur le territoire des Zenâga. Il arrose successivement dans cette tribu les villages suivants :
Isil, Tazoult, El Kharbt, Terga, Tamarouft, Ifenouan.
De là il passe sur le territoire des Aït Ạmer, où il arrose :
Temdaouzgez, Taloust.
Enfin il s’unit à l’Ouad Tazenakht un peu au-dessous d’Assaka.
| Distances : | de Taloust à Temdaouzgez | 3 heures. |
| D’Assaka à Taloust | 1/2 heure. |
AFFLUENTS. — L’Ouad Azgemerzi reçoit deux affluents importants, l’un et l’autre sur sa rive gauche : l’Ouad Tiouiin, s’y jetant à Temdaouzgez, et l’Ouad Timjijt, s’y jetant à quelques pas au-dessus de Taloust.
Ouad Tiouiin. — Il prend sa source dans le désert de Tasṛirt. Il y demeure jusqu’au moment où, à Kerkda, il débouche dans la plaine des Zenâga ; il y arrose les villages suivants, tous de cette tribu :
Kerkda, Agelmim, Aït Mesri, Atres, Tiouiin.
De Tiouiin, les bords en sont inhabités jusqu’à Temdaouzgez, où il entre dans le territoire des Aït Ạmer et se jette dans l’Ouad Azgemerzi.
| Distances : | de Kerkda à Aït Mesri | 1 heure 1/2. |
| D’Aït Mesri à Atres | 3 heures. | |
| D’Atres à Tiouiin | 1 heure 1/2. | |
| De Tiouiin à Temdaouzgez | 8 heures. |
Ouad Timjijt. — Il prend sa source dans le désert de Tasṛirt. En sortant de là, il entre dans la plaine des Zenâga, où il arrose d’abord les villages suivants, qui font partie de leur territoire :
Igjgan, Tilsekht, Itkhisen, El Ạïn Aït Ḥamed, Zaouïa Sidi El Ḥoseïn.
Puis il passe sur les terres des Aït Ạmer, où il arrose successivement :
Zaouïa Sidi Ạbd Allah ou Mḥind, El Ạïn Igourramen, Aït Ạli ou Ious, Agdal, Aït ou Ansera, Aït Allioun, Tizi, Asersa, Talmodat.
Enfin il se jette dans l’Ouad Azgemerzi.
Les quatre villages d’Aït Ạli ou Ious, Agdal, Aït ou Ansera, Aït Allioun, sont compris sous la dénomination collective de Timjijt.
| Distances : | de Taloust à Aït Allioun | 2 heures. |
| D’Aït Ạli ou Ious à Igjgan | 4 heures. |
REMARQUES SUR LES TRIBUS. — Les deux principales tribus du bassin de l’Ouad Azgemerzi sont les Aït Ạmer et les Zenâga.
Ait Amer. — Leur territoire comprend uniquement des villages que nous avons énumérés plus haut. Parmi eux se remarque une zaouïa fort influente dans la contrée, celle de Sidi Ạbd Allah ou Mḥind. Le chef actuel en est Sidi Ḥamed ou Ạbd er Raḥman, descendant du saint. Il possède, outre le village de la zaouïa, celui d’El Ạïn Igourramen.
Zenaga. — Cette tribu se compose des villages mentionnés sur les ouads Azgemerzi, Tiouiin, Timjijt, et d’un certain nombre d’autres situés entre ces cours d’eau. Ceux-ci sont la plupart sur de petits affluents des trois rivières principales, ou sur des canaux qui en dérivent. Tous se trouvent dans la grande plaine des Zenâga. Les principaux d’entre eux sont :
Azdif, Taleouin (entre Azdif et Aït Mesri), Ougins (à 3 heures d’Azdif), Toudma (à 4 heures d’Ougins), Aït Ersal (à 3 heures de Toudma, sur un ruisseau tributaire de l’Ouad Azgemerzi), Bettal (à 1 heure et demie d’Aït Ersal), Aït Khouzoud (à quelque distance de Tazoult), Angalf (à l’ouest de Tazoult).
De ces villages, le plus important est Azdif.
3o OUAD AIT TIGDI OUCHCHEN. — Dès le point où il se trouve formé, par la réunion des ouads Tazenakht et Azgemerzi, il entre dans la tribu des Aït Tigdi Ouchchen : il y arrose successivement les villages de :
Assaka, Tafounent, Tislit Aït Tigdi Ouchchen, El Bordj[113].
Puis il sort de cette tribu : un peu plus loin il arrose Tagentout.
Au delà, on ne trouve plus qu’un seul point habité sur son cours : c’est Fint, village isolé, reconnaissant la suzeraineté du qaïd de l’Ouarzazât. A Fint, les palmiers reparaissent.
AFFLUENTS. — L’Ouad Aït Tigdi Ouchchen a deux affluents principaux ; il les reçoit l’un et l’autre sur sa rive gauche ; ce sont : l’Ouad Aït Semgan, s’y jetant à Tislit ; l’Ouad Iṛels, s’y jetant à Fint.
Ouad Ait Semgan. — Il prend sa source au Siroua ; il s’engage d’abord dans le district des Aït Semgan, où il arrose successivement les villages de Aït Iṛmor, Idrar, Aït Tigga.
De là il passe dans celui de Tammasin, où il baigne : Tinzalin, Ḥelouqt, Tislit Tammasin.
Au-dessous de Tislit, il entre dans le désert d’Iseldeï, où il reste jusqu’à son confluent avec l’Ouad Aït Tigdi Ouchchen.
| Distances : | les 3 villages des Aït Semgan sont groupés au pied même du Siroua. | |
| Des Aït Semgan à Tinzalin | 4 heures. | |
| De Tinzalin à Ḥelouqt | 1 heure. | |
| De Ḥelouq à Tislit Tammasin | 3 heures. | |
| De Tislit Tammasin à Tislit Aït Tigdi Ouchchen | 6 heures. |
AFFLUENTS. — L’Ouad Aït Semgan a deux affluents : l’Ouad Bachkoum, se jetant sur sa rive droite à Ḥelouqt, et l’Ouad Asdṛem, se jetant sur sa rive gauche à Tislit Tammasin.
Ouad Bachkoum. — Il prend sa source dans le Khela Bachkoum et se jette dans l’Ouad Aït Semgan sans avoir arrosé un seul lieu habité. Il reste tout le long de son cours dans le désert.
| Distance : de Ḥelouqt au Khela Bachkoum | 4 heures |
Ouad Asdrem. — Il prend sa source dans le désert d’Asdṛem ; il arrose successivement les villages suivants, du district de Tammasin : Tamaziṛt, Tamellakout, Ez Zaouïa, Aït Mekraz, Enzel.
De là il se jette à Tislit dans l’Ouad Aït Semgan.
| Distances : | du Khela Asdṛem à Tamaziṛt | 1 heure. |
| De Tamaziṛt à Tislit Tammasin | 3 heures. |
Ouad Irels. — Il prend sa source sur le territoire des Ikhzama, dans les montagnes qui forment le flanc droit de l’Ouad Iriri. De là il entre dans le désert de Tazga Asdṛem, situé au nord de celui d’Asdṛem. Après l’avoir traversé, il passe dans le district de Tammasin, où il arrose le village de Indiout.
De là il rentre dans le désert, où il reste jusqu’au groupe isolé d’Iṛels ; il en arrose les deux qçars : Iṛels et Tamaïoust.
Puis il coule de nouveau dans le désert ; il y demeure jusqu’à Fint, où il se jette dans l’Ouad Aït Tigdi Ouchchen.
A Iṛels commencent les dattiers : il n’y en a point dans le district de Tammasin. Celui-ci se compose exclusivement des villages mentionnés sur une partie des cours des ouads Aït Semgan, Asdṛem et Iṛels ; il reconnaît l’autorité du Zanifi.
| Distances : | de la frontière des Ikhzama à Indiout | 3 heures 1/2. |
| D’Indiout à Iṛels | 1/2 jour. | |
| D’Iṛels à Fint | 1 heure 1/2. |
III. — Itinéraires.
1o DE L’OUAD IOUNIL A L’ASIF MARREN. — Un chemin conduit de Zaouïa Bou Felfoul à Tabougoumt (Telouet).
Distance : 2 heures de marche dans le désert.
2o DU TELOUET A TIKIRT. — On peut faire ce trajet en descendant le cours de l’Asif Marṛen : ce chemin est un peu plus court que celui de l’Ouad Iounil ; mais les déserts qu’il traverse le rendent plus dangereux : aussi est-il beaucoup moins fréquenté.
3o DE TAZENAKHT AUX AIT MARLIF. — Le chemin est le suivant :
| De Tazenakht au Tammasin | 8 heures. |
| Du Tammasin à Tesakoust (Ouad Iriri) | 5 heures. |
| De Tesakoust à Tourtit | 1/2 heure. |
| De Tourtit à Tagdourt n Touda (Aït Marlif) | 1 heure 1/2. |
4o DE TIKIRT A TAZENAKHT. — Au départ de Tikirt, on s’engage dans le désert de Tilziṛ. On y reste jusqu’à :
| Tilziṛ (qçar isolé) | 1 heure. |
De là on rentre dans le désert, où on demeure jusqu’à :
| Tisili (qçar isolé) | 2 heures. |
On y reste de nouveau jusqu’à :
| Tislit Tammasin | 3 heures. |
De là on passe dans le désert de Bachkoum, puis dans celui de Tala qui lui fait suite : une source d’eau vive sert de borne entre eux.
On aboutit à : Adreg (sur l’Ouad Tazenakht).
| Distance : de Tislit Tammasin à Tazenakht | 1 jour. |
5o DE TIKIRT AU MEZGITA. — Il y a trois chemins principaux :
A. — En quittant Tikirt, on descend le cours de l’Ouad Idermi jusqu’à l’extrémité sud du Ouarzazât. A Ṛalil, on s’en écarte un peu et on le longe dès lors à quelque distance, dans le désert de Taria. On y marche durant toute une journée : au bout de ce temps, on arrive à l’Ouad Dra, aux villages d’Afella n Dra.
C’est le nom d’une subdivision du Mezgîṭa.
B. — En quittant Tikirt, on descend le cours de l’Ouad Idermi jusqu’à Tenmasla (Ouarzazât). Là on le quitte et, sans rencontrer aucun lieu habité, on traverse successivement trois déserts, ceux d’Iṛir el Ḥadj, d’Ạïn n Zeggert et d’Izezgir. Puis on arrive à Aït Saoun (village isolé, allié au Mezgîṭa. Les dattiers n’y apparaissent pas encore).
De la on traverse l’un après l’autre deux déserts, ceux d’Irf n Isli et d’Ouaourmest : au bout de celui-ci, on trouve le Mezgîṭa, où on débouche à Agdz.
| Distances : | de Tenmasla à Aït Saoun | 1 jour. |
| D’Aït Saoun à Agdz | 2 heures. |
C. — De Tikirt à Tagenzalt. Là on s’engage dans le Khela Tifernin, où l’on marche durant une journée entière. Au bout de ce temps on arrive à Aït Semgan (qçar unique de 400 familles ; il est isolé ; il n’a aucun rapport avec la tribu qui habite l’Ouad Aït Semgan. Beaucoup de dattiers).
De là on passe successivement par : Tesaouant (des Aït Ḥammou), Zaouïa Ouzdiin, Iouriken (groupe de deux villages appelés chacun Ourika, situés l’un sur l’Ouad Tamtsift, l’autre à quelque distance de cette rivière, dans les collines formant le flanc gauche de sa vallée).
Enfin on parvient à l’Ouad Dra à Agdz (Mezgîṭa).
| Distance : d’Aït Semgan à Iouriken | 1/2 jour. |
6o DE TAZENAKHT AU MEZGITA. — Au sortir de Tazenakht, on entre dans le Khela Isidan ; désert pierreux ; pas de rivières : il fait partie du territoire du Zanifi. On y marche durant un jour. Puis on parvient au qçar de Tarokht (sur l’Ouad Tamtsift ; zaouïa ; dattiers).
On suit le cours de l’Ouad Tamtsift : on arrive à :
| Tasla Aït Brahim (dattiers) | 1 heure. |
Jusque-là on est resté sur le territoire du Zanifi : on le quitte ici ainsi que l’Ouad Tamtsift. On atteint :
| Aït Semgan (qçar isolé ; dattiers) | 1 heure. |
Puis on revient à l’Ouad Tamtsift, qu’on retrouve au qçar de Tesaouant (appartenant aux Aït Ḥammou, fraction des Oulad Iaḥia).
De là on suit l’Ouad Tamtsift jusqu’à son confluent avec le Dra, entre Agdz et Ouriz (Mezgîṭa). On passe, chemin faisant, par deux points habités, Ida ou Genad et Ourika. En dehors de la route, à 2 ou 3 heures au sud d’Ida ou Genad, se trouve, dans la montagne, le grand qçar d’El Feggara : il appartient aux Oulad Iaḥia.
7o DE TAZENAKHT A TISINT. — Il y a trois chemins entre ces deux points :
Le premier, à l’est, franchissant le Petit Atlas au Tizi Agni ;
Le second, à l’ouest, le franchissant au Tizi n Haroun ;
Le troisième, entre les deux précédents, le franchissant au Tizi n Baroukh.
2o. — BASSIN MOYEN DU DRA.
La réunion des ouads Dâdes et Idermi au Kheneg Tarea forme le fleuve connu sous le nom d’Ouad Dra. Le cours en est d’abord resserré entre les flancs du Petit Atlas qu’il traverse ; puis la vallée s’élargit ; au-dessous de Tamegrout, il perce une dernière chaîne de montagnes, le Bani ; ensuite il entre en plaine. Jusqu’au Bani, la direction du Dra est du nord-ouest au sud-est. Au delà elle paraît être de l’E.-N.-E à l’O.-S.-O. Du Kheneg Tarea au Bani, les bords du fleuve sont, sans interruption, couverts de palmiers et de qçars. Ils sont divisés en plusieurs districts, chacun uniquement composé des rives de l’ouad ; ce sont : le Mezgîṭa, l’Aït Seddrât, l’Aït Zeri, le Tinzoulin, le Ternata, le Fezouata. Au delà du Bani les bords du Dra se garnissent encore à deux reprises de dattiers et d’habitations : il s’y forme ainsi deux derniers districts, le Qtaoua et El Mḥamid, semblables aux précédents, mais séparés d’eux et isolés l’un de l’autre par de courts déserts. Au delà d’El Mḥamid, l’Ouad Dra est désert jusqu’à son embouchure dans l’Océan. C’est dans cette vaste portion inhabitée de son cours qu’il traverse le Debạïa et forme les mạders dont nous parlerons plus bas. L’ensemble des parties peuplées de ses rives, composé des huit districts énumérés ci-dessus, porte le nom de Blad Dra ou Dra. C’est de cette région que nous allons nous occuper.
Dans le Mezgîṭa, l’Ouad Dra coule en une vallée étroite, de 1500 mètres de largeur moyenne, encaissée entre deux flancs élevés et rocheux. Dans l’Aït Seddrât, l’Aït Zeri et le Tinzoulin, la vallée est la même qu’au Mezgîṭa : elle demeure ainsi jusqu’à El Douirat (Ternata). A partir de là, elle s’élargit : le flanc droit reste contre le fleuve ; mais le flanc gauche s’en écarte beaucoup. De Beni Zouli à Mançouria, il y a entre les deux flancs la distance de Tamnougalt à Tesaouant. Les qçars et les cultures sont toujours uniquement au bord de l’ouad : dans la vallée ainsi élargie, le désert seul règne entre le fleuve et le flanc gauche. Dans tout le Dra il en est de même : l’ouad au milieu ; dans son lit, cultures et palmiers, ainsi que sur ses rives ; en dehors des plantations, à leur lisière, les qçars ; au delà, le désert. Au-dessous de Mançouria, la vallée s’étend encore : le flanc droit s’éloigne à son tour. A Tamegrout, les deux flancs sont fort loin, à une demi-journée de marche chacun. Après Tamegrout, le fleuve entre dans un désert appelé El Kheneg : il y a ses rives incultes et inhabitées, pour la première fois depuis sa naissance : point de qçars, point de cultures, point de palmiers, même dans son lit. Ce désert a une longueur double de la distance de Tamnougalt à Ourika. Il est borné au sud par le Bani, que le Dra traverse par un passage étroit, Foum Taqqat. Au-dessous du Bani, le fleuve entre en plaine et y reste jusqu’au Debạïa : plus de montagne en vue, ni à l’est, ni à l’ouest, ni au sud.
Nous avons décrit le Mezgîṭa au cours de notre voyage : tout le Dra a le même aspect enchanteur : partout même fraîcheur, même abondance d’eau, même végétation luxuriante. Cependant il n’y existe pas de lieu où l’eau ne tarisse jamais dans le fleuve : certains étés, des parties de son lit se dessèchent ; mais les années où cela arrive sont rares, et, même alors, les canaux qui servent à l’alimentation et à l’arrosage ne cessent pas de couler à pleins bords. Dans le Dra, les inondations sont plus fréquentes que les sécheresses : il n’est pas rare de voir, en hiver, le fleuve envahir toute la vallée et venir battre les murailles des qçars. L’eau de l’Ouad Dra, quoiqu’un peu jaune, est agréable à boire. Parmi les arbres innombrables qui ombragent le cours du fleuve, partout les dattiers dominent : ils sont, du Kheneg Tarea à Tamegrout, des espèces suivantes : bou feggouç, bou sekri, djihel, bou souaïr, timikelt (qualité inférieure) ; au sud de Tamegrout, il n’y a plus que des djihels avec quelques bou feggouç. Dans tout le Dra, on trouve aussi bon nombre de takkaïouts, sortes de grands tamarix dont on se sert pour donner la couleur rouge aux peaux : ils forment une des fortunes du pays : les peaux du Dra sont, avec celles du Tafilelt, les plus renommées du Maroc. Nous avons vu qu’à Tamnougalt il y avait une grande quantité d’arbres fruitiers, figuiers, grenadiers, pêchers, vigne, etc. ; ils sont très nombreux entre Tamnougalt et Akhellouf. En dehors de ce tronçon, il n’y a guère que des dattiers. Dans tout le pays de Dra, les abeilles sont nombreuses et le miel abonde.
La population du Dra est mêlée. Celle du Mezgîṭa est formée de Draoua ; celle de l’Aït Seddrât, de Draoua et d’Aït Seddrât ; celle de l’Aït Zeri, d’Oulad Iaḥia ; celle du Tinzoulin, de Draoua ; celle du Ternata, de Draoua, de Roḥa, d’Oulad Iaḥia, les Roḥa dominant, les Oulad Iaḥia étant en minorité ; celle du Fezouata, du Qtaoua, d’El Mḥamid, de Draoua, sous la domination des Aït Atta. Les Aït Seddrât, les Oulad Iaḥia, les Roḥa, sont des tribus séparées dont nous avons déjà eu occasion de parler ou dont nous parlerons plus tard. Les Aït Atta sont une fraction de la tribu des Berâber. Quant aux Draoua, ce sont ceux qu’ailleurs on appelle Ḥaraṭîn. Ici, Draoui et Ḥarṭâni sont synonymes. Les Draoua forment la partie de beaucoup la plus grande de la population du Dra ; ils passent pour les représentants de la race primitive du pays. Ils ne parlent que le tamaziṛt, peu d’entre eux savent l’arabe ; on les dit bonnes gens, mais lâches et mous de caractère. Dans le Mezgîṭa seul, ils ont gardé leur indépendance ; partout ailleurs ils sont tributaires.
I. — Mezgîta.
Le Mezgîta est un district qui comprend les rives de l’Ouad Dra, depuis le point où elles commencent à être habitées, au sud du Kheneg Tarea, jusqu’au district de l’Aït Seddrât. Il se compose, en descendant la vallée, des qçars suivants :
| RIVE DROITE : | ||||
| Tizgi | ⎫ ⎬ ⎭ | Ras Dra. | 50 | fusils. |
| Incheï. | 80 | |||
| Taṛrout. | 40 | |||
| Rebaṭ. | 200 | |||
| Zaouïa Griourin (Zaouïa Sidi BouBekr, appelée aussiZaouïa Aït Ben Nacer, dépendant de celle de Tamegrout). | 100 | |||
| Tarmast. | 50 | |||
| Asellim Agdz. | 200 | |||
| Agdz. | 200 | |||
| Ḥara Agdz. | 50 | |||
| Ouriz. | 75 | |||
| Takatert. | 100 | |||
| Aremd. | 40 | |||
| Tassourt. | 30 | |||
| Aït el Khrodj. | 15 | |||
| El Kebbaba. | 15 | |||
| Roudat. | 20 | |||
| El Bordj. | 100 | |||
| Tigit. | 100 | |||
| Zekak. | 10 | |||
| Igmoden. | 30 | |||
| Argioun. | 50 | |||
| Timidert. | 300 | |||
| Iriṛer. | 150 | |||
| RIVE GAUCHE : | ||||
| Tanamrout. | ⎫ ⎪ ⎪ ⎬ ⎪ ⎪ ⎭ | Ras Dra. | 40 | fusils |
| Sefala. | 200 | |||
| Arbalou. | 20 | |||
| Tiniṛil. | 60 | |||
| El Ḥara. | 40 | |||
| Intliten | 30 | |||
| Taleouin. | 40 | |||
| Tafergalt. | 60 | |||
| Tamnougalt (résidence de Chikh el Mezgîṭi). | 100 | |||
| Asellim. | 40 | |||
| Zouaoui (Zaouïa es Sagia ; Mrabṭin Aït SidiMouloud). | 20 | |||
| Asellim Taḥtani. | 20 | |||
| Zaouïa es Souq. | 20 | |||
| Qaçba Aït Ạli. | 40 | |||
| Talmzit. | 40 | |||
| Ibousas. | 30 | |||
| Taourirt Ibousas. | 10 | |||
| Talat Aït Iaḥia. | 30 | |||
| Zaouïa Mrabṭin Sidi Ech Chergi. | 15 | |||
| Aït el Qaïd El Ạmer. | 20 | |||
| Takatert Aït Ikhelf. | 30 | |||
| Zaouïa Sidi Moḥammed ou Ạbd Allah. | 15 | |||
| Distances : | du Kheneg Tarea à Tizgi comme d’Ourika à Tesaouant. |
| De Tizgi à Taṛrout comme d’Ourika à Tesaouant. | |
| De Taṛrout à Tamnougalt comme d’Ourika à Tesaouant. | |
| De Tamnougalt à Iṛir Azeggar comme de Tamnougalt à Agdz. | |
| Iṛir Azeggar fait face à Iriṛer. | |
| Intliten est à peu près en face de Rebaṭ, un peu plus haut que lui. |
De Tizgi à Iriṛer, pas de désert, tout est palmiers.
Les trois premiers qçars de la rive droite et les six premiers de la rive gauche portent le nom collectif de Ras Dra, ou Ras Mezgîṭa, ou Afella n Asif, ou Afella n Dra.
Le Mezgîṭa est un district indépendant. Sa population, exclusivement composée de Draoua (Ḥaraṭîn), est gouvernée par un chikh héréditaire. Ce chikh, ou plutôt ce qaïd, car tel est le titre qu’il prend, est actuellement Qaïd Ạbd er Raḥman ben El Ḥasen ; il réside à Tamnougalt ; il est blanc ainsi que ses enfants : ceux-ci sont fils d’une sœur du Zanifi, chikh de Tazenakht. Sa famille a le pouvoir suprême dans le Mezgîṭa depuis plusieurs siècles ; elle est originaire du Tazarin. Il ne reconnaît le sultan que comme autorité spirituelle et, de fait, n’admet point sa suprématie. Il lui envoie chaque année un cadeau consistant en deux qanṭars de henné et un ou deux chevaux de bât. Il est fort riche, a de grandes propriétés et lève un impôt annuel de 55000 francs ; 50000 francs sont payés par ses sujets musulmans, 5000 par les Juifs. Un ordre sévère règne sur son territoire : tout voleur est puni de mort : c’est la seule peine qu’il connaisse. Aussi, quoique ses États n’aient aucun rapport avec le sultan, dit-on qu’ils sont « blad el makhzen », allusion à la sûreté et à l’ordre qui y règnent. Le Mezgîṭa, le district d’Aït Zeri et le Tinzoulin sont les seuls lieux du Maroc qui, bien qu’indépendants du sultan, soient dits « blad el makhzen », façon d’exprimer la régularité de leur gouvernement.
En dehors du Mezgîṭa proprement dit, dont nous venons de parler, on compte comme en faisant partie les deux petits qçars d’Ourika (Iouriken), dans la vallée de l’Ouad Tamtsift.
Il y a à peine 7 ou 8 chevaux dans le Mezgîṭa : le qaïd en possède 4.
Le Mezgîṭa a deux marchés : le Ḥad Agdz et le Khemîs Tamnougalt.
Il contient 5 mellaḥs.
II. — Aït Seddrât.
Le district de l’Aït Seddrât fait suite à celui du Mezgîṭa : il se compose des rives de l’Ouad Dra, de la limite du Mezgîṭa à celles de l’Aït Zeri et du Tinzoulin. On passe du Mezgîṭa dans l’Aït Seddrât sans s’en apercevoir, en marchant toujours à l’ombre des palmiers. Voici les qçars dont se compose ce district, dans l’ordre où on les rencontre en descendant le fleuve :
| RIVE DROITE : | ||
| Aït Ougzi. | 20 | fusils. |
| Zaouïa Tamkasselt. | 40 | |
| Aït Iaïsi. | 20 | |
| Tamkasselt el Hara. | 40 | |
| Tansikht. | 200 | |
| Abernous. | 40 | |
| Tanzmout. | 40 | |
| El Ḥad. | 30 | |
| Aït Ạïssa. | 20 | |
| Qaçba Aït Ạrbi. | 40 | |
| Irsig. | 60 | |
| RIVE GAUCHE : | ||
| Iṛir n Azeggar. | 30 | fusils. |
| Aït Ḥammou ou Sạïd. | 80 | |
| El Ḥara. | 50 | |
| Aït Melekt. | 60 | |
| Imjdoudar. | 20 | |
| Aït Isḥaq. | 80 | |
| Aït Khelfoun. | 60 | |
| Aït Ạbd Allah. | 50 | |
| Tizi n Isekfan. | 30 | |
| Zaouïa Sidi Dris. | 10 | |
| Azagour. | 50 | |
| Aït Sakt. | 20 | |
| Taaqilt. | 100 | |
| Distances : | d’Iriṛer à Aït Ougzi connue de Tamnougalt à Ouriz. |
| Aït Ḥammou ou Sạïd fait face à Aït Ougzi. | |
| D’Aït Ḥammou ou Sạïd à Taaqilt comme de Tesaouant à Tamnougalt. | |
| Irsig fait face à Taaqilt. |
Les Aït Seddrât sont une nombreuse tribu tamaziṛt, partie sédentaire, partie nomade, possédant des qçars et des tentes. Les qçars sont sur l’Ouad Dra et l’Ouad Dâdes, les tentes entre ces deux cours d’eau, dans le massif du Saṛro. Ils se divisent en deux groupes, les Aït Zouli et les Aït Meḥelli. Chacun d’eux compte environ 2000 fusils. Voici la décomposition des Aït Seddrât :
| Aït Seddrât | ⎧ ⎪ ⎪ ⎪ ⎨ ⎪ ⎪ ⎪ ⎩ | Aït Zouli. | ⎧ ⎪ ⎨ ⎪ ⎩ | Aït Ạli ou Ḥaseïn. |
| Aït Iidir. | ||||
| Aït Sakt. | ||||
| Imzdouder. | ||||
| Aït Bou Taḥammart. | ||||
| Aït Meḥelli | ⎧ ⎪ ⎨ ⎪ ⎩ | Aït Isḥaq. | ||
| Aït Oudinar. | ||||
| Aït Ouffi. | ||||
| Aït Ạrbi. |
Les différentes fractions des Aït Seddrât ne vivent pas groupées : elles sont disséminées et mélangées entre elles, aussi bien dans les qçars du Dra que dans ceux de l’Ouad Dâdes. Voici comment la tribu se gouverne : ceux qui sont dans le Dra élisent un chikh pour une année ; un an, il est pris parmi les Aït Zouli, un an parmi les Aït Meḥelli. Ceux de l’Ouad Dâdes font de même. Les nomades se réunissent pour cette élection, qui à ceux du Dra, qui à ceux de l’Ouad Dâdes. Ces chikhs nommés pour une année, que nous avons vus apparaître la première fois sur l’Ouad Dâdes, sont appelés chikh el ạam. L’usage des chikh el ạam est spécial, dans le Maroc, aux trois tribus des Aït Seddrât, des Imeṛrân et des Berâber. Ces derniers, dans toute l’étendue de leur immense territoire et dans leurs innombrables subdivisions, ont cette méthode uniforme de gouvernement, qui est un de leurs caractères particuliers.
Les Aït Seddrât sont blancs, mais bronzés. Ils sont très braves : leur réputation de courage s’étend au loin. Ils ne parlent que le tamaziṛt.
Les Aït Seddrât n’ont aucune relation avec le sultan. Ils sont, comme toutes les tribus de l’Ouad Dra et comme le pays de Dra, entièrement indépendants.
Le district de l’Aït Seddrât est habité par des Draoua et par des Aït Seddrât : le gouvernement est entre les mains de ces derniers. Il y a environ 30 chevaux dans le district.
Un marché, le Tlâta Tanzmout.
Un mellaḥ.
III. — Aït Zeri et Tinzoulin.
Au-dessous du district d’Aït Seddrât, lui faisant suite, se trouvent : sur la rive droite, le district de l’Aït Zeri, puis celui du Tinzoulin, réunis sous l’autorité d’un seul chef, Chikh El Ạrabi ben Ọtman ; sur la rive gauche, d’abord deux qçars, l’un indépendant, l’autre sous le pouvoir de Chikh ben Ọtman ; puis le commencement du grand district du Ternata. Cette portion du Ternata qui fait face à l’Aït Zeri et au Tinzoulin a un nom spécial, Ras Ternata. Nous en parlerons plus tard en même temps que du Ternata.
En quittant l’Aït Seddrât, on trouve donc sur l’Ouad Dra :
| RIVE GAUCHE : | ||
| Ifriouin (zaouïa indépendante habitée par des marabouts). | 30 | fusils. |
| Timesla (soumise à Chikh El Ạrabi ben Ọtman). | 150 | |
Puis on entre dans Ras Ternata.
| RIVE DROITE : | ||||
| Aït Zeri | ⎧ ⎪ ⎪ ⎨ ⎪ ⎪ ⎩ | Qçîba Chikh El Ạrabi ben Ọtman (porte aussi le nom d’AïtỌtman). | 50 | fusils |
| Tinegza. | 20 | |||
| Ouriz Oulad Megeddem. | 60 | |||
| Oulad Mousa. | 50 | |||
| Igdaoun. | 150 | |||
| Aqebt. | 30 | |||
| Tinzoulin | ⎧ ⎪ ⎪ ⎪ ⎪ ⎪ ⎨ ⎪ ⎪ ⎪ ⎪ ⎪ ⎩ | Oulad Mesạd. | 100 | |
| Zaouïa Amadaṛ. | 30 | |||
| El Ḥara. | 10 | |||
| Qaçba el Makhzen. | 100 | |||
| Aït Reḥou. | 30 | |||
| El Ḥaddan. | 40 | |||
| Rebaṭ. | 200 | |||
| Amerdoul. | 30 | |||
| Aït el Ḥadj El Ḥasen. | 100 | |||
| Idderb. | 30 | |||
| Timskalt. | 50 | |||
| Zaouïa el Feggouç. | 20 | |||
| Distances : | d’Irsig à Qcîba Chikh El Ạrabi comme de Tamnougalt à Ourika. |
| D’Ifriouin à Taaqilt comme d’Ouriz à Tamnougalt. | |
| De Qcîba Chikh el Ạrabi à Aqebt comme de Tesaouant à Ourika. | |
| D’Aqebt à Zaouïa el Feggouç comme de Tesaouant à Tamnougalt. |
Pas de marché dans l’Aït Zeri. Deux marchés dans le Tinzoulin : le tenîn et le khemîs de Rebaṭ.
Un mellaḥ dans l’Aït Zeri, et deux dans le Tinzoulin.
Les Aït Zeri sont une fraction des Oulad Iaḥia, grande tribu nomade dont nous parlerons plus loin. Chikh El Ạrabi ben Ọtman appartient à cette tribu, à la tête de laquelle est depuis longtemps sa famille : les États de Chikh El Ạrabi sont formés de tous les Oulad Iaḥia, aussi bien les nomades, ceux du Zgiḍ, etc., que ceux qui habitent le Ternata et que les Aït Zeri, puis du Tinzoulin et de Timesla. Timesla et le Tinzoulin sont peuplés de Draoua, l’Aït Zeri d’Oulad Iaḥia. Chikh ben Ọtman a un pouvoir despotique sur ses sujets des bords de l’Ouad Dra, et une autorité très limitée sur les autres.
Il y a une trentaine de chevaux parmi les Oulad Iaḥia des bords de l’Ouad Dra ; il n’y en a que deux ou trois dans le Tinzoulin.
IV. — Ternata.
Au-dessous du Tinzoulin, se trouve le district du Ternata : nous avons vu que sur la rive gauche il commence plus haut, après Timesla : le Ternata se compose donc de deux portions, l’une où il s’étend sur les deux rives du Dra, c’est le Ternata proprement dit ; l’autre où il n’en occupe que la rive gauche, c’est Ras Ternata. Les divers qçars du Ternata sont, en descendant le fleuve à partir de Timesla :
| RIVE GAUCHE : | ||||
| Aït Ạbd Allah ou Mimoun | ⎫ ⎪ ⎪ ⎬ ⎪ ⎪ ⎭ | Ras Ternata. | 200 | fusils. |
| Akhellouf | 300 | |||
| Bou Nạnạ | 150 | |||
| Zergan | 75 | |||
| Tiggint | 75 | |||
| El Douirat | 50 | |||
| Imi Ougni. | 50 | |||
| Aṛlal Fouqani. | 30 | |||
| Qaçba Foum Tazenakht (appeléeaussi Tafroust). | 60 | |||
| Beni Zouli. | 300 | |||
| Takhelil. | 200 | |||
| Tanagamt. | 40 | |||
| Ḥara el Khoubz. | 40 | |||
| El Ḥara. | 40 | |||
| Tinegdid. | 40 | |||
| Iṛerdaïn. | 100 | |||
| Asouḥad. | 40 | |||
| Aderbaz. | 40 | |||
| Astour. | 300 | |||
| Bou Zergan. | 200 | |||
| Tidsi. | 60 | |||
| Bir Chạt. | 80 | |||
| Qçar Djedid. | 50 | |||
| Zaouïa Sidi Ben Nacer. | 15 | |||
| El Mançouria. | 150 | |||
| Bou Khelal. | 200 | |||
| Tamzout. | 30 | |||
| Tamaziṛt. | 80 | |||
| Oulad el Ḥadj (2 petitsqçars : Qçîba Oulad el Ạgid et Qçîba Oulad el Bacha). | 100 | |||
| Zaouïa el Qlạa (appelée aussiZaouïa el Ftaḥ). | 40 | |||
| RIVE DROITE : | ||||
| Afra Oulad es Soulṭân. | 150 | fusils. | ||
| El Kạba (Oulad Ioub) (2qçars). | 400 | |||
| Zaouïa Oulad Ioub. | 20 | |||
| Taṛzout. | 80 | |||
| El Meqaṭra (2 qçars). | 150 | |||
| Melal. | 200 | |||
| Oulad Ousạ. | 300 | |||
| Qçîba Oulad Ousạ. | 30 | |||
| Rebạt el Ḥadjer. | 80 | |||
| Zaouïa Ạmer ou Ạbd erRaḥman. | 100 | |||
| Tisergat. | 200 | |||
| Tiṛzert. | 80 | |||
| El Kherraza. | 60 | |||
| Tigit Oulad Chạouf. | 200 | |||
| Tigit Aït b Oulman. | 70 | |||
| Arla ou Asif. | 50 | |||
| Qçîba Sidi Oumbarek. | 40 | |||
| Qçîba el Mqadra. | 50 | |||
| Qçîba Berda. | 60 | |||
| El Ạroumiat. | 300 | |||
| Asrir Ilemsan (ce qçar est comptédu Fezouata). | 80 | |||
| Iqoubban (zaouïa). | 30 | |||
| Mehdia. | 100 | |||
| Tanziṭa (2 qçars, le plus hauthabité par des cherifs). | 200 | |||
| Zaouïa Tanziṭa (porte aussi lenom de Zaouïa el Baraka). | 30 | |||
| Distances : | d’Ifriouin à Beni Zouli 1 fois et demie comme de Tamnougalt à Tesaouant. |
| De Beni Zouli à Astour comme de Tamnougalt à Ourika. | |
| D’Astour à Mançouria comme de Tamnougalt à Ourika. | |
| De Mançouria à Zaouïa el Qlạa comme de Tamnougalt à Ouriz. | |
| De Zaouïa el Feggouç à Afra Oulad es Soulṭân comme de Tamnougalt à Agdz. | |
| D’Afra Oulad es Soulṭân à El Ạroumiat comme de Tamnougalt à Tesaouant. | |
| D’El Ạroumiat à Zaouïa Tanziṭa comme de Tamnougalt à Agdz. | |
| Afra Oulad es Soulṭân est immédiatement au-dessous de Zaouïa el Feggouç. | |
| Bou Nạnạ est en face de Zaouïa el Feggouç. | |
| Beni Zouli est en face de Melal et d’Oulad Ousạ. | |
| Tisergat est en face d’Astour. | |
| Mançouria est en face d’El Ạroumiat. | |
| Mehdia est en face de Zaouïa el Qlạa. | |
| Zaouïa el Baraka est en face d’Amzrou (Fezouata). |
Le Ternata n’est pas un État compact comme le Mezgîṭa, l’Aït Seddrât, l’Aït Zeri et le Tinzoulin. C’est une réunion de qçars appartenant à deux tribus différentes, sans qu’aucune autorité supérieure, assemblée ou chikh, les unisse jamais. Les habitants du Ternata sont : des Draoua, disséminés dans toutes les localités, mais n’en possédant aucune, les Roḥa et des Oulad Iaḥia. Ces deux dernières tribus se partagent tous les qçars ; voici comment :
Les Roha possèdent : 1o la portion du Ternata située sur la rive gauche de l’Ouad Dra (Ras Ternata compris) ; 2o sur la rive droite : Afra, El Meqaṭra, et ce qui est au-dessous de Tigit Aït b Oulman, ainsi que ce dernier qçar, moins Asrir Ilemsan.
Les Oulad Iahia possèdent le reste de la rive droite.
Enfin, un des qçars du Ternata, Asrir Ilemsan, appartient aux Berâber et est compté du Fezouata.
Les Roḥa forment une tribu à part. Ils se disent d’origine arabe et ne parlent qu’arabe. Ils n’habitent que des qçars ; les seuls qu’ils aient sont ceux du Ternata. Là se trouve massée toute leur tribu. Chez eux, point de chikh, point de chef ni héréditaire ni temporaire : chaque localité se gouverne à sa fantaisie et a une existence politique isolée de celle de ses voisins. Les Roḥa sont aussi indépendants que les Berâber eux-mêmes, et ne sont vassaux de personne. Ils ont environ 50 chevaux.
Les marchés du Ternata sont : l’Arbạa Akhellouf, le Khemîs Beni Zouli, le Ḥad Astour, le Tenîn El Ạroumiat, le Djemạa Tisergat.
Il y a au Ternata 6 mellaḥs.
V. — Fezouata.
Au district du Ternata succède, immédiatement au-dessous de lui, celui du Fezouata, appelé aussi Tagmadart. Le Fezouata comprend les deux rives de l’Ouad Dra ; il est limité dans sa partie inférieure par le désert d’El Kheneg.
Voici les qçars dont il se compose, dans l’ordre où on les trouve en descendant le fleuve :
| RIVE GAUCHE : | ||
| Amzrou (debiḥa sur les Imsouffa). | 300 | fusils. |
| Qcîba Aït Aqqo (debiḥa sur les Imsouffa). | 20 | |
| Chareṭ (debiḥa sur les Imsouffa). | 150 | |
| Aït Kheddou (debiḥa sur les Imsouffa). | 40 | |
| Asrir Ignaouen (debiḥa sur les Aït Ạïssa ou Brahim). | 70 | |
| Qcîba Ilemsan (debiḥa sur les Ilemsan). | 50 | |
| Beni Ọtman (debiḥa sur les Imsouffa). | 30 | |
| Arla Oudrar (debiḥa sur les Imsouffa). | 500 | |
| Agrour (debiḥa sur les Imsouffa). | 50 | |
| Timtig (2 qçars habités par des cherifs (debiḥa sur lesImsouffa). | 80 | |
| Beni Khallouf (debiḥa sur les Ignaouen). | 150 | |
| Oulad Bou Ious (debiḥa sur les Aït Isfoul). | 100 | |
| Tamegrout Aït Ben Nacer (Zaouïa Sidi BenNacer ; le chef de la famille et de la zaouïa est aujourd’huiSidi Moḥammed ou Bou Bekr). | 1000 | |
| Sefalat (pas de debiḥa sur les Berâber. Les Sefalat sont desRoḥa indépendants). | 800 | |
| Qçâbi Izligen (debiḥa sur les Izligen). | 100 | |
| RIVE DROITE : | ||
| Oulad Brahim (debiḥa sur les Aït Isfoul). | 300 | fusils. |
| El Megarba (debiḥa sur les Izakenniouen). | 80 | |
| Agni (debiḥasur les Ignaouen). | 60 | |
| Tazrout (debiḥa sur les Aït b ou Iknifen). | 100 | |
| Tinfou (debiḥa sur les Izligen). | 100 | |
| Zaouïa Sidi Bou Nou. | 100 | |
| Distances : | d’Amzrou à Tamegrout comme de Tamnougalt à Tesaouant. |
| De Timtig à Tamegrout comme de Tamnougalt à Iouriken. | |
| De Tamegrout à Qçâbi Izligen comme de Tamnougalt à Tesaouant. | |
| Oulad Brahim est à hauteur de Tamegrout. |
On voit qu’entre Amzrou et Tamegrout il n’y a point de qçar sur la rive droite. Cependant les deux bords et une partie du lit du fleuve ne cessent sur cette étendue d’être couverts de palmiers.
Au Fezouata appartient encore le qçar d’Asrir Ilemsan, situé sur le territoire du Ternata.
Fezouata ou Tagmadart est, comme Ternata, le nom d’une région et non celui d’une tribu. Ici non plus, ni assemblée ni chikh ne gouverne tout le district. Chaque localité vit isolée et s’administre à sa guise. Les qçars appartiennent à leurs habitants, qui sont des Draoua : chacun est indépendant des autres, et a, séparément, sa debiḥa sur une fraction des Berâber. De même que les Draoua du nord sont soumis qui aux Aït Seddrât, qui aux Oulad Iaḥia, qui aux Roḥa, ceux du Fezouata et des districts situés au sud du Fezouata, c’est-à-dire du Qtaoua et d’El Mḥamid, sont soumis aux Berâber. Cette sujétion diffère, par ses conditions, de celle du nord. Là, les Draoua, enveloppés dans une population étrangère souvent plus nombreuse qu’eux, partout mélangés avec elle, n’ont aucune part à l’administration et ne sont comptés pour rien. A partir d’ici, ils sont les seuls habitants fixes ; mais, comme les qçars de Tatta, et bien plus qu’eux, ils sont obligés, pour être à l’abri de la puissante tribu nomade qui les entoure, d’avoir chacun leur debiḥa sur une de ses fractions. En raison de la faiblesse des Draoua et de la puissance de leurs voisins, les Aït Atta (l’un des deux grands groupes des Berâber), les charges du vasselage sont lourdes pour les trois districts du bas Dra. Nous avons indiqué plus haut sur quelle fraction des Aït Atta chaque qçar du Fezouata a sa debiḥa.
La population du Fezouata se compose donc d’abord des habitants fixes, les Draoua, qui se gouvernent eux-mêmes, chaque qçar séparément, comme les gens de Tisint et de Tatta ; puis de Berâber de passage : ceux-ci ont dans les qçars des maisons où ils déposent leurs provisions, mais où ils n’habitent pas, vivant d’ordinaire sous la tente.
Point de chevaux chez les Draoua du Fezouata, ni chez ceux du Qtaoua et d’El Mḥamid.
Deux marchés dans le Fezouata : l’Arbạa Amzrou et le Sebt Tamegrout.
Un mellaḥ.
Entre Zaouïa el Qlạa et Amzrou, sont les ruines d’une ville autrefois la plus peuplée et la plus puissante du Dra, Zegoura.
Tamegrout est le siège d’une des plus grandes zaouïas du Maroc. C’est l’une des cinq dont l’influence politique aussi bien que religieuse s’étend au loin et peut acquérir par les circonstances une importance énorme : ces cinq zaouïas sont : celle d’Ouazzân (Moulei Ạbd es Selam), celle de Bou el Djạd (Sidi Ben Daoud), celle du Metṛara (Chikh Moḥammed el Ạrabi el Derkaoui), celle de Tamegrout (Sidi Moḥammed ou Bou Bekr), celle du Tazeroualt (Sidi El Ḥoseïn). En ce moment, l’influence des quatre premières est surtout religieuse, celle de la cinquième surtout politique. Le pouvoir de Sidi Ben Nacer est immense dans toute la vallée de l’Ouad Dra, dans celle du Sous, dans celles des ouads Dâdes et Idermi ; il s’étend jusqu’à Tatta et Agadir Iṛir à l’ouest, jusqu’à moitié chemin du Tafilelt à l’est. Cette zone, qui comprend une grande partie de la tribu des Berâber, presque tout le groupe des Aït Atta, est entièrement à sa dévotion. On vient en pèlerinage à Tamegrout de bien plus loin encore, de Mogador, du Sahel, du Tafilelt : le nom de Sidi Moḥammed ou Bou Bekr est connu et vénéré dans tout le Maroc. Le sultan marque en toute occasion le plus grand respect pour ce saint.
VI. — Qtaoua.
En sortant du Fezouata, l’Ouad Dra entre dans un désert appelé El Kheneg : plus de cultures, plus de palmiers, ni dans son lit ni sur ses bords : le désert est absolu ; mais il n’est pas long. La longueur en est égale à deux fois la distance de Tamnougalt à Ourika. C’est à l’extrémité de ce désert que le fleuve traverse le Bani : il perce la chaîne au kheneg appelé Foum Taqqat. Cette trouée par laquelle l’Ouad Dra débouche dans le Sahara proprement dit, au sud de la digue si étrange du Bani, a une grande célébrité chez les Berâber. Ils la regardent comme le lieu de leur origine première, comme leur berceau commun, et y font chaque année des pèlerinages et des sacrifices. Après avoir passé Foum Taqqat, on arrive bientôt au district du Qtaoua.
Le Qtaoua, qu’on appelle aussi El Azrar, est borné au nord par le petit désert d’El Kheneg et au sud par celui de Bou Selman. Il se compose des qçars suivants, situés sur les bords de l’Ouad Dra : voici leur énumération, en descendant le fleuve :
| RIVE DROITE : | ||
| Beni Semgin (debiḥa sur les Ignaouen). | 100 | fusils |
| Qçâbi Oulad Bou Ḥerira (debiḥa sur les Ignaouen). | 40 | |
| Regba (debiḥa sur les Ignaouen). | 60 | |
| Insrad (debiḥa sur les Ignaouen). | 1000 | |
| Beni Ḥaïoun (debiḥa sur les Ignaouen). | 600 | |
| Qaçba er Remla (debiḥa sur les Ilemsan). | 50 | |
| Ikhchouan (debiḥa sur les Ilemsan). | 200 | |
| Beni Henaït (debiḥa sur les Aït b ou Iknifen). | 200 | |
| Zaouïa Sidi Çaleḥ. | ||
| Beni Sbiḥ (debiḥa sur les Aït b ou Iknifen). | 400 | |
| Aït Rebạ (debiḥa sur les Ignaouen). | 80 | |
| Zaouïa Sidi Ạbd el Ạli. | ||
| Zaouïa el Berrania. | ||
| Distances : | de Qçâbi Izligen à Beni Semgin comme de Tamnougalt à Tesaouant. |
| De Beni Semgin à Insrad comme de Tamnougalt à Ouriz. | |
| D’Insrad à Beni Ḥaïoun comme de Tamnougalt à Takatert. | |
| De Beni Ḥaïoun à Beni Sbiḥ comme de Tamnougalt à Ouriz. | |
| De Beni Sbiḥ à Zaouïa el Berrania comme de Tamnougalt à Ouriz. |
La population du Qtaoua est la même et se trouve dans les mêmes conditions que celle du Fezouata. Elle se compose de Draoua (Ḥaraṭîn) se gouvernant à leur fantaisie dans leurs murs, mais tributaires des Berâber : un certain nombre de ces derniers habitent parmi eux, à titre d’étrangers ; ils ont des maisons dans les qçars, y vivent une partie de l’année, et l’autre errent sous la tente. En dehors des Draoua et des Berâber, il y a une troisième classe de personnes : celle des cherifs et des marabouts : ils sont, comme presque partout, indépendants.
Il existe trois très grands qçars dans le Qtaoua : Insrad, Beni Ḥaïoun et Beni Sbiḥ.
Insrad est remarquable par l’instruction et la piété de sa population : presque tous les hommes sont ṭalebs ou ḥadjs. Le qçar est administré par un chikh : le chikh actuel s’appelle Er Rijel ; c’est un Draoui des plus noirs. Insrad n’a qu’une seule porte ; quiconque pénètre dans la ville y dépose ses armes en entrant.
Beni Ḥaïoun est gouverné par son chikh, El Bechra ould Mellouk. C’est l’homme le plus puissant du Qtaoua. Il a sous son autorité plusieurs autres qçars : Beni Henaït, Ikhchouan, Qaçba er Remla, Zaouïa Sidi Çaleḥ. Beni Ḥaïoun, sa résidence, forme ainsi la capitale d’une petite confédération : c’est pourquoi on donne parfois à ce qçar le nom d’El Qtaoua. Chikh El Bechra est, comme ses voisins, vassal des Berâber. Il est célèbre par ses richesses et son luxe ; il possède un immense jardin où sont enfermés des mouflons, des gazelles, des autruches et d’autres animaux du désert. Outre ses marchés hebdomadaires, Beni Ḥaïoun a un marché permanent au milieu du qçar.
Beni Sbiḥ est un grand qçar, rival de Beni Ḥaïoun et souvent en guerre avec lui ; il a pour chikh un Draoui, Chikh El Ạziz. Beni Sbiḥ possède six mosquées et un marché permanent. L’enceinte du qçar n’a que deux portes.
Les marchés du Qtaoua sont, outre les marchés permanents mentionnés : le ḥad et le khemîs de Beni Ḥaïoun, le ḥad et le khemîs de Beni Sbiḥ.
Deux mellaḥs, l’un à Beni Ḥaïoun, l’autre à Beni Sbiḥ.
VII. — El Mhamid.
El Mḥamid, ou, comme on l’appelle pour le distinguer d’autres lieux du même nom, Mḥamid el Ṛozlân, est le dernier district du pays de Dra. Entre le Qtaoua et lui se trouve un court désert, Khela Bou Selman. Le fleuve le traverse, les rives stériles. Il en sort pour entrer dans El Mḥamid, où ses bords se couvrent de nouveau de palmiers et de qçars ; voici les noms de ces derniers, dans l’ordre où on les rencontre en descendant le fleuve :
| RIVE GAUCHE : | ||
| Oulad Dris (debiḥa sur les Aït Bou Daoud). | 400 | fusils. |
| Bou Nou (debiḥa sur les Aït Ạlouan). | 80 | |
| Tleḥa (debiḥa sur les Aït Bou Daoud). | 100 | |
| El Mḥarza (debiḥa sur les Ignaouen). | 50 | |
| Qcîba Aït Ạïssa ou Brahim (Aït Ạïssa ou Brahim). | 100 | |
| Oulad Ḥamed (debiḥa sur les Ignaouen). | 300 | |
| El Beṭḥa (debiḥa sur les Aït Bou Daoud). | 80 | |
| Cendouga (debiḥa sur les Ignaouen). | 40 | |
| Oulad Mhiia (debiḥa sur les Aït Ạlouan). | 200 | |
| Qcîba Chiadma (pas de debiḥa. Les Chiadma sont Arabes etindépendants). | 200 | |
| Qcîba Sidi Zaoui (debiḥa sur les Aït Ạlouan). | 100 | |
| Distances : | de Zaouïa el Berrania à El Beṭḥacomme de Tamnougalt à Tesaouant. | |
| D’El Beṭḥa à Oulad Ḥamed | 600 mètres. | |
| D’Oulad Ḥamed à Cendouga comme deTamnougalt à Takatert. | ||
| De Cendouga à Qcîba Chiadma | 800 mètres. | |
| D’Oulad Ḥamed à Oulad Dris commede Tamnougalt à Ouriz. | ||
| D’Oulad Dris à El Beṭḥa comme deTamnougalt à Ouriz. | ||
| D’Oulad Mhiia à Cendouga | 800 mètres. | |
La population d’El Mḥamid est semblable à celle du Qtaoua et du Fezouata et se trouve dans les mêmes conditions : Draoua tributaires des Berâber, possédant les qçars, et se gouvernant dans chacun d’eux isolément et à leur guise ; Berâber de passage ; cherifs indépendants.
Point d’autre marché que le marché permanent d’Oulad Ḥamed.
Un mellaḥ.
Au sortir d’El Mḥamid, l’Ouad Dra s’enfonce dans le désert : il y reste jusqu’à l’Océan.
VIII. — Affluents de l’Ouad Dra.
Voici les noms de quelques-uns des affluents de l’Ouad Dra, entre le Kheneg Tarea et El Mḥamid. Affluents de la rive droite :
Ouad Imider. — Il a son confluent au-dessus de Rebaṭ (Mezgîṭa). Il ne traverse que le désert.
Ouad Tamtsift. — Il a son confluent au-dessus d’Ouriz. Il arrose successivement la qoubba de Tarourt, Tasla Aït Brahim, Aït Semgan (appelé aussi Amenrirka), Tesaouant, Ourika. A Ourika, se jette sur sa rive gauche un ruisseau prenant sa source à Aïnach, zaouïa avec dattiers et cultures située à quelque distance dans la montagne.
Ouad Agni Ouremd. — Il a son confluent au-dessus d’Aremd ; il ne traverse que le désert.
Ouad Bou Lougeïn. — Il a son confluent à Argioun. Cette localité est à égale distance de Tamnougalt et d’Ourika.
Ouad Alemt. — Il a son confluent au-dessus de Tamkasselt ; il ne traverse que le désert : c’est un cours d’eau d’une assez grande longueur.
Ouad Tansikht. — Il a son confluent au-dessus d’Aït Oussiḥi ; c’est un cours d’eau assez long, mais ne traversant que le désert.
Ouad Alemta. — Il a son confluent au-dessus de Rebaṭ Aït Mimoun ; il ne traverse que le désert, bien qu’assez long. Alemta est le nom d’une montagne d’où descendent plusieurs rivières.
Ouad Tasminert. — Il a son confluent entre Aqebt et Oulad Mesạd. Il vient du Khela Tasminert et demeure pendant tout son cours dans le désert.
Ouad. . . . . — Il a son confluent au-dessus de Zaouïa Amadaṛ ; il ne traverse que le désert.
Ouad Mhit. — Il a son confluent au-dessus de Timskalt. Il ne traverse que le désert.
Ouad. . . . . . — Il a son confluent sous Zaouïa el Feggouç. Il ne traverse que le désert.
Ouad Nfid. — Il a son confluent sous Qaçba el Kạba. Il ne traverse que le désert.
Ouad El Betha el Beïda. — Il a son confluent au-dessus de Taṛzout. Il ne traverse que le désert.
Ouad Grenzar. — Il a son confluent au-dessus d’El Meqaṭra. Il ne traverse que le désert.
Ouad Abd Allah. — Il a son confluent au-dessus de Rebaṭ el Ḥadjer. Il ne traverse que le désert.
Ouad Mergou. — Il a son confluent au-dessus d’El Ạroumiat. Il ne traverse que le désert.
Ouad el Feïja. — Il a son confluent au-dessous de Zaouïa el Baraka : c’est un cours d’eau long, mais désert.
Ouad el Miet. — Il a son confluent au-dessous d’Oulad Brahim. Il ne traverse que le désert.
Ouad Zerri. — Il a son confluent au-dessus d’Anagam. Il ne traverse que le désert.
Affluents de la rive gauche :
Ouad Idili. — Il a son confluent au-dessous de Tiniṛil. Il prend sa source dans le Saṛro : le cours en est désert.
Ouad Tara Melloul. — Il a son confluent au-dessous de Taleouin. Le cours en est désert.
Ouad Abdi. — Il a son confluent au-dessus de Talat : il ne traverse que le désert. Il prend sa source dans le Djebel Kisan et n’est qu’un ravin très court : au contraire, les cours d’eau précédents sont longs.
Ouad Aït Aïssa ou Daoud. — Il a son confluent au-dessous d’Aït Khelfoun ; il ne traverse que le désert.
Ouad Tangarfa. — Il a son confluent au-dessous d’Aït Khelfoun : il ne traverse que le désert, et se jette au-dessous du cours d’eau précédent.
Ouad Ousreït. — Il a son confluent au-dessous d’Abernous ; il ne traverse que le désert.
Ouad Tamellalt. — Il a son confluent au-dessous de Zaouïa Sidi Dris ; il ne traverse que le désert.
Ouad. . . . . . — Il a son confluent entre Taaqilt et Ifriouin ; il ne traverse que le désert.
Ouad. . . . . . — Il a son confluent entre Ifriouin et Timesla ; il ne traverse que le désert.
Chaba Moulei Iaqob. Il — a son confluent au-dessus d’Aït Ạbd Allah ou Mimoun ; il ne traverse que désert.
Chaba Moulei Bou Fers. — Il a son confluent au-dessus d’Akhellouf ; il ne traverse que le désert.
Chaba. . . . . . . . — Il a son confluent au-dessus d’El Douirat. Il ne traverse que le désert. Ce cours d’eau, ainsi que les quatre précédents, prend sa source dans le Khela Bou Zeroual.
Chaba. . . . . . . . — Il a son confluent sous Tafroust ; il ne traverse que le désert. On appelle Tazenakht l’endroit où il se jette dans le fleuve.
Ouad el Miet. — Il a son confluent sous Bou Zergan : c’est une rivière longue ; elle ne traverse que le désert.
Ouad el Farer. — Il a son confluent entre Zegoura et Zaouïa el Ftaḥ. Il prend sa source à Foum Tenia Tafilelt. Il ne traverse que le désert.
La plupart des rivières que nous venons d’énumérer sont presque toujours à sec.
3o. — BASSIN INFÉRIEUR DU DRA.
L’Ouad Dra, des derniers palmiers d’El Mḥamid à l’Océan, coule dans le désert. Sur sa rive droite, c’est une plaine ondulée s’étendant jusqu’au Bani, plaine rayée par endroit de collines basses, et partout telle que nous l’avons vue au sud de Tintazart. Sur la rive gauche, on trouve, après avoir gravi un talus, une plaine semblable à celle de droite : sol ondulé, avec de petits cours d’eau, et de la végétation au printemps. On appelle ces deux plaines les Feïja. La dernière a, en moyenne, une journée de marche en profondeur ; un nouveau talus, visible de Tatta, la borne au sud. Si l’on monte sur ce talus, on trouve le ḥamada, vaste plateau où rien ne borne plus l’horizon : sol plat, dur et pierreux, sans eau ni végétation. Le ḥamada s’étend au loin vers le sud : c’est le commencement du grand désert.
Si les bords du fleuve ne sont pas habités, les trois déserts qui l’entourent servent de terrains de parcours à diverses tribus nomades ; ce sont :
Les Tajakant, tribu religieuse, dont tous les membres sont marabouts. Elle est établie dans le ḥamada, au sud des Ida ou Blal et des Aït ou Mrîbeṭ ; elle a des tentes, et un qçar, Tindouf.
Les Arib, tribu nomade possédant un qçar, Zạïr, et des tentes : leurs campements s’étendent parfois fort loin, dans le ḥamada à l’est des Tajakant, dans la Feïja méridionale en face des Berâber, et dans le désert compris entre le sud du Tafilelt et le sud du Dra : d’ordinaire ils sont massés au sud du Debạïa. Cette tribu, jadis considérable, est déchue aujourd’hui de son antique puissance. Les Ạrib se disent Arabes : ils sont blancs de peau et ne parlent que l’arabe.
Les Berâber, ou du moins certaines parcelles d’entre eux, surtout des portions des Aït Ạlouan (les Aït Ạlouan font partie des Aït Atta) ; ils campent dans la Feïja septentrionale, en face de la région occupée par les Ạrib ; ils ont pour limites : au nord le Bani, à l’est et au sud l’Ouad Dra, à l’ouest les Ida ou Blal.
Les Ida ou Blal ; ils occupent les deux Feïja, celle de la rive gauche comme celle de la rive droite, entre les Ạrib et les Berâber à l’est et les Aït ou Mrîbeṭ à l’ouest.
Les Aït ou Mrîbet ; ils occupent aussi les deux Feïja, entre les Ida ou Blal d’une part, et de l’autre des tribus du Sahel sur lesquelles je n’ai pu recueillir de renseignements.
Au milieu de ces tribus nomades, on ne trouve que cinq qçars, isolés dans le désert ; ce sont :
Tindouf, sur le ḥamada, au sud de l’Ouad Dra. Ce qçar, de fondation récente, appartient aux Tajakant. Il est important comme centre religieux et plus encore comme point de départ et d’arrivée de caravanes annuelles du Soudan.
Zaïr, sur la rive gauche du Dra, à quelque distance de son lit. Ce qçar a été construit, il y a peu d’années, par les Ạrib. La population, appartenant toute à cette tribu, en est d’environ 500 fusils. Il est arrosé par des sources et possède quelques plantations de dattiers. Sa distance au lit du Dra est celle de Tamnougalt à Ouriz ; sa distance au qçar le plus méridional d’El Mḥamid est celle de Tesaouant à Ouriz.
Qçar Khsa, situé sur la rive droite du Dra, à 3 ou 4 heures de son lit. Il appartient aux Khsa, fraction des Oulad Iaḥia ; la population en est d’environ 400 fusils ; il est arrosé par un canal qui lui apporte l’eau du Dra ; point de dattiers. Sa distance à Zạïr est deux fois celle de Tamnougalt à Ourika ; sa distance à l’Ouad Dra est à peu près la même.
El Mhazel, sur la rive droite du Dra, à une certaine distance de son lit. C’est un grand qçar de 400 feux habité par les Aït Sidi Ạbd en Nebi, marabouts descendant du saint de ce nom, dont la qoubba est dans le qçar : la zaouïa est importante. El Mḥazel est arrosée par des sources ; point de dattiers. Elle est au sud-ouest de Qçar Khsa, à une distance qui est une fois et un tiers celle de Tesaouant à Tamnougalt.
Mrimima, où nous avons séjourné.
A côté de ces tribus nomades et de ces quelques qçars, se trouvent deux petits groupes de marabouts vivant côte à côte sous la tente, en des lieux invariables, au nord du Debạïa : avec eux finit la liste des populations qui occupent les déserts du Dra inférieur. Ces deux groupes sont :
Oulad Sidi Amer, marabouts campant à quelque distance au nord du Debạïa, dans les collines de Soussia.
Mrabtin Hamirin, marabouts campant non loin des précédents, dans les mêmes collines de Soussia.
Ainsi que nous l’avons dit en parlant des mạders, l’Ouad Dra est presque toujours à sec dans son cours inférieur : certaines années seulement, ses eaux dépassent El Mḥamid et s’écoulent jusqu’à la mer ; encore cette crue ne dure-t-elle que quelques jours. En dehors de ces rares périodes, il n’a point d’eau, sauf le peu que lui apportent en temps de pluie ses principaux affluents. Son lit est, dans cette portion, presque partout sablonneux : ce fond, lorsqu’il est arrosé, devient très fertile : il produit une végétation abondante et, si on l’ensemence, de superbes récoltes. Ces parties cultivables du Dra sont, d’abord, le Debạïa ; puis, plus bas, différents tronçons portant le nom de mạder. Le Debạïa et les mạders sont seuls labourables dans le Dra inférieur : le reste est stérile.
Le DEBAIA. — Le Debạïa est une plaine de sable, longue de 2 jours de marche et large de 1 jour 1/2. L’Ouad Dra passe au milieu, la traversant dans sa longueur. Une partie de cette plaine se cultive chaque année : les tribus voisines s’en sont partagé les terres ; tous les automnes, elles viennent y passer deux ou trois semaines, arrosent au moyen de canaux dérivés du Dra, et labourent ce qu’elles peuvent. Si l’année est pluvieuse et la crue forte, les eaux du fleuve couvrent tout le Debạïa durant plusieurs jours : sinon, les canaux seuls s’emplissent : enfin, s’il a fait très sec, l’eau manque entièrement et la semence est perdue. Les tribus qui cultivent dans le Debạïa sont : les Ạrib, les Aït Ạlouan (Aït Atta), les Khsa (Oulad Iaḥia), les Oulad Chaouf (Oulad Iaḥia), les Nesasda (Oulad Iaḥia), les Aït Ạbd en Nebi, les Oulad Sidi Ạmer, les Mrabṭîn Ḥamirin.
Le Debạïa a son extrémité orientale à hauteur de Zạïr.
Les MADER. — Il y a une grande différence entre le Debạïa et les mạders : le premier est une plaine traversée par le Dra, les seconds sont le lit même du fleuve ; l’un est arrosé par les eaux propres du Dra, les autres ne le sont habituellement que par celles de ses affluents ; le Dra forme celui-là, les rivières qui s’y jettent produisent ceux-ci. Le Debạïa est situé de telle façon qu’il reçoit tout l’excédant des eaux du Dra. Les mạders sont chacun au confluent d’un tributaire du fleuve et se fertilisent du surplus de leurs eaux. Point de cours d’eau important se jetant dans le Dra qui n’y forme un mạder ; point de mạder qui ait une origine différente. Plus la rivière est forte, plus la portion arrosée est considérable, plus le mạder est grand. Ces différents mạders sont séparés entre eux et du Debạïa par des portions stériles ; parfois, dans les grands mạders, les cultures sont entrecoupées de courts tronçons impropres au labourage.
Nous n’avons plus à décrire les mạders, auxquels nous avons fait une visite racontée plus haut : les eaux du haut Dra, arrêtées au Debạïa, y viennent rarement : on ne compte point sur elles pour la récolte, la terre s’arrosant assez par l’eau qu’y déversent les rivières qui les forment. On y cultive de l’orge, un peu de blé et du maïs. Ce dernier devient d’une taille prodigieuse : les tiges en sont, dit-on, plus hautes qu’un cavalier monté ; les épis en ont près d’une coudée de long. Les années 1878, 1879, 1880, on a cultivé les mạders ; on ne l’a point fait en 1881 ni en 1882 : on n’ensemence que quand des nuages apparaissent en automne, donnant l’espoir d’un hiver pluvieux, non qu’on ait besoin de pluie dans les mạders mêmes, mais il faut qu’il en tombe dans la montagne pour remplir les rivières qui les arrosent.
Il y a six mạders : le Mạder Ida ou Blal, le Mạder Tatta, le Mạder Aqqa, le Mạder Tizgi, le Mạder Icht, le Mạder Imi Ougadir ; ces mạders sont séparés entre eux par des portions stériles plus ou moins longues. Le premier est arrosé par les ouads Zgiḍ et Kheneg eṭ Ṭeurfa, les cinq derniers par les rivières qui leur ont donné à chacun leur nom. Les Ida ou Blal et les habitants de Tisint labourent le Mạder Ida ou Blal ; les Ida ou Blal, les gens de Tatta et les Aït ou Mrîbeṭ, le Mạder Tatta ; les Aït ou Mrîbeṭ et les gens d’Aqqa, le Mạder Aqqa ; les Aït ou Mrîbeṭ et les gens des oasis voisines, les trois derniers. Dans le Mạder Ida ou Blal, le terrain est imprégné de sel ; l’eau, quand il y en a, est salée ; si l’on creuse des puits, c’est de l’eau salée qu’on trouve. Le meilleur des six mạders, comme terrain, est le Mạder Aqqa ; le plus vaste de beaucoup est le Mạder Ida ou Blal. Ce dernier se divise en plusieurs portions ayant des noms distincts et séparées entre elles par de courts espaces stériles : voici ces portions dans l’ordre où elles se présentent lorsqu’on descend le fleuve :
| Zbar[114] | ||
| ⎱ ⎰ | entre eux est un espace stérile long comme la distance de Tisint à Aqqa Iṛen. | |
| Zouaïa | ||
| ⎱ ⎰ | entre eux est un espace stérile long comme la distance de Tisint à Aqqa Igiren. | |
| Bou Ḥalg | ||
| ⎱ ⎰ | entre eux est un espace stérile long comme la distance de Tisint à Trit. | |
| Tingaï | ||
| ⎱ ⎰ | entre eux est un espace stérile long comme la distance de Tisint à Trit. | |
| Steïla | ||
| ⎱ ⎰ | entre eux est un espace stérile long comme la distance de Qaçba el Djouạ à Trit. | |
| Djemạ | ||
| ⎱ ⎰ | entre eux est un espace stérile long comme la distance de Qaçba el Djouạ à Tisint. | |
| Bel Lebḥan | ||
| ⎱ ⎰ | entre eux est un espace stérile long comme la distance de Qaçba el Djouạ à Trit. | |
| Bou Ṛioul | ||
| ⎱ ⎰ | entre eux est un espace stérile long comme la distance de Tisint à Aqqa Aït Sidi. | |
| Chelkha Djedeïd | ||
| ⎱ ⎰ | id. | |
| Rist Djedeïd | ||
| ⎱ ⎰ | id. | |
| Bou Arbạïn | ||
| ⎱ ⎰ | id. | |
| Ḥedeb Bou Naïla | ||
| ⎱ ⎰ | id. | |
| Khrouf | ||
| ⎱ ⎰ | id. | |
| Bou Ạbd Allah | ||
| ⎱ ⎰ | id. | |
| Ta Bou Ạbd Allah | ||
| ⎱ ⎰ | id. | |
| Ṭiba Maṛnia | ||
| ⎱ ⎰ | id. | |
| Qçar Chạïr | ||
| ⎱ ⎰ | id. | |
| Lebdia |
| Distances : | de Zbar à Tingaï comme de Tintazart à Qaçba el Djouạ. |
| de Tingaï à Rist Djedeïd comme de Tintazart à Aqqa Igiren. | |
| de Rist Djedeïd à Lebdia comme de Tintazart à Qoubba Sidi El Ḥoseïn. | |
| de Tisint à Tingaï comme de Tisint à Kheouïa. | |
| de Tisint à Zbar comme de Tisint à Kheouïa. |
Quant au Mạder Tatta, il est d’une pièce et n’est coupé d’aucune place stérile : la longueur en est égale à la distance de Qaçba el Djouạ à Tisint. Il est séparé de Lebdia, dernier point du Mạder Ida ou Blal, par un désert : il faut, pour parcourir ce dernier, le même temps que pour aller de Tisint à Aqqa Igiren.
AFFLUENTS. — D’El Mḥamid au Sahel, l’Ouad Dra reçoit successivement un grand nombre d’affluents dont les principaux sont les suivants :
Affluents de la rive droite :
Ouad Hamsaïlikh.
Ouad Zgid, s’y jetant à Tingaï (Mạder Ida ou Blal).
Ouad Bou Tamat, s’y jetant à Tingaï (Mạder Ida ou Blal).
Ouad Henina, s’y jetant à Rist Djedeïd (Mạder Ida ou Blal).
Ouad el Qcib, s’y jetant à Rist Djedeïd (Mạder Ida ou Blal).
Ouad Kheneg et Teurfa, s’y jetant à Bou Arbạïn (Mạder Ida ou Blal).
Ouad Bent en Nas, s’y jetant à Khrouf (Mạder Ida ou Blal).
Ouad Tatta, s’y jetant à Areg Souir (Mạder Tatta).
Ouad Meskaou, s’y jetant à Souekh (Mạder Tatta).
Ouad Aqqa, s’y jetant à Qoubba Sidi Ạmara (Mạder Aqqa).
Ouad Tizgi el Haratîn, s’y jetant à Mạder Tizgi.
Ouad Icht, s’y jetant à Mạder Icht.
Ouad Imi Ougadir, s’y jetant à Mạder Imi Ougadir.
Affluent de la rive gauche :
Ouad Tangarfa, s’y jetant à Bel Lebḥan (Mạder Ida ou Blal) : cette rivière prend sa source dans le ḥamada : sur ses bords, déserts aujourd’hui, on voit les ruines d’un qçar depuis longtemps abandonné ; une légende prétend que les habitants en ont été chassés par les moustiques. Pas d’eau dans l’ouad, mais des puits d’eau douce en son lit.
Nous allons étudier séparément les divers cours d’eau tributaires de droite du Dra.
I. — Ouad Hamsaïlikh.
Ce n’est qu’un ruisseau, prenant sa source entre le Djebel Hamsaïlikh et le Djebel Mḥeïjiba et se jetant dans l’Ouad Dra un peu plus haut que l’Ouad Zgiḍ. Il ne coule que dans le désert.
II. — Ouad Zgid.
L’Ouad Zgiḍ est formé de deux rivières, l’Ouad Aṛlal et l’Ouad El Qabia : il ne prend son nom qu’à partir du confluent de ces deux cours d’eau, confluent situé un peu en amont du qçar de Smira. Il se jette dans l’Ouad Dra au Mạder Ida ou Blal, à Tingaï. Nous étudierons séparément l’Ouad Aṛlal, l’Ouad El Qabia et l’Ouad Zgiḍ.
1o OUAD ARLAL. — Il porte aussi, dans son cours supérieur, le nom d’Ouad El Gloạ. Il prend sa source dans le Petit Atlas et coule d’abord dans une vallée étroite, resserrée dans les flancs de cette chaîne. Il y arrose successivement les qçars suivants, qui appartiennent aux Oulad Iaḥia et forment la région appelée El Kheneg : ce sont, en descendant :
| Bou er Rebiạ | 40 | fusils. |
| El Merjạ | 50 | — |
| Oulad Ḥammou | ||
| Oulad Ạḍim | ||
| El Geddara | ||
| El Gloạ | 200 | fusils. |
(C’est jusqu’ici que l’Ouad Aṛlal porte souvent le nom d’Ouad El Gloạ ; au-dessous, on ne l’appelle qu’Ouad Aṛlal.)
| Asemlil Qedîm | ||
| Asemlil Djedid | ||
| Assaka | 30 | fusils. |
| Agenf | 30 | — |
| Tagemt | 30 | — |
| Aṛlal | 60 | — |
A Aṛlal, l’Ouad Aṛlal sort du Petit Atlas et entre dans la Feïja : cette Feïja est le prolongement de celle que nous avons traversée avant d’arriver à Tanziḍa, vaste étendue plate et sablonneuse, déserte, bornée au nord par les premières pentes du Petit Atlas, au sud par le Bani. La rivière y coule dans le désert jusqu’auprès de Smira, où elle s’unit à l’Ouad el Qabia.
Sur tous les cours d’eau du bassin de l’Ouad Zgiḍ, sans exception, on trouve des dattiers à chaque point habité : pas un village, pas un qçar, si petit qu’il soit, qui n’ait ses plantations de palmiers. Ces rivières sont aussi les mêmes en ce qui concerne leurs eaux : elles en ont aux lieux habités et rarement ailleurs.
| Distances : | de Smira à Aṛlal comme de Mrimima à Agadir Tisint. |
| de Smira à El Gloạ comme de Tazenakht à Iṛels. |
2o OUAD EL QABIA. — Il porte aussi les noms d’Ouad Ouinjgal et d’Ouad Alougoum. Il prend sa source dans le désert de Tarouni. Ce désert a une longueur d’une journée de marche : il commence à Tazenakht et finit à Ouinjgal ; le sol en est rocheux et pierreux, sans aucune végétation. La vallée de l’ouad est d’abord encaissée entre les pentes du Petit Atlas et étroite : on trouve successivement sur son cours, en le descendant, les qçars suivants :
Ouinjgal, Ouagginekht, Taouinekht (2 qçars), Zaouïa Sidi Blal, Tagergint, Amazzer, Aït Ạïssa, Aït Mrabeṭ, Talat, Tastift, Foum el Ouad, Talilt, Aït Ṭaleb, Tiṛremt (Aït Ṭaleb et Tiṛremt ont ensemble 200 fusils).
Les premiers qçars, jusqu’à Foum el Ouad inclus, forment le territoire des Aït ou Ḥamidi ; les trois derniers forment celui d’Alougoum ; tous ensemble sont ce qu’on appelle le pays de Qabia. La population d’El Qabia, après avoir été longtemps alliée aux Oulad Iaḥia, s’est mise de sa propre volonté sous l’autorité du Zanifi ; cette région est donc regardée aujourd’hui comme faisant partie des États de ce dernier.
A Tiṛremt, l’Ouad El Qabia sort du Petit Atlas et entre dans la Feïja : il y demeure, dans le désert, jusqu’au point où il s’unit à l’Ouad Aṛlal.
D’Ouinjgal à Tiṛremt, les bords de l’ouad sont garnis de cultures, d’habitations et de dattiers formant une bande continue qui s’interrompt en un seul endroit, entre Taouinekht et Zaouïa Sidi Blal. Entre ces points, les deux rives sont stériles et inhabitées : c’est un désert d’une heure de longueur.
Pas de marché dans le Qabia.
| Distances : | de Tazenakht à Ouinjgal | 1 jour. |
| d’Ouinjgal à Tastift | 1/2 jour. | |
| de Tastift à Tiṛremt | 1 heure 1/2. | |
| d’El Mḥamid à El Qabia comme de Tisint à Mrimima | ||
| d’Oulad Djerrar à El Qabia (par Smira) | 1 jour. | |
| d’El Mḥamid à l’Alougoum (en coupant au court par la Feïja) | 1/2 jour. |
3o OUAD ZGID. — Il coule d’abord dans la Feïja. A hauteur du confluent dont il résulte se trouvent trois petits qçars entourés chacun de nombreux palmiers, massés en un seul groupe, à 4 ou 5 kilomètres de distance de son lit, sur sa rive gauche : ce sont, en descendant :
| Oulad Meraḥ | 70 | fusils. |
| El Kheouïa | ||
| Nkheïla | 150 | fusils. |
Ces trois qçars appartiennent aux Oulad Iaḥia (fraction des Oulad Ḥellal).
A quelques pas au-dessous du confluent où il prend naissance, l’Ouad Zgiḍ entre dans l’oasis de Zgiḍ : il y arrose successivement les qçars suivants :
| Smira | rive gauche | 70 | fusils. | ||
| Oulad Ḥammou | rive gauche | ||||
| Oulad Ḥamida | rive gauche | ||||
| Oulad Djemạ | rive gauche | ||||
| El Mḥaroug | rive gauche | 20 | fusils. | ||
| Oulad Bou Qdir | rive gauche | ||||
| El Ṛouanem | rive gauche | ||||
| Amzou | rive gauche | 50 | fusils. | ||
| El Mḥamid | rive droite | 150 | — | ||
| Agroud | rive gauche | ||||
| Tamzaourout | rive droite | 30 | fusils. | ||
| Amzaourou | rive droite | 30 | — | ||
| Aqqa | rive droite | ||||
| Bou Delal | rive gauche | 30 | fusils. | ||
| Mḥinch | rive droite | 400 | — | ||
| Bou Gir | rive gauche | 40 | — | ||
| Oulad Belqas | rive droite | ||||
| Oulad Djerrar | rive gauche | ||||
| Tabia en Nkheïla | ⎱ ⎰ | compris sous le nom de Tabia nBoro | rive gauche | 150 | fusils. |
| Tabia Djedida |
Ces qçars sont échelonnés dans la Feïja au bord même de l’ouad ; de Smira à Tabia en Nkheïla, les rives de celui-ci sont, sans interruption, bordées de dattiers. L’oasis de Zgiḍ ne comprend pas d’autres qçars que ceux qui viennent d’être mentionnés : elle appartient à deux fractions des Oulad Iaḥia, les Oulad Ḥellal possédant tout ce qui est sur la rive gauche, l’Ahel El Mḥamid possédant tout ce qui est sur la rive droite. L’oasis de Zgiḍ se trouve, comme celles de Tisint, de Tatta, d’Aqqa, au pied du Bani, auprès d’un kheneg par où s’écoule la rivière qui l’arrose ; mais, au lieu d’être au sud du Bani comme Tisint et Aqqa, elle est au nord comme Tanziḍa, comme une partie de Tatta. Pas un seul qçar du Zgiḍ n’est au sud de la chaîne.
Un marché dans le Zgiḍ, le tenîn de Smira.
Immédiatement au-dessous de Tabia en Nkheïla, la Feïja finit, et l’Ouad Zgiḍ traverse le Bani au kheneg dit Foum Zgiḍ. De là, il entre dans une vaste plaine déserte où il coule jusqu’au village isolé de Mrimima. De ce point à son confluent avec le Dra, à Tingaï, son cours se continue dans la même plaine, aussi unie et aussi déserte qu’auparavant ; à l’approche de l’Ouad Dra, elle prend le nom de Ṭerf eḍ Ḍel et devient sablonneuse : dans cette partie, les eaux de l’Ouad Zgiḍ la fertilisent et elle produit de belles moissons. Cette plaine de Ṭerf eḍ Ḍel est analogue à celle de Medelles, que nous avons visitée, et est, comme elle, séparée du lit du Dra par un mince bourrelet rocheux.
| Distances : | de Mrimima à Oulad Djerrar. | 1 jour. |
| de Tisint à Tabia n Boro (par la Feïja) | 3/4 de jour. | |
| de Tabia n Boro à Mḥinch | 3/4 d’heure. | |
| de Mḥinch à El Mḥamid | 1/2 heure. | |
| d’El Mḥamid à Tabia en Nkheïla | 3 heures. |
Il y a deux mellaḥs dans le bassin de l’Ouad Zgiḍ ; l’un dans le Zgiḍ, l’autre dans l’Alougoum.
AFFLUENTS. — L’Ouad Zgiḍ a trois affluents principaux, tous sur sa rive droite ; ce sont : l’Ouad Tlit, s’y jetant à El Mḥamid ; l’Ouad el Feïja, s’y jetant aussi à El Mḥamid, quelques pas plus bas ; l’Ouad Tisint, s’y jetant à environ 2 kilomètres au-dessous de Mrimima.
Ouad Tlit. — L’Ouad Tlit prend sa source dans le Khela Ikis, désert montagneux, rocheux, sans végétation : sa vallée, enfermée entre les pentes du Petit Atlas, est d’abord fort étroite : il y arrose successivement les qçars suivants :
Amdzgin, Tafrouqt (Zaouïa Sidi Merri), Argemmi, Tagadirt, Taourirt n Ouzenag, Seroub (marabouts), Qioud, Taourirt n Tilles, Agred, Imi n Tlit, Aoufelgach.
Ces qçars, avec ceux que nous mentionnerons plus loin sur l’Ouad Temgissin, forment tout le territoire du Tlit. Il est sous l’autorité du Zenâgi, à l’exception d’Argemmi, de Tagadirt et d’Aoufelgach qui se sont rangés sous celle du Zanifi.
A Aoufelgach, l’Ouad Tlit sort de la montagne et entre dans la Feïja : il y coule dans le désert jusqu’à son confluent avec l’Ouad Zgiḍ, à El Mḥamid.
Point de marché dans le Tlit. Une zaouïa importante, celle de Sidi Merri, à Tafrouqt : là se trouve le tombeau de ce saint ; il est très vénéré : c’est tout ce qui reste de Sidi Merri ; il n’existe plus de descendant de lui dans la zaouïa.
| Distances : | de Temdaouzgez au désert d’Ikis (à travers le désert d’Ifenouan) | 3 heures. |
| longueur du désert d’Ikis | 3 heures. | |
| de Temdaouzgez au Tlit | 1/2 jour. | |
| d’Amdzgin à Imi n Tlit | 3 heures. | |
| d’Imi n Tlit à Aoufelgach | 1 heure. | |
| d’Aoufelgach à El Mḥamid | 1/2 jour. |
AFFLUENTS. — L’Ouad Tlit a un affluent, l’Ouad Temgissin, se jetant sur sa rive droite à Imi n Tlit.
Ouad Temgissin. — Il coule entre les pentes du Petit Atlas. Dans son cours inférieur, il arrose successivement les trois qçars que voici ; ils font partie du Tlit :
Temgissin, Aït Maouas, Imaraten.
Le premier reconnaît l’autorité du Zanifi ; le dernier, celui de l’Azdifi ; quant à Aït Maouas, c’est un qçar de marabouts : il est indépendant.
| Distance : d’Imi n Tlit à Temgissin | 3 heures. |
Ouad el Feija. — Il prend sa source dans la Feïja, entre Tanziḍa et Zgiḍ. Un seul point habité sur son cours, le qçar d’Erḥal.
Ouad Tisint. — Cette rivière, aussi importante que l’Ouad Zgiḍ lui-même, fera l’objet d’un article spécial.
REMARQUE SUR LA TRIBU DES OULAD IAHIA. — La vaste région comprise entre le Bani au sud, le Dra à l’est, les abords du Ouarzazât au nord, les Aït Tigdi Ouchchen, les Aït Ạmer, les Zenâga, les Ida ou Blal à l’ouest, forme le territoire des Oulad Iaḥia : on voit que presque tout le bassin de l’Ouad Zgiḍ y est renfermé. Les Oulad Iaḥia sont une nombreuse et puissante tribu de nomades, habitant la plupart sous la tente, mais ayant aussi un certain nombre de qçars : ces qçars sont, les uns dans le bassin de l’Ouad Zgiḍ, les autres plus au nord, sur de petits affluents du Dra, enfin un certain nombre sur le Dra (Aït Zeri, Ternata). Ils se disent de race arabe. Leur langue est l’arabe, mais beaucoup d’entre eux savent le tamaziṛt. Ils sont très blancs de peau ; leur type ressemble à celui des Ida ou Blal ; leurs femmes sont d’une beauté remarquable. Dans leurs vêtements, ils se rapprochent plutôt des Chellaḥa que des Ida ou Blal : moins de khent, moins de bernous blancs que ces derniers : des khenîfs, des bernous gris et bruns, des haïks rayés de diverses couleurs. Les femmes ont le costume qu’on porte à Tisint et chez les Ida ou Blal.
Les Oulad Iaḥia réunis forment environ 3000 à 3500 fusils. Ils sont sous le commandement d’un chikh unique, Chikh El Ạrabi ben Ọtman, dont la famille exerce depuis un temps immémorial le pouvoir suprême sur toute la tribu. Chikh Ben Ọtman réside sur les bords du Dra dans le qçar appelé indifféremment Qcîba Chikh El Ạrabi, ou Aït Ọtman (Aït Zeri). Chikh El Ạrabi est indépendant et n’a aucune relation avec le sultan. Son pouvoir est très efficace sur des rives du Dra : il va s’affaiblissant à mesure qu’on s’éloigne d’elles. Le chikh est en ce moment en paix avec ses voisins ; c’est une exception : il est presque toujours en guerre avec eux, surtout avec le Zanifi et le Mezgîṭi. Chikh El Ạrabi a sous son autorité non seulement tous les Oulad Iaḥia, mais encore le district du Tinzoulin et le grand qçar de Timesla, peuplés l’un et l’autre de Draoua.
Trois centres religieux ont une grande influence sur les Oulad Iaḥia : ce sont les zaouïas de Mrimima (Zaouïa Sidi Ạbd Allah Oumbarek), de Tamegrout (Zaouïa Sidi Ben Nacer) et de Bou Mousi (Sidi Ạli ou Ạbd er Raḥman). Les marabouts de Bou Mousi sont ceux qu’ils vénèrent d’une façon spéciale, ceux auxquels ils remettent chaque année leur principale redevance religieuse.
Les Oulad Iaḥia se décomposent en :
Oulad Bechiḥ (habitant l’Ouad Dra : les Aït Zeri en sont une fraction) ;
El Kạba (qçars dans le Tinzoulin et désert) ;
Oulad Kerzab (qçar de Melal dans le Ternata et désert) ;
Nesasda (Rebaṭ el Ḥadjer, Qaçba Ạli ou Mousa, Cheradna dans le Ternata et désert) ;
Oulad Chaouf (Tignit dans le Ternata et désert) ;
Khsa (Tansiṭa Fouqania, Qçar Khsa et désert) ;
Oulad Ạïssa (qçars de l’Ouad El Gloạ et autres, et désert) ;
Kerazba Tleuḥ (Iliṛ, El Kheouïa, Ansig et désert) ;
Nesoula (désert entre Tisint et Zgiḍ) ;
Oulad Ḥellal (Zgiḍ et désert) ;
Ahel El Mḥamid (Zgiḍ et désert) ;
Aït Ḥammou (qçars d’Ouzdiin, de Tesaouant, d’El Feggara et désert).
ITINÉRAIRES. — 1o De Mrimima au Tinzoulin. — De Mrimima à Zgiḍ ; de Zgiḍ à Aït Ṭaleb (Alougoum), en passant par Smira ; puis Aṛlal, Agenf, Assaka, Asemlil, El Gloạ, El Merjạ, Bou er Rebiạ. De là on gagne Ijdouin[115] (zaouïa ; 60 feux), Aïnach (zaouïa ; 30 feux), El Feggara (qçar des Aït Ḥammou ; 400 fusils) ; enfin on arrive au Tinzoulin. On met en général 4 jours 1/2 pour faire ce chemin.
2o De Mrimima a Ait Otman. — De Mrimima à Oulad Djerrar, 1 jour ; d’Oulad Djerrar à El Qabia (en passant par Smira), 1 jour ; d’El Qabia à Asemlil, 1 jour ; d’Asemlil à El Feggara, 1 jour ; d’El Feggara à Aït Ọtman, 1 grande demi-journée. On met donc, par ce chemin, qui est à peu près le même que le précédent, 4 jours 1/2 : c’est calculé à raison d’une marche de vitesse moyenne.
3o De Tazenakht au Tlit. — De Tazenakht, on gagne Temdaouzgez sur l’Ouad Azgemerzi. On passe sur la rive droite de cette rivière et on s’engage dans le désert d’Ifenouan, portion de la plaine des Zenâga, sol terreux où on laboure les années pluvieuses ; du Khela Ifenouan, on entre dans le Khela Ikis, en gravissant le talus rocheux qui limite la plaine des Zenâga. Le Khela Ikis est un désert pierreux, montagneux ; terrain difficile, point de végétation. On y marche jusqu’à Amdzgin, qçar le plus haut du Tlit. — On compte une 1/2 journée de marche de Temdaouzgez à Amdzgin, la moitié de la route s’effectuant dans le désert d’Ifenouan, l’autre dans celui d’Ikis.
4o Distances de Mrimima au Dra. — En marchant bien, on va de Mrimima à Mḥamid el Ṛozlân en 2 jours 1/2, et de Mrimima à Qcîba Chikh Ben Ọtman (par le Zgiḍ) en 3 jours 1/2. De Mḥamid el Ṛozlân à Qcîba Chikh Ben Ọtman, on compte deux fortes journées.
III. — Ouad Tisint.
L’Ouad Tisint est un cours d’eau résultant de la jonction de trois rivières qui s’unissent au pied du Bani, à la porte du kheneg de Tisint. Ces trois rivières sont : 1o l’Ouad Tanziḍa, 2o l’Ouad Aginan, qui se joint au premier auprès d’un groupe de palmiers appelé Tamjerjt, à 700 mètres en amont d’Aqqa Aït Sidi, 3o l’Ouad Qaçba el Djouạ s’unissant aux deux précédents peu au-dessous de leur confluent, à Aqqa Aït Sidi.
Nous allons étudier séparément ces trois cours d’eau ; puis nous passerons à l’Ouad Tisint.
1o OUAD TANZIDA. — Cette rivière prend sa source dans la Feïja et n’a d’autre localité sur son cours que le qçar de Tanziḍa.
L’Ouad Tanziḍa, ainsi que tous les cours d’eau du bassin de l’Ouad Tisint, n’a d’eau qu’aux approches des lieux habités.
AFFLUENTS. — Il reçoit quatre affluents : l’un sur sa rive droite : c’est l’Ouad Agni, s’y jetant à Tanziḍa ; les trois autres sur sa rive gauche : ce sont les ouads Asengar, Agmour, Adres.
Ouad Agni. — Il prend sa source au Tizi Agni et baigne le village d’Agni ; celui-ci est le seul point habité de son cours.
Ouad Asengar. — Ouad Agmour. — Ouad Adres. — Ces trois rivières se jettent dans l’Ouad Tanziḍa dans l’ordre où nous les nommons, la première en amont, la dernière en aval, la seconde entre les deux autres. Les cours en ont très peu de longueur. Elles descendent toutes trois du Bani, et ont chacune sur leurs rives un qçar du même nom qu’elles, avec des plantations de palmiers : ces trois qçars sont des zaouïas ; ils sont indépendants et en dehors de toute tribu.
| Distances : | de Tanziḍa à Adres comme de Tisint à Qaçba el Djouạ. |
| d’Adres à Agmour comme de Tisint à Qaçba el Djouạ. | |
| d’Agmour à Asengar comme de Tisint à Qaçba el Djouạ. |
2o OUAD AGINAN. — Il prend sa source dans le désert de Tasṛirt. Puis il entre dans la tribu d’Ounzin : il y arrose successivement les qçars suivants :
Tamdrart (célèbre pour ses poteries ; on l’appelle aussi, à cause de cela, Qçar el Qdour).
Igerda, Taltgmout el Ḥaraṭîn, Lemdint.
Jusqu’ici il n’y avait pas de palmiers : au-dessous de Lemdint, il y en a en tous les lieux habités de la rivière :
Aseṛrar, Iṛil.
L’ouad sort après Iṛil de la tribu d’Ounzin et passe dans le district d’Aginan, où il arrose :
Doutourirt, Iferd Aginan (appelée aussi Fiirir), Azegza.
Ces trois qçars forment tout l’Aginan. Au-dessous d’eux, la rivière entre dans la tribu des Aït Bou Iaḥia ; elle en arrose deux des qçars, Kiriout, Timzourit.
Puis elle coule dans le désert et y reste jusqu’au point où elle s’unit à l’Ouad Tanziḍa.
Le territoire des Aït Bou Iaḥia se compose des deux qçars mentionnés et de quelques autres que nous énumérerons plus loin : celui du district d’Aginan ne comprend que les trois qui viennent d’être cités : celui de l’Ounzin en contient un grand nombre d’autres qui seront l’objet d’une mention spéciale : ces trois territoires ont pour population des Imaziṛen sédentaires, mélange de Ḥaraṭîn et de Chellaḥa, les derniers dominant : la langue y est le tamaziṛt. Les Aït Bou Iaḥia, l’Aginan et l’Ounzin sont tous vassaux des Ida ou Blal.
| Distances : | de Tisint aux Aït Bou Iaḥia comme de Tisint à Aqqa Izenqad. |
| des Aït Bou Iaḥia à l’Aginan comme de Tisint à Aqqa Aït Sidi. | |
| de l’Aginan à Aseṛrar comme de Tisint à Trit. | |
| d’Aseṛrar à Lemdint comme de Trit à Qaçba el Djouạ. | |
| de Lemdint à Igerda comme de Tisint à Aqqa Aït Sidi. | |
| d’Igerda à Tamdrart comme de Tisint à Trit. |
AFFLUENT. — L’Ouad Aginan reçoit un affluent, l’Ouad Ignan n Ikis, se jetant sur sa rive gauche à quelque distance au-dessous de Timzourit.
Ouad Ignan n Ikis. — Il prend sa source au Tizi n Haroun, dans le désert, sur le territoire des Zenâga. Il arrose en descendant trois qçars qui forment le reste du territoire des Aït Bou Iaḥia ; ce sont :
Ikis, Atrs n Ouafil, Tamessoult (Zaouïa Sidi Ạbd er Raḥman).
Il y a des palmiers en chacun de ces trois endroits, seuls lieux habités de la rivière.
| Distance : d’Atrs n Ouafil à l’Aginan | 1/2 journée. |
3o OUAD QAÇBA EL DJOUA. — Il prend sa source dans le défilé qui se trouve entre le massif des Koudia Bou Tizen et le Bani ; il arrose trois qçars :
Qaçba el Djouạ, Trit, Aqqa Aït Sidi.
AFFLUENTS. — L’Ouad Qaçba el Djouạ reçoit trois affluents, tous sur sa rive gauche ; ce sont : l’Ouad Anbed Tesatift, s’y jetant à quelque distance au-dessus de Qaçba el Djouạ ; l’Ouad Ṭriq Targant, s’y jetant à Qaçba el Djouạ ; l’Ouad Aqqa Iṛen, s’y jetant à Trit.
Ouad Anbed Tesatift. — Il prend sa source au col appelé Kheneg Tesatift et coule sans cesse dans le désert.
Ouad Triq Targant. — Il prend sa source à un col situé entre son bassin et celui de l’Ouad Targant ; le cours en est désert.
Ouad Aqqa Iren. — Il prend sa source dans le Khela Tasṛirt. Il arrose ensuite un groupe de deux qçars faisant partie de la tribu d’Ounzin : ce groupe de deux qçars s’appelle Aït Mançour.
Après Aït Mançour, il sort du territoire des Ounzin et entre dans le désert, où il demeure jusqu’à Aqqa Iṛen.
D’Aqqa Iṛen, le cours, traversant la Feïja, est de nouveau désert jusqu’à Trit.
A Trit, Aqqa Iṛen, Aït Mançour, il y a des dattiers.
Toutes les tribus ou fractions cantonnées sur cette rivière sont vassales des Ida ou Blal.
| Distances : | de Trit à Aqqa Iṛen comme de Tisint à Qaçba el Djouạ. |
| d’Aqqa Iṛen à Aït Mançour comme de Tisint à Kheneg Tesatift. |
4o OUAD TISINT. — Nous connaissons déjà le cours de l’Ouad Tisint qui, commençant à Aqqa Aït Sidi, traverse aussitôt après le kheneg appelé Foum Tisint, puis arrose l’oasis de Tisint ; des 5 qçars de celle-ci, un seul, Agadir, est sur ses rives mêmes. En sortant des palmiers de Tisint, la rivière entre dans le désert et y reste jusqu’au moment où elle se jette dans l’Ouad Zgiḍ. Auprès de son confluent, dans le voisinage de Mrimima, l’aspect en est le suivant : 150 mètres de largeur ; lit de galets et de sable ; au milieu est une bande verte, large de 50 mètres, tamarix et gazon : là serpente d’habitude un peu d’eau : au mois de janvier 1884, la nappe avait 10 mètres de large et 20 centimètres de profondeur ; de plus, en divers endroits, se trouvaient des ṛedirs : berges en pente douce de 3 à 4 mètres de haut.
Il n’y a point d’Israélites dans le bassin de l’Ouad Tisint.
REMARQUE SUR LA TRIBU D’OUNZIN. — La tribu d’Ounzin, qu’on appelle aussi quelquefois Iounzioun, compte environ 1,200 feux : ils sont répartis en un grand nombre de villages situés sur les deux versants du Petit Atlas. Ces villages sont :
Sur le versant sud, ceux que nous avons énumérés sur les cours des ouads Aginan et Aqqa Iṛen, et un, Tisfrioui, sur l’Ouad Targant.
Sur le versant nord (bassin du Sous) :
Tamda Aïtbir, El Ạïn Ounzin (appelé aussi Imi el Ạïn), Iṛanim, El Ḥouaïdj Imersi (2 qçars), Imoula (grand qçar), Anisi (ou Inisi), Agouidir, Anamer, Ioulioul, Ould Faṭma Ḥammou, Tamellakout, Tamjerjt, Agerd n Oulili, Aït Ḥamed, Taïfst.
Nous avons énuméré ces qçars en commençant par les plus septentrionaux et en finissant par les méridionaux. Aucune rivière ne les arrose ; ils ne sont alimentés que par des sources.
Pas de marché dans l’Ounzin : les habitants vont à l’Arbạa Ammeïn et au Ḥad Imtaoun.
Point de Juifs.
Cette tribu se trouve sur la route menant des Zagmouzen à Tisint. Elle est limitée au nord par les Seketâna, au sud par l’Aginan et les Aït Bou Iaḥia.
ITINÉRAIRES. — 1o Des Zagmouzen a l’Aginan. — On va d’abord au ḥad des Seketâna : de là, on gagne le territoire des Imadiden. Des Imadiden on entre dans le désert de Talaṛt Imadid, long d’une heure de marche ; puis on passe dans la tribu d’Ounzin à Tamda : de Tamda, on va à El Ạïn. Entre El Ạïn et l’Ouad Aginan s’étend le désert de Tasṛirt, long d’une journée : on le traverse. En en sortant, on aboutit à Taltgmout, qçar des Ounzin sur l’Ouad Aginan : on descend ce cours d’eau jusqu’à l’Aginan.
2o De l’Aginan a Tamda Aitbir (Ounzin). — On remonte l’Ouad Aginan jusqu’à Tamdrart. Puis on le laisse et on gravit le flanc droit de sa vallée : après une forte montée, on parvient à un plateau, Areg Igni n Imerraden. C’est un désert. On le parcourt et on passe dans un autre appelé Tougdin, puis dans un troisième du nom de Taznout. Ces trois déserts font partie du Khela Tasṛirt. A l’extrémité du dernier se trouve le qçar d’El Ạïn Ounzin : de là, on gagne Tamda. Point de rivière depuis l’Ouad Aginan. El Ạïn est dans le bassin du Sous.
3o De Tisint a Tinfat. — De Tisint, on va rejoindre l’Ouad Aginan et on le remonte jusqu’à Tamdrart. De là, on gagne le qçar d’Argoummi, puis celui d’Iṛri, puis un groupe de plusieurs qçars appelé Tinfat ; Argoummi, Iṛri et Tinfat font partie de la fraction d’Imskal de la tribu des Seketâna. Ils sont dans le bassin du Sous.
| Distances : | de Tamdrart à Argoummi comme de Tisint à Kheneg Tesatift. |
| d’Argoummi à Iṛri comme de Tisint à Qaçba el Djouạ. | |
| d’Iṛri à Tinfat comme de Tisint à Trit. |
4o De Tisint A Tazouli. — On va à Aqqa Iṛen : de là, on remonte l’Ouad Aqqa Iṛen jusqu’à Aït Mançour. On quitte la rivière et on gagne successivement les qçars suivants : Taïfst, Inisi, Imi el Ạïn, Tamda, Madida (groupe de plusieurs qçars), Ifri Madida, Imtaoun (groupe de 4 qçars) et Tazouli (groupe de 7 qçars) : tous sont dans le bassin de l’Ouad Sous ; tous, sauf ceux de Tazouli, ne sont arrosés que par des sources : depuis Aït Mançour, on ne rencontre aucun cours d’eau sur le chemin jusqu’à Tazouli : là on trouve une rivière, l’Ouad Tazouli, venant du pays des Zenâga et se jetant dans l’Ouad Aït Semmeg.
Taïfst, Inisi, Imi el Ạïn, Tamda font partie de la tribu d’Ounzin. Madida et Ifri Madida font partie de la fraction des Imadiden, de la tribu des Seketâna. Toutes ces localités, jusqu’à Tazouli, sont tributaires des Ida ou Blal.
| Distances : | d’Aït Mançour à Taïfst comme de Tisint à Qaçba el Djouạ. |
| de Taïfst à Inisi comme de Tisint à Trit. | |
| d’Inisi à Imi el Ạïn comme de Tisint à Aqqa Iṛen. | |
| d’Imi el Ạïn à Tamda comme de Tisint à Aqqa Aït Sidi. | |
| de Tamda à Madida comme de Trit à Aqqa Aït Sidi. | |
| de Madida à Ifri Madida comme de Tisint à Aqqa Aït Sidi. | |
| d’Ifri Madida à Imtaoun comme de Tisint à Trit. | |
| d’Imtaoun à Tazouli comme de Tisint à Qaçba el Djouạ. |
IV. — Ouads Bou Tamat, Henina, el Qcib, Kheneg et Teurfa, Bent en Nas.
1o OUAD BOU TAMAT. — Il prend naissance à l’ouest de Tisint, sur le versant sud du Bani : près de sa source, il passe à Qoubba Sidi Ạli ou Ạzza, mausolée entouré de palmiers : un cherif, gardien du sanctuaire, habite seul ce lieu. De là, l’Ouad Bou Ṭamat va se jeter dans le Dra à Tingaï.
Distance : de Sidi Ạli ou Ạzza à Agadir Tisint comme d’Agadir Tisint à Trit.
2o OUAD HENINA. — La source en est à l’ouest de celle de l’Ouad Bou Ṭamat, sur les pentes méridionales du Bani. Le cours en est parallèle à celui de l’Ouad Bou Ṭamat, mais ne traverse que le désert. L’Ouad Ḥenina se jette dans le Dra à Rist Djedeïd.
Aux environs de leurs sources, les ouads Ḥenina et Bou Ṭamat sont éloignés comme Tisint l’est de Trit.
3o OUAD EL QCIB. — Il prend naissance sur le versant sud du Bani, à l’ouest de l’Ouad Ḥenina. Entre les sources de ces deux rivières se trouve la distance d’Agadir Tisint à Aqqa Aït Sidi. L’Ouad el Qcib a son cours désert et se jette dans le Dra à Rist Djedeïd.
4o OUAD KHENEG ET TEURFA. — Il est formé de trois cours d’eau se réunissant à la porte du Kheneg eṭ Ṭeurfa ; ce sont : l’Ouad Aqqa Izen, l’Ouad Tesatift et l’Ouad Aqqa Igiren. Nous étudierons séparément ces trois rivières, puis nous passerons à l’Ouad Kheneg eṭ Ṭeurfa :
Ouad Aqqa Izen. — Cours d’eau sans importance ne traversant que le désert. Il prend sa source au Kheneg Aqqa Izen.
Ouad Tesatift. — Cours d’eau sans importance, sans cesse dans le désert. Il sort du Kheneg Tesatift.
Ouad Aqqa Igiren. — Cette rivière ne porte en général ce nom qu’entre Aqqa Igiren et le Kheneg eṭ Ṭeurfa ; au-dessus, dans tout son cours supérieur, on l’appelle Ouad Targant. Elle prend sa source aux crêtes du Petit Atlas et arrose en descendant les qçars de Tisfrioui, Tisenna s Amin, Targant, Aqqa Igiren (groupe de deux qçars).
Toutes ces localités sont entourées de dattiers. La première compte comme faisant partie de l’Ounzin ; Tisenna s Amin, Targant, Aqqa Igiren sont isolées. Dans trois de ces lieux, la population est la même, mélange de Ḥaraṭîn et de Chellaḥa vassaux des Ida ou Blal. A Targant seule il n’en est pas ainsi : ce point, habité par des marabouts, est indépendant : Targant n’est d’ailleurs qu’un petit qçar, fort misérable.
L’Ouad Aqqa Igiren, comme tous ceux qui prennent leur source sur le versant sud du Petit Atlas, est partout à sec, si ce n’est aux points habités.
| Distance : d’Aqqa Igiren à Targant | 4 heures. |
AFFLUENTS. — L’Ouad Aqqa Igiren ou Ouad Targant reçoit entre Tisenna s Amin et Targant, sur sa rive droite, un affluent important, l’Ouad Sidi Moḥammed ou Iạqob.
Ouad Sidi Mohammed ou Iaqob. — On l’appelle aussi Ouad Iliṛ : prenant sa source à la crête du Petit Atlas, non loin du col d’Azrar, il traverse d’abord, en descendant, les déserts où campent les Aït Jellal ; puis il arrose les qçars suivants :
Sidi Moḥammed ou Iạqob (zaouïa), Fedoukkes, Reken, Iliṛ.
Les deux derniers sont entourés de dattiers ; les premiers n’en ont point. Ces divers qçars sont isolés les uns des autres. Sidi Moḥammed ou Iạqob se trouve sur la rive gauche de l’ouad : c’est une zaouïa qu’habitent les descendants de Sidi Moḥammed ou Iạqob ; le tombeau de ce saint se trouve là. Les marabouts sont au nombre d’environ 80 ; on vient les visiter de fort loin. Ce point est un lieu de pèlerinage fréquenté par les gens de Tisint, de Tatta et d’Aqqa, et par les Zenâga.
| Distances : | de Toug er Riḥ à Iliṛ comme de Toug er Riḥ à Foum Asgig. |
| d’Iliṛ à Reken comme de Tisint à Trit. | |
| de Reken à Fedoukkes comme 2 fois de Tisint à Aqqa Aït Sidi. | |
| de Fedoukkes à S. Moḥammed ou Iạqob comme de Tisint à Aqqa Iṛen. |
OUAD KHENEG ET TEURFA. — Il passe, après sa sortie du Kheneg eṭ Ṭeurfa à El Meḥagen (bas coteaux) ; puis à Ạïn Delal (bouquets de palmiers, sans habitations) ; à Ạïn Chebar (source) ; ensuite il entre dans la plaine semée de gommiers d’El Kheroua, à l’extrémité de laquelle il traverse le Kheneg el Gerzim : il descend de là à Gerzima (plaine de sable avec du sebt), puis arrose la plaine de Medelles et enfin se jette dans le Dra, dans la portion du Mạder Ida ou Blal appelée Bou Arbạïn.
AFFLUENTS. — L’Ouad Kheneg eṭ Ṭeurfa a trois principaux affluents, deux sur sa rive droite et un sur sa rive gauche. Les premiers sont l’Ouad Toufasour, s’y jetant au Kheneg el Gerzim, et l’Ouad Asgig, s’y jetant au point même où il finit, à Bou Arbạïn. Celui de gauche est l’Ouad Djedari, s’y jetant au sud du Gelob, au pied de ce mont.
Ouad Toufasour. — Il prend sa source dans l’areg, au sud du Bani, à Aoumasin (bouquets de palmiers sans habitations), puis passe à Toufasour (quelques palmiers sans maisons) ; de là, il entre dans la plaine d’El Kheroua, où il se jette, au Kheneg el Gerzim, dans l’Ouad Kheneg eṭ Ṭeurfa. Le cours en est désert.
Affluent. — L’Ouad Toufasour reçoit un affluent, l’Ouad Mezarreb, se jetant sur sa rive gauche dans la plaine d’El Kheroua.
Ouad Mezarreb. — Il prend sa source aux collines d’El Mezarreb, au sud du Bani ; le cours en est désert.
Ouad Asgig. — Il prend sa source dans les collines qui sont au sud de Tatta ; le cours en est désert.
Ouad el Djedari. — Il prend sa source dans le flanc sud du Bani, entre l’Ouad el Qcib et le Kheneg eṭ Ṭeurfa. Le cours en est désert. Il se jette dans l’Ouad Kheneg eṭ Ṭeurfa au pied du Gelob, montagne nue, déserte et isolée qu’on voit de Rist Djedeïd : le massif du Gelob se trouve entre les deux rivières qui coulent, l’une contre son flanc est, l’autre contre son flanc ouest, et se réunissent à son extrémité sud. Le Gelob contient des mines d’antimoine.
5o OUAD BENT EN NAS. — L’Ouad Bent en Nạs, qu’on appelle aussi dans son haut cours Ouad Kheneg Zrorha, prend sa source un peu au nord du Kheneg Zrorha, traverse ce kheneg, s’engage dans la plaine de Bouddeïr, en sort par le Kheneg Bent en Nạs et enfin se jette dans le Dra au Khrouf. Le cours en est désert.
AFFLUENTS. — Il reçoit deux affluents, l’Ouad Ạïn es Seka, se jetant sur sa rive droite, et l’Ouad el Bouir, se jetant sur sa rive gauche.
Ouad Ain es Seka. — Il prend sa source dans la plaine de Bouddeïr, passe à Ạïn es Seka (source et bouquets de palmiers, sans habitations), puis à Arf el Mamoun (lieu désert), et enfin se jette dans l’Ouad Bent en Nạs.
Ouad el Bouir. — Il prend sa source à des puits situés à l’est de l’Ouad Bent en Nạs. Le cours en est désert.
REMARQUE SUR LA TRIBU DES AIT JELLAL. — Les Aït Jellal, qu’on appelle aussi quelquefois Oulad Jellal, sont une tribu nomade installée au nord des Ida ou Blal, avec qui ils sont presque toujours en guerre, quoiqu’ils leur paient une debiḥa. Ils sont, avec les Oulad Iaḥia, la seule tribu nomade campant sur le versant sud du Petit Atlas. Encore les Oulad Iaḥia ne sont-ils nomades qu’à demi et ont-ils bon nombre de qçars ; les Aït Jellal, au contraire, n’en possèdent pas un seul et ne vivent que sous la tente. Ils peuvent lever 800 à 900 fusils ; leurs campements habituels sont sur les bords de l’Ouad Sidi Moḥammed ou Iạqob, au-dessus de la zaouïa. Leurs limites sont : au nord la crête supérieure du Petit Atlas, à l’ouest les Isaffen, à l’est l’Ounzin, au sud les Ida ou Blal ; jamais ils ne descendent au-dessous d’Afra sur l’Ouad Tatta, d’Iliṛ sur l’Ouad Sidi Moḥammed ou Iạqob ; ils ne sortent pas de la montagne, où ils vivent du produit de leurs moutons et de leurs chameaux. Les Aït Jellal ne parlent qu’arabe. Comme les Ounzin, comme toutes les tribus de ces régions, ils sont indépendants. Les debiḥas comme les leurs ne sont en aucune façon des marques de dépendance.
ITINÉRAIRE D’AQQA IGIREN A EL HOUAIDJ IMERSI. — On part d’Aqqa Igiren ; on remonte l’Ouad Targant en passant par Targant, Tisenna s Amin et Tisfrioui, puis on le quitte et, continuant à marcher sur le territoire d’Ounzin où l’on est entré à Tisfrioui, on y traverse successivement les qçars d’Ould Faṭma Ḥammou, d’Agouidir, d’Imoula (très grand qçar) ; de là, on parvient à El Ḥouaïdj Imersi (2 qçars). Ces derniers qçars appartiennent à la tribu d’Ounzin ; ils ne sont arrosés que par des sources et n’ont point de dattiers ; ils sont dans le bassin du Sous.
V. — Ouad Tatta.
L’Ouad Tatta prend naissance à la crête du Petit Atlas, dans la tribu des Ida ou Kensous : cette tribu occupe la portion du plateau supérieur de la chaîne située au nord de cette rivière, les sources de celle-ci et son cours supérieur. L’Ouad Tatta arrose d’abord un certain nombre de villages des Ida ou Kensous, puis il passe dans la tribu de Tagmout ; il y baigne les qçars dont elle se compose. Là commencent les dattiers. Le Tagmout succède immédiatement aux Ida ou Kensous : point de désert entre eux. Au-dessous du Tagmout, au contraire, il y a un désert assez long. L’ouad le traverse et ensuite entre dans l’oasis de Tatta ; il y arrose successivement les qçars suivants :
Afra (qui se prononce aussi Ofra ; elle est formée de deux qçars : l’un, appelé Agadir Afra, ou Agadir el Hena, est sur le bord de la rivière ; l’autre est situé à quelque distance, sur les premières pentes du flanc droit : il porte le nom d’Afra Fouqania, ou d’Aït Ḥoseïn. C’est dans ce dernier que se trouve la qoubba de Sidi Moḥammed d Aït Ḥoseïn).
| Aït Iasin (formée de deux qçars) | |
| Taṛla | rive droite. |
| Tiiti | rive gauche. |
| Qaçba el Makhzen (ruines d’une qaçba depuis longtemps, déserte) | rive droite. |
| Tigiselt | rive gauche. |
| Agerzaggen | rive gauche. |
| Tiiggan (à quelque distance de l’ouad, sur sa rive gauche) |
Au-dessous de Tiiggan, l’ouad entre dans une vaste plaine, Areg Bou Ạjaj : à partir de là, il coule dans le désert et y reste jusqu’à son confluent avec le Dra, dans le Mạder Tatta, à l’Areg Souir.
En tous les points habités du Tagmout et de Tatta, il y a des palmiers. Entre les divers qçars du Tagmout, point de portion déserte ; il y a un désert assez long entre le Tagmout et Afra ; il y en a d’autres plus courts entre Afra et Aït Iasin, entre Aït Iasin et Taṛla, entre Tiiti et Qaçba el Makhzen, entre Qaçba el Makhzen et Tigiselt, entre Tigiselt et Agerzaggen, entre Agerzaggen et Tiiggan. Ce n’est qu’entre Taṛla et Tiiti qu’il n’y en a point : encore les plantations ne s’y prolongent-elles que sur la rive gauche de la rivière. C’est à hauteur de Tiiti que l’Ouad Tatta franchit le Bani, au Kheneg Adis : il passe contre le flanc ouest du kheneg, le long de la montagne dont il baigne le pied ; à ce point, il est étroitement enfermé entre la paroi du Bani d’une part, les murs de Tiiti de l’autre.
De sa source à Aït Iasin, l’Ouad Tatta coule dans une vallée étroite et profonde, encaissée entre les pentes du Petit Atlas ; d’Aït Iasin à Tiiti, il descend par une série de plaines, areg, s’étageant entre des lignes de collines rocheuses de 60 à 100 mètres de hauteur, toutes parallèles au Bani. Taṛla est située au pied méridional de la dernière de ces chaînes avant le Bani. La région montagneuse que traverse la rivière entre le Tagmout et Afra s’appelle Bou Oudi.
| Distances : | de Qaçba el Makhzen à Taṛla comme de Qaçba el Djouạ à Trit. |
| de Taṛla à Aït Iasin comme d’Agadir Tisint à Trit. | |
| d’Aït Iasin à Afra comme d’Adis à Toug er Riḥ. | |
| de Toug er Riḥ au Tagmout comme de Toug er Riḥ à Kheneg Tesatift. |
AFFLUENTS. — L’Ouad Tatta reçoit quatre affluents principaux : trois sur sa rive droite, un sur sa rive gauche. Ce sont : sur sa rive droite : l’Ouad Sidi Nacer, s’y jetant dans le désert entre le Tagmout et Tatta, à un point appelé Iṛir Igidi ; l’Ouad Asmerdan, s’y jetant entre Taṛla et Aït Iasin ; l’Ouad Azerftin, s’y jetant dans le désert non loin de Tiiggan : sur sa rive gauche : l’Ouad Adis, s’y jetant dans le désert, en un point appelé Beka Chikh en Nahr.
Ouad Sidi Nacer. — Je n’ai pu avoir aucun renseignement sur lui.
Ouad Asmerdan. — Il prend sa source dans un massif de montagnes appelé Asmerdan. Il arrose en descendant deux qçars, faisant partie de Tatta ; ce sont :
Aïgou, Agellouz, l’un et l’autre entourés de dattiers.
| Distances : | de Taṛla à Agellouz comme d’Aqqa Izenqad à Aqqa Izen. |
| d’Agellouz à Aïgou comme de Tintazart à Toug er Riḥ. |
Ouad Azerftin. — Il prend sa source sur les premières pentes du Petit Atlas, traverse le Bani au Kheneg Azerftin, puis se jette dans l’Ouad Tatta. Le cours en est désert.
Ouad Adis. — Il prend sa source dans le Petit Atlas, où il traverse un kheneg du nom d’Imi n ou Aqqa. Le cours en est désert jusqu’au point où il entre dans l’oasis de Tatta, à Aqqa Izenqad : jusque-là il est appelé Ouad Imi n ou Aqqa ; c’est à partir d’Aqqa Izenqad qu’il porte le nom d’Ouad Adis. Il arrose en descendant :
Aqqa Izenqad ;
Adis (2 qçars, Tamessoult sur la rive gauche de la rivière, Aït ou Aḥman du même côté, mais à quelque distance du bord) ;
Zaouïa Aït Ben Nacer ;
Qoubba Sidi Ạli ben Djebira ;
Djerf el Ḥammam (bouquets de palmiers ; point d’habitations) ;
Tazoult ;
Eufriin (bouquets de palmiers et sources ; point d’habitations).
Depuis Tazoult, il coule dans le désert, jusqu’au point où il se jette dans l’Ouad Tatta.
Il franchit le Bani au Kheneg Adis, dans la partie est de ce passage, au pied de Tamessoult dont il baigne les murs.
AFFLUENTS. — L’Ouad Adis reçoit quatre affluents principaux, deux sur sa rive droite et deux sur sa rive gauche. Ceux de droite sont : l’Ouad Izourzen, s’y jetant à Aqqa Izenqad ; l’Ouad Toug er Riḥ, s’y jetant entre la qoubba de Sidi Ạli ben Djebira et Djerf el Ḥammam. Ceux de gauche sont : l’Asif Oudad, s’y jetant un peu au-dessus d’Aqqa Izenqad ; l’Ouad Djebaïr, s’y jetant à Eufriin.
Ouad Izourzen. — Il prend sa source dans la région moyenne du Petit Atlas ; le cours en est désert.
Affluent. — L’Ouad Izourzen reçoit sur sa rive droite, tout près d’Aqqa Izenqad, l’Ouad Bou Chaked.
Ouad Bou Chaked. — Il prend sa source au puits de Bou Chaked ; le cours en est désert.
Ouad Toug er Rih. — Cette rivière importante porte un grand nombre d’autres noms : on l’appelle aussi Ouad Bou Herhour, Ouad Tiṛremt, Ouad Ijja. Elle prend sa source dans le massif montagneux d’Azegga ; elle entre ensuite dans l’oasis de Tatta où elle arrose successivement les qçars que voici :
| Tifrest | ||
| Serṛina | ⎫ ⎬ ⎭ | compris sous le nom d’Aït Zouli ; |
| Aït Ijja | ||
| Tazoulit |
Tiṛremt (composée de 3 ou 4 qçars) ;
Agjgal (appelée aussi Raḥba) (à hauteur et non loin d’Afra sur l’Ouad Tatta) ;
Imtfian (à hauteur et près d’Aït Iasin sur l’Ouad Tatta) ;
Tigzmert (sur la rive droite de l’ouad, à quelque distance de son lit) ;
Taldnount (se compose de 2 qçars, Aglagal et Tammast : Taldnount en comprenait autrefois 7, mais les 5 autres ont été détruits, il y a trente ans, par les Ida ou Blal ; les ruines qu’on voit au point nommé Ras Iṛir en faisaient partie. — Aglagal et Tammast sont sur la rive gauche de l’ouad ;
El Qçâbi (appelé aussi El Qcîbat et El Qaçbat ; c’est un seul qçar formé de deux quartiers, Tiṛremt et Aït Jellal, compris dans une même enceinte) ;
Tiiti ;
Toug er Riḥ (appelé aussi Isbabaten).
Auprès de ce dernier qçar, la rivière se jette dans l’Ouad Adis.
Elle traverse le Bani au kheneg d’Adis, passant au milieu du défilé, entre l’Ouad Tatta et l’Ouad Adis.
Tous les points habités de l’Ouad Toug er Riḥ ont des palmiers.
| Distances : | d’El Qçâbi à Tigzmert comme de Toug er Riḥ à Adis. |
| de Tigzmert à Imtfian comme de Toug er Riḥ à Adis. | |
| d’Imtfian à Agjgal comme de Toug er Riḥ à El Qçâbi. | |
| d’Agjgal à Tiṛremt comme d’El Qçâbi à Adis. | |
| de Tiṛremt à Tazoulit comme de Toug er Riḥ à Adis. |
Asif Oudad. — Il prend sa source sur les pentes inférieures du Petit Atlas, aux collines d’Anamelloul, et se jette dans l’Ouad Imi n ou Aqqa, peu au-dessous d’Aqqa Izenqad : le cours en est désert ; on y trouve, dans la montagne, le puits Ḥasi El Ḥasen Moḥammed, creusé en son lit.
Affluent. — L’Asif Oudad reçoit au pied du Bani un affluent, l’Ouad Kheouïa, qui se jette sur sa rive gauche.
Ouad Kheouïa. — Il prend sa source dans les pentes inférieures du Petit Atlas, aux collines de Kheouïa. Le cours en est désert.
Ouad Djebaïr. — Il prend sa source à Anṛerif, puis passe à Djebaïr, ensuite à Sidi El Medaoui (bouquets de palmiers sans habitations), puis à Eufriin, où il se jette sur la rive gauche de l’Ouad Adis.
REMARQUE SUR LES TRIBUS. — Ainsi qu’on le voit, les eaux du bassin de l’Ouad Tatta n’arrosent que trois territoires, ceux des Ida ou Kensous, du Tagmout et de Tatta. Les Ida ou Kensous et le Tagmout sont des tribus. Tatta est un district dont les qçars ne sont unis entre eux par aucun lien. Nous connaissons Tatta : nous nous occuperons ici des Ida ou Kensous et du Tagmout.
Ida ou Kensous. — Ils s’étendent sur une partie du haut plateau qui couronne les deux versants du Petit Atlas, et occupent les sources de l’Ouad Tatta et le cours supérieur de cette rivière. Leur territoire a pour limites, à l’ouest les Ida ou Zkri, au sud le Tagmout et les Aït Jellal, à l’est la tribu d’Azrar. Leurs terres prolongent celles des Ida ou Zkri et sont dans une situation analogue : ces deux territoires se touchent, et on passe d’une tribu à l’autre sans sortir des villages et des cultures. La famille des chikhs héréditaires des Ida ou Kensous s’étant éteinte il y a quelque temps, ceux-ci se sont placés d’eux-mêmes sous l’autorité de Ḥadj Moḥammed Amerri, chikh héréditaire des Ida ou Zkri : c’est lui qui les gouverne à présent. Ils ne reconnaissent pas le sultan. Leur pays renferme un très grand nombre de qçars. Ils forment plus de 2,500 fusils. C’est une tribu riche et industrieuse : elle est renommée pour ses belles maisons et pour ses ouvriers en cuivre et autres métaux ; elle fabrique les plus beaux poignards, les plus beaux fusils, les plus belles cornes à poudre du sud du Maroc. Les Ida ou Kensous ont trois ou quatre agadirs. Pas de marché. Ils vont à ceux de Tatta, des Isaffen, des Ida ou Zkri. Pas de Juifs. Point de dattiers ni d’oliviers chez eux, mais un très grand nombre d’amandiers. L’Ouad Tatta est la seule rivière qui arrose leur territoire. La plupart de leurs qçars ne sont alimentés que par des citernes.
Les Ida ou Kensous sont Chellaḥa et ne parlent que le tamaziṛt. Ils sont sédentaires.
En ce moment, les Ida ou Kensous sont en guerre avec Qaçba el Djouạ.
Tagmout. — Cette tribu ne comprend qu’une douzaine de qçars, tous situés sur les rives mêmes de l’Ouad Tatta, immédiatement au-dessous de ceux des Ida ou Kensous. Les Aït Tagmout forment environ 700 fusils. Ils n’ont pas de chikh ; ils se gouvernent démocratiquement par une djemaạa. Point d’agadir. Pas de marché ni de Juifs. Les Aït Tagmout sont Chellaḥa et sédentaires et ne parlent que le tamaziṛt. Ils ont des palmiers et aussi des amandiers : ce dernier arbre disparaît au-dessous de leur territoire.
Dans les montagnes des environs de Tagmout, il y a du minerai d’argent.
VI. — Ouad Meskaou.
L’Ouad Meskaou prend sa source sur les premières pentes du Petit Atlas entre Tatta et Aqqa, traverse le Bani au kheneg appelé Foum Meskoua, et se jette dans le Dra au Mạder Tatta, dans la partie nommée Souekh. Le cours en est désert.
VII. — Ouad Aqqa.
L’Ouad Aqqa, qui, dans son haut cours, est appelé souvent Ouad Isaffen, prend naissance à la crête supérieure du Petit Atlas, dans la tribu des Ida ou Zkri : cette dernière occupe le haut plateau qui couronne la chaîne au nord de la rivière, les sources de celle-ci et tout son cours supérieur, qu’elle garnit de ses qçars. En sortant des Ida ou Zkri, l’Ouad Aqqa entre chez les Isaffen : ces deux tribus se font suite sans qu’aucun désert les sépare ; point de désert non plus entre les divers villages ou qçars de chacune d’elles : depuis les sources jusqu’au point le plus bas des Isaffen, les bords de l’ouad ne sont, sans interruption, que qçars et que cultures : oliviers, figuiers, amandiers surtout, chez les Ida ou Zkri ; oliviers, figuiers et palmiers chez les Isaffen et au-dessous d’eux. En quittant les Isaffen, l’Ouad Aqqa traverse un court espace désert, puis arrose le grand village de Tizgi Ida ou Baloul. De là, il entre dans le vaste désert d’Imaouen, où il reste jusqu’au Bani : il traverse cette chaîne à Foum Aqqa ; ensuite il entre dans l’oasis d’Aqqa ; il en arrose les plantations, et passe au pied de plusieurs de ses qçars : Ez Zaouïa, Erḥal, Aït Bou Feḍaïl, Aït Djellal, Aït Anter sont sur ses bords. Au sortir d’Aqqa, l’ouad rentre dans le désert, où il demeure jusqu’à son confluent avec le Dra, auprès de la qoubba de Sidi Ạmara, dans le Mạder Aqqa. Sur tout son cours, il n’a d’eau d’une manière habituelle qu’aux points où il est habité.
AFFLUENTS. — L’Ouad Aqqa reçoit quatre affluents principaux, deux sur sa rive droite et deux sur sa rive gauche ; les deux de droite sont : l’Ouad Iberqaqen, s’y jetant chez les Isaffen, en un point qui forme la limite entre deux fractions de cette tribu, les Aït Tasousekht au sud et les Aït Ouagrou au nord ; l’Ouad Tizert, s’y jetant dans le petit désert qui sépare les Isaffen de Tizgi Ida ou Baloul. Les deux affluents de gauche sont : l’Ouad Imiṭeq, s’y jetant dans le désert d’Imaouen ; l’Ouad Kebbaba, s’y jetant dans le désert au sud d’Aqqa.
Ouad Iberqaqen. — Il descend des crêtes supérieures du Petit Atlas. Le cours en appartient en entier à la tribu des Iberqaqen. Cette rivière a, sur toute sa longueur, ses bords peuplés et cultivés : le fond de la vallée, très étroit et très encaissé, est partout couvert de qçars et de jardins, oliviers et figuiers dans la portion supérieure, palmiers dans la partie basse.
Ouad Tizert. — Comme la rivière précédente, il reste tout le long de son cours enfermé entre les pentes du Petit Atlas, qui encaissent profondément sa vallée. Il arrose une dizaine de qçars alignés les uns auprès des autres sur ses bords et formant un seul groupe appelé Tizert.
Ouad Imiteq. — Il prend sa source aux pentes moyennes du Petit Atlas, arrose le qçar d’Imiṭeq (qçar isolé entouré de palmiers, habité par des Chellaḥa et des Ḥaraṭîn), puis se jette dans l’Ouad Aqqa dans le désert d’Imaouen.
Ouad Kebbaba. — Il coule à l’est de l’Ouad Aqqa, longe la lisière orientale de l’oasis d’Aqqa, où il arrose les deux qçars d’Agadir Ouzrou et d’El Kebbaba, puis se jette dans l’Ouad Aqqa dans le désert.
AFFLUENT. — L’Ouad Kebbaba reçoit un affluent, l’Ouad Defalia, se jetant sur sa rive gauche au-dessous d’Aqqa, dans le désert.
Ouad Defalia. — Il prend sa source sur le flanc sud du Bani et arrose le petit qçar d’Oumm el Ạleg (se composant de 30 maisons divisées en deux quartiers ; il appartient aux Aït ou Mrîbeṭ). Le reste du cours est désert et à sec.
REMARQUES SUR LES TRIBUS. — Le bassin de l’Ouad Aqqa appartient en entier, à l’exception des qçars d’Imiṭeq et de Tizgi Ida ou Baloul, qui sont isolés, à 5 tribus : les Ida ou Zkri, les Isaffen, les Iberqaqen, les Aït Tizert, les Aït ou Mrîbeṭ ; sur le territoire de ces derniers se trouve l’oasis d’Aqqa. Nous avons déjà parlé et d’Aqqa et des Aït ou Mrîbeṭ. Nous allons dire quelques mots des quatre autres tribus.
Ida ou Zkri. — Cette tribu habite le haut plateau qui couronne le Petit Atlas au nord de l’Ouad Aqqa, les sources de cette rivière, sa vallée supérieure jusqu’aux Isaffen, et les plateaux qui, en cette partie de son cours, s’étendent des deux côtés de sa vallée. Elle est tout entière gouvernée par un seul chikh, Ḥadj Moḥammed Amerri ; ce chikh est très puissant : plusieurs tribus voisines se sont, par des debiḥas, constituées ses vassales. Les Ida ou Zkri ne reconnaissent point le sultan. Ils ont un marché, le Djemạa Izalaṛen, qu’on appelle aussi Djemạa Amerri parce qu’il se tient près de la demeure du chikh. Leur pays renferme un grand nombre de qçars ; ils ont trois ou quatre agadirs ; ils peuvent lever 2000 fusils. Leur sol est très fertile : les bords de l’Ouad Aqqa sont couverts d’oliviers ; le plateau qui forme la plus grande partie de leur territoire, et qui s’étend sur le haut des deux versants du Petit Atlas, n’est que champs et qu’amandiers. Les Ida ou Zkri sont Chellaḥa et sédentaires. Comme famille, ils sont frères des Ilalen, tout en étant une tribu séparée. Ils ont pour limites : à l’est les Ida ou Kensous, au sud les Isaffen, à l’ouest les Iberqaqen et les Ilalen.
| Distances : | de Taroudant à la maison de Chikh Amerri | 1 jour. |
| de Tizgi Ida ou Baloul à la maison de Chikh Amerri | 1 jour. |
Isaffen. — Cette tribu, appelée aussi Aït Isaffen, n’habite que la vallée même de l’Ouad Aqqa ; elle est limitée, au nord par les Ida ou Zkri, au sud par un petit désert qui la sépare de Tizgi Ida ou Baloul. Point de désert entre les Isaffen et les Ida ou Zkri ; on passe d’une tribu dans l’autre sans sortir des jardins et des cultures. Les Isaffen se subdivisent en trois fractions ; ce sont, en descendant l’Ouad Aqqa :
Les Ida ou Tints (sur les bords de l’Ouad Aqqa, au-dessous des Ida ou Zkri et au-dessus des Aït Ouagrou. Ils sont gouvernés par un chikh héréditaire, Chikh Bel Ạïd Eṭ Ṭaleb).
Les Aït Ouagrou (sur les bords de l’Ouad Aqqa, au-dessous des Ida ou Tints. Ils sont gouvernés par un chikh héréditaire, Ould el Ḥadj Iaḥia).
Les Aït Tasousekht (sur les bords de l’Ouad Aqqa, au-dessus des Aït Ouagrou. Ils sont gouvernés par un chikh héréditaire, Ou Ben Ḥamed. Cette fraction est celle que nous avons traversée en allant à Mogador. Le point où nous avons quitté l’Ouad Aqqa, le confluent de l’Ouad Iberqaqen, en est la limite nord).
Comme on le voit, les Isaffen sont gouvernés par trois chikhs héréditaires. C’est une tribu sédentaire et chleuḥa : point de Ḥaraṭîn, on n’y parle que le tamaziṛt ; cependant quelques hommes savent l’arabe.
Un marché, le Khemîs Isaffen ; il se tient au pied de Qaçba Chikh Ould el Ḥadj Iaḥia.
Les Isaffen ont la plus mauvaise réputation auprès des étrangers : voleurs, pillards, ils rançonnaient impitoyablement, il y a peu de temps encore, les voyageurs et les caravanes qui traversaient leur territoire : le chef de la zaouïa d’Aït Haroun Isaffen se distinguait entre tous, et on ne pouvait passer devant la maison de Dieu sans être dévalisé ; aussi, depuis 1877[116], les convois de Mogador à Aqqa et à Tizounin ne prenaient plus leur route habituelle par le territoire des Isaffen (celle que j’ai prise moi-même en allant à Mogador) : ils passaient par l’ouad et la tribu de Tizert et débouchaient de là sur Tizgi, quoique ce chemin soit très difficile pour les bêtes de somme. Depuis une année environ, les caravanes reprennent leur ancienne voie. Le chef de la zaouïa d’Aït Haroun a été longtemps absent et est revenu plus calme : les autres Isaffen ont décidé de même qu’à l’avenir les voyageurs passeraient en paix ; ce changement s’est produit après un châtiment que Dieu leur a infligé : ils ont été maudits par un marabout à cause de leurs brigandages, leur rivière s’est desséchée et il y a eu une famine épouvantable ; les eaux ne sont revenues que lorsqu’ils se furent amendés.
Iberqaqen. — Cette tribu habite d’une part le haut plateau qui couronne le versant sud du Petit Atlas, de l’autre la vallée de l’Ouad Iberqaqen. Elle ne forme qu’un seul groupe : une seule djemaạa la gouverne. Point de chikh. Elle a trois agadirs, portant l’un le nom de Tidgar, les deux autres ceux d’Agadir Iberqaqen (Fouqani et Taḥtani). Les Iberqaqen sont Chellaḥa et sédentaires. Leur langue est le tamaziṛt. Peu parmi eux comprennent l’arabe. Point de marché sur leur territoire : ils vont au Khemîs Isaffen et au Djemạa Amerri. Les Iberqaqen sont une tribu nombreuse et puissante, moins cependant que leurs voisins les Isaffen avec lesquels ils sont souvent en guerre.
Tizert. — Cette tribu comprend environ douze qçars, échelonnés sur l’Ouad Tizert et unis entre eux par des jardins. De plus, Tizgi Ida ou Baloul, sur l’Ouad Aqqa, est quelquefois comptée comme faisant partie de Tizert. Point de chikh : une djemaạa gouverne la tribu. Les Aït Tizert sont Chellaḥa et sédentaires. Leur langue est le tamaziṛt. Pas de marché : on va au Khemîs Isaffen.
Point de Juifs. Il n’y a qu’un mellaḥ dans le bassin de l’Ouad Aqqa, celui qui se trouve dans l’oasis d’Aqqa.
VIII. — Ouad Tizgi el Haratîn.
Il est appelé aussi Ouad Tizgi Iṛiren. Il prend sa source dans le Petit Atlas et traverse le Bani à un kheneg où se trouvent deux qçars : l’un, Aït Oumendil, est au milieu même du kheneg, l’autre, Tizgi el Ḥaraṭîn, est immédiatement au-dessous : l’un et l’autre s’élèvent sur les bords mêmes de la rivière ; leurs jardins se touchent et entre eux les rives de l’ouad ne cessent d’être ombragées de dattiers. Après avoir traversé cette oasis, l’ouad rentre dans le désert où il reste jusqu’à son confluent avec le Dra, au Mạder Tizgi.
Tizgi el Ḥaraṭîn est un grand qçar de 150 feux, formé de deux quartiers compris en une même enceinte. Il s’y tient un marché permanent, comme à Agadir Tisint. La population y est un mélange de Chellaḥa et de Ḥaraṭîn, ceux-ci dominant ; elle est tributaire des Aït ou Mrîbeṭ (fraction d’Idgich). Tizgi el Ḥaraṭîn, qu’on appelle aussi Tizgi Iṛiren, est située, comme Tisint, à la bouche d’un kheneg du Bani.
Aït Oumendil qui se trouve, comme Tiiti, au milieu même du kheneg, est un qçar de 100 feux, peuplé de Chellaḥa et de Ḥaraṭîn, sous la suzeraineté des Aït ou Mrîbeṭ (fraction d’Idgich).
| Distances : | de Tizounin à Tizgi el Ḥaraṭîn comme d’Agadir Tisint à Mrimima. |
| d’Aït Oumendil à Tizgi el Ḥaraṭîn comme d’Agadir Tisint à Aït ou Iran. |
AFFLUENTS. — L’Ouad Tizgi el Ḥaraṭîn reçoit un affluent, l’Ouad Tizounin, se jetant sur sa rive gauche dans le désert, entre Tizgi et l’Ouad Dra.
Ouad Tizounin. — C’est un cours d’eau sans importance. Il prend sa source sur le flanc sud du Bani, puis arrose successivement les deux qçars de Tizounin et d’Igdi.
Ils sont séparés l’un de l’autre par un désert de plusieurs kilomètres. Au-dessous d’Igdi, la rivière coule dans le désert jusqu’à son confluent avec l’Ouad Tizgi el Ḥaraṭîn.
Tizounin est un grand qçar, isolé dans la plaine, appartenant aux Aït ou Mrîbeṭ. C’est là que résident les chikhs de cette tribu, ou du moins ceux de la fraction des Aït ou Iran, qui a aujourd’hui environ quinze chikhs. Les Aït ou Mrîbeṭ forment la grande majorité de la population de Tizounin ; les autres habitants sont quelques Ḥaraṭîn pauvres. Les belles maisons, les jardins sont aux chikhs. Outre l’ouad, qui est peu important, il y a plusieurs sources ; les vergers produisent de bonnes dattes, mais sont peu étendus. Pas de mellaḥ ; quelques Juifs isolés viennent trafiquer comme à Agadir Tisint et comme à Tizgi el Ḥaraṭîn. Marché permanent comme dans ces deux localités. Tizounin contient 400 à 500 maisons ; celles des chikhs sont les seules qui soient toujours habitées : les autres appartiennent à des nomades de leur fraction qui y emmagasinent leurs grains, y viennent de temps en temps, mais passent la plus grande partie de l’année sous la tente. Le premier des chikhs de Tizounin est Chikh Ḥamed. C’est le seul qui ait de l’autorité : les autres chikhs sont ses cousins, qui, par la noblesse de leur naissance, ont droit au titre de chikh, sans pour cela partager le pouvoir avec leur aîné. En effet, parmi les familles où le titre de chikh est héréditaire, il y en a, et c’est le plus grand nombre, où le chef seul porte ce titre ; mais il y en a d’autres, comme celle-ci, où, soit plusieurs frères, soit même toute une génération de cousins, le prennent également.
Igdi est un petit qçar entouré de quelques dattiers : il appartient à la fraction d’Idgich des Aït ou Mrîbeṭ.
Distance : de Tizounin à Igdi comme d’Agadir Tisint à Bou Mousi.
IX. — Ouad Icht.
C’est un cours d’eau peu important prenant sa source dans une plaine située au nord du Bani, entre cette chaîne et le Petit Atlas : il traverse le Bani au Kheneg Icht et, immédiatement au-dessous, à sa bouche même, arrose l’oasis qui lui donne son nom. De là, il rentre dans le désert, et y reste jusqu’à son confluent avec le Dra au Mạder Icht.
L’oasis d’Icht ne renferme qu’un qçar, situé sur la rive gauche de l’ouad, et entouré de vastes plantations de palmiers s’étendant des deux côtés de la rivière jusqu’au pied du Bani. Ce qçar, d’environ 200 maisons, est peuplé de Chellaḥa mêlés de quelques Ḥaraṭîn ; il est gouverné par un chikh, El Ḥoseïn ; il reconnaît la suzeraineté des Aït ou Mrîbeṭ. Icht est riche, prospère, puissante. Marché permanent comme à Agadir Tisint, Tizounin et Tizgi Iṛiren. L’Ouad Icht est presque toujours à sec, même dans l’oasis ; mais il y a un grand nombre de sources, aussi bien dans les jardins qu’à l’intérieur du qçar. Les dattiers sont nombreux, mais d’espèces médiocres : ce sont des bou souaïr.
Distance : de Tizgi el Ḥaraṭîn à Icht comme de Qaçba el Djouạ à Tatta.
X. — Ouad Imi Ougadir.
L’Ouad Imi Ougadir porte aussi le nom d’Ouad Tamanaṛt : il prend sa source dans la tribu des Aït Imejjat et reçoit les eaux de celle d’Ifran et d’une partie de celle d’Id Brahim. Après avoir traversé une portion du territoire des Aït Imejjat, il arrose l’oasis de Tamanaṛt : les quatre qçars qui la composent se trouvent sur ses rives : ce sont, en descendant :
| Agerd. | |
| Qaçba Aït Ḥerbil | rive droite. |
| Iṛir | rive gauche. |
| Igouïaz | rive gauche. |
Entre ces quatre qçars les bords de l’ouad sont, sans interruption, bordés de dattiers. Au-dessous de Tamanaṛt, la rivière entre dans le désert et y reste jusqu’au Bani : elle traverse cette chaîne au Kheneg Imi Ougadir. La longueur de ce passage est égale ou un peu moindre à celle du kheneg de Tisint : palmiers au milieu : à la bouche sud se trouve un grand qçar entouré de dattiers : c’est :
Imi Ougadir.
En sortant d’Imi Ougadir, l’ouad rentre dans le désert et y demeure jusqu’à l’Ouad Dra, où il se jette au Mạder Imi Ougadir.
Ce mạder, comme ceux d’Icht et de Tizgi, produit des moissons superbes : tous trois sont cultivés surtout par les Aït ou Mrîbeṭ. Les habitants des oasis voisines et ceux du Petit Atlas y labourent aussi : on y voit venir jusqu’à des Isaffen et des Iberqaqen.
Imi Ougadir est un grand qçar de 400 maisons, où neuf ou dix groupes des Aït ou Mrîbeṭ possèdent des demeures et emmagasinent grains et dattes. Quelques habitants chellaḥa s’y trouvent, mais ils sont en petit nombre : ce lieu est avant tout un grand agadir des Aït ou Mrîbeṭ. Marché permanent au milieu du qçar, comme à Agadir Tisint. Juifs commerçants comme dans cette dernière localité, mais pas de mellaḥ.
| Distances : | de Tamanaṛt à Icht comme d’Agadir Tisint à Mrimima. |
| d’Agerd à Qaçba Aït Ḥerbil comme d’Agadir Tisint à Bou Mousi. | |
| de Qaçba Aït Ḥerbil à Iṛir comme d’Agadir Tisint à Ez Zaouïa. | |
| d’Iṛir à Igouïaz comme d’Agadir Tisint à Foum Tisint. | |
| de Tamanaṛt à Imi Ougadir comme d’Agadir Tisint à Mrimima. | |
| d’Imi Ougadir à Icht comme d’Agadir Tisint à Trit. |
REMARQUES SUR LES TRIBUS. — La partie méridionale du cours de l’Ouad Imi Ougadir, de même que tout ce qui est situé au sud du Bani dans les bassins des ouads Icht, Tizgi el Ḥaraṭîn, Aqqa et Meskaou, fait partie du territoire des Aït ou Mrîbeṭ. Le haut bassin de l’Ouad Imi Ougadir appartient à trois tribus, les Aït Imejjat, les Ifran, les Id Brahim. Le cours moyen en est occupé par le district isolé de Tamanaṛt.
Ait Imejjat. — Ils peuvent former 3000 fusils. C’est une puissante tribu sédentaire, possédant de nombreux qçars. Les Aït Imejjat sont Chellaḥa : leur langue est le tamaziṛt. Ils ont vaincu, il y a quelques années, Sidi El Ḥoseïn ben Ḥachem, le célèbre marabout du Tazeroualt. Auparavant ils étaient ses sujets : aujourd’hui il n’a plus d’autorité sur eux. Indépendants du sultan depuis un temps immémorial, les Aït Imejjat se sont soumis à Moulei El Ḥasen en 1882, en même temps que la plupart des tribus du Sahel, lors de son expédition dans le bas Sous et le Sahel Marocain. Le sultan leur a donné deux qaïds. L’un d’eux est Chikh Moḥammed, d’Agerd (Tamanaṛt).
Ifran. — On les appelle aussi Ofran. C’est une tribu chleuḥa et sédentaire située au sud-ouest des Aït Imejjat : ils sont soumis au sultan depuis la même époque et dans les mêmes conditions que ces derniers. Moulei El Ḥasen les a réunis, avec le Tazeroualt et les Ida ou Semlal, sous le qaïdat de Ḥadj Ṭahar, fils de Sidi El Ḥoseïn ben Ḥachem. Les Ifran sont une tribu de moyenne importance.
Id Brahim. — Grande tribu, soumise au sultan de la même manière que les précédentes ; son territoire, au sud de celui des Ifran et de celui des Aït Imejjat, s’étend au loin vers l’ouest. Moulei El Ḥasen l’a mise avec Tamanaṛt sous le commandement d’un qaïd unique, Ḥadj Ḥamed El Manaṛi, chikh héréditaire de Qaçba Aït Ḥerbil à Tamanaṛt. Les Id Brahim sont comptés, ainsi que les Ifran et les Aït Imejjat, comme appartenant au Sahel : en effet, la plus grande partie des territoires de ces trois tribus se trouve dans le bassin de l’Océan, et non dans celui du Dra. Les Id Brahim sont Chellaḥa et sédentaires : leur langue est le tamaziṛt. Ils se décomposent en :
Ida ou Leggan, Aït Ḥerbil, Aït Ouadaï, Aït Illoul, Aït Mousa ou Daoud, Aït Bou Ạchra, Aït Zkri, Aït Bouhou.
Tamanart. — C’est une oasis composée de quatre qçars, Agerd, Qaçba Aït Ḥerbil, Iṛir, Igouïaz. Ces quatre localités sont enveloppées dans une longue bande de dattiers : les fruits que produisent ces derniers sont abondants, mais de qualité médiocre : ce sont des bou souaïr. Avant leur récente soumission au sultan, la guerre régnait presque toujours entre les qçars de Tamanaṛt. Agerd était en hostilité à peu près perpétuelle avec ses trois sœurs : les tribus voisines se mêlaient à ces querelles ; les Aït Imejjat et d’autres tribus du nord venaient au secours d’Agerd, les Aït ou Mrîbeṭ prêtaient leur appui aux trois autres localités. Aujourd’hui Tamanaṛt vit en paix : l’oasis a fait sa soumission en 1882, en même temps que les Aït Imejjat et les Id Brahim : le chikh de Qaçba Aït Ḥerbil a été nommé qaïd de l’oasis et des Id Brahim par Moulei El Ḥasen. Là s’arrête l’autorité de ce dernier[117] : toutes les tribus qui sont au sud et à l’est des Aït Imejjat, de Tamanaṛt et des Id Brahim, telles que les Aït ou Mrîbeṭ, etc., ne la reconnaissent plus. Agerd se compose de 200 maisons et a un marché, dont on ne peut me désigner le jour, seul marché de Tamanaṛt ; Qaçba Aït Ḥerbil a 200 maisons, Iṛir n’en a que 50, et Igouïaz que 15. Entre Agerd et Qaçba Aït Ḥerbil, sur une colline, se trouve une tour toujours gardée par une quinzaine de fusils de Qaçba Aït Ḥerbil, surveillant le pays et dominant Agerd. La population est chleuḥa avec quelques Ḥaraṭîn. Un mellaḥ à Agerd, le seul du bassin de l’Ouad Imi Ougadir. Il n’y a d’Israélites ni chez les Aït Imejjat, ni chez les Ifran, ni chez les Id Brahim.
Itinéraire de Tisint à Ouad Noun.
1er jour. — De Tisint à Aqqa Igiren.
2e jour. — D’Aqqa Igiren à Tiiggan.
3e jour. — De Tiiggan à Tizounin.
On passe par Oumm el Ạleg, et de là on va à Tizounin : beaucoup de gazelles dans la plaine, autour de Tizounin : c’est le seul lieu où l’on trouve du gibier. Dans la même région, on rencontre aussi un grand nombre de moufflons, mais en montagne, dans le Bani. Entre Oumm el Ạleg et Tizounin, désert à sol dur et plat avec quelques gommiers.
Distance : d’Oumm el Ạleg à Tizounin comme d’El Feggouçat à Mrimima.
4e jour. — De Tizounin à Tizgi el Haratîn.
On traverse un désert pierreux ; sol plat, sans autre végétation que des jujubiers sauvages et quelques gommiers. Le chemin ne passe par aucun lieu habité, mais on distingue à main gauche le qçar d’Igdi, pendant la première partie de la route.
Distance : de Tizounin à Tizgi el Ḥaraṭîn comme d’Agadir Tisint à Mrimima.
5e jour. — De Tizgi el Haratîn à Icht.
Entre Tizgi et Icht, on continue à longer le pied méridional du Bani, en l’ayant toujours à main droite (au nord). Pas de kheneg dans la chaîne entre ces deux points. Pendant la première moitié du chemin, on marche au milieu d’un areg, plaine sablonneuse avec des gommiers : à mi-route, on rencontre, descendant des crêtes du Bani, le lit desséché d’un ruisseau, au milieu duquel se trouvent des puits (point de palmiers ni de végétation auprès d’eux). A partir de là, le terrain reste toujours plat, mais les gommiers se mêlent de quelques rares troncs d’argans. De Tizgi à Icht, le pays est désert.
En arrivant à Icht, on voit d’abord, à la lisière de l’oasis, une qoubba ; c’est auprès d’elle qu’on entre sous les palmiers : on chemine quelque temps à leur ombre, en remontant l’Ouad Icht : les dattiers en bordent les deux rives, mais il n’y en a point dans son lit : on parvient ainsi au qçar d’Icht.
Distance : de Tizgi el Ḥaraṭîn à Icht comme de Qaçba el Djouạ à Tatta.
6e jour. — D’Icht à Tamanart.
Icht est situé, comme Tisint, à la bouche sud d’un kheneg du Bani. Pour aller à Tamanaṛt, on traverse le kheneg et on passe au nord de la chaîne : de là à Ouad Noun, le Bani restera toujours au sud du chemin. En allant d’Icht à Tamanaṛt, on l’a, durant toute la route, en arrière et à gauche. Chemin plat et désert, tantôt sablonneux, tantôt pierreux ; beaucoup de gommiers.
Le premier qçar auquel on arrive est Igouïaz, puis on gagne celui d’Iṛir.
Distance : d’Icht à Tamanaṛt comme d’Agadir Tisint à Mrimima.
7e jour. — De Tamanart à Tarjijt.
Entre ces deux points, le chemin traverse une plaine unie et déserte, un areg. Sol pierreux, avec quelques gommiers. On se tient sans cesse au nord du Bani, qu’on distingue pendant tout le trajet à une certaine distance dans le sud. On ne traverse ni ne voit aucun lieu habité jusqu’à Tarjijt. A partir du point où l’on est sorti de Tamanaṛt, on marche sur le territoire des Id Brahim. Tarjijt est un groupe de plusieurs qçars faisant partie d’une des fractions de cette tribu ; une petite rivière y passe : les eaux s’en écoulent, comme toutes celles de cette contrée, vers l’ouest ou le sud-ouest pour aller aboutir à Tiṛmert qu’elles arrosent. Tarjijt a un grand nombre de palmiers, bou souaïr et rares bou feggouç. De Tarjijt on voit le Bani ; il en est à la même distance que le mont Taïmzouṛ de Mrimima.
Distance : de Tamanaṛt à Tarjijt comme d’Idroumen (dunes de sable) à Tatta.
8e jour. — De Tarjijt à Tirmert.
Entre ces deux points, le chemin traverse un pays accidenté, mais sans passage difficile. On franchit quelques ruisseaux ; on voit à droite et à gauche des qçars ; je n’ai pu en savoir les noms. Au sortir de Tarjijt on quitte la tribu des Id Brahim et on entre dans celle des..... C’est une tribu nombreuse, se disant d’origine arabe, habitant en partie la tente, en partie des qçars. Celui de Tiṛmert est sur son territoire : il est la résidence de son qaïd, Ould Ḥamed ou Saloum.
Distance : de Tarjijt à Tiṛmert comme de Tatta à Tizgi Ida ou Baloul.
9e jour. — De Tirmert à Aougelmim.
Aougelmim est le principal des qçars qui composent le district d’Ouad Noun et la résidence de son chikh, El Ḥabib ould Beïrouk. De Tiṛmert à ce point, ce n’est qu’une plaine unie et déserte, sans un cours d’eau, sans un gommier.
Distance : de Tiṛmert à Aougelmim comme d’Agadir Tisint à Mrimima.
Seketâna et Gezoula.
Toutes les populations habitant entre l’Ouad Sous, l’Ouad Dra et le Sahel sont divisées en deux grandes familles, les Seketâna et les Gezoula. Personne dans toute cette région, les marabouts exceptés, qui n’entre dans une de ces deux familles : les quelques tribus se disant d’origine arabe en font partie au même titre que les Imaziṛen reconnus, les Ḥaraṭîn au même titre que les Chellaḥa. Les marabouts, les cherifs et les Juifs restent seuls en dehors de cette division ; encore l’exception n’est-elle pas absolue pour les marabouts ni pour les cherifs : quelques zaouïas sont Seketâna ou Gezoula. Les tribus sont entièrement de l’une ou de l’autre famille : il ne saurait en être différemment. Mais les districts, les oasis, comme Tisint, Tatta, etc., où les divers qçars n’ont aucun lien entre eux, sont presque toujours mélangés : telle localité est Gezoula, telle autre voisine Seketâna ; on voit même des qçars mi-Seketâna, mi-Gezoula.
La région où les populations sont ainsi divisées en Seketâna et Gezoula est, en résumé, celle qui est arrosée par les affluents de gauche de l’Ouad Sous d’une part, par les affluents de droite du Dra d’autre part, c’est-à-dire le massif presque entier du Petit Atlas. Au nord de cette contrée, sur la rive droite du Sous, on ne m’a plus paru connaître la classification en Gezoula et Seketâna ; au sud, il n’y a que le désert ; à l’ouest se trouvent les tribus du Sahel, parmi lesquelles cette division n’existe pas ; à l’est, sur la rive gauche du Dra, sont les Berâber : ceux-ci ne sont ni Gezoula ni Seketâna, ils ne sont que Berâber : leur tribu, avec ses nombreuses fractions, est, en population comme en étendue de territoire, égale, sinon supérieure aux Gezoula ou aux Seketâna : c’est un troisième peuple, mais qui a gardé jusqu’à ce jour son homogénéité, son fractionnement naturel, son organisation régulière et son groupement compact, choses que les deux autres ont perdues depuis un temps déjà lointain dont ils n’ont pas souvenance.
La classification en Seketâna et Gezoula n’est pas seulement un souvenir généalogique : c’est, encore à présent, une division réelle : un qçar, une tribu Seketâna a-t-elle une guerre contre un qçar ou une tribu Gezoula, c’est toujours parmi les fractions de sa race qu’elle cherchera des alliés. Les Seketâna se prêtent secours entre eux, même à une grande distance, et les Gezoula de même. Ainsi, il y a quelques jours, les habitants de Qaçba el Djouạ ont été jusque dans le bassin du Sous porter aide à une fraction des Aït Semmeg qui avait réclamé leur assistance. De même, pendant mon séjour à Tintazart, il était parti 60 Chellaḥa et Ḥaraṭîn de Tatta pour secourir leurs frères dans le voisinage de l’Ouad Isaffen. Cela n’empêche pas cependant les querelles et guerres entre membres d’une des deux familles : bien plus, il arrive parfois, bien que rarement, qu’un qçar ou une fraction, appartenant d’origine à l’une des deux races, change de camp à la suite de querelles intestines et se range du côté de l’autre : on la compte dès lors comme faisant partie de cette dernière. C’est ainsi que les Indaouzal, tout en n’étant d’origine qu’une seule tribu, sont comptés aujourd’hui mi-Seketâna, mi-Gezoula.
Dans le bassin du Sous, on remplace souvent les appellations de Seketâna et de Gezoula par celles d’Aït Semmeg et d’Oulad Iaḥia : les Aït Semmeg sont Seketâna, et les Oulad Iaḥia Gezoula ; cela revient donc au même.
Deux tribus ont, comme nom propre, l’une celui de Seketâna, l’autre celui de Gezoula. Toutes deux habitent le bassin de l’Ouad Sous ; la première est sur la rive gauche, au sud des Zagmouzen, dans le Petit Atlas ; la seconde est sur un des affluents de droite du fleuve, dans le Grand Atlas. Nous manquons de détails sur cette dernière. Quant à la première, c’est une tribu importante, comptée comme Seketâna et entourée de tous côtés de Seketâna : les Zenâga, les Ounzin, les Aït Semmeg, qui l’avoisinent à l’est, au sud et à l’ouest, sont tous Seketâna. On pourrait peut-être considérer cette tribu, qui a gardé en propre le nom générique de toute la famille, comme en étant en quelque sorte le noyau.
Voici comment sont répartis les Seketâna et les Gezoula :
| Oulad Iaḥia (du bassin du Sous) | Gezoula. | ||||
| Indaouzal | mi-Gezoula, mi-Seketâna. | ||||
| Aït Semmeg | Seketâna. | ||||
| Seketâna | » | ||||
| Aït Ạmer | » | ||||
| Zenâga | » | ||||
| Tagmout (Ouad Tatta) | » | ||||
| Ida ou Kensous | Gezoula. | ||||
| Aït Jellal | » | ||||
| Iliṛ (Ouad Sidi Moḥammed ou Iạqob) | » | ||||
| Reken | Gezoula. | ||||
| Fedoukkes | » | ||||
| Tazouli | Seketâna. | ||||
| Imtaoun | » | ||||
| Ounzin | » | ||||
| Aginan | » | ||||
| Aït Bou Iaḥia | » | ||||
| Aqqa Iṛen | Gezoula. | ||||
| Qçour Beïḍin | Seketâna et Gezoula mélangés. | ||||
| Qaçba el Djouạ | Seketâna. | ||||
| Trit | Gezoula. | ||||
| Tanziḍa | Seketâna. | ||||
| Tisint | ⎧ ⎪ ⎪ ⎨ ⎪ ⎪ ⎩ | Agadir | Seketâna. | ||
| Aït ou Iran | Gezoula. | ||||
| Bou Mousi | n’est d’aucune famille. | ||||
| Taznout | Seketâna. | ||||
| Ez Zaouïa | ⎰ ⎱ | Aït Sidi Mḥind | Seketâna. | ||
| Aït Sidi Ạli | Gezoula. | ||||
| Aqqa Igiren | Seketâna. | ||||
| Tatta | ⎧ ⎪ ⎪ ⎪ ⎪ ⎪ ⎪ ⎪ ⎨ ⎪ ⎪ ⎪ ⎪ ⎪ ⎪ ⎪ ⎩ | Tintazart | Seketâna. | ||
| Anṛerif | » | ||||
| Adis | » | ||||
| Tiiti | » | ||||
| Aqqa Izenqad | » | ||||
| Tiṛremt | » | ||||
| Isbabaten (Toug er Riḥ) | Gezoula. | ||||
| Tigiselt | » | ||||
| Taldnount | » | ||||
| Imtfian | » | ||||
| Aït Iasin | » | ||||
| Agjgal | » | ||||
| Aït Sidi El Ḥoseïn | » | ||||
| Aït Zouli | mi-Seketâna, mi-Gezoula. | ||||
| Aqqa | Seketâna et Gezoula mélangés. | ||||
| Oulad Iaḥia (du bassin du Dra) | Gezoula. | ||||
| Ida ou Blal | Seketâna. | ||||
| Aït ou Mrîbeṭ | Gezoula. | ||||
[102]Taria veut dire château ; ce mot a le même sens que celui de tirremt.
[103]Ces villages forment la totalité du district d’Ounila.
[104]Ces villages forment la totalité du district d’Assaka.
[105]Ces villages forment la totalité du district de Tizgi.
[106]Le district d’Aït Zaïneb se compose : 1o des villages que nous venons d’énumérer, 2o de ceux que nous mentionnerons plus loin sur le cours de l’Ouad Imini.
[107]Composant la totalité du district.
[108]Composant la totalité de ce district.
[109]Ces villages forment la totalité de l’Imini.
[110]Le territoire des Ikhzama s’étend sur une partie du cours de trois rivières, savoir : l’Ouad Iriri, l’Ouad Amasin, l’Ouad Bou Igouldan.
[111]Ces villages forment la totalité de la tribu.
[112]Ces villages forment la totalité de la tribu.
[113]Ces villages forment la totalité de la tribu.
[114]A Zbar se trouve, dit-on, au bord même du Dra, une hauteur rocheuse dont les flancs sont couverts d’inscriptions que nul n’a pu déchiffrer : point de dessins, point de figures, rien que des caractères d’écriture.
[115]Sans doute la même que la zaouïa d’Ouzdiin.
[116]1877-1878 ou 1295, appelé dans le langage usuel l’an 95 ; cette année est tristement célèbre dans le sud du Maroc, à cause de la famine terrible qui la signala.
[117]On m’a assuré que, depuis mon voyage, la plupart des tribus soumises par le sultan en cette expédition, tant celles du Sahel que celles du bas Sous et du Ras el Ouad, s’étaient soulevées et avaient repris leur indépendance. Ces faits se seraient passés en automne 1884.
III.
BASSIN DE L’OUAD SOUS.
L’Ouad Sous porte en son cours supérieur le nom d’Ouad Tifnout : il ne prend celui de Sous qu’à partir de son confluent avec l’Ouad Zagmouzen. Cette rivière, presque aussi considérable que lui, se jette sur sa rive gauche au village de Tinmekkoul (Iouzioun). Nous étudierons séparément l’Ouad Tifnout, l’Ouad Zagmouzen et l’Ouad Sous.
1o. — OUAD TIFNOUT.
L’Ouad Tifnout, avant sa jonction avec l’Ouad Zagmouzen, reçoit sur sa rive gauche, entre Tabia et Taïssa, un autre affluent important, l’Ouad Aït Tameldou. Nous nous occuperons successivement de ces deux rivières.
1o OUAD TIFNOUT. — On l’appelle souvent dans son cours inférieur Ouad Iouzioun. Il sort du flanc du Grand Atlas à un point nommé Tinzer (narine). Ce lieu est ainsi appelé parce qu’il s’y trouve deux ouvertures juxtaposées comme des narines : l’une est bouchée, à l’intérieur, par un poisson monstrueux ; de l’autre jaillit l’Ouad Tifnout. Cette source merveilleuse est célèbre à plus d’un titre : elle a, dit-on, des propriétés médicales extraordinaires. Au-dessous de Tinzer, l’Ouad Tifnout entre dans la tribu des Aït Tameldou ; il y arrose d’abord un groupe de quatre villages appelé
- Tizgi n Taqqaïn ;
puis, restant toujours dans la même tribu, il passe successivement par un grand nombre de villages dont voici les principaux :
| Imelil. | ||
| Taagnit. | ||
| Ouaounzourt. | ||
| Mezgemmat. | ||
| Asareg. | ||
| Tasoult. | ||
| Amzarko. | ||
| Imi n Amoumen. | ||
| Tizourin. | ||
| Aït Iṛmor. | ⎫ ⎪ ⎬ ⎪ ⎭ | Ces quatre villages sont compris sous le nom d’AïtOuṛeld. |
| Aït Skri. | ||
| Askaoun. | ||
| Moumalou. | ||
| Dar Ougadir. | ||
| Ḥeloud. | ||
| Dou Ougadir. | ||
| Agerd n Ougadir. | ||
| Ạnd Aït Dra. | ||
| Igidi. | ||
| Aṛled Fouqani. | ||
| Timiṭeṛ. | ||
| Aṛled Taḥtani. | ||
| Mzi. | ||
| Tilkit. | ||
| Tarneouin. | ||
| Tabia. |
Ici l’Ouad Tifnout sort du territoire des Aït Tameldou et entre sur celui des Iouzioun. Il y arrose successivement les villages de :
- Taïssa.
- Takherri.
- Tamararsent.
- Toug el Khir.
- Agaouz.
- Tinksif.
- Agdz Igourramen.
- Taouarsout.
- Ichakoukf.
- Idergan.
- Asoul.
- Taṛrat.
- Ibergnat.
- Asaoun.
- Tabia.
- Agdz Aït ou Asṛar.
- Aoufour.
- Toug el Khir Taḥtani.
- Anmid.
- Tinmekkoul.
A ce village, l’Ouad Tifnout s’unit à l’Ouad Zagmouzen : là commence l’Ouad Sous.
L’Ouad Tifnout a de l’eau durant l’année entière sur toute l’étendue de son cours. Les bords en sont d’une richesse extrême : de la source de la rivière au confluent où elle finit, ils ne sont qu’un long jardin. Les eaux ne cessent de couler au milieu des cultures et à l’ombre des arbres fruitiers. Noyers, grenadiers, oliviers se pressent sur les rives ; la vigne court le long de leurs branches ; blés, orges, maïs font un tapis à leurs pieds.
| Distances : | de Tinzer à Tabia | 1 jour. |
| de Tinzer à Tizgi n Taqqaïn | 3 heures. | |
| de Tizgi n Taqqaïn à Imelil | 1 heure. | |
| de Imelil à Ouaounzourt | 3/4 d’heure. | |
| de Ouaounzourt à Imi n Amoumen | 1 h. 1/2. | |
| de Imi n Amoumen à Agerd n Ougadir | 1 h. 1/2. | |
| de Agerd n Ougadir à Dou Ougadir | 1/2 heure. | |
| de Dou Ougadir à Timiṭeṛ | 1 heure. | |
| de Timiṭeṛ à Dar Ougadir | 1 h. 1/2. | |
| de Imelil à Tabia | fort 1/2 jour. | |
| de Tabia à Taïssa | 1 heure. |
AFFLUENTS. — L’Ouad Tifnout reçoit un grand nombre d’affluents ; ce sont :
- RIVE DROITE :
- Ouad Amoumen, s’y jetant à Imi n Amoumen.
- Ouad Idikel, s’y jetant à Dar Ougadir.
- Ouad Izgrouzen, s’y jetant à Dou Ougadir.
- Ouad Ikis, s’y jetant à Agerd n Ougadir.
- RIVE GAUCHE :
- Ouad Inmarakht, s’y jetant à Ouaounzourt.
- Ouad Saksad, s’y jetant à Dar Ougadir.
- Ouad Msount, s’y jetant à Timiṭeṛ.
- Ouad Tizgi n Mousi, s’y jetant à Mzi.
Ouad Amoumen. — Il prend sa source dans le Grand Atlas, traverse le territoire des Aït ou Amoumen (composé de 9 villages, tous sur son cours), et se jette dans l’Ouad Tifnout. Les Aït ou Amoumen sont une fraction des Aït Tameldou.
L’Ouad Amoumen a de l’eau sur tout son cours et en toute saison.
| Distances : | de l’Adrar n Deren aux Aït ou Amoumen | 1/2 jour. |
| des Aït ou Amoumen à Imi n Amoumen | 1 heure. |
Ouad Idikel. — Il prend sa source au Djebel Idikel. De là il traverse, en descendant, d’abord le district d’Idikel (composé de 14 villages, tous sur son cours) ; puis, au-dessous, celui de Talat n Ig (4 villages). L’un et l’autre sont des fractions des Aït Tameldou.
L’Ouad Idikel n’a d’eau que pendant la saison des pluies.
| Distances : | de l’Idikel au Talat n Ig | 5 heures. |
| du Talat n Ig à Dar Ougadir | 1 h. 1/2. | |
| du Talat n Ig à Aṛled Fouqani (route dans le désert) | 3 heures. |
Ouad Izgrouzen. — Il prend sa source au Tizi n Tamejjout. Il passe d’abord par le village de Tamejjout, puis il traverse le territoire des Izgrouzen, composé de 21 villages, tous sur son cours. De là il se jette dans l’Ouad Tifnout. Tamejjout, ainsi que les Izgrouzen, fait partie de la tribu des Aït Tameldou.
L’Ouad Izgrouzen n’a d’eau que pendant la saison des pluies.
Le Tizi n Tamejjout est traversé par un chemin allant des Izgrouzen à Agoundis : d’Agoundis on peut gagner Dar El Genṭafi, et de là Merrâkech.
| Distances : | du Tizi n Tamejjout à Tamejjout | 1 heure. |
| de Tamejjout aux Izgrouzen | 1 heure. | |
| des Izgrouzen à Dou Ougadir | 1 h. 1/2. | |
| des Izgrouzen à Agoundis | fort 1/2 jour. | |
| d’Agoundis à Dar El Genṭafi | fort 1/2 jour. |
Ouad Ikis. — Il prend sa source dans le Grand Atlas et traverse ensuite le territoire d’Ikis (composé de 14 villages, tous sur son cours) ; de là il se jette dans l’Ouad Tifnout. L’Ikis est une fraction des Aït Tameldou.
Cette rivière n’a d’eau que dans la saison des pluies.
| Distances : | de l’Adrar n Deren à l’Ikis | 1/2 jour. |
| de l’Ikis à Agerd n Ougadir | 1/2 jour. |
Ouad Inmarakht. — Il traverse d’abord la fraction d’Inmarakht (composée de 7 villages tous sur son cours) ; de là il passe dans celle des Aït Leti (composée de 15 villages, tous sur son cours), puis dans celle d’Asif n Sous (3 villages) ; de là il se jette dans l’Ouad Tifnout. Les divers groupes que traverse l’Ouad Inmarakht font tous partie des Aït Tameldou.
Cette rivière a de l’eau en abondance sur tout son cours, pendant l’année entière.
| Distances : | d’Inmarakht aux Aït Leti | 1 heure 1/2. |
| des Aït Leti à Asif n Sous | 1 heure. | |
| d’Asif n Sous à Ouaounzourt | 1 heure. |
Ouad Saksad. — Il prend sa source au Djebel Saksad ; de là il arrose successivement les deux villages d’Ifergan et d’Ạnd Imzilen. L’un et l’autre font partie des Aït Iṛmor, fraction des Aït Tameldou.
Il y a toujours de l’eau dans l’Ouad Saksad, et sur tout son cours.
| Distances : | du Djebel Saksad à Ifergan | 1 heure. |
| d’Ifergan à Dar Ougadir | 1 heure. |
Ouad Msount. — Il prend sa source dans le Khela Tamzernit (forêt de teceft). Au sortir de ce désert, il entre sur le territoire des Aït Msount, fraction des Aït Tameldou ; il y arrose successivement les villages de Isḥerin, Izoukennan, Aït Ḥedin, Aït ou Allal, Tidirmit, Imi n Msount.
De là il gagne Timiṭeṛ, où il se jette dans l’Ouad Tifnout.
Il n’a d’eau que dans la saison des pluies.
| Distances : | du Khela Tamzernit à Isḥerin | 1 heure. |
| d’Isḥerin à Timiṭeṛ | 1 heure. |
AFFLUENT. — L’Ouad Msount en reçoit un, l’Ouad Aït Mesri, se jetant sur sa rive gauche à Isḥerin.
Ouad Aït Mesri. — Il traverse le territoire des Aït Mesri (7 villages, tous sur son cours), fraction des Aït Tameldou.
Il n’a d’eau que durant la saison des pluies.
| Distance : des Aït Mesri à Isḥerin | 1/2 jour. |
Ouad Tizgi n Mousi. — On l’appelle aussi Ouad Izgern. La source en est dans le désert, peu au-dessus de Tizgi n Mousi. Il passe d’abord par le village de Tizgi n Mousi, puis par l’Amzaourou (6 villages, tous sur son cours) ; de là il traverse le territoire des Izgern (9 villages) ; il rentre ensuite dans le désert, où il reste jusqu’à son confluent avec l’Ouad Tifnout. Les villages et fractions situés sur son cours font partie des Aït Tameldou.
Il n’a d’eau que durant la saison des pluies.
| Distances : | de Mial (Ouad Aït Tameldou) à Tizgi n Mousi (désert) | 3 heures. |
| de Tizgi n Mousi à l’Amzaourou | 1 heure. | |
| de l’Amzaourou aux Izgern | 3 heures. | |
| des Izgern à Mzi (Ouad Tifnout) | 1/2 jour. |
REMARQUES SUR LES TRIBUS. — Le territoire des Iouzioun se compose exclusivement des villages que nous avons énumérés sur le cours de l’Ouad Tifnout. Les Iouzioun forment une tribu séparée ; ils sont indépendants du sultan, mais reconnaissent la suprématie des deux puissants chikhs des Aït Tameldou : chacun de ces chefs a la moitié d’entre eux sous son autorité. Les Iouzioun sont de race et de langue tamaziṛt. Ils sont Chellaḥa. C’est une tribu riche et commerçante. Un marché, le Tlâta Tabia. Deux mellaḥs.
2o OUAD AIT TAMELDOU. — On lui donne aussi parfois le nom d’Ouad Tittal. Il prend sa source dans le désert d’Igisel. De là il entre dans la tribu des Aït Tameldou, où il reste pendant tout son cours ; il y arrose successivement les villages suivants :
Tittal, Mial, Tazoult, Aban, Bou Tizi, Aït Melloul, Ikouchoden, Id Marmouch, Inmezzen, Igourzan, Ida ou Amṛar, Talat n Ougnal, Arbalou, Iṛil, Tammarouin, Aït Qedni.
Ce village est le dernier de l’Ouad Aït Tameldou, qui de là se jette sur la rive gauche de l’Ouad Tifnout, un peu au-dessous de Taïssa.
L’Ouad Aït Tameldou a toujours beaucoup d’eau dans son lit, tout le long de son cours.
| Distances : | de Tizi n Ougdour à Tittal | 5 heures. |
| de Tittal à Mial | 1 heure. | |
| de Mial à Tazoult | 1 heure. | |
| de Tazoult à Aït Melloul | 1 heure. | |
| d’Aït Melloul à Arbalou | 2 h. 1/2. | |
| d’Arbalou à Aït Qedni | 1 h. 1/2. | |
| d’Aït Qedni à Taïssa | 1 h. 1/2. |
AFFLUENTS. — L’Ouad Aït Tameldou reçoit plusieurs affluents ; ce sont :
- RIVE DROITE :
- Ouad Amzarou, s’y jetant à Tazoult.
- Ouad Igemran, s’y jetant à Aït Melloul.
- Ouad Mançour, s’y jetant à Arbalou.
- RIVE GAUCHE :
- Ouad Achakski, s’y jetant à Mial.
- Ouad Aoullous.
Ouad Amzarou. — Il prend sa source au désert d’Ifenouan. Tout le cours en est sur le territoire des Aït Tameldou. Il arrose successivement les villages de Tagrioualt, Ạraben, Assaka, Ida El Ḥasen Ạli, Aït Ouahou, Anrouz, Tazoult.
A ce dernier point, il se jette dans l’Ouad Aït Tameldou.
L’Ouad Amzarou a de l’eau pendant toute l’année et sur tout son cours.
| Distances : | du Khela Ifenouan à Tagrioualt | 3 heures. |
| de Tagrioualt à Assaka | 1/2 heure. | |
| d’Assaka à Tazoult | 1 heure. |
AFFLUENT. — L’Ouad Amzarou reçoit un affluent, l’Ouad Tasoukt, se jetant sur sa rive gauche à Assaka.
Ouad Tasoukt. — Il prend sa source dans le désert de Tiddes. Tout le cours en est sur le territoire des Aït Tameldou ; il y arrose d’abord un groupe de 3 villages appelé Aït Ouartasa puis successivement, Akchtim, Aït Iferd, Assaka, où est son confluent avec l’Ouad Amzarou.
Il a de l’eau en toute saison sur tout son cours.
| Distances : | du Khela Tiddes à Aït Ouartasa | faible 1/2 jour. |
| d’Aït Ouartasa à Assaka | 1 heure. |
Ouad Igemran. — Il prend sa source au Djebel Agendi, montagne boisée, couverte de grandes forêts de teceft. Tout le cours en est sur le territoire des Aït Tameldou : il y arrose successivement les villages suivants :
Igemran (formée de 2 villages), Tizgi n Ouḥakki, Tamjerjt (très grand village), Aït Melloul.
Il n’a d’eau que pendant la saison des pluies.
| Distances : | du Djebel Agendi à Igemran | 1/2 heure. |
| d’Igemran à Tamjerjt | 1/2 heure. | |
| de Tamjerjt à Aït Melloul | 1/2 heure. |
AFFLUENT. — L’Ouad Igemran reçoit l’Ouad Aït Tougda, se jetant sur sa rive droite un peu au-dessus d’Aït Melloul.
Ouad Aït Tougda. — Il prend sa source au Djebel Agendi. Tout le cours en est sur le territoire des Aït Tameldou. Il arrose successivement les villages suivants :
Aït Ouzaṛar, Aït Tougda.
Puis il se jette dans l’Ouad Igemran.
Il n’a d’eau que pendant la saison des pluies.
| Distances : | du Djebel Agendi à Aït Ouzaṛar | 1 heure. |
| d’Aït Ouzaṛar à Aït Melloul | 1/2 heure. |
Ouad Mançour. — Il prend sa source au désert de Timoures. Tout le cours en est sur le territoire des Aït Tameldou. Il arrose successivement les villages suivants :
Mançour, Tlzoui, Amazzer, Agerd n Zarar, Tagadirt, Taṛeroucht, Iloukous, Ilemsen, Taourirt, Imoula, Timiṭeṛ, Ouaouzgert, Arbalou.
A ce dernier village est le confluent de l’Ouad Mançour et de l’Ouad Aït Tameldou.
La rivière a de l’eau sur tout son cours et pendant toute l’année.
| Distances : | du Khela Timoures à Mançour | 1 heure. |
| de Mançour à Tlzoui | 1/2 heure. | |
| de Tlzoui à Arbalou | 1 h. 1/2. |
AFFLUENT. — L’Ouad Mançour reçoit l’Ouad Tizgi, qui se jette sur sa rive droite à Tlzoui.
Ouad Tizgi. — Il prend sa source au désert d’Ifenouan. Tout le cours en est sur le territoire des Aït Tameldou. Il arrose successivement :
Tizgi, Talmoudat, Igourdan, Tichki, Ida Ạli ou Ḥammou, Imskal, Timgdal, Tlzoui.
A ce dernier point est son confluent avec l’Ouad Mançour.
Il a toujours de l’eau dans son lit, sur tout son cours et en toute saison.
| Distances : | du Khela Ifenouan à Tizgi | 1 heure. |
| de Tizgi à Tlzoui | 1 heure. |
Ouad Achakski. — On l’appelle aussi Ouad Mial. Il prend sa source au Djebel Achakski. Pas un seul lieu habité sur son cours.
Il n’a d’eau que pendant la saison des pluies.
Ouad Aoullous. — On l’appelle aussi Ouad Aït Tedrart. Il prend sa source dans le Siroua : il arrose sur son cours les villages suivants, appartenant tous aux Aït Tedrart :
Tadmamt, Aoullous, Tamalout, Azgaour, Adṛeṛ, Tamalout Aït Ạmer ou Ạli, Asif Zimer, Agerd n Oudrer, Aglagal, Askaoun.
De là, plus de lieu habité sur son cours jusqu’à son confluent avec l’Ouad Aït Tameldou.
Les Aït Tedrart sont une fraction de la tribu des Aït Selîman.
| Distances : | de Tadmamt à Askaoun | 2 heures. |
| d’Aoullous à Amasin (Ikhzama) | 1/2 jour. | |
| d’Agerd n Oudrer à Iṛil n Oro (en traversant le désert de Teddref) | 1/2 jour. | |
| d’Agerd n Oudrer à Taïssa | 3 h. 1/2. |
AFFLUENT. — L’Ouad Aoullous reçoit à Askaoun l’Ouad Id ou Illoun, qui se jette sur sa rive gauche.
Ouad Id ou Illoun. — Il reste pendant tout son cours sur le territoire des Id ou Illoun, où il arrose successivement les villages de :
Tinzert, Iferṛan, Agni, Almessa, Aouzrout.
Les Id ou Illoun sont une fraction de la tribu des Aït Selîman.
| Distances : | de Tinzert à Aouzrout | 1 heure. |
| d’Agni à Aglagal (Ouad Aoullous) | 1 heure. | |
| d’Agni à Outoura (Ouad Zagmouzen) | 2 heures. |
REMARQUES SUR LES TRIBUS. — Nous avons rencontré sur les cours d’eau que nous venons d’étudier trois tribus : les Iouzioun, dont il a déjà été parlé, les Aït Selîman et les Aït Tameldou. Toutes trois sont indépendantes et de race comme de langue tamaziṛt. Elles sont Chellaḥa : il n’existe point de Ḥaraṭîn dans le bassin du Sous. Elles sont sédentaires : le bassin du Sous ne renferme à peu près point de nomades.
Ait Seliman. — Tribu se subdivisant en deux fractions, les Aït Tedrart et les Id ou Illoun. La première est la plus nombreuse. Chacune se compose d’une certaine quantité de villages, les uns sur les cours d’eau, où nous les avons mentionnés, les autres dans la montagne, alimentés par des sources. Les Aït Selîman sont gouvernés par un chikh, dont le pouvoir est héréditaire : le chikh actuel s’appelle Ạbd Allah Aït Ạli ou Ious : la maison des Aït Ạli ou Ious réside à Aoullous ; elle n’a aucune relation ni avec le sultan ni avec le Telouet. Pas de marché chez les Aït Selîman. Deux mellaḥs.
Ait Tameldou. — Ils sont indépendants et gouvernés par leurs chikhs héréditaires : ceux-ci sont au nombre de deux : voici comment ils se partagent le pouvoir.
A Tamjerjt réside la famille de chikhs des Id ou Mḥind ; le chef en est en ce moment Moḥammed ou Ḥammou ; il a sous son autorité une partie de l’Ouad Tifnout, une partie de l’Ouad Inmarakht, l’Ouad Amoumen, la moitié de l’Ouad Idikel, la moitié de l’Ouad Izgrouzen, l’Ouad Ikis, l’Ouad Msount, l’Ouad Tizgi n Mousi, l’Ouad Amzarou, l’Ouad Igemran, l’Ouad Aït Tougda, l’Ouad Mançour, la moitié de l’Ouad Tizgi. De plus, en dehors des Aït Tameldou, sa suprématie est reconnue d’une part par la moitié des Iouzioun, de l’autre par les Ikhzama (bassin de l’Ouad Iriri).
A Aït Iferd réside la seconde famille de chikhs ; c’est une branche de la maison des Aït Ouzanif. Le chef actuel en est Moḥammed ou Ạbd Allah ; il a sous son pouvoir le reste de l’Ouad Tifnout (les Aït Iṛmor), les Aït Leti sur l’Ouad Inmarakht, la moitié de l’Ouad Idikel (Talat n Ig), l’Ouad Saksad, la moitié de l’Ouad Izgrouzen, l’Ouad Aït Tameldou, l’Ouad Achakski, l’Ouad Tasoukt, la moitié de l’Ouad Tizgi. Il faut y joindre, hors des Aït Tameldou, le reste des Iouzioun et les Aït Marlif (bassin de l’Ouad Iriri).
Ces deux puissantes familles entretiennent avec le qaïd du Telouet des relations analogues à celles qu’a avec lui le Zânifi : c’est leur seul lien avec le makhzen.
Les principaux produits de la tribu sont les noix et les olives, qui abondent sur tout son territoire. On récolte aussi des raisins et des grenades sur les rives de l’Ouad Tifnout. La vallée de cette rivière est la partie la plus riche du pays des Aït Tameldou. Peu d’abeilles. De grands troupeaux de moutons et de bœufs ; beaucoup d’ânes et de mulets ; des chevaux et des chameaux.
Les Aït Tameldou sortent peu de chez eux pour faire le commerce ; mais on se rend en leur pays de Tazenakht, de l’Aït Zaïneb, du Telouet, des bords de l’Ouad Sous, pour acheter des grains et des fruits ; on en exporte ainsi du blé, de l’orge, des fèves, des noix, de l’huile.
Le centre le plus important de la tribu est Ạraben (120 familles musulmanes et 3 familles israélites).
Minerai de fer dans le désert d’Ifenouan.
Un seul marché chez les Aït Tameldou, le Ḥad Tamjerjt.
Les Israélites sont nombreux sur leur territoire : ils y ont seize mellaḥs.
2o. — OUAD ZAGMOUZEN.
On l’appelle aussi quelquefois Ouad Aït Oubial et Ouad Aït Ọtman. Il prend sa source au mont Siroua. De là, il coule pendant quelque temps dans le désert, puis il entre dans la tribu des Aït Oubial ; il y arrose successivement les villages suivants :
Aït ou Alman, Aït Sin, Assaka, Tagouïamt.
De là il passe immédiatement dans la tribu des Aït Ọtman, où il arrose :
Aït Sin d Aït Ọtman, Tammenout, Outoura, Aït Sạd, Takchtamt, Aït Ạïcht, Tagmout (murailles rocheuses avec cavernes inaccessibles et restes de constructions).
Là finissent les Aït Ọtman : la rivière s’engage dans le long désert de Tifergin, où elle reste durant plusieurs heures ; elle entre ensuite sur le territoire des Zagmouzen, où elle baigne :
Arfaman, Tagjdit, Anammer, Ikerouan, Tifourt, Irzi, Timicht, Taserga, Agadir Zagmouzen, Armed Zagmouzen, Iṛil n Oro (très grand village), Tabia, Taltnezourt, Taourirt, Tirest, Iṛil Mechtiggil, Dou Ouzrou, Taleouin, Tabia n Boro, Tagergoust, Bou Oulga, Timellilt.
De là, l’ouad, sans que les cultures s’interrompent sur ses rives, passe dans la tribu des Aït Semmeg ; il y arrose de nombreux villages, dont voici les principaux :
| Imjijouin. | |
| Targa n Mimoun | rive droite. |
| Ez Zaouïa (en face de Targa n Mimoun) | rive gauche. |
| Tazdeṛt Fouqani. | |
| Tazdeṛt Taḥtani. | |
| Tagenza. |
Puis il passe dans la tribu des Aït Iaḥia, où il baigne un grand nombre de villages, dont les principaux sont :
| Imi n Ougni. | |
| Taourirt el Ḥad | rive droite. |
| Arfaman. | |
| Tazarin. | |
| Tastift. | |
| Amzaourou. | |
| Bitgan. | |
| Imiḍeṛ. | |
| Imirgel. |
A Imirgel finissent les Aït Iaḥia. Quelques pas plus bas, la rivière se réunit à l’Ouad Tifnout, au village de Tinmekkoul, sur le territoire des Iouzioun.
Au-dessous d’Aït Ạïcht, l’Ouad Zagmouzen a toujours de l’eau, quelle que soit la saison. Plus haut, il est quelquefois à sec.
| Distances : | d’Aït Oubial à Tagmout | 1/2 jour. |
| de Tagmout à Iṛil n Oro | 1/2 jour. | |
| d’Iṛil n Oro à Imirgel | 1 jour. | |
| d’Imirgel à Tinmekkoul | 1/2 heure. | |
| d’Arfaman (Aït Iaḥia) à Tinksif | 1/2 jour. | |
| de Tinksif à Tasdṛemt (Aït Ououlouz) | 1 heure. |
AFFLUENTS. — L’Ouad Zagmouzen reçoit deux affluents, l’un et l’autre sur sa rive gauche ; ce sont : l’Ouad Amaliz, s’y jetant à Timicht (Zagmouzen), et l’Ouad Aït Semmeg, s’y jetant à Tagenza (Aït Semmeg).
Ouad Amaliz. — Il prend sa source dans le désert Talaṛt Imadid. De là il traverse le territoire des Imadiden, fraction des Seketâna, puis il entre sur celui des Aït Ạbd el Ouirt, où il arrose successivement les villages de Miggar el Ḥedid et d’Amaliz, séparés l’un de l’autre par le désert d’Igidi n Oumaliz. Les jardins d’Amaliz touchent à ceux de Timicht, où la rivière se jette dans l’Ouad Zagmouzen.
Les Aït Ạbd el Ouirt sont une tribu à part, habituellement alliée aux Imadiden ; elle ne se compose que des deux villages que nous venons de citer et de deux autres, Tafrent et Tasṛent, situés dans la montagne, à peu de distance des premiers.
L’Ouad Amaliz a de l’eau sur tout son cours et en toute saison.
| Distance : d’Amaliz au désert Talaṛt Imadid | 3 heures. |
AFFLUENT. — L’Ouad Amaliz reçoit un affluent, l’Ouad Sidi Ḥaseïn, se jetant sur sa rive droite à Amaliz.
Ouad Sidi Haseïn. — Il prend sa source dans le Khela Tasṛirt, passe au pied de la qoubba de Sidi Ḥaseïn, puis entre sur le territoire des Seketâna, dans la fraction des Imskal. Il y arrose d’abord Iṛri, puis Tinfat, et se jette dans l’Ouad Amaliz au village d’Amaliz.
Ouad Ait Semmeg. — C’est une rivière importante, qui presque partout a de l’eau : elle prend sa source dans le Petit Atlas, reçoit divers affluents et arrose sur son cours supérieur plusieurs tribus (on ne peut me donner de renseignements sur cette portion) ; puis elle entre sur le territoire des Aït Semmeg ; elle y arrose successivement un grand nombre de villages, dont voici les principaux :
Asedmer, Timichcha, Agadir Djedid, Ammeïn (groupe de plusieurs qçars), Doutourirt, Imzil, Taṛzout.
| Distance : d’Asedmer à Tagenza | 4 heures. |
REMARQUES SUR LES TRIBUS. — Les tribus que nous avons mentionnées sur l’Ouad Zagmouzen et ses affluents sont toutes indépendantes et toutes de race et de langue tamaziṛt. D’ailleurs le bassin de l’Ouad Sous tout entier, sauf une ou deux exceptions insignifiantes, n’est peuplé que de Chellaḥa, et la langue tamaziṛt y est partout l’idiome en usage. Parmi les tribus du bassin de l’Ouad Zagmouzen, les unes, telles que les Aït Oubial, les Aït Ọtman, les Zagmouzen, les Aït Iaḥia, les Aït Ạbd el Ouirt, ne possèdent que les villages que nous avons énumérés et d’autres intercalés entre eux, et ne s’étendent pas en dehors des vallées des rivières ; deux, au contraire, les Aït Semmeg et les Seketâna, sont de grandes tribus dont nous n’avons mentionné qu’une faible portion.
Les Aït Oubial n’ont point de marché. Ils sont renommés pour l’excellent safran qui se récolte sur leur territoire ; on en trouve dans la plus grande partie du haut Sous, mais celui de leur pays est réputé le meilleur.
Les Aït Ọtman ont un marché, le Tenîn Aït Sin.
Les Zagmouzen en ont un aussi, le Khemîs Iṛil n Oro. On trouve, dit-on, du minerai d’argent sur leur territoire.
Les Aït Iaḥia possèdent un marché, le Tenîn Taourirt el Ḥad. Ils sont gouvernés par un chikh héréditaire résidant à Arfaman.
Pas de marché dans la petite tribu des Aït Ạbd el Ouirt.
Les Juifs sont nombreux dans ces régions : il y a douze mellaḥs dans le bassin de l’Ouad Zagmouzen.
Seketana. — Toutes les populations du bassin du Sous et toutes celles comprises entre Sous et Dra, à l’exception du Sahel, se divisent en deux grandes familles : les Gezoula et les Seketâna. Nous avons énuméré plus haut les tribus et les groupes divers dont se composent l’une et l’autre. Dans le bassin du Sous, deux noyaux séparés ont conservé l’un le nom de Gezoula, l’autre celui de Seketâna, et se les sont attribués comme dénominations particulières : nous parlerons plus loin des Gezoula, quand nous en serons à l’Ouad Sous proprement dit ; ici, dans le bassin de l’Ouad Zagmouzen, se trouve la tribu dite des Seketâna.
Les Seketâna sont cantonnés dans le Petit Atlas, sur la rive gauche de l’Ouad Zagmouzen, à environ 6 ou 8 kilomètres de ce cours d’eau, à peu près à hauteur de la tribu des Zagmouzen. La plupart de leurs villages sont alimentés par des sources : les deux rivières qui traversent leur territoire, l’Ouad Amaliz et l’Ouad Sidi Ḥaseïn, n’arrosent qu’un petit nombre de localités. Les Seketâna possèdent en outre, à proximité de l’Ouad Zagmouzen, un gros village isolé, Ihoukern. Il s’élève à 2 kilomètres au sud de la rivière, entre Tagmout et Aït Ạïcht. Quoique presque enclavé dans les Aït Ọtman, c’est aux Seketâna qu’il appartient.
Ceux-ci se divisent en trois fractions : Seketâna proprement dits, Imadiden, Imskal. Les premiers habitent la portion ouest du territoire, les seconds le centre, les derniers l’est.
Seketâna proprement dits. — Voici leurs principaux villages : Tizgi, Tirikiou, Allegou, Tanfekht, Aouirst, Imgoun, Taglaout, Taourirt, Aït Abbou, Iṛil n Ouaman, Aït Delḥa, Agdz, Tabadricht, Aït Ḥeddou, Tilioua, Aït Roḥou.
Imadiden. — Voici leurs principaux villages : Aderdour, Iṛil n Tefraout, Ṭaddart, Tazga, Aït Roḥou, Ifri Imadiden.
Imskal. — Voici leurs principaux villages : Argoummi, Iṛri, Gounin, Ifran, Imṛid, Tazoult, Tizi n Tifourt, Imi n Ougni, Tamskourt, Agoudal, Timasinin, Timersit. Les cinq derniers portent le nom collectif de Tinfat. Le village isolé d’Ihoukern compte avec les Imskal.
Ces trois fractions sont à peu de distance les unes des autres, surtout les deux dernières : dans chacune, les villages sont fort rapprochés et se touchent entre eux par leurs cultures.
Les principaux centres sont Imgoun, Aouirst, Tanfekht. Un marché, le Ḥad Tirikiou.
Chacune des trois fractions des Seketâna est gouvernée séparément par son chikh héréditaire.
Les principales productions du pays sont les olives, les noix, les figues, et surtout le safran.
Ait Semmeg. — C’est une puissante tribu, atteignant les bords de l’Ouad Zagmouzen et s’étendant au loin sur les pentes du Petit Atlas, qui forme le flanc gauche de la vallée de cette rivière. Elle se divise en nombreuses fractions ; plusieurs cours d’eau en arrosent le territoire. Elle est sous l’autorité d’un chikh héréditaire résidant à Tagenza. Le chikh actuel s’appelle Ould Aḥmed ou Aḥman. Un marché, l’Arbạa Doutourirt, qu’on appelle aussi Arbạa Ammeïn.
3o. — OUAD SOUS JUSQU’A TAROUDANT.
La portion de la vallée de l’Ouad Sous comprise entre Tinmekkoul, où il commence à prendre ce nom, et Taroudant s’appelle Ras el Ouad. Cette dénomination est vague : tantôt elle ne s’applique qu’à la plaine au milieu de laquelle coule le fleuve, tantôt on y comprend les versants des montagnes qui la bordent.
L’Ouad Sous, l’Asif n Sous, comme on l’appelle le plus souvent, est très habité sur tout son cours ; pas un seul point désert sur ses rives : depuis Tinmekkoul jusqu’à la mer, elles sont couvertes de cultures et de villages se succédant sans interruption. Le fleuve coule au milieu d’une plaine très unie qui prend bientôt une grande largeur ; cette largeur augmente sans cesse à mesure qu’on s’avance vers la mer. C’est partout un sol d’une fertilité admirable ; mais une partie seulement en est cultivée, le reste est laissé en pâturages et en forêts. Plusieurs tribus habitent sur le cours du Sous : les unes s’étendent sur ses deux rives, comme les Rḥala ; les autres sur une seule, comme les Menâba ou les Indaouzal ; les unes ne possèdent que les bords mêmes du fleuve : tels les Rḥala et les Menâba ; d’autres s’enfonçent au loin dans les terres : tels les Oulad Iaḥia, les Indaouzal.
Au-dessous de Tinmekkoul, l’Ouad Sous entre immédiatement dans la tribu des Rḥala. Elle se compose de trois fractions : Ida ou Gemmed, Aït Ououlouz, Ida ou Tift. Les Ida ou Gemmed sont sur la rive droite, les deux autres groupes en face d’eux sur la rive gauche ; les Aït Ououlouz sont en amont, les Ida ou Tift en aval.
Tous les villages des Rḥala se trouvent sur les bords mêmes du fleuve ; voici les principaux d’entre eux :
Sur la rive droite : fraction des Ida ou Gemmed :
| Iṛanimin. | ||
| Koulat. | ||
| Sidi Ọmar. | ||
| Tir. | ||
| Tasḥmoumt | en face d’Amerli. | |
| Ikhfri | en face de Tloussa. | |
| Tagenza. | ||
| Aderdour | en face de Tloussa | 120 fusils |
| Zaouïa Sidi Ious | en face d’Aït Oumbarek. | |
| Tagadirt n Tafoukt | en face de Tasserlit. | |
| Zaouïa el Ferfar | en face de Tigider. | |
| El Ferfar | en face de Timikert. | |
| Tigemmi n Talaṛt | en face de Taḥalla. | |
| Igedad. | ||
| Tiourza (appelé aussi Aourz) | en face de Taḥalla. | |
| Aourir | en face d’Imilan. | |
| Imilan | en face de Bouour. | |
| Aoumselart | en face de Tassoumat. | |
| Aougeddim | entre Tassoumat et Assaka. | |
| Irk. | ||
| Taṛlemt. | ||
| Tagadirt Aït Ḥamed ou Ḥoummou | en face de Taḥalla. | |
| Agdour | en face de Bouour. | |
| Aït Selîman. | ||
| Tiflit | en face de Louleïza. | |
| Tagendout. | ||
| Aït Ouasạou. | ||
| Tinnikt. | ||
| Talat n Tiout. |
Sur la rive gauche : d’abord la fraction des Aït Ououlouz :
- Tasdṛemt.
- Agerd.
- Tamgout.
- Agadir n Ousekti.
- Agadir n Iblaz.
- Zaouïa Moulei Ạli.
- El Qaçba.
- Adouz.
- Tamdrart.
- Aourir.
- Tagergoust.
Ces huit derniers villages sont compris sous le nom collectif d’Aoulouz.
Viennent ensuite ceux des Ida ou Tift :
| Amerli | 300 fusils. |
| Iferd n Khalifa. | |
| Igedad | 150 fusils. |
| Amari. | |
| Tagoust. | |
| Agadir Aït Ḥaseïn. | |
| Tloussa. | |
| Zaouïa Sidi Mḥind ou Iạqob. | |
| Aït Oumbarek. | |
| Taserlit. | |
| Tigider. | |
| Timikert. | |
| Imejjat. | |
| Bouour. | |
| Tagadirt n Ououddiz. |
A Bouour, en face des derniers villages des Ida ou Gemmed, commence, sur la rive gauche, le territoire des Indaouzal. Au-dessous de Tinzert, on entre, sur la rive droite, dans celui des Menâba. Le fleuve forme la frontière entre les deux tribus. Voici les villages qu’il arrose :
Rive droite : Menâba :
| Tinzert | 150 fusils. | |
| Ida ou Qaïs (groupe compact de 7 villages) | 120 fusils. | |
| Zaouïa Moulei Ạbd el Qader. | ||
| Ạïn n Ougeïḍa. | ||
| Igoudar. | ||
| Aït Ioub | 150 fusils. | |
| Oulad Ḥasen | 150 fusils. | |
| Tamast (sur la rive gauche del’ouad ; seul village des Menâba dans cette situation) | 300 fusils. | |
| Oulad Brahil | en face de Tamast. | |
| Ạïn el Ạsid. | ||
| Souaṭat | 120 fusils. | |
| Zrabia. | ||
| El Bordj. | ||
| Oulad Brahim. | ||
| Agedal. | ||
| Dir. | ||
| Sama. | ||
| Ida ou Gouilal | 150 fusils. | |
| Igli | 200 fusils. | |
| Erzagna. | ||
| Aït Ạïssa. | ||
| Zaouïa Ben Abbou. | ||
| Agadir er Remel. | ||
Rive gauche : Indaouzal :
| Tassoumat. | |
| Assaka. | |
| Louleïza | 120 fusils. |
| Tafellount. | |
| Tirkt. | |
| Agadir el Bour. | |
| Aït Merras. | |
| Sidi Malek. |
A Sidi Malek finit la portion occupée par les Indaouzal ; ils sont suivis par les Oulad Iaḥia, à qui appartient toute la rive gauche du fleuve depuis là jusqu’à Taroudant : le long de cet espace, ce n’est qu’une série non interrompue de villages ; voici seulement les noms des principaux :
| Tamast (appartenant aux Menâba, quoique sur la rive gauche). | |
| Taouraṛt. | |
| Tezzart. | |
| El Mḥara. | |
| Timdouin | 400 feux. |
| Arazan | 120 feux. |
| Taqṭrant. | |
| Agadir n Abbou. | |
| Oulad Bou Ṛis | 120 feux. |
| Freïja. |
Au-dessous des Menâba, sur la rive droite, se trouvent d’abord les Aït Iiggas, bordant l’ouad de leurs villages ; puis les Oulad Iaḥia, qui, à partir de là, occupent les deux rives du fleuve jusqu’à Taroudant. Ce n’est, dans ces deux tribus, que succession constante de jardins, de hameaux et de bourgades tout le long du cours d’eau : le principal centre, sur la rive droite, est le village de Ben Sifer.
L’Ouad Sous a toujours de l’eau dans son lit.
Nous avons dit le nombre de fusils des localités les plus importantes : les autres ont en général de 30 à 60 familles.
| Distances : | de Tinmekkoul à Aoulouz | 3 heures. |
| de Tinmekkoul à Tasdṛemt | 1 h. 1/2. | |
| d’Aoulouz à Tir | Le fleuve seul les sépare. | |
| de Tir à Tinzert | 3 heures. | |
| de Tinzert à Igli | 3 heures. | |
| de Tir à Ida ou Qaïs | 4 heures. | |
| d’Aoulouz à Iferd n Khalifa | Leurs jardins se touchent. | |
| d’Iferd n Khalifa à Tagadirt n Ououddiz | 2 heures. | |
| d’Iṛil n Oro à Aderdour (en coupant au court) | fort 1/2 jour. | |
| d’Iṛil n Oro à Aoulouz (en coupant au court) | fort 1/2 jour. | |
| d’Iṛil n Oro à Igli | 1 jour 1/3. | |
| d’Iṛil n Oro à Tinmekkoul (en longeant l’ouad) | forte journée. | |
| d’Igli à Ida ou Gouilal | Ils se touchent. | |
| d’Igoudar à Ida ou Gouilal | 2 heures. | |
| d’Igoudar à Igli | 2 heures. | |
| d’Igoudar à la frontière des Rḥala | 1 heure. | |
| de Zaouïa Ben Abbou à Agadir er Remel | Les jardins se touchent. | |
| d’Aït Ạïssa à Agadir er Remel | Les jardins se touchent. | |
| de Tinnikt à Oulad Ḥasen | 1 h. 1/2. | |
| de Tinnikt à Aourz | 3 h. 1/2. | |
| de Tasdṛemt à Tirkt (en coupant au court) | 3 h. 1/2. | |
| de Tasdṛemt à Bouour (en suivant l’ouad) | 3 heures. | |
| de Tirkt à Bouour (en suivant l’ouad) | 2 heures. | |
| de Tirkt à Oulad Bou Ṛis | 1 jour. | |
| d’Oulad Bou Ṛis à Freïja | 1 h. 1/2. | |
| d’Oulad Ḥasen à Taroudant | 1 jour. |
De l’examen de ces distances il ressort deux choses : la première, c’est que l’Ouad Sous fait un coude considérable auprès d’Aoulouz ; la seconde, que l’Ouad Zagmouzen décrit un long circuit avant de se jeter dans l’Ouad Tifnout.
On ne met en effet que 3 heures et demie pour aller de Tasdṛemt à Tirkt : on laisse le fleuve à gauche, on coupe au court à travers un désert, le Khela Aït Ouasạou, et on ne retrouve l’Ouad Sous qu’à Tirkt. Si on voulait faire le même trajet en longeant le fleuve, au milieu des villages et des cultures, il faudrait 5 heures de temps.
De même, pour se rendre d’Iṛil n Oro à Aoulouz, il suffit d’une forte demi-journée. On descend l’Ouad Zagmouzen jusqu’à Taourirt el Ḥad : là on le quitte et on coupe au court à travers les montagnes du flanc gauche. On monte d’abord par le désert Timezgiḍa n Izrar ; puis on arrive à la qoubba de Sidi Bou Reja, située au col même où se franchit le massif : ce col, fort célèbre, s’appelle Tizi n Sous. De là on passe dans un nouveau désert, la forêt de Dou Ouzrou Zouggaṛ, célèbre par les brigandages qui s’y commettent : non loin de là se trouve le village d’Agni n Fad, qui reste en dehors de la route. Après deux heures de marche dans cette solitude, on débouche chez les Rḥala à Aourir, village du groupe d’Aoulouz. Ce chemin est ce qu’on appelle le chemin de Tizi n Sous. Quoique en montagne, il n’est pas très pénible. Il se fait en une demi-journée. On mettrait deux fois plus de temps en suivant le fond des vallées : en effet, on compte une forte journée pour aller d’Iṛil n Oro à Tinmekkoul, et il y a encore deux ou trois heures de ce point à Aoulouz.
Nous avons dit plus haut que, si les bords du Sous sont cultivés partout, il n’en est pas de même de la large plaine formant le fond de la vallée : elle n’est cultivée qu’en partie : le reste est couvert de bois et de pâturages. Les principales forêts sont : sur la rive droite, celle de Bou Taddout (Aït Iiggas et Oulad Iaḥia) ; sur la rive gauche, celle de Briouga (Oulad Iaḥia, entre Timdouin et Taroudant) ; au milieu de cette dernière se trouve le grand village de Tiout, situé à mi-distance entre Igli et Taroudant.
REMARQUES SUR LES TRIBUS. — Les habitants du Sous, sauf un ou deux petits groupes d’Arabes de quelques tentes seulement, comme celui des Oulad Dris, groupes jetés on ne sait comment et noyés au milieu du reste de la population, sont tous de race tamaziṛt (chleuḥa) et de mœurs sédentaires. La langue usuelle y est partout le tamaziṛt. Dans le haut Sous, au-dessus du Ras el Ouad, et dans les chaînes du Grand et du Petit Atlas, cette langue est à peu près la seule connue. Mais à mesure qu’on descend le cours du fleuve et qu’on se rapproche du fond de sa vallée, le nombre des individus sachant l’arabe augmente. A partir des Menâba, il est peu d’hommes, au bord de l’ouad, qui ne connaissent cette langue.
L’état politique des tribus du Ras el Ouad a traversé depuis quelque temps diverses vicissitudes : durant de longues années, ces tribus ont été insoumises, sans aucune relation avec le makhzen. Récemment, pendant l’été de 1882, Moulei El Ḥasen fit une campagne dans le bas Sous et le nord du Sahel Marocain, et en profita pour inviter les habitants du Ras el Ouad à l’obéissance : c’était dans un moment de famine ; les populations, pauvres et affaiblies, ne voulurent pas entrer en lutte ; d’ailleurs une portion d’entre elles, fatiguée d’une longue anarchie, souhaitait un gouvernement régulier : elles se soumirent. On donna le titre de qaïd à leurs chikhs héréditaires : ceux-ci furent chargés de collectionner l’impôt et de lever des soldats pour le compte du sultan : au reste, point de garnisons, point d’hommes du makhzen, pas un seul fonctionnaire étranger. Tel était l’état du pays au moment de mon voyage. On était soumis au sultan, mais celui-ci n’exigeait que fort peu ; trop cependant, au gré de ces tribus jalouses de leur liberté : même ceux qui naguère avaient désiré ce régime en étaient lassés : il est vrai qu’ils n’y avaient point trouvé le bien qu’ils en attendaient. Aussi cet état de choses n’a, paraît-il, pas duré longtemps. Dès la première année d’abondance, la révolte a été générale : en automne 1884, toutes les tribus ont, dit-on, refusé argent et soldats ; en quelques lieux où les qaïds avaient abusé de leur autorité ou voulu maintenir l’ordre établi, elles les ont chassés, en détruisant leurs demeures. Depuis lors toutes vivent de nouveau dans une complète indépendance, sans aucun rapport avec Moulei El Ḥasen.
Celui-ci avait divisé le Ras el Ouad en six provinces, ạmel. Chacune d’elles se composait d’une des tribus ou fractions de tribus principales, que gouvernait son chikh avec le titre de qaïd : ce magistrat avait de plus dans son ressort, surtout en ce qui concernait leurs rapports avec le sultan, les tribus voisines moins considérables, ou celles dont la dépendance n’était pas complète. C’est ainsi que le qaïd des Menâba avait dans son ạmel les Aït Iiggas et les Talkjount d’une part, les Indaouzal de l’autre. Les six ạmels étaient :
1o Rḥala (Ida ou Gemmed).
2o Rḥala (Aït Ououlouz et Ida ou Tift).
3o Menâba.
4o Oulad Iaḥia.
5o Aït Semmeg (sur l’Ouad el Amdad ; versant sud du Grand Atlas).
6o Mentaga (dans le massif du Grand Atlas).
Rhala. — Tribu occupant les deux rives de l’Ouad Sous. Tous les villages en sont sur les bords mêmes du fleuve. Elle se divise, comme nous l’avons vu, en Ida ou Gemmed, Aït Ououlouz, Ida ou Tift. Deux chikhs héréditaires, portant aujourd’hui le titre de qaïd, les gouvernent : ce sont le qaïd Ḥaïda ould El Ḥasen ou Aḥman, résidant à Tagenza : il a sous son autorité les Ida ou Gemmed ; le qaïd Ọmar el Aoulouzi, demeurant à Agadir n Iblaz : il commande aux Aït Ououlouz et aux Ida ou Tift. Deux marchés chez les Rḥala, le Ḥad Aoulouz et l’Arbạa Aoulouz. Cinq mellaḥs.
Menaba. — Tribu occupant la rive droite de l’Ouad Sous ; elle forme une bande étroite le long du fleuve et ne s’étend pas dans l’intérieur de la vallée. Elle est gouvernée par Qaïd El Ạrbi, résidant à Igli ; la maison de celui-ci, vaste demeure avec grandes dépendances, s’appelle El Mkhatir. Trois marchés dans la tribu, Ḥad Igli, Djemạa Tinzert et Tlâta Aït Ioub : ce dernier, connu sous le nom de Tlâta Menâba, est le marché le plus important du Ras el Ouad. Il y a 12 mellaḥs chez les Menâba.
Indaouzal. — C’est une grande et puissante tribu située sur la rive gauche de l’Ouad Sous ; sur les bords immédiats du fleuve, elle n’occupe qu’une faible longueur ; mais au delà elle s’étend au loin, bornée à l’est par les Aït Iaḥia et les Aït Semmeg, au nord par les Rḥala et les Menâba, à l’ouest par les Oulad Iaḥia, au sud et au sud-ouest par diverses petites tribus indépendantes : toute la plaine qui s’étend au sud des Menâba et des Rḥala lui appartient, ainsi que les premières pentes du Petit Atlas sur une assez grande profondeur ; le Tizi n Sous est sur son territoire. Elle a deux chikhs héréditaires résidant, l’un à Akchtim, l’autre dans un village appelé de son nom, Ould Sidi Malek. De plus, les localités des Indaouzal limitrophes des Aït Iaḥia se sont rangées sous l’autorité du chef de ces derniers, le chikh d’Arfaman. Pour leurs rapports avec le sultan, les Indaouzal dépendent du qaïd El Ạrbi, d’Igli. Cette tribu, en paix en ce moment, a été longtemps désolée par des querelles intestines : depuis une époque très ancienne, elle est divisée en deux partis, presque toujours en guerre l’un contre l’autre ; dans ces luttes, chaque parti eut constamment pour soutien son voisin, l’un les Aït Semmeg, l’autre les Oulad Iaḥia. A la longue ils prirent les noms de ces alliés, en sorte qu’aujourd’hui une moitié des Indaouzal est dite Aït Semmeg, l’autre Oulad Iaḥia.
La tribu est chleuḥa et sédentaire ; elle possède un grand nombre de villages : nous en avons cité quelques-uns sur l’Ouad Sous ; ce sont presque les seuls qui soient arrosés par une rivière ; la plupart des autres n’ont que des sources ou des citernes ; voici les noms des principaux :
Tidnes, Agni n Fad, Kouilal, Tabia n Imaoun, Taourirt el Mrabṭin, Aït Ious, Aït Djamạ, Akchtim, Amalou, Assaïn, Aït Bazmad, Aït Bou Iạzza, Tamalalt, Amari, Es Sebt, Imi el Ạïn.
| Distances : | d’Arfaman (Aït Iaḥia) à Tidnes | 1 h. 1/2. |
| de Tidnes à Agni n Fad (forêt de Dou Ouzrou) | 3 heures. | |
| d’Agni n Fad à Assaïn | 1 heure. | |
| d’Assaïn à Tassoumat | 3/4 d’heure. | |
| Aït Bazmad, Aït Bou Iạzza,Tamallalt, Amari, Es Sebt, Imi el Ạïn sont groupés autourd’Assaïn. | ||
Deux marchés : l’un se tient le samedi, au village appelé pour ce motif Es Sebt ; l’autre est l’Arbạa Aït Ạbd Allah ou Mḥind.
Deux mellaḥs.
Oulad Iahia. — Très grande tribu, la plus considérable du bassin du Sous. Elle s’étend sur la rive droite du fleuve de Taroudant aux Aït Iiggas, sur sa rive gauche de Tamast à Taroudant. Sur toute cette longueur, la vaste plaine située entre le Grand Atlas d’une part, le Petit Atlas de l’autre, lui appartient. Elle occupe la vallée dans toute sa largeur, au lieu de ne comprendre, comme les Rḥala et les Menâba, que les bords de l’ouad. Elle est gouvernée par un chikh héréditaire, portant aujourd’hui le titre de qaïd ; il se nomme Ould El Djeïdli ; sa résidence est Timdouin : c’est un homme riche et puissant. Il y a quelques années, avant la soumission du Ras el Ouad, ayant eu l’imprudence d’aller à Taroudant, il y fut saisi et incarcéré par ordre du sultan : moyen de lui faire donner une partie de ses richesses. Il demeura près de 6 ans en prison, et ne fut relâché que sur les instances de Sidi Moḥammed ou Bou Bekr, chef de la zaouïa de Tamegrout, lors d’un voyage que ce saint personnage fit à Taroudant.
Le principal marché de la tribu est le Tenîn Timdouin. Trois mellaḥs.
Mentaga. — Tribu soumise au sultan, que gouverne, avec le titre de qaïd, son chikh héréditaire, Ạli ou Malek. Il réside à Sidi Mousa. Les Mentaga habitent sur les pentes du Grand Atlas. Une seule rivière, à laquelle ils donnent leur nom, arrose leur territoire : elle prend sa source à la crête même de la chaîne ; on ne peut me dire où elle se jette. Deux marchés, le Tlâta et l’Arbạa Mentaga.
AFFLUENTS. — L’Ouad Sous en a un grand nombre : voici les principaux : l’Ouad Tazioukt, s’y jetant à Tasdṛemt ; l’Ouad el Amdad, s’y jetant à Ida ou Qaïs ; l’Ouad Bou Srioul, s’y jetant à Oulad Ḥasen ; l’Ouad Talkjount, s’y jetant à Igli. Il reçoit tous ces cours d’eau sur sa rive droite.
Ouad Tazioukt. — Il sort du désert d’Iger n Znar, qui s’étend entre son cours et le district d’Ouneïn. Il arrose successivement les villages suivants :
Tagoulemt, Tanfit, Agersaf, Takemmou, Bou Maziṛ, Iḥouzin, Tlemkaïa.
Leur ensemble forme le district de Tazioukt ; il dépend du qaïd d’Aoulouz.
L’Ouad Tazioukt a de l’eau sur tout son cours et en toute saison.
| Distance : | de Tasdṛemt à Tagoulemt | 3 heures. |
| Largeur du désert d’Iger n Znar | 3 heures. |
Ouad el Amdad. — Dans son haut cours, on l’appelle souvent Ouad Ouneïn. Il prend sa source aux crêtes du Grand Atlas ; en descendant, il entre d’abord dans le district d’Ouneïn : il y arrose un grand nombre de villages, dont les principaux sont :
Adouz, Irazin, Anzi, Taleouin.
De là il passe dans la tribu des Aït Semmeg ; il y arrose successivement beaucoup de villages : les principaux sont :
Sidi ou Ạziz, Aït Bou Bekr (groupe de plusieurs villages), Aouftout, Touloua.
Durant tout ce temps, il reste en montagne. Ensuite il débouche en plaine par le kheneg d’Imi n ou Asif : il entre là dans la vallée du Sous ; il y traverse, dans sa partie orientale, la tribu des Talkjount ; puis il sert de limite pendant quelque temps entre les Rḥala et les Menâba, et enfin il se jette dans l’Ouad Sous, entre Ida ou Qaïs et Ạïn n Ougeïḍa.
A Imi n ou Asif se trouve un grand village avec marché, Khemîs Sidi Moḥammed ou Iạqob.
L’Ouad el Amdad a de l’eau sur tout son cours et en toute saison.
| Distance : d’Aderdour à Ouneïn | 1 jour. |
Le district d’Ouneïn est fort peuplé ; il se compose non seulement des villages arrosés par l’Ouad el Amdad, mais encore de plusieurs autres à proximité : il est gouverné par un chikh. Ce district a fait sa soumission en même temps que tout le Ras el Ouad : auparavant le Genṭafi s’était efforcé à plusieurs reprises de le réduire sous son autorité : il n’avait jamais pu y réussir. Un mellaḥ dans l’Ouneïn.
Les Aït Semmeg sont une nombreuse tribu habitant les bords de l’Ouad el Amdad et la région voisine : ils n’ont rien de commun avec les Aït Semmeg de l’Ouad Zagmouzen. Ceux que nous trouvons ici forment un des 6 ạmels du Ras el Ouad. Ils sont gouvernés par le qaïd Ọmar ben Bacha, résidant à Aouftout. Un mellaḥ sur leur territoire. Deux marchés : le Khemîs Sidi ou Ạziz et le Tenîn Aït Bou Bekr.
Ce nom d’Aït Bou Bekr rappelle une triste histoire. En août 1880, un jeune Autrichien, M. Joseph Ladeïn, quittait Merrâkech avec l’intention de gagner Taroudant par l’Atlas : c’est une route ordinairement sûre : il ne prit pas de travestissement, n’emmena point d’escorte, se pensant assez protégé en se joignant à une caravane. Un domestique israélite le suivait. Il remonta l’Ouad Nfis, traversa l’Ouneïn, entra chez les Aït Semmeg : jusque-là tout allait bien. Mais le malheureux ne devait pas dépasser les Aït Bou Bekr : cheminant sur leur territoire, il arriva au village d’Hierk, chez les Aït Ben Mançour, non loin de la zaouïa de Sidi Bou Nega. Il voulut s’y arrêter quelques instants et demanda à boire : on lui tendit un vase d’eau : au moment où il le portait à ses lèvres, on se jeta sur lui et on l’égorgea. Dans la suite, les Aït Ben Mançour furent, dit-on, condamnés à une forte amende pour ce crime. Quel en avait été le mobile ? Ce n’était point le vol : le voyageur n’avait que des effets de peu de valeur ; rien dans son équipage ne dénotait qu’il fût riche. Tous ceux qui me racontèrent le fait me dirent qu’on l’avait tué parce qu’il était chrétien.
Ouad Bou Srioul. — Il prend sa source aux crêtes du Grand Atlas, non loin de celle de l’Ouad el Genṭafi, auprès du Djebel Aṛbar. Il passe d’abord dans diverses fractions, puis entre sur le territoire des Gezoula : c’est une nombreuse tribu, restée insoumise au sultan ; de là, la rivière débouche en plaine et traverse successivement les terres des Talkjount et celles des Menâba.
L’Ouad Bou Srioul a toujours de l’eau dans son lit.
| Distance : d’Oulad Ḥasen au Djebel Aṛbar | 1 jour. |
Ouad Talkjount. — Il prend sa source au Djebel Titouga ; puis il entre chez les Ida ou Zeddaṛ, grande tribu soumise au makhzen : de là il débouche en plaine, et traverse d’abord le territoire des Talkjount, puis celui des Menâba.
L’Ouad Talkjount a de l’eau pendant la plus grande partie de l’année.
| Distance : d’Igli au Djebel Titouga | 1 jour. |
4o. — ITINÉRAIRES.
1o DE L’OUAD TIFNOUT AU TELOUET. — Un chemin mène de l’un à l’autre : on remonte l’Ouad Tifnout jusqu’auprès de sa source ; de là, une côte douce conduit à un col et au bassin opposé. Point de pentes raides ; route facile.
2o DE TAZENAKHT AUX AIT OUBIAL. — La distance est d’un jour de marche. De Tazenakht, on remonte d’abord l’ouad du même nom, puis l’Ouad Ta n Amelloul jusqu’à sa source. On franchit le désert de Ta n Amelloul ; celui-ci s’étend entre les Aït Ouaṛrda et les Aït Oubial ; on se trouve à cette dernière tribu dès qu’on l’a traversé.
| Distances : | de Tazenakht à Imdṛeṛ | 3 heures. |
| d’Imdṛeṛ au Khela Ta n Amelloul | 3 heures. | |
| Traversée du Khela Ta n Amelloul | 1 h. 1/2. |
3o DE TAZENAKHT AUX AIT TEDRART. — On gagne les Aït Oubial, puis les Aït Ọtman ; là on laisse l’Ouad Zagmouzen à Outoura, et on monte vers le nord dans les montagnes qui en forment le flanc droit : elles s’appellent à ce point Djebel Ḥeddi et forment un désert dangereux. On y chemine jusqu’aux Id ou Illoun : il y a 2 heures entre leur territoire et Outoura. On traverse l’Ouad Id ou Illoun ; on entre dans un nouveau désert, celui de Teddref : après l’avoir franchi, on se trouve à l’Ouad Aït Tedrart. Une heure entre les Id ou Illoun et Aglagal.
4o DE TAZENAKHT AUX AIT TAMELDOU. — Il y a deux chemins principaux ; les voici :
I. — Gagner d’abord le territoire des Id ou Illoun, puis celui des Aït Tedrart ; de là passer aux Aït Tameldou, qui n’en sont qu’à 1 heure de distance. On marche tout le temps en pleine montagne.
II. — De Tazenakht, on gagne les Ikhzama à Tesakoust (Ouad Iriri). De là on va à Amasin (Ikhzama) et on remonte l’ouad de ce nom jusqu’à sa source, au Tizi n Ougdour. On franchit ce col : c’est un passage facile ; il forme la limite entre les bassins du Dra et du Sous. De là on s’engage dans le désert d’Igisel, où l’on marche durant 5 heures, jusqu’au village de Tittal, le premier des Aït Tameldou.
5o DE TAMAROUFT A TINFAT (SEKETANA). — On compte 1 jour de marche entre ces deux points. On gagne le Khela Tasṛirt en passant par Aït Mesri : on marche une demi-journée dans ce désert : on en sort à Iṛri, sur l’Ouad Sidi Ḥaseïn. Iṛri n’est qu’à une demi-heure de marche de Tinfat.
| Distance : de Tamarouft au Khela Tasṛirt | 4 heures. |
6o D’IRIL N ORO AUX SEKETANA. — On suit les rives de l’Ouad Zagmouzen jusqu’à Iṛil Mechtiggil (Zagmouzen). Là on le quitte et, marchant vers le sud, on s’engage dans le Petit Atlas. Au bout d’une heure de marche, on atteint le territoire des Seketâna : on passe d’abord à Tizgi, puis aussitôt après on trouve Tirikiou. De là, si on veut se rendre chez les Seketâna proprement dits, on prend à l’ouest ; si on veut gagner soit les Imadiden, soit les Imskal, on se dirige vers l’est. Ces deux fractions sont en face l’une de l’autre, du même côté et presque à même distance de Tirikiou.
| Distances : | d’Iṛil n Oro à Iṛil Mechtiggil | 3/4 d’heure. |
| d’Iṛil Mechtiggil à Tirikiou | 1 h. 1/4. |
7o DES AIT IAHIA (OUAD ZAGMOUZEN) A TATTA. — Il y a un chemin partant du territoire des Aït Iaḥia, remontant l’Ouad Aït Semmeg jusqu’à sa source, puis gagnant Tatta.
8o D’IRIL N ORO A MERRAKECH. — On compte 5 jours et demi de marche :
1er jour. — D’Iril n Oro à Tinmekkoul, en descendant l’Ouad Zagmouzen.
2e jour. — On gagne Tlemkaïa sur l’Ouad Tazioukt ; on remonte cette rivière jusqu’à Tanfit. Là on la quitte, et on s’engage dans le désert d’Iger n Znar qui s’étend au delà de sa rive droite. On y marche durant trois heures ; puis on atteint à Taleouin (district d’Ouneïn) l’Ouad el Amdad : on le remonte jusqu’à Adouz.
3e jour. — On quitte l’Ouad el Amdad à Adouz : on s’engage dans une vaste plaine ; au bout de 3 heures, on atteint un groupe formé de 2 villages : le premier est Tamsellount, le second Tamdroust : ils comptent dans le district d’Ouneïn. En sortant de Tamdroust, on entre dans le désert montagneux d’Ouichdan : côtes raides, chemin parfois difficile : au milieu de ce désert est le col où l’on franchit la crête supérieure du Grand Atlas. On chemine dans le Khela Ouichdan jusqu’à la fin de la journée : le soir, on parvient au village d’Alla où l’on s’arrête : on y entre sur le territoire des Genṭafa. Alla est sur l’Ouad El Genṭafi, qui, à quelques pas plus bas, s’unit à l’Ouad Agoundis. La jonction de ces deux cours d’eau forme l’Ouad Nfis.
4e jour. — D’Alla on gagne, à très peu de distance, Dar El Genṭafi, où se trouve le confluent des deux rivières. Dar El Genṭafi, appelée aussi Tagentaft, est un gros village, résidence du qaïd des Genṭafa. A partir de là, on descend le cours de l’Ouad Nfis : jusqu’au soir, on ne cesse d’en longer les bords. C’est une vallée très encaissée, ressemblant à celle de l’Ouad Iounil : les flancs en sont des murailles à pic presque partout infranchissables : on ne peut passer qu’au fond ; là, pas un point désert : tout est couvert de cultures et de villages ; voici les principaux de ceux qu’on traverse successivement : Imeṛraoun, Takherri, Iḥenneïn, Targa Aït Iraṭ, Iger n Kouris, Toug el Khir, Tigourramin, Talat n As, Imidel, Imgdal, Tagadirt el Bour, Ouirgan, Imaṛiren. On passe la nuit à Imaṛiren. Là s’arrêtent le territoire des Genṭafa et l’autorité de leur puissant qaïd.
5e jour. — On quitte l’Ouad Nfis, on gravit le flanc gauche de sa vallée, et on sort de celle-ci. Au bout de 3 heures de marche, on atteint un village, Asdṛem Kik : on entre là sur un nouveau territoire, soumis au qaïd El Gergouri ; on passe ensuite à Agdour Kik, Ouizil, Tigzit : ces quatre villages font partie de la fraction de Kik, portion de la tribu où nous sommes. Au delà, on en traverse encore deux du ressort d’El Gergouri, Agergour et Fres. A Fres s’arrête son autorité et commence la juridiction du bacha de Merrâkech. Jusqu’au soir, on continue à cheminer en rencontrant de fréquents villages : les principaux sont Tala Moumen, Toukhribin, Agadir Aït Teççaout, Akreïch. C’est dans ce dernier qu’on passe la nuit. De toute la journée, on n’a pas aperçu une seule rivière sur la route. (D’Asdṛem Kik à Agergour, 2 heures. — Agergour et Fres se touchent. — De Fres à Tala Moumen, 1 heure. — De Tala Moumen à Agadir, 1 heure. — D’Agadir à Akreïch, 2 heures.)
6e jour. — D’Akreïch à Merrâkech il n’y a que 4 heures de marche : durant tout ce temps on est en plaine et sous bois : cet espace entier est occupé par une forêt de grands arbres, lieu désert et dangereux, d’ordinaire infesté de brigands.
9o DE L’OUAD TIFNOUT A MERRAKECH. — On gagne Dou Ougadir : de là on remonte l’Ouad Izgrouzen jusqu’à sa source. Celle-ci se trouve à la crête du Grand Atlas, au Tizi n Tamejjout. On franchit la chaîne à ce col et on débouche dans la vallée de l’Ouad Agoundis. On en descend le cours en traversant un grand nombre de villages, dont voici les principaux : Tizi n Idikel, Tizi n Glouli, Igisel, Iṛal n Ṛbar, Iberziz, Azgrouz, Agoundis, Taourbart, Dar el Mrabṭin, Ijjoukak, Dar El Genṭafi. De là on suit la vallée de l’Ouad Nfis : le reste de l’itinéraire est le même qu’à l’article précédent.
Le cours de l’Ouad Agoundis est sous l’autorité de Qaïd El Genṭafi. Ce personnage, dans la famille de qui le pouvoir est héréditaire depuis de longues générations, est célèbre dans tout le Maroc par ses immenses richesses : plusieurs légendes ont cours sur leur origine : les uns disent qu’il existe une mine d’or sous son château, d’autres prétendent qu’il a trouvé la pierre philosophale. Pendant longtemps le Genṭafi a été insoumis. Il y a quelques années, Moulei El Ḥasen résolut de faire une expédition contre lui. Le Genṭafi n’osa résister ; il préféra désarmer le sultan par des présents : à son approche, il alla au-devant de lui, se faisant précéder par des cadeaux dont voici l’énumération : 100 nègres, 100 négresses, 100 chevaux, 100 vaches avec leurs veaux, 100 chamelles avec leurs petits. Devant de tels dons, Moulei El Ḥasen se tint pour satisfait. Il reçut la soumission du chikh et lui laissa son pouvoir, en lui donnant le titre de qaïd. Seulement il emmena deux de ses filles, dont il fit ses épouses : le Genṭafi a ainsi l’honneur d’être beau-père du sultan. Mais, de son côté, celui-ci a des otages précieux qui lui répondent de la fidélité du puissant qaïd. Lorsque ce dernier vient à Merrâkech, il y est fort bien reçu, mais il ne lui est permis ni de voir ni d’entretenir ses filles.
10o DE TINTAZART (TATTA) A MERRAKECH. — Tintazart, Afra, Imi n ou Aqqa (kheneg désert), Ti n Iargouten (qçar des Aït Ḥamid, Chellaḥa vassaux des Aït Jellal) ; Aït el Ḥazen (tribu formée de plusieurs villages situés sur la rivière du même nom ; versant nord du Petit Atlas) ; Arbạa Ammeïn (village avec marché le mercredi ; il fait partie d’Ammeïn, groupe de plusieurs villages situés sur l’Ouad Aït Semmeg) ; Tizi n Sous (c’est le col dont nous avons parlé plus haut, celui où se trouve la qoubba de Sidi Bou Reja) ; Aoulouz ; on gravit la montagne d’Aougeddimt, et on gagne le village de Taleouin ; on traverse l’Ouneïn ; de l’Ouneïn on entre dans le désert, où l’on franchit le mont Ouichdan, très haut massif dont le sommet est presque toujours couronné de neige. De là on passe à l’Ouad Nfis : on le descend assez longtemps, puis on gagne successivement Tagadirt el Bour, Kik, Ouizil, Akreïch, Merrâkech.
| Distances : | de Tintazart à Imi n ou Aqqa comme de Tintazart à Foum Meskoua. |
| d’Imi n ou Aqqa à Talella comme de Tintazart à Foum Meskoua. | |
| de Talella aux Aït Ḥamid comme de Tintazart à Tiiggan. | |
| des Aït Ḥamid aux Aït el Ḥazen comme de Tintazart à l’Ouad Tatta (sur la route d’Aqqa). | |
| des Aït el Ḥazen à Arbạa Ammeïn comme de Tintazart à Foum Meskoua. | |
| d’Arbạa Ammeïn à Tizi n Sous comme de Tintazart à Foum Meskoua. | |
| de Tizi n Sous à Aoulouz comme de Tintazart à Foum Meskoua. | |
| d’Aoulouz à Taleouin comme de Tintazart à Aqqa. | |
| de Taleouin à Djebel Ouichdan comme de Tizi n Tzgert à l’Ouad Tatta (sur la route d’Aqqa). | |
| de Tagadirt el Bour à Kik comme de Tintazart à Aqqa. | |
| de Kik à Ouizil comme de Tintazart à Adis. | |
| d’Ouizil à Akreïch comme de Tintazart à Adis. | |
| d’Akreïch à Merrâkech comme de Tintazart à Foum Meskoua. |
IV.
SAHEL.
Tribu des Haha.
Le pays des Ḥaḥa est merveilleux de fertilité et encore assez riche, bien qu’après avoir été pressuré par Ould Bihi (le dernier d’une famille de qaïds héréditaires qui a longtemps été à la tête de la tribu), désolé par Anflous (serviteur d’Ould Bihi qui usurpa le pouvoir après que ce dernier eut été empoisonné par le sultan, et qui fut, lui aussi, pris par trahison et mis à mort), il soit aujourd’hui horriblement opprimé par le makhzen. A chaque pas, on voit des ruines, des maisons détruites, des tours à demi renversées : ce sont les traces qu’a laissées la courte domination d’Anflous. A chaque pas, on entend les plaintes des habitants sur les déprédations des représentants actuels du sultan : un homme a-t-il quelque bien, on le dépouille aussitôt. Aussi beaucoup de Ḥaḥa (on dit Ḥaḥa en arabe, et Iḥaḥan en tamaziṛt) cherchent-ils à obtenir la protection de consuls chrétiens de Mogador. Malgré tant de maux, le pays est assez prospère : demeures nombreuses ; beaux troupeaux ; vastes cultures. Mais le terrain labourable qui reste inculte occupe une immense étendue : on pourrait ensemencer une surface presque double de celle qu’on cultive.
Les Ḥaḥa se divisent en 12 fractions, auxquelles M. El Ḥasen, depuis leur soumission récente (après avoir été longtemps indépendants, ils viennent d’être en révolte durant plusieurs années), a préposé 4 qaïds. Ces qaïds ont sous leurs ordres des chikhs et des ạamels. Les chikhs sont ici les gouverneurs des fractions : il y en a un pour chacune des douze ; les ạamels sont chargés de percevoir les impôts pour le sultan : ils sont en plus grand nombre.
Les 12 fractions sont :
Ida ou Gerṭ, Ikenafen, Ida ou Isaṛen, Ida ou Gelloul, Ida ou Tromma, Aït Ạmer, Ida ou Ạïssi, Ida ou Zenzen, Ida ou Khelf, Ida ou Bou Zia, Ida ou Mada.....[118].
Les quatre premières sont les plus importantes.
Les Ḥaḥa sont serviteurs de plusieurs marabouts : ils paient des redevances aux Geraga et à Sidi Ạbd Allah d Aït Iaḥia : nous avons dit que celui-ci était originaire d’Ez Zaouïa, à Tisint. Quant aux Geraga, c’est une célèbre famille de religieux, originaire du Chiadma, où elle a encore sa principale zaouïa, entre Mogador et Safi.
La tribu des Ḥaḥa est sédentaire ; elle parle le tamaziṛt, mais l’arabe y est assez répandu[119].
Pas de Juifs chez les Ḥaḥa en dehors des deux villes qui sont sur leur territoire sans appartenir à leur tribu, Mogador et Agadir Iṛir.
District de Tidsi.
Le district de Tidsi se compose de 3 grands villages : Tidsi (300 fusils), El Qaçba (200 fusils), Oumsedikht (700 fusils) ; ils sont à peu de distance les uns des autres. Le Tidsi est gouverné par un seul chikh, en même temps marabout ; il s’appelle Sidi El Ḥanafi. Le Tidsi reconnaît le sultan, mais n’est point administré par lui : les mkhaznis n’y entrent point, et il n’y a ni qaïd ni ạamel nommé par Moulei El Ḥasen ; mais le chikh héréditaire, tout en ne tenant son autorité que de son sang et de la volonté de ses concitoyens, reconnaît le sultan et va chaque année apporter un tribut à Taroudant.
Pas de Juifs. Un marché, d’une grande importance, le Khemîs Tidsi, se tenant dans le village de Tidsi. Ce village est quelquefois appelé Ez Zaouïa parce que c’est là qu’est la zaouïa, résidence du chikh. Terrain fertile : blé, orge, maïs, lentilles, olives. Pas de rivière ; le pays est arrosé par des sources. Il est en plaine, au pied du versant septentrional du Petit Atlas. Les gens du Tidsi sont Chellaḥa et parlent le tamaziṛt.
| Distances : | du Tidsi à Taroudant comme d’Aqqa Igiren à Trit. |
| du Tidsi à Afikourahen comme d’Aqqa Igiren à Tatta. |
Tribu des Ilalen.
Les Ilalen sont une nombreuse tribu tamaziṛt se divisant en 18 fractions, savoir :
Ida ou Ska (450 fusils ; nous avons traversé leur territoire).
Aït Touf el Azz (300 fusils ; nous avons traversé leur territoire).
Isendalen (1600 fusils ; nous les avons laissés au sud).
Aït Toufaout (1500 fusils ; nous les avons laissés au sud : nous avons passé près de leurs frontières en sortant des Aït Touf el Ạzz).
Tazalart (200 fusils ; leur territoire contient de grandes mines de cuivre. Les ouvriers, s’habillant de vêtements de cuir, descendent l’extraire à 200 ou 300 coudées au-dessous de la surface du sol).
Aït Ạbd Allah (1600 fusils ; nous les avons laissés au sud : ils sont voisins des Aït Tazalaṛt).
In Timmelt (2000 fusils ; nous les avons laissés au sud ; cette fraction habite les bords de l’Ouad In Timmelt, affluent de l’Ouad Oulṛass).
Amzaourou (100 fusils).
Tasdmit (200 fusils ; cette fraction est située, par rapport à Afikourahen, au delà de celle d’Amzaourou et dans la même direction).
Aït Ouassou (600 fusils ; ils habitent les bords de l’Ouad Ikhoullan, immédiatement au-dessus des Ikhoullan).
Aït Ali (1200 fusils ; ils habitent sur l’Ouad Ikhoullan, immédiatement au-dessus des Aït Ouassou).
Ikhoullan (300 fusils. Nous avons traversé leur territoire).
Mezdaggen (320 fusils. Sur l’Ouad Ikhoullan, immédiatement au-dessous des Ikhoullan).
Ida ou Ska (450 fusils. Cette seconde fraction d’Ida ou Ska est sur l’Ouad Ikhoullan, immédiatement au-dessous des Mezdaggen).
Afra (360 fusils. Nous avons traversé ce territoire).
Tazgelt (1100 fusils. Nous avons traversé cette fraction).
Ida ou Genadif (1700 fusils. Ils occupent la vallée de l’Ouad Aït Mezal, immédiatement au-dessus des Aït Mezal).
Irer (300 fusils. Fraction habitant sur l’Ouad Aït Mezal, immédiatement au-dessus des Ida ou Genadif).
Les Ilalen ne reconnaissent point le sultan ; ils sont indépendants. Chacune de leurs 18 fractions a son administration séparée : point de chikhs héréditaires, si ce n’est dans une seule fraction, les Aït Ạbd Allah : ceux-ci ont un chikh, Ḥadj Ḥammou ; mais là même il y a plutôt un titre qu’un pouvoir, Ḥadj Ḥammou ne fait que les volontés de la djemaạa. Chaque fraction est gouvernée par sa djemaạa, qu’on appelle ici anfaliz : cette assemblée se compose de délégués de toutes les familles de la fraction ; chacune en envoie un : l’ensemble de ces chefs de famille forme l’anfaliz, qui règle toutes les affaires du groupe.
Chaque fraction a au moins un agadir ; quelques-unes en ont deux ou trois. L’agadir, village où chaque famille a sa chambre ou sa maison renfermant ses grains, ses provisions de toute sorte, ses objets précieux, est le magasin général de la fraction et son réduit en temps de guerre. C’est aussi là que s’assemble l’anfaliz.
Pas de grande zaouïa chez les Ilalen. Mais chacune des 18 fractions en possède une petite où elle entretient un ṭaleb : il est chargé de faire les écrits dont on a besoin et d’enseigner à lire à ceux qui voudraient apprendre. Il est pourvu aux frais de cette zaouïa de la façon suivante : à l’entrée des grains dans l’agadir, on en prélève la dîme, c’est-à-dire exactement un dixième ; un tiers de cette dîme est donné à la zaouïa, les deux autres sont distribués aux pauvres.
Les cultures se composent de beaucoup d’orge, d’un peu de blé et de lentilles : mais la richesse des Ilalen est surtout dans leurs amandes et leur huile d’argan. Pas de Juifs sur leur territoire. Les marchés de la tribu sont :
Tlâta Aït Toufaout.
Arbạa Aït Ạbd Allah.
Khemîs Aït Ạli.
Tenîn Aït Touf el Ạzz.
Djemạa Ida ou Genadif.
Les rivières qui l’arrosent sont au nombre de trois : l’Ouad Ikhoullan (affluent du Sous), l’Ouad Aït Mezal et l’Ouad In Timmelt.
Comme nous l’avons vu de nos yeux, les diverses fractions des Ilalen sont souvent en guerre entre elles.
Les Ilalen sont Chellaḥa et sédentaires : ils ne parlent que le tamaziṛt ; très peu d’entre eux savent l’arabe.
Itinéraire d’Afikourahen au Tazeroualt.
D’Afikourahen on gagne la fraction des Aït Mezal ; on la traverse, et on entre dans celle des Aït Ilougaïm : c’est la première journée. De là on franchit l’Ouad Oulṛass, et on arrive dans la tribu de Zarar Ida Oultit ; on y passe la nuit dans un village, le plus souvent dans celui de Bou el Ḥanna : c’est le deuxième jour. De là on part de grand matin et on parvient le lendemain, de bonne heure, après 3 jours 1/2 de marche, à la qoubba de Sidi Ḥamed ou Mousa, c’est-à-dire à la zaouïa de Sidi El Ḥoseïn. On est au cœur du Tazeroualt.
Ait Ilougaim. — Ils forment une fraction des Chtouka : ce sont donc des Chellaḥa sédentaires parlant le tamaziṛt. Comme tous les Chtouka, ils sont soumis au makhzen et sous la juridiction du qaïd Ould Ben Dleïmi. Ils comprennent une centaine de villages. Pas d’agadir (il n’y en a nulle part en blad el makhzen : chacun y enfouit ses grains dans des silos, qu’on appelle ici maṭmora). Pas de chikh général ni de djemaạa collective : chaque village a soit son chikh local, soit sa djemaạa. Un marché, le Tenîn Ilougaïm, à Tamaliḥt ; il forme un centre commercial important. Dans le village de Tamaliḥt, il y a 80 familles juives, les seules de la tribu.
Pas de rivière chez les Aït Ilougaïm. Mais non loin de là coule l’Ouad Oulṛass, où ils ont de nombreux ḥeïouan (on donne ce nom aux terres qu’on possède sur le territoire de tribus étrangères). Les Aït Ilougaïm sont riches ; ils ont beaucoup de chevaux. A partir des Aït Mezal, et jusqu’au Tazeroualt, les tribus qu’on rencontre en possèdent un grand nombre : il n’y en a au contraire à peu près point dans la portion du Petit Atlas située à l’est des Chtouka.
Quand on vient des Ilalen, on passe d’habitude la nuit dans le groupe des Aït Ilougaïm portant le nom d’Aït ou Adrim. De chez eux on gagne les
Ait Oulrass. — Ils habitent les bords de l’Ouad Oulṛass. Fraction importante des Chtouka, ils sont soumis au sultan et sous l’autorité d’Ould Ben Dleïmi. Point de chikh ni de djemaạa : ils sont en cela dans les mêmes conditions que les Aït Ilougaïm. Ils ont environ 100 villages.
Pas de marché, ni de Juifs.
La vallée de l’Ouad Oulṛass est très riche : quelques palmiers, mais ne donnant que de mauvaises dattes, arbres fruitiers et céréales en abondance. L’Ouad Oulṛass se jette dans la mer, après avoir, au-dessous des Aït Oulṛass, traversé la tribu de Massa, qu’on appelle aussi Mast.
Des Aït Oulṛass, on entre dans la tribu de
Zarar Ida Oultit. — Grande tribu qui habite au sud des Aït Oulṛass, au delà du flanc gauche de la vallée de l’Ouad Oulṛass. Elle est blad el makhzen depuis l’expédition du sultan dans le Sous et le Sahel, et appartient à la juridiction d’Is Oublaṛ, qaïd des Ida ou Garsmouk : pas de chikh héréditaire ; un anfaliz règle les affaires de la tribu. Les Zarar Ida Oultit sont une tribu chleuḥa et sédentaire, parlant le tamaziṛt. Beaucoup de qçars ; le principal est Ouizzân, qui se prononce aussi Ouzzân et Oujjân. Nombreux chevaux. Point de rivière : des sources et des citernes.
Un marché, très fréquenté, le tlâta d’Ouizzân. Un mellaḥ dans la même localité.
De cette tribu, on passe dans celle des
Ida ou Baaqil. — Grande tribu, autrefois libre comme la précédente, nominalement soumise au sultan depuis l’expédition de 1882. Elle a été placée, avec plusieurs autres, sous le qaïdat de Ḥadj Ṭahar, fils de Sidi El Ḥoseïn, le marabout du Tazeroualt. Tribu riche et puissante. Jadis elle faisait souvent la guerre à Sidi El Ḥoseïn, qui ne l’apaisait qu’à prix d’argent. Les Ida ou Baạqil sont Chellaḥa et sédentaires. Leur langue est le tamaziṛt. Beaucoup de qçars et beaucoup de chevaux.
Point de marché ni de Juifs sur leur territoire. Celui-ci n’est arrosé par aucune rivière.
De là on passe dans le district de
Tazeroualt. — Le Tazeroualt est un grand district traversé par l’Ouad Tazeroualt.
L’Ouad Tazeroualt vient du territoire des Aït Imejjat : de là il entre dans le Tazeroualt ; il y arrose d’abord Agadir Sidi El Ḥoseïn, puis Zaouïa Sidi Ḥamed ou Mousa (connue aussi sous le nom de Zaouïa Sidi El Ḥoseïn et sous celui de Tallent Sidi Ḥachem), enfin Iliṛ. Du Tazeroualt il passe chez les Aït Bou Ạmran, où il reste jusqu’à son embouchure dans l’Océan. C’est, disent les indigènes, à l’embouchure de cette rivière que des chrétiens sont venus en 1882 vendre des grains et diverses denrées : c’est, ajoutent-ils, en partie pour empêcher qu’ils ne reviennent sur la côte et que pareil fait ne se renouvelle que le sultan est venu aussitôt après dans le pays, qu’il en a obtenu la soumission nominale et qu’il y a investi des qaïds. Il a même laissé chez les Aït Bou Ạmran un camp de 1200 à 2000 soldats qui depuis lors y sont en permanence.
Le Tazeroualt est riche et fait un grand commerce. Là se tient, deux fois par an, l’une en mars et l’autre à la fin d’octobre, la fameuse foire de Sidi Ḥamed ou Mousa, célèbre dans le Sahel, dans le Sahara et dans le Sous, où l’on vient en foule de Mogador et même de Merrâkech. Outre ces foires, les pareilles de celle de Mrimima et de Souq el Mouloud, le Tazeroualt a un marché chaque semaine, le ḥad d’Iliṛ. Il existe à Iliṛ un grand mellaḥ, le seul du district.
Le Tazeroualt est depuis un temps immémorial gouverné par des marabouts qui descendent de Sidi Ḥamed ou Mousa. Le chef de la zaouïa et chikh du pays est en ce moment Sidi El Ḥoseïn ou Ḥachem. Il a trois résidences principales : 1o Iliṛ, grand et riche qçar, le plus important du Tazeroualt et l’un des plus peuplés de tout le sud : là est son habitation principale, avec la plupart de ses femmes et de ses négresses ; c’est sa demeure la plus somptueuse et la plus agréable, celle où il vit habituellement ; il y a une garde de 200 cavaliers nègres, ses esclaves. 2o Ez Zaouïa ; ainsi que l’indique ce nom, c’est le sanctuaire religieux de la famille : là sont les qoubbas de Sidi Ḥachem, père de Sidi El Ḥoseïn, de Sidi Ḥamed ou Mousa, son ancêtre, de tous ses aïeux ; là habitent les marabouts de sa race, ses cousins, ses neveux. On appelle aussi Ez Zaouïa de divers autres noms, Tallent Sidi Ḥachem, Zaouïa Sidi Ḥamed ou Mousa, Zaouïa Sidi El Ḥoseïn. 3o Agadir Sidi El Ḥoseïn ; c’est une forteresse bâtie sur le roc au sommet d’un mont escarpé. Sidi El Ḥoseïn y a entassé toutes ses richesses, et a accumulé les défenses de tout genre pour les protéger : l’agadir, situé à la frontière est du territoire, est dans une position telle qu’on ne peut y monter que par un long chemin en escalier, creusé dans le roc et faisant mille lacets ; les murs de la forteresse sont d’une épaisseur extrême ; les tours en sont garnies de canons ; elle est sans cesse gardée par une forte garnison d’esclaves dévoués : c’est là que le marabout s’était enfermé en 1882, à l’approche du sultan.
Ainsi que nous l’avons dit, l’ancêtre des puissants chefs du Tazeroualt est Sidi Ḥamed ou Mousa : sa qoubba s’élève auprès d’Ez Zaouïa. Ce n’était qu’un mendiant à qui Dieu, en récompense de ses mérites, accorda ses grâces, grâces qui de son vivant même se manifestèrent par de nombreux miracles. L’époque à laquelle vivait ce saint est très reculée ; il laissa des descendants à qui il légua la bénédiction divine, qui se perpétua en eux jusqu’à ce jour. Mais s’il fut le fondateur de leur grandeur religieuse, il ne fut point celui de leur puissance temporelle. Celle-ci n’échut à sa maison qu’après plusieurs générations : ce fut l’un de ses successeurs, Sidi Ạli Bou Dmia, qui l’établit, à une époque elle-même très lointaine. Sidi Ạli Bou Dmia, à la fois marabout et guerrier, étendit au loin le pouvoir de la zaouïa de Tazeroualt et acquit une grande célébrité : les ruines imposantes de son palais subsistent encore à peu de distance de la zaouïa actuelle. Depuis sa mort, bien des générations se sont succédé : la puissance de sa dynastie, tout en restant considérable, a subi des phases diverses. Sidi Ḥachem, père du marabout actuel, avait donné un grand éclat à sa maison. Brave et guerrier, il avait marché sur les traces de Sidi Ạli Bou Dmia, et, payant sans cesse de sa personne, n’avait pas tardé à se faire un grand renom de valeur dans les régions environnantes. Grâce à cette réputation, à l’admiration et à la crainte qu’il inspirait, il était parvenu à grouper autour de lui toutes les tribus du voisinage. Pendant sa vie, elles lui restèrent soumises, moitié de gré, moitié de force. Cet édifice s’écroula en partie à sa mort. Sidi El Ḥoseïn, son fils et son successeur, âgé de 70 ans aujourd’hui, fut orphelin de bonne heure ; un certain nombre de tribus en profitèrent pour s’émanciper : il ne montra dans la suite aucune des qualités belliqueuses de son père ; aussi n’est-il plus réellement maître que du Tazeroualt. Mais il est très riche ; ses trésors sont immenses ; l’autorité que ne lui a pas donnée son caractère, son or la lui procure quand il le veut ; il arme à prix d’argent les tribus des environs et peut ainsi réunir à son gré autour de lui tous les fusils du Sahel : c’est ce qu’on lui a vu faire il y a quelques années. Aussi Sidi El Ḥoseïn est-il aujourd’hui encore le plus grand pouvoir qui existe de l’océan Atlantique au pays de Dra. Il peut mettre en armes tout le Sahel, Chtouka compris, et se faire envoyer des contingents de diverses tribus du bassin inférieur du Dra. Son influence religieuse est considérable. Son nom est connu dans tout le Maroc, dont Sidi Ḥamed ou Mousa est un des saints les plus vénérés. Une grande partie des zaouïas du Sahel, du Sous et du Sahara, entre Sous et Dra, appartient à des rameaux de la famille dont il est le chef. Par sa célébrité, son influence religieuse, ses richesses, sa puissance, l’étendue de son autorité, la zaouïa de Sidi Ḥamed ou Mousa peut être comptée comme une des cinq grandes zaouïas du Maroc, allant de pair avec celles d’Ouazzân, de Bou el Djạd, de Tamegrout, du Metṛara (Sidi Moḥammed El Ạrabi el Derkaoui).
| Distances : | d’Agadir Sidi El Ḥoseïn à Ez Zaouïa comme d’Agadir Tisint à Ạïoun S. Ạbd Allah ou Mḥind. |
| d’Ez Zaouïa à Iliṛ comme d’Agadir Tisint à Trit. |
Campagne de Moulei El Hasen dans le Sous en 1882.
Un événement considérable s’est passé récemment dans le bas Sous et dans le Sahel : le sultan y a fait une expédition et a reçu la soumission d’un grand nombre de tribus qui étaient indépendantes depuis un temps immémorial. Ce fait est l’objet de tous les entretiens dans le Sahara, dans le Sous et dans les contrées voisines : voici le résumé de ce que j’ai entendu dire, aussi bien à Tatta et à Mrimima que dans le Sous, le Sahel et chez les Ḥaḥa.
Au commencement de l’été de 1882, Moulei El Ḥasen traversa l’Ouad Sous, auprès de son embouchure, à la tête d’une armée puissante : il avait assemblé tous les contingents de son empire, ceux des tribus de Fâs comme ceux des tribus de Merrâkech : tout ce qu’il avait pu lever, il l’avait emmené : cette armée pouvait être, au début de l’expédition, de 40000 hommes ; une fois en marche, ce chiffre tomba assez vite par suite des nombreuses désertions. Avec ces forces imposantes, le sultan s’avança jusqu’aux limites du Tazeroualt : il s’y arrêta à une localité du nom de Tiznit. Il convoqua alors tous les chikhs ou notables des tribus voisines et en premier lieu les deux principaux personnages du pays, Sidi El Ḥoseïn, chef du Tazeroualt, et El Ḥabib ould Beïrouk, chikh du district d’Ouad Noun. Sidi El Ḥoseïn avait des motifs graves de se défier du sultan : d’une part, il avait toujours témoigné à Moulei El Ḥasen une hostilité extrême ; de l’autre, il passait pour le seigneur le plus riche du Maroc : il était fort probable que s’il se rendait à l’invitation du sultan, celui-ci, le tenant entre ses mains, le mettrait à mort, autant par rancune que par cupidité. Aussi, malgré les mille instances de Moulei El Ḥasen, malgré les protestations d’amitié qu’il lui prodigua, se garda-t-il de se rendre à sa convocation ; mais il se fit représenter auprès de lui, pendant que de sa personne il allait s’enfermer, à l’abri de ses canons, dans son agadir. Quant aux autres chefs mandés, ils vinrent trouver le sultan. Celui-ci leur tint ce langage : « Vous voyez les Chrétiens installés au sud d’Ouad Noun ; d’autres veulent s’établir à Ifni, d’autres ailleurs. Cela vous plaît-il ? Non, je veux le croire. Qui peut l’empêcher ? Est-ce vous ? Vous n’en avez pas la force. Et-ce moi ? A mes observations, ils répondent que le pays n’est point sous mon autorité. Il n’y a qu’un moyen de s’opposer à leurs empiétements : reconnaissez mon pouvoir : je vous promets que non seulement il ne vous sera pas lourd, mais même il vous sera profitable. Que les Chrétiens, quand ils viendront sur ces rivages, ne trouvent que des sujets de Moulei El Ḥasen : il suffit ; vous n’aurez plus rien à craindre de leur côté ; et pour ce qui est de moi, vous ne serez pas longtemps sans éprouver les bienfaits de mon alliance. » Il sortit de là l’arrangement suivant : tous les chikhs présents reconnurent l’autorité du sultan ; celui-ci les nomma qaïds dans leurs tribus ou leurs districts et les renvoya avec des présents : il était sous-entendu que le pouvoir du sultan ne serait que nominal, mais qu’il allait l’affirmer et en donner une preuve visible aux yeux des Chrétiens en construisant une ville au cœur de la région qui venait de se ranger sous ses lois.
La contrée qui fit ainsi, en été 1882, sa soumission à Moulei El Ḥasen, est celle qui est comprise entre l’Ouad Sous au nord, l’Océan à l’ouest, l’Ouad Dra au sud, les Aït ou Mrîbeṭ au sud-est. Cette dernière tribu est restée indépendante : à elle s’arrête le blad el makhzen. Mais il ne faut pas oublier que ce blad el makhzen ne l’est que bel kedeb, « d’une façon mensongère », comme disent les indigènes, et de nom seulement : c’est une domination qui coûte beaucoup plus au sultan, en cadeaux pour entretenir l’alliance, qu’elle ne lui rapporte en impôts. Cette domination, Moulei El Ḥasen voulut, avons nous dit, en donner une preuve en élevant une ville dans la contrée : il choisit l’emplacement de Tiznit, où il avait campé, et convint avec les chikhs des environs, désormais qaïds, qu’ils y construiraient pour lui une ville dont il leur donnerait les plans : il paierait leur travail. En effet, peu de jours après le départ de l’armée, arrivèrent plans et architectes : on commença aussitôt : on se mit à construire une cité avec ses mosquées, sa qaçba, son mellaḥ, ses fondoqs ; on fit une vaste enceinte carrée avec des murs de cinq largeurs de main d’épaisseur et avec 36 tours sur chaque côté. La ville n’est pas éloignée de la mer : le sultan veut en faire une sorte d’entrepôt où viennent commercer les Européens.
Des Chrétiens sont récemment venus par mer sur cette côte, cherchant un lieu favorable à l’établissement d’un port. Ils ont visité Aglou, Ifni et d’autres points. Ifni, dans la tribu des Aït Bou Ạmran, a paru leur plaire. On ne sait pas autre chose de leurs entreprises.
C’est la première fois que les contrées qui viennent de reconnaître le sultan font acte de soumission ; mais ce n’est pas la première fois que Moulei El Ḥasen a affaire à elles. Il y a plusieurs années, du vivant de Sidi Moḥammed, Moulei El Ḥasen, son fils aîné, fit une campagne de ce côté. Il s’avança jusqu’à l’Ouad Oulṛass ; mais là il se trouva face à face avec Sidi El Ḥoseïn ould Ḥachem qui lui barrait le passage à la tête d’une armée : le marabout lui envoya un message, lui donnant trois jours pour battre en retraite : au delà de ce délai, il l’y forcerait les armes à la main. Moulei El Ḥasen, ne se trouvant pas en force, se retira ; en partant, il répondit à la lettre de Sidi El Ḥoseïn : « Vous m’avez donné trois jours pour me retirer ; je vous donne trois ans pour vous soumettre. » Peu après, Sidi Moḥammed mourut et Moulei El Ḥasen monta sur le trône : depuis ce temps, on se disait chaque année dans le Tazeroualt et dans l’Ouad Noun : « C’est cette année qu’il va venir. » Enfin il est venu en 1882. Dès que Sidi El Ḥoseïn eut connaissance de son approche, il fit transporter tout ce qu’il avait de plus précieux dans son agadir, y accumula des provisions énormes et s’y enferma avec sa famille et son armée d’esclaves. Puis il envoya au-devant du sultan un messager, chargé de présents et d’une lettre fort humble : il priait Moulei El Ḥasen de lui pardonner, de le ménager ; il n’était qu’un simple religieux, uniquement consacré à Dieu, n’ayant ni le pouvoir ni la volonté de s’opposer à ses desseins. Moulei El Ḥasen lui répondit qu’il suffisait qu’il ait eu peur, qu’il ait déménagé à son approche et qu’il se soit humilié ; à présent qu’il était soumis, il ne voyait plus en lui qu’un marabout, descendant d’un saint, et en conséquence il lui envoyait des cadeaux, hommage à son caractère sacré. En même temps il l’engageait à venir auprès de lui. Nous avons vu comment Sidi El Ḥoseïn eut la sagesse de ne pas se rendre à cette invitation, quelques instances que fît dans la suite le sultan. Mais s’il refusa de se présenter lui-même, il envoya à Moulei El Ḥasen un de ses fils qui fut fort bien reçu.
Telle fut, selon les indigènes, cette campagne dans laquelle le sultan reçut la soumission de la partie du Sahel dont nous avons donné les limites plus haut et en même temps de la vallée de l’Ouad Sous, depuis l’embouchure de ce fleuve jusqu’au haut du Ras el Ouad. L’expédition fut de courte durée : le 6 juin 1882, Moulei El Ḥasen passait avec son armée à proximité de Mogador ; le 2 juillet, il arrivait chez les Massa, tribu habitant le bas cours de l’Ouad Oulṛass et comptant environ 1500 maisons (le plus grand village des Massa est Agoubalou, près de l’embouchure de la rivière dans l’Océan) ; le 26 juillet, le sultan écrivait dans les villes de son empire que la campagne était terminée et avait eu plein succès : on célébra à cette occasion des réjouissances publiques.
Voici, pour un certain nombre de tribus du Sahel, comment le sultan a réparti les qaïds :
| Ksima | 1 qaïd. | |
| Chtouka | 1 qaïd (Ould Ben Dleïmi). | |
| Assaka | 1 qaïd. | |
| Ouizzân | 1 qaïd. | |
| Aït Jerrar | 1 qaïd. | |
| Ida ou Semlal | 1 qaïd. | |
| Tazeroualt | ⎫ ⎬ ⎭ | réunis sous le qaïdat de Ḥadj Ṭahar ben Sidi ElḤoseïn. |
| Ifran | ||
| Tiznit (ville nouvelle). | ||
| Assa | 1 qaïd. | |
| Aït Bou Ạmran | 1 qaïd. | |
| Aglou | 1 qaïd. | |
| Aït Imejjat | 1 qaïd. | |
| El Akhsas | 1 qaïd. | |
| Aït Brahim | 1 qaïd. | |
| Aït Ạbd Allah | 1 qaïd. | |
| Isbouïa | 1 qaïd. | |
| Tamanaṛt | 1 qaïd. |
| Id Brahim | ⎧ ⎪ ⎪ ⎪ ⎨ ⎪ ⎪ ⎪ ⎩ | Ida ou Leggan | ⎫ ⎪ ⎪ ⎪ ⎬ ⎪ ⎪ ⎪ ⎭ | réunis sous le qaïdat de Ḥadj Ḥamed el Manaṛi. |
| Aït Ḥerbil | ||||
| Aït Ouadaï | ||||
| Aït Illoul | ||||
| Aït Mousa ou Daoud. | ||||
| Aït Bou Ạchra | ||||
| Aït Zkri | ||||
| Aït Bouhou | ||||
| Aït Bella | ⎧ ⎪ ⎨ ⎪ ⎩ | Aït Ḥamed | ⎫ ⎪ ⎬ ⎪ ⎭ | 1 qaïd. |
| Aït Mesạoud | ||||
| Aït Azouafid | ||||
| Aït Iasin | ||||
| Aït Bou Hioualat | ||||
| Aït Djemel. | ⎧ ⎪ ⎪ ⎪ ⎪ ⎨ ⎪ ⎪ ⎪ ⎪ ⎩ | Aït Mousa ou Ạli | ⎫ ⎪ ⎪ ⎪ ⎪ ⎬ ⎪ ⎪ ⎪ ⎪ ⎭ | 1 qaïd. |
| Aït Cheggout | ||||
| Aït El Ḥasen | ||||
| Aït El Ḥaseïn | ||||
| Aït Chergouout | ||||
| Aït Mejjat | ||||
| Aït Tedrarin | ||||
| Oulad Bou Ạïṭa | ||||
| Oulad Izenqad | ||||
| Oulad Taoubbalt | ||||
| Ouad Noun | 1 qaïd. |
Ainsi qu’on le voit, l’expédition de Moulei El Ḥasen dans le Sous et le Sahel avait sans doute un double objet : l’un d’affirmer aux yeux des Chrétiens sa suprématie sur ces contrées ; l’autre de s’emparer de la personne de Sidi El Ḥoseïn, contre qui il nourrissait une vieille rancune et de qui les trésors lui offraient une riche proie. Les instances sans nombre qu’il fit auprès du marabout pour l’attirer dans son camp prouvent le prix qu’il attachait à sa capture. De ces deux buts, c’était, je crois, le second que le sultan avait le plus à cœur. Il ne put l’atteindre. Le premier au contraire fut rempli sans difficulté. Si l’on s’étonne qu’un si grand nombre de tribus aient aisément consenti à se soumettre, que ni elles ni Sidi El Ḥoseïn n’aient tenté aucune résistance, on trouvera la principale cause de cette conduite dans la famine épouvantable qui régnait alors en ces régions. Le pays était affaibli ; chacun était obligé d’aller chercher des vivres au loin ; on n’avait plus de bestiaux, plus de provisions, on avait dû vendre les chevaux, enfin on était dans de très mauvaises conditions pour faire la guerre. Il parut sage de se soumettre, quitte à se révolter quand, l’abondance revenue, on serait en état de lutter. On m’a assuré que c’était déjà fait. Lors de mon voyage (hiver et printemps 1884), le pays était encore en l’état où l’avait laissé le sultan. Mais il paraît que, 5 ou 6 mois après, la récolte ayant été excellente et la richesse régnant partout, on s’est soulevé de tous les côtés à la fois et que la plus grande partie des tribus du Sahel, du Ras el Ouad et même du bas Sous, les Chtouka entre autres, ont secoué le joug.
Notes diverses sur le Sahel.
1o DAR BEN DLEIMI est un grand village situé au bord de la mer, à un jour de marche au sud d’Agadir Iṛir. Il se trouve sur le territoire des Chtouka et est la résidence du qaïd de cette tribu, Ould Ben Dleïmi.
2o OUAD NOUN n’est ni le nom d’une rivière ni celui d’une ville, mais celui d’un petit district formé de la réunion de plusieurs qçars ; ceux-ci s’élèvent au milieu d’une plaine nue et stérile ; autour d’eux, ni palmiers, ni jardins, ni labourages : ils se dressent isolés dans l’areg. L’Ouad Noun a un chikh héréditaire, El Ḥabib ould Beïrouk ; c’est un personnage peu aimé, mais puissant et craint aux environs. Le sultan a nommé son frère, Daḥman, qaïd du district.
3o REGIBAT, OULAD DELEIM. — Ce sont deux tribus nomades ayant leurs campements dans le Sahel, au sud du Maroc, entre l’Ouad Noun et l’Adrar. Leurs ṛezous écument le Sahara entre Timbouktou et Tindouf et apparaissent parfois sur le cours inférieur du Dra.
4o CHQARNA. — Tribu nomade errant dans le Sahel, au sud du Maroc. Elle comptait, il y a 20 ans, 500 ou 600 combattants montés à chameau ; c’est à peine si elle en possède 200 aujourd’hui. Les Chqarna n’ont point de chevaux, le chameau est leur seule monture.
[118]On n’a pu me dire le nom de la douzième fraction.
[119]Une légende qui a cours dans le pays veut que les Haha soient Arabes d’origine et que ce soit par leur long séjour au milieu d’Imaziren qu’ils aient pris les mœurs et la langue de ces derniers.
V
BASSIN DE L’OUAD ZIZ.
1o. — OUAD ZIZ.
L’Ouad Ziz prend sa source aux crêtes supérieures du Grand Atlas, dans la grande fraction des Aït Ḥediddou. Il coule pendant quelque temps sur leur territoire ; cette partie de son cours prend le nom de district des Aït Ḥediddou ; des qçars nombreux sont sur ses bords ; sa vallée est dominée par de hautes montagnes. En sortant des Aït Ḥediddou, il reste désert un certain temps ; puis il entre dans le district du Ziz. Le Ziz se compose de 25 à 30 qçars, tous sur les rives du fleuve ; il appartient aux Aït Izdeg. Après avoir arrosé le Ziz, l’ouad traverse un court passage désert et entre dans le Gers. C’est un nouveau district ; il le traverse, en baigne tous les qçars, et de là passe immédiatement dans le Tiallalin. En sortant du Tiallalin, le fleuve se trouve de nouveau, mais pour la dernière fois, dans le désert ; après y avoir coulé pendant quelque temps, il s’engage dans le district d’El Kheneg, où commencent les palmiers : à partir de là, il ne cesse d’en avoir son cours ombragé, et il se déroule jusqu’au Tafilelt entre deux rubans continus de dattiers et de qçars ; ses rives, devenues un des endroits les plus riches du Maroc, s’appellent alors successivement districts de Qçar es Souq, du Metṛara, de Reṭeb, de Tizimi et du Tafilelt.
Nous allons examiner une partie de ces districts.
Nous nous occuperons ensuite des affluents de l’Ouad Ziz.
I. — District des Aït Hediddou.
C’est le premier qu’on rencontre sur le haut cours de l’Ouad Ziz. Il se compose d’un certain nombre de qçars appartenant aux Aït Ḥediddou et échelonnés sur les deux rives du fleuve : ces qçars, avec quelques autres situés sur l’Ouad Sidi Ḥamza, sont les seuls que possèdent les Aït Ḥediddou, fraction très nombreuse des Aït Iafelman, mais composée surtout de nomades. En voici l’énumération, dans l’ordre où on les trouve en descendant l’ouad :
| RIVE DROITE : | ||
| Aït Bou Ouzellif (2 qçars). | 50 | fusils. |
| Sountat. | 100 | |
| Toulgdit. | 20 | |
| Aït Ouazerf. | 100 | |
| Aqdim. | 100 | |
| Imtras. | 300 | |
| Aït Ạmer. | 30 | |
| Taberracht. | 60 | |
| Aït Ạli ou Iqqo. | 50 | |
| Tarribant. | 20 | |
| Aït Ạmer. | 50 | |
| Igli. | 200 | |
| RIVE GAUCHE : | ||
| Imelouan | 50 | fusils. |
| Aït Ạmer | 150 | |
| Aït Ạli ou Iqqo | 30 | |
Igli, Aït Ạmer, Tarribant forment un groupe distinct, séparé du reste du district par un long kheneg. La réunion de ces trois qçars se nomme Aït Sạïd ou Ḥeddou. Les autres portent le nom collectif de Qçour Asif Melloul : l’Ouad Ziz, au nord du kheneg, s’appelle Asif Melloul.
Plus de qçar sur l’Asif Melloul au-dessus de ceux que nous venons de nommer. Ce sont les plus hauts de l’Ouad Ziz.
Les Aït Ḥediddou, maîtres de ce pays, en sont les seuls habitants. Ils sont indépendants. Point de relations avec le makhzen.
Langue tamaziṛt.
Deux marchés : tenîn et khemîs à Aqdim.
Pas de Juifs.
| Distances : | de Mezizelt à Igli comme de Mellaḥ Tiallalin à Aït Ọtman. |
| d’Aït Bou Ouzellif à Igli comme de Mellaḥ Tiallalin à Qçar es Souq. | |
| de Tarribant à Aït Ạli ou Iqqo comme de Mellaḥ Tiallalin à Tamerrakecht. | |
| Aït Ạli ou Iqqo (de la rive gauche) est en face de Taberracht. | |
| Imelouan est en face de Toulgdit. | |
| Il y a un espace désert entre Tarribant et Aït Ạli ou Iqqo ; les autres qçars sont les uns près des autres, unis par leurs cultures. |
II. — Ziz.
Le district du Ziz se compose d’un certain nombre de qçars échelonnés sur les deux rives de l’Ouad Ziz ; en voici l’énumération, dans l’ordre où on les rencontre en descendant le fleuve :
| RIVE DROITE : | ||||
| Mezizelt. | 20 | fusils. | ||
| Zaouïa Sidi Bou Qil (2 qçars) | 500 | |||
| Tabia | ⎱ ⎰ | Tabia | 300 | |
| El Ḥara | ||||
| Aït Sạïd. | ||||
| Aït Zebbour. | 20 | |||
| Aït Ḥammou el Ḥadj. | 15 | |||
| Tirezdet. | 80 | |||
| Aït Mousa ou Ạli. | 70 | |||
| Irezd (cherifs ; 3 qçars). | 150 | |||
| Aït el Ḥadj Sạïd. | 10 | |||
| Aït Kharroub. | 4 | |||
| Ibzazen | ⎫ ⎬ ⎭ | Aït Iaḥia ou Khalifa. | 150 | |
| Aït Bou el Khial | ||||
| Izouṛar | ||||
| Rich. | 20 | |||
| RIVE GAUCHE : | ||||
| Tamagourt. | 100 | fusils. | ||
| Gafaï. | 100 | |||
| Tasiset. | 18 | |||
| Tabarkaït. | 25 | |||
| Ou Allal. | 60 | |||
| Izebban. | 15 | |||
| Izebban. | 80 | |||
| Tagersift. | 100 | |||
Le pays de Ziz appartient aux Aït Izdeg et n’est habité que par eux. Les Aït Izdeg sont une fraction des Aït Iafelman. Ils sont indépendants.
Langue tamaziṛt.
Deux marchés : tenîn et khemîs à Zaouïa Sidi Bou Qil.
Pas de Juifs.
| Distances : | de Tiṛilasin à Rich comme de Souq Tiallalin à Mellaḥ Tiallalin. |
| de Rich à Mezizelt comme de Tamerrakecht à Mellaḥ Tiallalin. | |
| de Tamagourt à Igli (Aït Ḥediddou) comme d’Aït Ọtman à Mellaḥ Tiallalin. | |
| Désert entre Tamagourt et Igli. | |
| Pas de désert entre Rich et Mezizelt, sur les rives de l’ouad. | |
| Tamagourt est en face de Mezizelt. | |
| Tagersift est en face d’Aït Iaḥia ou Khalifa. |
III. — Gers.
Le district du Gers se compose d’un certain nombre de qçars situés sur les bords de l’Ouad Ziz et tous sur sa rive droite : en face d’eux, la rive gauche est déserte. Voici les noms des qçars du Gers, dans l’ordre où on les trouve en descendant l’Ouad Ziz :
| RIVE DROITE : | ||||
| Tiṛilasin Qedîm | ⎱ ⎰ | Tiṛilasin | 15 | fusils. |
| Aït Tikkert | 40 | |||
| Kherzouza. | 40 | |||
| Qcîra Aït Ạouda. | 25 | |||
| Amalou. | 60 | |||
| El Ḥaïn. | 150 | |||
| Aït El Feqih. | 50 | |||
| Qcîra Alibou (Alibou est le chikhel ạam de toute la fraction des Aït Izdeg, cette année). | 20 | |||
| Cedouqa. | 30 | |||
De plus, entre Amalou et El Ḥaïn, on voit les ruines de Douar, grand qçar détruit.
Le district du Gers appartient aux Aït Izdeg. La population y est un mélange d’Aït Izdeg et de Qebala[120].
Langue tamaziṛt.
Point de marché.
Pas de Juifs. Mellaḥ ruiné à Douar.
| Distances : | Cedouqa est en face d’Aït Khozman, sur la rive opposée de l’ouad. |
| de Cedouqa à Aït Tikkert comme de Mellaḥ Tiallalin à Aït Çaleḥ. |
IV. — Tiallalin.
Le Tiallalin se compose d’un certain nombre de qçars échelonnés sur les deux rives de l’Ouad Ziz. En voici l’énumération, dans l’ordre où on les trouve en descendant le fleuve :
| RIVE DROITE : | ||
| Kerrando. | 50 | fusils. |
| Qcîra el Ihoud (appelée aussi Mellaḥ Tiallalin). | ||
| Iserdan. | 30 | |
| Bousam. | 20 | |
| Tadaout. | 20 | |
| Qcîra Aït Aḥa. | 10 | |
| Aït ou Alil. | 50 | |
| Aït Ḥaḥou. | 15 | |
| Aït Ạmer. | 4 | |
| Aït Çaleḥ. | 30 | |
| RIVE GAUCHE : | ||
| Aït Khozman. | 40 | fusils. |
| Aït Ḥeqqou. | 20 | |
| Aït ou Isaden. | 20 | |
| Aït ou Innou. | 20 | |
| Aït Zaïa. | 15 | |
| Bou Idiren. | 60 | |
| Qcîr Cherif. | 15 | |
| Qcîr Sidi Ọmar. | 50 | |
| Izabouben. | 10 | |
| Aït Iaḥia ou Khalifa. | 10 | |
| Aït Brahim. | 10 | |
| Aït Attou. | 30 | |
| El Qçar el Kebir. | 20 | |
| Tamdafelt. | 12 | |
| Taouaḥit. | 80 | |
| Imazan. | 60 | |
| Tamazount. | 15 | |
| Izerraḥen. | 15 | |
| Isaffen. | 6 | |
| Aït Iaḥia. | 50 | |
| Timṛirt. | 12 | |
| Imri. | 30 | |
Le Tiallalin appartient aux Aït Izdeg et n’est peuplé que d’eux. Chez les Aït Izdeg, chaque district, pour les sédentaires, chaque campement, pour les nomades, se gouverne à sa fantaisie, sans chikh, ni à l’année, ni autre : quelquefois on en nomme, mais pour quelques mois, pour la durée d’une guerre par exemple. Ces jours-ci, on en a élu ; voici pourquoi : le sultan a prié les Aït Izdeg de lui envoyer leurs chikhs : après délibération, ils y ont consenti, en ont nommé et les lui ont envoyés. Mais ils ne dépendent point de Moulei El Ḥasen ; ils ne lui paient rien et n’ont, disent-ils, que de la poudre à lui donner. S’ils n’ont pas de chikhs permanents dans leurs diverses subdivisions, ils en ont toujours un pour l’ensemble des Aït Izdeg : c’est un chikh el ạam, qui est nommé chaque année par l’assemblée des diverses djemaạas.
Langue tamaziṛt.
Trois marchés à Aït ou Alil, le ḥad, le tlâta, le khemîs.
Un mellaḥ.
Distances : Qcîr Sidi Ọmar est juste en face de Qcîra el Ihoud.
V. — El Kheneg.
On appelle de ce nom le district formé par les qçars échelonnés sur les deux rives de l’Ouad Ziz dans le long défilé qu’il traverse entre Foum Jabel et Foum Ṛiour. Voici les noms de ces qçars, dans l’ordre où on les rencontre en descendant le fleuve :
| RIVE DROITE : | ||
| Asbarou. | 20 | fusils. |
| Aït Ọtman. | 200 | |
| Qcîra el Mehenni. | 30 | |
| Oul Itgir. | 60 | |
| Serṛin. | 40 | |
| Cheba. | 20 | |
| RIVE GAUCHE : | ||
| Tamerrakecht (3 petits qçars). | 40 | fusils |
| Ifri (3 petits qçars). | 40 | |
| Aït Isfa ou Daoud. | 30 | |
| Amzou. | 300 | |
| Ingbi. | 30 | |
| Tingbit. | 40 | |
| Beni Iffous. | 50 | |
| Aït Moulei Moḥammed. | 100 | |
| Timzourin (2 qçars). | 40 | |
El Kheneg appartient aux Aït Izdeg et n’est peuplé que d’eux.
Langue tamaziṛt.
Pas de marché.
Pas de Juifs.
VI. — Qçar es Souq.
Le district du Qçar es Souq se compose d’un certain nombre de qçars échelonnés sur les rives de l’Ouad Ziz ; en voici l’énumération, dans l’ordre où on les trouve en descendant le fleuve.
| RIVE DROITE : | ||
| Tazouqa. | 200 | fusils. |
| Tagnit. | 40 | |
| Qçar es Souq (composée de 5 qçars :Mouskellal, Qcîba Aït Moḥa ou Ạli, El Ḥaraṭîn, Agaouz, Azrou ;ils forment un cercle au milieu duquel sont le marché et lemellaḥ). | 300 | |
| Tisgedlt. | 100 | |
| Taṛzout (2 qçars). | 100 | |
| Azemmour. | 150 | |
| Targa (2 qçars). | 150 | |
| RIVE GAUCHE : | ||
| Tiṛiourin. | 150 | fusils. |
| Beni Ouaṛaïn (3 qçars). | 100 | |
| Er Raḥba. | 60 | |
| Qçar Djedid Aït Ḥammou (3 qçars). | 60 | |
Le Qçar es Souq est peuplé d’Aït Izdeg et de cherifs. Ceux-ci sont indépendants des premiers. Point de djemaạa ni de chikh pour l’ensemble du district. Chaque qçar a sa djemaạa et son gouvernement à part ; ils ne s’unissent entre eux qu’en cas de guerre.
Langue tamaziṛt.
Un marché, à Qçar es Souq.
Un mellaḥ.
| Distances : | de Mellaḥ Qçar es Souq à Targa comme de Mellaḥ Tiallalin à Aït Çaleḥ. |
| Qçar Djedid Aït Ḥammou est en face de Taṛzout. | |
| Tiṛiourin est en face de Tazouqa. |
VII. — Metrara.
Le district se compose d’un certain nombre de qçars échelonnés sur les bords de l’Ouad Ziz. En voici l’énumération, dans l’ordre où on les rencontre en descendant le cours du fleuve :
| RIVE DROITE : | ||
| Tisgedlt. | 40 | fusils. |
| Beni Meḥelli. | 100 | |
| Asrir. | 200 | |
| Mediouna. | 20 | |
| El Ḥibous. | 400 | |
| Qaçba Qedîma. | 400 | |
| RIVE GAUCHE : | ||
| Oulad el Ḥadj. | 300 | fusils. |
| Qçar Dekhlani. | 150 | |
| El Ṛrouch. | 40 | |
| Qçar Djedid. | 100 | |
| Zaouïa Moulei Ạbd Allah. | 20 | |
| Qçar Berrani. | 100 | |
| Taourirt. | 100 | |
| Sidi Bou Ạbd Allah. | 300 | |
| Ṭitaf. | 200 | |
| Qaçba Djedida. | 200 | |
| Beni Mousi. | 300 | |
| Geri Ourgaz. | 4 | |
| Gaouz. | 100 | |
| Tazenagt. | 400 | |
Le Metṛara n’est habité que par des cherifs et des Qebala : les premiers sont les plus nombreux et ont la prépondérance. Ils sont seuls maîtres du pays. Ils sont libres, n’obéissent pas au sultan et ne sont sous la dépendance d’aucune tribu : ni Berâber ni autres n’ont droit de parler dans le Metṛara. Cherifs et Qebala sont mélangés dans les divers qçars. Point de chikh ni de djemaạa administrant l’ensemble du district. Chaque qçar a son existence isolée, se gouverne au moyen de sa djemaạa et ne s’unit à d’autres qu’en cas de guerre.
On ne parle que l’arabe.
Quatre marchés : tenîn et khemîs à Qaçba Qedîma ; tenîn et khemîs à Sidi Bou Ạbd Allah.
Pas de Juifs.
Un homme est tout-puissant dans le Metṛara et a en sa main tout le district, c’est Chikh Moḥammed El Ạrabi el Derkaoui. Ce chef religieux, qui réside à Gaouz, est extrêmement influent : chaque année, le sultan lui envoie sa part de dîme ; il y a deux ans, il lui a expédié 40 qanṭars (le qanṭar vaut ici 1250 francs). Sidi Moḥammed El Ạrabi avait, à la fin de 1881, appelé les Berâber à la guerre sainte contre les Français ; mais peu après il les contremanda. Son pouvoir est énorme sur tous les Berâber, Aït Atta comme Aït Iafelman. D’un mot, il peut les armer. Par le nombre et la valeur guerrière de ces tribus, tout à sa dévotion, il est un des cinq chefs religieux les plus puissants du Maroc. Il compte au même rang que Moulei Ạbd es Selam el Ouazzâni, Sidi Ben Daoud, Sidi Moḥammed ou Bou Bekr et Sidi El Ḥoseïn.
| Distances : | point de désert entre le Qçar es Souq et le Metṛara. |
| d’Oulad el Ḥadj à Tazenagt comme de Mellaḥ Tiallalin à Tamerrakecht. | |
| de Qçar Djedid Aït Ḥammou à Oulad el Ḥadj comme de Mellaḥ Tiallalin à Aït Çaleḥ. | |
| de Tisgedlt à Targa comme de Mellaḥ Tiallalin à Aït Çaleḥ. | |
| Beni Mousi est en face de Qaçba Qedîma. |
VIII. — Districts inférieurs.
Les trois districts les plus bas de l’Ouad Ziz se composent chacun, comme les précédents, d’une double ligne de qçars échelonnés sur les deux rives du fleuve.
Le Reṭeb comprend 30 ou 40 qçars : population mélangée, cherifs, marabouts, Qebala. Langue arabe. Un mellaḥ.
Le Tizimi se compose de 30 à 40 qçars. Deux mellaḥs.
Le Tafilelt, d’environ 360 qçars. Cinq mellaḥs.
IX. — Affluents de l’Ouad Ziz.
L’Ouad Ziz reçoit divers affluents ; voici quelques-uns d’entre eux :
1o L’Ouad Aït Iaḥia, se jetant sur sa rive gauche à Igli (Aït Ḥediddou).
2o L’Ouad Zaouïa Sidi Ḥamza, se jetant sur sa rive gauche à Tagersift (district du Ziz).
3o L’Ouad Todṛa, se jetant sur sa rive droite au-dessous du Reṭeb, dans un des districts de son cours inférieur.
1o Ouad Ait Iahia. — Il prend sa source dans le Grand Atlas et se jette sur la rive gauche de l’Ouad Ziz à Igli (Aït Ḥediddou). Voici les qçars que l’on rencontre sur son cours, en le descendant :
| RIVE GAUCHE : | ||
| Tazarin. | 90 | fusils. |
| Izloufa. | 20 | |
| Tabouạrbit. | 50 | |
| Anfergal. | 150 | |
| El Bordj. | 10 | |
Ces qçars appartiennent aux Aït Iaḥia, fraction des Aït Iafelman. Les Aït Iahia sont très nombreux, mais presque tous nomades ; ils ne possèdent pas d’autres qçars que les 5 précédents. Ils sont indépendants et passent pour grands pillards. Leurs quelques qçars n’ont point de chikh spécial.
Langue tamaziṛt.
Ni marché, ni Juifs.
| Distances : | d’El Bordj à Igli comme de Mellaḥ Tiallalin à Aït ou Alil. |
| d’El Bordj à Tazarin comme de Mellaḥ Tiallalin à Aït Çaleḥ. | |
| Point de désert entre ces deux derniers points. |
2o Ouad Sidi Hamza. — Il prend sa source au Djebel El Ạïachi et se jette sur la rive gauche de l’Ouad Ziz à Tagersift (Ziz). Voici les qçars qu’il arrose, dans l’ordre où on les trouve en le descendant :
| RIVE DROITE : | ||
| Tazrouft (marabouts). | 200 | fusils |
| Zaouïa Sidi Ḥamza (marabouts). | 300 | |
| Aït ou Allou (2 qçars) (Aït Izdeg). | 100 | |
| Aït Iạqob (Aït Ḥediddou). | 600 | |
| Tanṛerift (Ait Ḥediddou). | 50 | |
| Toullist (4 qçars) (Aït Izdeg). | 200 | |
Langue tamaziṛt.
Pas de marché.
Deux Juifs à Zaouïa Sidi Ḥamza.
| Distances : | de Tagersift à Tanṛerift comme de Mellaḥ Tiallalin à Qçar es Souq. |
| Défilé désert assez long entre ces deux points, appelé Kheneg Tarq. | |
| de Tanṛerift à Aït Iạqob comme de Mellaḥ Tiallalin à Aït ou Alil. | |
| Désert entre ces deux points. | |
| d’Aït Iạqob à Aït ou Allou comme de Mellaḥ Tiallalin à Qçar es Souq. | |
| Désert entre ces deux points. | |
| d’Aït ou Allou à Zaouïa Sidi Ḥamza comme de Mellaḥ Tiallalin à Aït Ọtman. | |
| Désert entre ces deux points. | |
| de Zaouïa Sidi Ḥamza à Tazrouft comme de Mellaḥ Tiallalin à Aït ou Alil. | |
| Désert entre ces deux points. | |
| de Toullist à Tagersift comme de Mellaḥ Tiallalin à Aït ou Alil. |
L’Ouad Zaouïa Sidi Ḥamza reçoit un affluent, l’Ouad Nezala, se jetant sur sa rive gauche à Toullist.
Ouad Nezala. — Il prend sa source au Djebel El Ạbbari ; voici les qçars qui se trouvent sur son cours, dans l’ordre où on les trouve en le descendant :
| Ibabaḥen | rive droite, | 6 | fusils. |
| Ạbbari | rive gauche, | 40 | |
| Qcîra ou Ba El Ḥasen | rive gauche, | 20 | |
| Bou Seroual | rive droite, | 20 | |
| Nezala | rive droite, | 20 | |
| Tiffitra | rive droite, | 8 | |
| Semlal | rive gauche, | 10 | |
| Tazalaṛt | rive gauche, | 30 |
Tous ces qçars appartiennent aux Aït Izdeg.
Langue tamaziṛt.
Ni marché, ni Juifs.
| Distances : | de Toullist à Tazalaṛt comme de Mellaḥ Tiallalin à Aït Çaleḥ. |
| Désert entre ces deux points. | |
| de Tazalaṛt à Semlal comme de Mellaḥ Tiallalin à Aït Çaleḥ. | |
| Désert entre ces deux points. | |
| de Semlal à Tiffitra comme de Mellaḥ Tiallalin à Aït ou Alil. | |
| Désert entre ces deux points. | |
| de Tiffitra à Nezala comme de Mellaḥ Tiallalin à Aït Ọtman. | |
| Désert Taqqat Nezala entre ces deux points. | |
| de Nezala à Ibabaḥen comme de Mellaḥ Tiallalin à Aït ou Alil. |
3o Ouad Todra. — L’Ouad Todṛa, d’une grande importance, et par lui-même, et par son affluent l’Ouad Ṛeris, fera l’objet d’un article spécial.
2o. — OUAD TODRA.
I. Ouad Todra.
L’Ouad Todṛa prend sa source à peu de distance de l’oasis du Todṛa, dans les hauts massifs qu’on en aperçoit vers le nord-ouest. Le mont d’où il sort s’appelle Aqqa Tizgi ; c’est une muraille rocheuse du pied de laquelle jaillissent des sources abondantes qui forment l’Ouad Todṛa. De là il va arroser la longue bande du Todṛa, où il a toujours de l’eau, été et hiver. Au sortir de cette oasis, le lit s’en dessèche et les bords en deviennent déserts jusqu’au Ferkla. Il arrose le Ferkla, puis rentre dans le désert : du point où il sort du Ferkla à celui où il se jette dans le Ziz, on ne trouve plus sur ses rives aucune grande oasis, mais seulement de loin en loin quelque qçar isolé entouré de dattiers, simple tache dans la plaine. Dans la portion inférieure de son cours, il porte souvent le nom d’Ouad Ferkla.
Nous allons étudier successivement le Todṛa, le Ferkla et les qçars au-dessous de Ferkla.
1o TODRA. — L’oasis du Todra se compose de deux parties : d’abord le Todṛa proprement dit, formé des qçars appartenant à la tribu chleuḥa des Todṛa, en second lieu une série de qçars appartenant aux Berâber. Tous sont sur le cours même de l’Ouad Todṛa, ceux-ci au-dessous des premiers. Une longue bande de palmiers, courant sans interruption sur les bords de la rivière, enveloppe les uns et les autres ; aucune frontière apparente n’existe entre ceux des Todṛa et ceux des Berâber.
Todra proprement dit. — Voici les noms des qçars qui le composent, dans l’ordre où on les rencontre en descendant l’Ouad Todṛa :
| Aït Baḥa | ⎫ ⎬ ⎭ | Tizgi | rive gauche, | 20 | fusils. | |
| Aït Ousal (Zaouïa Sidi Ạbd el Ạli) | rive droite, | 120 | ||||
| Tabia | rive gauche, | 30 | ||||
| Aït Ạchcha | rive droite, | 25 | ||||
| Aït Sidi ou Brahim | rive gauche, | 100 | ||||
| Aït Zakri | ⎫ ⎪ ⎪ ⎬ ⎪ ⎪ ⎭ | Aït Senan | rive gauche, | ⎫ ⎪ ⎪ ⎬ ⎪ ⎪ ⎭ | 300 | |
| Aït Segmounni | rive gauche, | |||||
| Aït Ismen | rive gauche, | |||||
| Aït Çaïb ou Ọtman | rive gauche, | |||||
| Iḥedzamen | rive gauche, | |||||
| Zaouïa Iḥedzamen | rive gauche, | |||||
| Aït Ạriṭan | rive droite, | 100 | ||||
| Aït Ijjou | rive droite, | 15 | ||||
| Aït Barra | rive droite, | 40 | ||||
| Aït Ouzana | rive droite, | 100 | ||||
| Asfalou | rive gauche, | 50 | ||||
| Aït Zilal | rive gauche, | 30 | ||||
| Tagounsa | rive gauche, | 35 | ||||
| Aït Bou Oujjan | rive gauche, | 120 | ||||
| Ismarin | rive droite, | 40 | ||||
| Tikoutar | rive gauche, | 100 | ||||
| Tiidrin | rive gauche, | 80 | ||||
| Taourirt | rive droite, | 150 | ||||
| Aït Ourjedal | rive droite, | 40 | ||||
| Afanour | rive gauche, | 200 | ||||
| Tiṛremt | rive droite, | 50 | ||||
| Tinṛir | rive droite, | 200 | ||||
| Imousas | rive gauche, | 30 | ||||
| Ilougan (Zaouïa Oulad Sidi Ḥamed Ben Ạbd eçÇadoq) | rive gauche, | 30 | ||||
| Ḥelloul | rive gauche, | 70 | ||||
| Tamasint | rive gauche, | 50 | ||||
| Aït b Oulman | rive droite, | 25 | ||||
| Azrou | rive droite, | 25 | ||||
| Tagoummast | sur les deux rives, | 200 | ||||
| Ifri | rive gauche, | 20 | ||||
| Aït El Ḥasen ou Ạli | rive droite, | 30 | ||||
| Aït El Qaṭi | rive droite, | 20 | ||||
| Iạdouan | rive droite, | 60 | ||||
| Aït Iaḥia | rive droite, | 10 | ||||
| Aït Moḥammed | rive gauche, | 150 | ||||
| Aït Iạla | rive droite, | 50 | ||||
| Ikhba | ⎫ ⎬ ⎭ | Amzaourou | rive gauche, | 200 | ||
| Aït Bou Iaḥia | ||||||
| Aït Ḥammi | ||||||
| Ḥara Imziouan | ⎱ ⎰ | El Ḥara | rive droite, | 600 | ||
| Ḥara Mrabṭin (Zaouïa Sidi el Ḥadj Ạmer) | ||||||
Les qçars que nous venons d’énumérer composent toute la tribu des Todṛa. Les Todṛa sont Chellaḥa ; ils se subdivisent en deux fractions, Aït Çaleḥ et Aït Genad : tel qçar appartient à telle fraction ; dans certains, les deux fractions sont mélangées. Chaque qçar a son gouvernement à part et vit isolé des autres, ne s’en rapprochant qu’en cas de guerre ; leur organisation à tous est identique : ils se nomment chacun un chikh el ạam tous les premiers de l’an. En temps ordinaire, aucun lien entre les différents qçars : on ne se concerte, on ne se réunit que s’il y a guerre. Les Todṛa sont indépendants. Ils n’ont de debiḥa sur personne, pas même sur leurs puissants voisins les Berâber. Leur nombre et surtout leur caractère belliqueux ont sauvé leur indépendance.
Les Todṛa ont un qaḍi, Sidi Ḥamed d Aït Sidi Ạïssa, habitant Tinṛir.
Langue tamaziṛt.
Deux marchés, tenîn et khemîs de Tinṛir.
Quatre mellaḥs.
| Distances : | de Tinṛir à El Ḥara comme de Tinṛir à Tizgi, ou quelques centaines de mètres de plus. |
| de Taourirt à Asfalou 2 fois 1/2 comme de Taourirt à Tinṛir. | |
| d’Asfalou à Tizgi 4 fois comme de Taourirt à Tinṛir. |
De Tizgi à El Ḥara, tout l’ouad n’est que cultures et dattiers (bou feggouç et bou souaïr) ; pas de désert.
Qçars des Beraber faisant partie de l’oasis. — Voici leur énumération, dans l’ordre où on les rencontre en descendant l’ouad ; ils font suite immédiatement aux précédents :
| Taria Ilemsan | rive droite, | 40 | fusils |
| Tiṛremt Aït b ou Iknifen | rive droite, | 20 | |
| Ignaouen | rive droite, | 50 | |
| Tiṛremt Aït Iạzza | rive gauche, | 50 | |
| Aït el Miskin (zaouïa) | rive gauche, | 30 | |
| Tiṛrematin Aït Aïssa ou Brahim (2 qçars : Tiṛremt Fouqania, Tiṛremt Taḥtania) | rive gauche, | 100 | |
| Tachbacht Aït Isfoul | rive gauche, | 50 |
Ces qçars, bien que se touchant, sont indépendants les uns des autres ; ils appartiennent, l’un à telle fraction des Berâber, l’autre à telle autre, et suivent le sort de leurs propriétaires.
| Distances : | de El Ḥara à Taria Ilemsan comme de Taourirt à Asfalou. |
| de Taria à Tiṛremt Aït b ou Iknifen comme de Taourirt à Asfalou. | |
| de Tiṛremt Aït b ou Iknifen à Ignaouen comme de Taourirt à Asfalou. | |
| de Tiṛremt Aït Iạzza à T. Aït Aïssa ou Brahim comme de Taourirt à Tinṛir. | |
| de T. Aït Aïssa ou Brahim à Tachbacht Aït Isfoul comme de Taourirt à Asfalou. | |
| Ignaouen et Tiṛremt Aït Iạzza se font face. |
2o FERKLA. — L’oasis du Ferkla se compose d’un certain nombre de qçars, échelonnés sur les deux rives de l’Ouad Todṛa, au milieu d’une bande de palmiers qui les enveloppe tous. Voici l’énumération de ces qçars, dans l’ordre où on les rencontre en descendant l’ouad :
| RIVE DROITE : | ||
| El Khorbat (Aït Melṛad). | 400 | fusils. |
| Chạt (2 qçars) (Aït Melṛad). | 200 | |
| Aït Ben Nacer (marabouts). | 30 | |
| Aït Ạsem (Aït Melṛad). | 200 | |
| Tirdouin (Ahel Ferkla). | 120 | |
| Gardmit (Aït Melṛad). | 200 | |
| RIVE GAUCHE : | ||
| Asrir (Ahel Ferkla). | 600 | fusils. |
| Cheurfa Taïrza (cherifs). | 50 | |
| Talalt (Ahel Ferkla). | 50 | |
| Tiṛfert (Ḥaraṭîn). | 200 | |
| Aït Sidi El Houari (marabouts). | 400 | |
| Oulad Mạmmer (Ahel Ferkla). | 150 | |
La population du Ferkla est composée partie d’Aït Melṛad, partie d’Ahel Ferkla, partie de Ḥaraṭîn, partie de marabouts. Les uns et les autres sont indépendants. Les Ahel Ferkla sont des Chellaḥa ; les qçars que nous venons de mentionner comme leur appartenant, forment toute leur tribu ; ils sont libres et n’ont de debiḥa sur personne : les Aït Melṛad mêmes, leurs puissants voisins, ne sont pas plus indépendants qu’eux. Les Ḥaraṭîn et les marabouts ont su également conserver leur liberté.
Les divers qçars du Ferkla vivent isolés les uns des autres, chacun avec son gouvernement particulier ; ce gouvernement est le même dans tous : celui d’un chikh el ạam. Aucun lien commun n’unit les qçars entre eux.
Les dattes du Ferkla sont des bou feggouç et des bou souaïr.
Langue tamaziṛt.
Deux marchés, ḥad et khemîs d’Asrir.
Un mellaḥ.
| Distances : | d’El Khorbat à Oulad Mạmmer comme de Tinṛir (Todṛa) à Aït Moḥammed. |
| Gardmit est en face d’Oulad Mạmmer. |
3o QÇARS AU-DESSOUS DU FERKLA. — Il existe un chemin direct du Todṛa au Tafilelt, par le cours de l’Ouad Todṛa. Le voici :
On quitte le Ferkla et l’on s’engage dans le désert en descendant la rive droite de l’Ouad Todṛa. On arrive d’abord à :
Izelf Aït Melrad, qçar de 50 fusils, entouré de dattiers ; il est à quelque distance de l’Ouad Todṛa et n’est alimenté que par des sources.
Distance : du Ferkla à Izelf comme d’Imiṭeṛ à Timaṭṛeouin.
De là on gagne :
Igli Aït Khelifa, grand qçar de 300 fusils, entouré de dattiers, habité par une population de marabouts (Oulad Sidi El Houari), de Ḥaraṭîn et d’Aït Khelifa (Aït Atta). Il est aussi à quelque distance de la rivière, sur sa rive droite ; il est arrosé par des sources.
Distance : d’Izelf à Igli comme 2 fois de Taourirt (Todṛa) à Asfalou.
Puis on passe à :
Mellạb Aït Iạzza, qçar de 100 fusils, entouré de dattiers. Mellạb se trouve sur la rive gauche de l’Ouad Todṛa. Chemin faisant, on a traversé la rivière à mi-route entre Igli et Mellạb.
Distance : d’Igli à Mellạb comme deux fois de Taourirt à Asfalou.
On continue à descendre la rive gauche du cours d’eau et on arrive à :
Oul Touroug, qçar de 150 fusils, entouré de dattiers, appartenant aux Aït Iạzza et aux Aït Khelifa. Il est situé sur le bord même de l’ouad (rive gauche).
Distance : de Mellạb à Oul Touroug comme de Taourirt (Todṛa) à Foum el Qous n Tazoult.
De là on continue à descendre l’Ouad Todṛa, qui, peu au-dessous d’Oul Touroug, reçoit sur sa rive gauche l’Ouad Ṛeris. Puis on parvient à :
Tilouin, grand qçar, entouré de dattiers, situé sur le bord de la rivière (rive gauche). C’est auprès de Tilouin qu’eut lieu, en 1883, une grande bataille entre les Aït Atta et les Aït Melṛad. Le qçar appartient actuellement aux Aït Melṛad.
Distance : d’Oul Touroug à Tilouin comme de Mellạb à Oul Touroug.
De Tilouin, en descendant toujours l’Ouad Todṛa, on arrive à :
Fezna, qçar de 300 fusils, entouré de dattiers, s’élevant au bord du cours d’eau (rive gauche). Il appartient aux Aït Iafelman.
Distance : de Tilouin à Fezna comme de Taourirt (Todṛa) à Imiṭeṛ.
Peu au-dessous de Fezna, l’Ouad Todṛa se jette, dit-on, dans l’Ouad Ziz : ce confluent se trouverait non loin d’El Djerf sur le Ziz.
II. — Ouad Imiter.
L’Ouad Todṛa reçoit deux affluents importants : l’Ouad Imiṭeṛ, se jetant sur sa rive droite dans la portion inférieure de l’oasis du Todṛa, au-dessous du qçar d’Aït Iaḥia, en face de celui d’Aït Moḥammed ; l’Ouad Ṛeris, se jetant sur sa rive gauche à quelque distance au-dessous d’Oul Touroug.
Nous allons les étudier l’un après l’autre.
L’Ouad Imiṭeṛ prend sa source dans les massifs qui s’élèvent au nord de la plaine d’Anbed. Il arrose successivement sur son cours :
| Imiṭeṛ (groupe de quatre qçarscontigus : Aït Brahim, Iṛir, Taouaḥmant, Aït Moḥammed,appartenant tous aux Aït b ou Iknifen). | 150 | fusils. | ||
| Timaṭṛeouin Ignaouen. | 50 | |||
| Qcîba Aït Moulei Ḥamed | rive gauche | ⎫ ⎬ ⎭ | 50 | |
| Qcîba Moulei Brahim | rive droite | |||
| Qcîba Imougar | rive gauche | |||
Les jardins de ces trois derniers qçars se touchent ; ceux-ci ne forment qu’un seul groupe ; deux d’entre eux appartiennent à des cherifs, le dernier à des Aït Atta (les Imougar sont une subdivision des Aït Isfoul).
De là, l’Ouad Imiṭeṛ passe à
| Tilouin Aït Isfoul | rive droite, 20 fusils. |
Puis il va se jeter dans l’Ouad Todṛa, en face d’Aït Moḥammed.
Des trois qcîbas à Tilouin, comme de Tilouin à Aït Moḥammed, il n’y a que le désert.
| Distances : | de Qcîba Imougar à Tilouin comme de Timaṭṛeouin à Foum el Qous. |
| de Tilouin à Aït Moḥammed comme de Timaṭṛeouin à Foum el Qous. |
III. — Ouad Reris.
L’Ouad Ṛeris prend sa source sur le versant méridional du Grand Atlas. Le premier endroit habité qu’il arrose est le district d’Amtrous. Après l’avoir traversé, il rentre dans le désert ; puis on trouve successivement sur son cours, en le descendant : une réunion de 5 qçars appartenant aux Aït Melṛad, un désert, le district de Semgat, un désert, un groupe de 4 qçars des Aït Melṛad, un désert, l’oasis de Taderoucht, un désert, le Ṛeris. Au sortir du Ṛeris, il rentre dans le désert et y demeure jusqu’à son confluent avec l’Ouad Todṛa, à peu de distance d’Oul Touroug.
AMTROUS. — Le district d’Amtrous se compose d’un certain nombre de qçars, situés sur l’Ouad Ṛeris ; en voici les noms, dans l’ordre où on les trouve en descendant la rivière :
| Toumlilin | rive droite, | 30 | fusils |
| Aït Daoud ou Ạzzi | rive gauche, | 70 | |
| Taadadats | rive gauche, | 50 | |
| Timoula | rive gauche, | 50 | |
| Igedman | rive droite, | 40 | |
| Aït Hani | rive gauche, | 50 | |
| Tizeggarin | rive gauche, | 30 | |
| Asing | rive gauche, | 100 | |
| Tiidrin | rive gauche, | 100 |
Le district d’Amtrous est habité partie d’Aït Melṛad, partie d’Aït Ḥediddou. Ces deux fractions se partagent les différents qçars.
Ni marché, ni Juifs.
Distance : d’Aroraï à Tiidrin comme de Taourirt à El Ḥara (Todṛa).
AIT MELRAD. — Au-dessous de ce district, se trouvent, séparés de lui par un désert assez court, 5 qçars unis en un seul groupe, appartenant aux Aït Melṛad ; ce sont, dans l’ordre où on les trouve en descendant la rivière :
| Aroraï. | 100 | fusils. |
| Achoul Sidi Bou Iạqob. | 100 | |
| Aït Sidi Moḥammed ou Iousef. | 20 | |
| Aït er Riban. | 30 | |
| Amougger. | 100 |
Ni marché, ni Juifs.
| Distance : | d’Imiṭeṛ à Amougger comme de Tinṛir à El Ḥara. |
| Les cinq qçars se touchent. |
SEMGAT. — Au-dessous de ces cinq qçars, sur le cours de l’Ouad Ṛeris, se trouve, séparé d’eux par un court désert, le district de Semgat. Il se compose des qçars suivants, échelonnés sur les bords de la rivière ; les voici, dans l’ordre où on les rencontre en la descendant :
| Imiṭeṛ (2 qçars : Aït Brahim, El Qçar el Kebir) | rive gauche, | 100 | fusils. |
| Aït Ouahi | rive gauche, | 30 | |
| Aït Selîman | rive gauche, | 50 | |
| Aït Ioub | rive gauche, | 80 | |
| Aït Bou Izzem | rive droite, | 30 | |
| Imelouan | rive gauche, | 50 | |
| Amellagou | rive gauche, | 40 |
Le district de Semgat appartient aux Aït Melṛad et n’est peuplé que d’eux.
Ni marché, ni Juifs.
| Distances : | de Taḥamdount au Semgat comme de Tizgi à El Ḥara (Todṛa). |
| d’Amellagou à Imiṭeṛ comme de Taourirt à Tinṛir. |
AIT MELRAD. — Au-dessous du Semgat, séparé de lui par un désert assez court, se trouve, sur l’Ouad Ṛeris, un groupe de 4 qçars appartenant aux Aït Melṛad. Ce sont, dans l’ordre où on les voit en descendant la rivière :
| Taḥamdount | rive droite, | 30 | fusils. |
| Qçar Kebir Aït Brahim | rive droite, | 30 | |
| Qçar Aït Brahim | rive gauche, | 30 | |
| Timzgit (2 qçars) | sur les deux rives, | 50 |
Ces localités sont toutes entourées de dattiers ; ce sont les premières de l’Ouad Ṛeris qui en possèdent ; plus haut, cet arbre ne croît pas : au-dessus de Taḥamdount, les oliviers, les grenadiers, les figuiers sont les seules essences qui poussent sur les bords de la rivière : au-dessous de ce qçar, pas un lieu habité où il n’y ait des palmiers.
Ni Juifs, ni marché.
| Distances : | de Timzgit au Taderoucht comme d’Asfalou à Aït Moḥammed. |
| de Timzgit à Aït Brahim comme de Taourirt à Tinṛir. | |
| Qçar Kebir Aït Brahim fait face à Qçar Aït Brahim. | |
| De Qçar Kebir Aït Brahim à Taḥamdount, 400 mètres. |
TADEROUCHT. — Au-dessous de ces 4 qçars, séparée d’eux par un court désert, se trouve, sur l’Ouad Ṛeris, l’oasis de Taderoucht ; elle se compose d’un certain nombre de qçars échelonnés sur les deux rives du cours d’eau, au milieu d’une bande continue de palmiers. Voici les noms de ces localités, dans l’ordre où on les trouve en descendant la rivière :
| Moui (Qebala) | rive droite, | 200 | fusils. |
| Aourir (marabouts) | rive gauche, | 50 | |
| Iṛerm n Cherif (Qebala) | rive gauche, | 20 | |
| El Ḥara (marabouts et Qebala) | rive gauche, | 60 | |
| Qcîrat Sidi Ạbd Allah ou Ạli (marabouts) | rive gauche, | 10 | |
| Taziat (Berâber) | rive gauche, | 80 | |
| Zenba (marabouts) | rive gauche, | 30 | |
| El Bordj (marabouts) | rive gauche, | 50 |
Aucun lien n’existe en temps habituel entre les divers qçars du Taderoucht. Chacun vit isolément, administré par son chikh el ạam.
Langue tamaziṛt.
Pas de marché.
Un mellaḥ.
| Distances : | du Ṛeris au Taderoucht comme de Tinṛir à El Ḥara (Todṛa). |
| d’El Bordj à Moui comme de Taourirt à Tinṛir. |
RERIS. — Au-dessous du Taderoucht, séparée de lui par un court désert, se trouve, sur le cours de la même rivière, la grande oasis du Ṛeris. C’est une longue ligne de qçars échelonnés sur les bords de l’Ouad Ṛeris, au milieu d’un ruban d’épaisses plantations de dattiers. Voici l’énumération de ces qçars, dans l’ordre où on les trouve en descendant le cours d’eau ; ils sont tous sur la rive droite :
| Maggaman (Berâber). | 30 | fusils. |
| Aït Iaḥia ou Ọtman (Berâber). | 400 | |
| Gelmima (Berâber). | 250 | |
| Kherraza (Berâber). | 50 | |
| Aït Mouch (Chellaḥa indépendants). | 50 | |
| Takatirt (Berâber). | 40 | |
| Bou Tnefit (Chellaḥa indépendants). | 150 | |
| Sidi Moḥammed ou El Ḥasen (marabouts). | 30 | |
| Gaouz Aït Sidi Ạmer (marabouts). | 25 | |
| Aït Sidi Ạmer (marabouts). | 50 | |
| Cheurfa Aqqa (cherifs). | 50 | |
| Ifsaḥen (Chellaḥa indépendants). | 100 | |
| Aït Iạqob (Chellaḥa indépendants). | 40 | |
| Aït Sidi Ạli (marabouts). | 30 | |
| Aït Sidi Ạmer (marabouts). | 30 | |
| Amtoz (Chellaḥa indépendants). | 40 | |
| Aït Mouḥ ou Iaḥia (Chellaḥa indépendants). | 80 | |
| Khelil (Chellaḥa indépendants). | 50 | |
| Tourza (marabouts). |
Tous ces qçars sont au bord même de l’ouad, arrosés par la conduite dite sagia taḥtia, « canal inférieur ». Il y a encore 5 localités, situées à quelques centaines de mètres du cours d’eau, sur la même rive, alimentées par un autre canal, sagia fouqania, « canal supérieur ». Elles sont unies en un seul groupe et fort rapprochées les unes des autres ; elles se trouvent vis-à-vis d’Aït Iaḥia ou Ọtman et de Gelmima. En voici les noms :
| Ireṛrer (Chellaḥa indépendants). | 50 | fusils. |
| Tiouanin (Chellaḥa indépendants). | 40 | |
| Zerrara (Chellaḥa indépendants). | 40 | |
| Aït Ketto (Chellaḥa indépendants). | 100 | |
| Aït Ḥarṭ (Chellaḥa indépendants). |
Les habitants du Ṛeris sont indépendants ; chaque qçar appartient à ceux qui l’habitent. Tous s’administrent isolément, comme dans le Ferkla. L’organisation en est uniforme : ils ont chacun leur chikh el ạam. Aucun lien ne les unit entre eux ; ils ne se joignent qu’en cas de guerre.
Les dattiers du Ṛeris produisent des bou feggouç et des bou souaïr.
Langue tamaziṛt.
Deux marchés : tenîn et khemîs à Aït Iaḥia ou Ọtman.
Deux mellaḥs.
Distance : de Maggaman à Tourza comme d’Asfalou à Iạdouan (Todṛa).
IV. — Localités entre les ouads Todra et Reris.
Entre les ouads Todṛa et Ṛeris, se trouvent trois petites localités ; ce sont, dans l’ordre où on les trouve en allant du Todṛa à Oul Touroug :
Taddart n Oumira. — Petit qçar situé entre le Todṛa et le Ṛeris, à quelque distance au sud du talus de roche rose qui borde le nord de la plaine entre ces deux oasis. Population mélangée d’Aït Atta et d’Aït Melṛad. 40 fusils. Point de cours d’eau ; les jardins sont arrosés par des sources. On laisse ce qçar à main gauche en allant du Ferkla au Ṛeris et on ne l’aperçoit pas du chemin.
| Distances : | de Ṭaddart n Oumira au Ferkla comme d’El Khorbat à Oulad Mạmmer. |
| de Ṭaddart n Oumira au Ferkla comme 2 fois de Taourirt (Todṛa) à Asfalou (Todṛa). | |
| de Ṭaddart n Oumira au Todṛa comme 2 fois de Taourirt (Todṛa) à Aït Iidir (Dâdes). | |
| de Ṭaddart n Oumira au Ṛeris comme 2 fois de Taourirt (Todṛa) à Timaṭṛeouin. |
El Mkhater. — Petit qçar entouré de palmiers situé, entre le Ferkla et le Ṛeris, près de Ṭaddart n Oumira.
Zaouïa Sidi El Houari. — Petite zaouïa située au milieu de la plaine, entourée de jardins sans palmiers ; l’eau qui l’alimente provient des sources de Ṭaddart n Oumira et est amenée par des canaux. On passe auprès d’elle en allant du Ferkla au Ṛeris.
V. — Qçars du Sarro.
Toute la région s’étendant au nord du Todṛa, de cette oasis à l’Oussikis, est inhabitée. C’est une contrée montagneuse et déserte.
Au sud du Todṛa, au contraire, dans le Petit Atlas qui porte encore le nom de Saṛro, il existe plusieurs localités.
Le Saṛro, qui s’étend du Mezgîṭa au Dâdes et qui se prolonge jusque auprès du Ferkla, ne va pas plus loin vers l’est. Au delà du Ferkla, ou, comme je le crois, le Petit Atlas expire, ou du moins il cesse de porter le nom de Saṛro. Il existe plusieurs qçars dans les flancs de cette chaîne : on les appelle les qçars du Saṛro ; en voici les noms :
Tagdielt Aït Bou Daoud. — Ce sont trois tiṛremts qui ne sont point habitées d’une manière continue, et où les Aït Bou Daoud emmagasinent leurs biens tandis qu’eux-mêmes vivent sous la tente. Tagdielt est arrosée par des sources ; elle se trouve à la lisière sud de la vaste plaine d’Anbed, dans un repli de la montagne.
| Distances : | de Tagdielt à Imiṭeṛ comme de Taourirt à Timaṭṛeouin. |
| de Tagdielt à Tiilit comme de Taourirt à Timaṭṛeouin. |
Aït Merset. — Une seule qaçba appartenant aux Aït Merset, fraction des Aït Ouniṛ. Elle est arrosée par des sources. Elle est située dans un fond, sur les premières pentes du Saṛro.
| Distances : | d’Aït Merset à Tagdielt comme d’Imiṭeṛ à Timaṭṛeouin. |
| d’Aït Merset à Imiṭeṛ comme d’Imiṭeṛ à Foum el Qous. | |
| d’Aït Merset à Tiilit comme d’Imiṭeṛ à Taourirt. |
Qçîbat Ilemsan. — Elles se composent de 4 tiṛremts. Des sources les alimentent ; un cours d’eau se trouve auprès, mais il n’a d’eau que lorsqu’il pleut.
| Distances : | de Qcîbat Ilemsan à Aït Merset comme de Taourirt à Foum el Qous. |
| de Qcîbat Ilemsan à Imiṭeṛ comme de Taourirt à Foum el Qous. | |
| de Qcîbat Ilemsan à Taourirt comme 2 fois de Taourirt à Timaṭṛeouin. | |
| de Qcîbat Ilemsan à Tiilit comme 2 fois de Taourirt à Timaṭṛeouin. |
Ti n Iourkan. — Elle est formée d’un grand qçar et de 4 tiṛremts. Elle appartient à des Aït Atta de diverses fractions, Ignaouen, Aït b ou Iknifen, Aït Iạzza. Des sources l’alimentent. De là part un chemin qui se rend au Dra, par le Tazarin : deux jours de marche de Ti n Iourkan au Tazarin, deux autres de Tazarin au Qtaoua.
| Distances : | de Ti n Iourkan à Qcîbat Ilemsan comme de Taourirt à Foum el Qous. |
| de Ti n Iourkan à Tiilit comme de Taourirt à Aït Iidir (Dâdes). | |
| de Ti n Iourkan à Taourirt comme de Taourirt à Imiṭeṛ. |
Irerman Azdar. — Elle est formée de 4 tiṛremts et habitée, comme Ti n Iourkan, par des Aït Atta de diverses fractions. Des sources l’alimentent.
| Distances : | d’Iṛerman Azdaṛ à Ti n Iourkan comme 2 fois de Taourirt à Asfalou. |
| d’Iṛerman Azdaṛ à Taourirt comme de Taourirt à Imiṭeṛ. | |
| d’Iṛerman Azdaṛ à Qcîbat Ilemsan comme de Taourirt à Foum el Qous. |
Point de dattiers dans le Saṛro ; à tous les qçars que nous venons de citer, il y a pour toute verdure quelques cultures de céréales et de maigres jardins, comme à Imiṭeṛ.
Pas de marché, ni de Juifs.
3o. — BERABER.
Les Berâber, dont le nom est si célèbre, sont une grande tribu, la plus puissante du Maroc. Elle couvre de ses tentes le vaste quadrilatère compris entre l’Ouad Ziz, l’Ouad Dâdes et l’Ouad Dra, possède une foule de qçars sur ces trois cours d’eau et, dépassant ces limites, s’étend au nord sur des portions du versant septentrional du Grand Atlas. Au sud, aucune tribu ne la borne : ses campements s’avancent jusqu’au seuil du Grand Désert, ses ṛezous, terreur du Sahara, le parcourent jusqu’au Soudan. Comme les Ida ou Blal, les Berâber font métier d’escorter et de piller les caravanes sur la route de Timbouktou. A l’est et à l’ouest, ils débordent en quelques points au delà des fleuves qui leur servent de frontières naturelles, et s’étendent au nord-est sur le haut cours du Gir, au sud-ouest jusqu’aux Ida ou Blal.
Les Berâber sont Imaziṛen et ne parlent que le tamaziṛt. Un certain nombre sont sédentaires ; la plupart, de beaucoup, sont nomades. Ils se divisent en deux grandes branches, les Aït Atta et les Aït Iafelman ; chacune d’elles se subdivise elle-même en de nombreuses fractions. En temps ordinaire, ces fractions se gouvernent isolément, tout petit groupe, tout qçar ayant son chikh el ạam, magistrat élu, se renouvelant chaque année, possesseur d’une autorité fort limitée. En cas d’affaire grave, on se concerte, soit dans les différentes parties d’une fraction, soit plusieurs fractions ensemble, soit tout un groupe, soit la totalité des Berâber : alors on s’assemble partout, on nomme des députés qui se réunissent en djemaạa générale, délibèrent et décident. En 1882, l’assemblée générale des Berâber s’est, dit-on, réunie ; elle était composée de délégués de toutes les fractions et formait un total de près de 1000 personnes. Ce fait a lieu rarement, car presque toujours la discorde règne parmi les Berâber : lors de mon passage, Aït Atta et Aït Iafelman étaient en hostilités, et les Aït Atta étaient divisés entre eux. En cas de guerre générale, les Berâber élisent un chikh unique dont l’autorité est illimitée ; dans les guerres particulières, chaque parti agit de même.
Voici la décomposition des Berâber :
| Aït b ou Iknifen (Dra, Oussikis, Tazarin,désert) | 1500 | fusils. | |||||||||||
| Aït Zemroui | Ilemsan (Ternata, Dâdes,désert) | 300 | |||||||||||
| Ignaouen (Qtaoua, Dâdes,désert) | 500 | ||||||||||||
| Aït Ạïssa ou Brahim (auxquelsappartiennent les Izknasen) (Fezouata, Dâdes, désert) | 500 | ||||||||||||
| Aït Ouniṛ (Dra, Dâdes,désert) | 800 | ||||||||||||
| Aït Isfoul (Fezouata, Dâdes,désert) | 1000 | ||||||||||||
| Aït Atta | Aït Bou Daoud (Qtaoua, Dâdes,Tazarin, désert) | 500 | |||||||||||
| Aït Khelifa (Igli, Oul Touroug,au-dessous du Ferkla) | 150 | ||||||||||||
| Ouchchan (aux environs duTafilelt) | 200 | ||||||||||||
| Aït Ḥachchou | Aït El Fersi (au-dessous duTodṛa) | 30 | |||||||||||
| Aït Ounbegi (ils portent aussi lenom d’Aït Khebbach (ou Khebbas) (Dra, Reṭeb, désert) | 2000 | ||||||||||||
| Aït Iạzza (qçar au sud du Todṛa,désert) | 1500 | ||||||||||||
| Aït ou Allal (desquels fontpartie les Aït Ạlouan, les Aït b Oulman, les Imsouffa) | 2000 | ||||||||||||
| Izligen (Qtaoua) | 80 | ||||||||||||
| Berâber | Aït Brahim | Les Aït Ḥediddoun’ont pas d’autres qçars que ceux qui ont été mentionnés plushaut ; très grand nombre de tentes ; 3000 fantassins et600 chevaux. | |||||||||||
| Aït Ḥediddou | Aït Ạmer | ||||||||||||
| Aït Iạzza | |||||||||||||
| Aït Iaḥia (ils ne possèdent commeqçars que ceux qui ont été mentionnés plus haut, mais ont un trèsgrand nombre de tentes. Ils s’étendent jusqu’aux Aït Seri et jusqueprès des Ichqern, sur les pentes nord de l’Atlas. Leur territoireest tout entier en montagne. 4000 fantassins et 40 chevaux). | |||||||||||||
| Aït Mḥammed | Les Aït Melṛadhabitent le haut cours de l’Ouad Dâdes, tout l’Ouad Ṛeris, lesdéserts montagneux avoisinant cette rivière et le Ferkla ;leur limite sud est presque partout le talus de roche rose qu’onvoit d’Imiṭeṛ au Todṛa et de là au Ṛeris. Les Aït Melṛad sont trèsnombreux. | ||||||||||||
| Aït Melṛad | Aït Ạmer ou Mançour | ||||||||||||
| Aït Iafelman | Aït Ioub | ||||||||||||
| Aït Mesri | |||||||||||||
| Irbiben | |||||||||||||
| Aït Ạli ou Brahim (campant versTounfid). | |||||||||||||
| Aït Izdeg (ils possèdent en qçarsceux qui ont été mentionnés et ceux qui le seront plus bas dans lesbassins du Gir et de la Mlouïa ; de plus, ils ont un trèsgrand nombre de tentes. 3000 fantassins et 500 chevaux). | |||||||||||||
| Aït Ạïssa bou Ḥamar (résidant surl’Ouad Gir et dans ses environs ; qçars et tentes ; 2000fantassins et 200 chevaux). | |||||||||||||
| Aït Kratikhsen (habitant vers leFerkla et vers Asif Melloul). | |||||||||||||
| Aït Ạïach (ils ont des qçars surl’Ouad Aït Ạïach et des tentes auprès de cette rivière, de l’OuadOuṭat Aït Izdeg et de la Mlouïa. Ils sont limitrophes des BeniMgild. 800 fantassins et 40 chevaux). | |||||||||||||
4o. — ITINÉRAIRES.
I. — DU TADEROUCHT AU ZIZ. — Il existe un chemin menant du Taderoucht au district du Ziz. Du Taderoucht on gagne El Haroun (qçar isolé, sans palmiers, appartenant aux Aït Melṛad ; 30 fusils). D’El Haroun on passe à El Bordj (qçar isolé, sans palmiers, appartenant aux Aït Melṛad ; 20 fusils). D’El Bordj on va à Zaouïa Sidi Bou Qil, dans le district du Ziz. Entre ces divers points, la région qu’on traverse est montagneuse et déserte.
| Distances : | du Taderoucht à El Haroun comme de Mellaḥ Tiallalin à Aït Ọtman. |
| d’El Haroun à El Bordj comme de Mellaḥ Tiallalin à Aït Ọtman. | |
| d’El Bordj à Zaouïa S. Bou Qil comme de Mellaḥ Tiallalin à Tamerrakecht. |
II. — DU TODRA AU DRA PAR LE TAZARIN. — Il y a 5 jours de route. Voici l’itinéraire qu’on suit :
1er jour. — Du Todṛa au Saṛro. On fait gîte dans un des qçars du Saṛro, Ti n Iourkan ou Iṛerman Azdaṛ, par exemple. On a marché jusque-là dans le désert.
2e jour. — Du qçar où l’on a passé la nuit à Foum Aserts. On donne ce nom à un kheneg désert où campent en hiver des Aït Atta. Une rivière le traverse ; elle a habituellement de l’eau dans son lit ; aucun lieu habité n’est sur son cours. Ce second jour encore, on marche sans cesse dans le désert.
3e jour. — De Foum Aserts au Tazarin. Chemin désert toute la journée.
Le Tazarin est une longue oasis, plus grande et plus peuplée que le Todṛa, mais lui ressemblant d’ailleurs de tout point : une double chaîne de qçars s’échelonne sur les deux bords d’une rivière, au milieu d’un ruban de palmiers. Une partie des localités du Tazarin appartient à des Chellaḥa indépendants, l’autre à des Aït Atta de diverses fractions, Aït Bou Daoud, Aït ou Allal, Aït b ou Iknifen.
Les principaux qçars du Tazarin sont, en descendant l’ouad : Ikhf n Oṛri, Aït Sạïd, Qcîba Aït Bou Daoud, Qcîba Ignaouen, Aït Abbarioul, Tamda, Aït Sidi Msạd, Aït Gennoun, Ida Khennioun.
Langue tamaziṛt.
Marché permanent à Aït Abbarioul. C’est le seul.
Pas de Juifs. Mellaḥ détruit à Aït Abbarioul.
4e jour. — Du Tazarin à Foum Tizi n Dra. Il n’y a pas un lieu habité sur le chemin du Tazarin au Dra ; tout le trajet se fait dans le désert. On n’est plus ici dans la chaîne du Saṛro ; on en est sorti au Tazarin. Foum Tizi n Dra est un point d’eau : pas de rivière, mais une source : ce lieu est fréquenté en hiver par des Aït Atta nomades ; le reste de l’année, il est désert.
5e jour. — De Foum Tizi n Dra au Qtaoua.
| Distances : | de Ti n Iourkan à Foum Aserts comme deux fois de Taourirt à Timaṭṛeouin. |
| de Foum Aserts au Tazarin comme deux fois de Taourirt à Timaṭṛeouin. | |
| de Foum Tizi n Dra au Qtaoua comme de Taourirt à Aït Iidir. |
5o. — SOURCES DE L’OUAD GIR.
OUAD GIR. — L’Ouad Gir prend naissance au Djebel Chouf Agmar, près du Djebel El Ạbbari. Voici les premiers qçars qu’on rencontre sur son cours, en le descendant à partir de sa source :
| RIVE DROITE : | ||
| Tiouzzagin (Aït Izdeg). | 30 | fusils. |
| Tit n Ạli (Qebala). | 200 | |
| Mogger (Qebala). | 200 | |
| RIVE GAUCHE : | ||
| Talḥarit (Qebala). | 60 | fusils |
| El Ḥeri (Qebala). | 100 | |
| Tagrirt (Qebala). | 300 | |
| Tizgi n Gerrama (Aït Izdeg). | 400 | |
| Toulal (Aït Izdeg). | 600 | |
| Mellaḥa (Aït Izdeg). | 400 | |
| Batnou (Aït Ạïssa Bou Ḥamar). | 150 | |
| Iṛara (Qebala). | 50 | |
| Keddoucha (Aït Ạïssa Bou Ḥamar). | 60 | |
| El Geraan (Aït Ạïssa Bou Ḥamar). | 100 | |
La réunion de ces qçars forme ce qu’on appelle le Gir. Ce district n’a aucune unité politique : chaque qçar en appartient à ses habitants, Qebala, Aït Izdeg ou Aït Ạïssa.
Langue tamaziṛt.
Pas de marché.
Deux mellaḥs.
| Distances : | de Tiouzzagin à Mogger comme de Mellaḥ Tiallalin à Aït ou Alil. |
| de Talḥarit à El Geraan comme de Mellaḥ Tiallalin à Qçar es Souq. | |
| de Talḥarit à Mogger, quelques centaines de mètres. |
De Mellaḥ Tiallalin on peut aller directement à Talḥarit. Entre ces deux points s’étend une vaste plaine déserte que nous avions à notre droite en traversant le district du Tiallalin ; elle s’étend jusqu’à l’Ouad Gir et porte le nom d’Ouṭa n Sema.
Distance : de Mellaḥ Tiallalin à Talḥarit comme de Mellaḥ Tiallalin à Aït Ọtman.
Il y a un chemin conduisant du district du Gir à Misour, en remontant la vallée de l’Ouad Gir.
AFFLUENT. — Parmi ses affluents, l’Ouad Gir en reçoit un dont la source n’est pas éloignée de la sienne : c’est l’Ouad Beni Mesri. Nous allons dire quelques mots de son cours supérieur.
Ouad Beni Mesri. — Il prend sa source aux crêtes du Grand Atlas. Il arrose plusieurs qçars dans la partie haute de son cours ; voici les principaux, dans l’ordre où on les trouve en descendant :
| El Bour (Qebala) | rive droite, | 100 | fusils. |
| Aït Iaḥia ou Ạïssa (marabouts) | rive droite, | 100 | |
| Aït Ạïssa ou Ạli (Qebala) | rive gauche, | 30 | |
| Takhoualt (Qebala) | rive droite, | 120 | |
| Aït Ḥeddou (Aït Ạïssa) (Berâber) | rive droite, | 50 | |
| Aït Moḥammed (Aït Ạïssa) | rive droite, | 100 | |
| Bou Chiba (Aït Ạïssa) | rive gauche, | 30 | |
| Tirza (Aït Ạïssa) | rive droite, | 60 | |
| Beni Tzit (Qebala) | rive gauche, | 300 | |
| Aït Iatin (Qebala) | rive droite, | 80 |
Ces divers qçars n’ont entre eux aucun lien politique : chacun appartient à ses habitants, Qebala, marabouts ou Aït Ạïssa. Ceux qui sont compris entre Aït Iaḥia ou Ạïssa et Tirza, ces deux localités incluses, portent le nom collectif de Beni Mesri.
Langue tamaziṛt.
Marché permanent à Beni Tzit.
Un mellaḥ.
Pour se rendre de Qçâbi ech Cheurfa à El Bour, on gagne d’abord Tanslemt ; puis on franchit l’Atlas et on descend à El Bour.
| Distances : | de Tanslemt à El Bour comme d’Aït Çaleḥ au Gers. |
| de Aït Iatin à Ạïn Chạïr 2 jours. |
[120]C’est en approchant de l’Ouad Ziz que j’ai entendu ce nom pour la première fois. Il est employé sur tout le cours du Ziz et dans le bassin supérieur de la Mlouïa. Il ne désigne point une race, mais l’état d’une partie de la population. Une portion des Imaziren sédentaires de cette contrée n’a pas su conserver son indépendance et a été réduite par des tribus nomades voisines à l’état de tributaire : ce sont ces tributaires qu’on appelle Qebala. Ils sont presque tous Chellaha, de même race, par conséquent, et de même couleur que la plupart de leurs dominateurs. Par extension, on désigne quelquefois du nom de Qebala des Chellaha sédentaires, même indépendants, lorsque ces Chellaha vivent isolés, sans aucun lieu avec personne. Ainsi les Chellaha du Reris et de quelques autres oasis sont souvent dits Qebala, bien que libres.
VI.
BASSIN DE L’OUAD MLOUIA.
1o. — COURS DE LA MLOUIA.
La Mlouïa prend sa source dans le désert appelé Khela Mlouïa, sur le territoire des Beni Mgild. Puis elle coule durant assez longtemps en arrosant les terres de cette tribu.
Elle les quitte au point où elle reçoit l’Ouad Ouṭat Aït Izdeg ; ce confluent est la limite entre les Beni Mgild d’une part, les Aït Ioussi et les Aït ou Afella de l’autre : ceux-ci possèdent la rive droite du fleuve, ceux-là ont la gauche. Dans cette partie de son cours, la Mlouïa se déroule au milieu d’une large plaine ; elle a déjà beaucoup d’eau, mais ses rives sont à peu près désertes : des tribus entre lesquelles elle coule, la première n’a aucun établissement sur ses bords, ni même dans sa vallée, et ne vient que rarement planter ses tentes ou faire paître ses troupeaux le long de ses eaux ; la seconde, peu nombreuse, possède quelques qçars dans la vallée, mais n’en a qu’un sur les rives mêmes du fleuve ; ce qçar, Aḥouli (50 fusils ; rive droite), est situé à peu de distance au-dessous du confluent de l’Ouad Ouṭat Aït Izdeg. Aḥouli est le seul point habité du cours de la Mlouïa entre ce confluent et Qçâbi ech Cheurfa.
Au-dessous d’Aḥouli, après avoir coulé dans le désert, en formant limite entre les Aït Ioussi et les Aït ou Afella, la Mlouïa se borde subitement de cultures, de jardins et de qçars : c’est le district de Qçâbi ech Cheurfa. A cet endroit le fleuve coule au fond d’une tranchée, profonde d’environ 40 mètres et large de 1500. C’est cette tranchée qui, remplie sans interruption de plantations et de jardins sur une longueur de plus de 15 kilomètres et semée de nombreux qçars, forme le district de Qçâbi ech Cheurfa. Celui-ci ne s’étend pas ailleurs et se compose des seules rives du fleuve, sans déborder dans sa vallée. Des deux côtés du district, la vallée, de plus en plus plate et de plus en plus large, est occupée par les mêmes tribus qu’un peu plus haut. Aït Ioussi à gauche, Aït ou Afella à droite. Le district les sépare comme les séparaient auparavant les eaux du fleuve.
Après être sortie de Qçâbi ech Cheurfa, et avant d’entrer dans le désert, la Mlouïa arrose encore deux qçars : ils font suite au district d’El Qçâbi, mais n’en dépendent pas ; ce sont, d’abord Tamdafelt (rive gauche ; 120 fusils), puis plus bas Izeṛran (rive droite ; 30 fusils). Le premier appartient aux Aït ou Afella, le second aux Aït Izdeg. Les rives du fleuve, au fond de l’encaissement où il coule, ne cessent pas un instant, entre Qçâbi ech Cheurfa et Tamdafelt, comme entre Tamdafelt et Izeṛran, d’être garnies de cultures. Quant à la vallée, elle appartient toujours, d’un côté aux Aït Ioussi, de l’autre aux Aït ou Afella.
Au-dessous d’Izeṛran, la Mlouïa rentre dans le désert ; elle continue à couler entre deux tribus : les Aït Ioussi sont encore à gauche ; mais ce sont les Oulad Khaoua qui occupent à présent la rive droite : ils succèdent ici aux Aït ou Afella. La Mlouïa est toujours dans sa tranchée, de même largeur et de même profondeur qu’à Qçâbi ech Cheurfa, mais déserte ; les riantes cultures y sont remplacées par d’épais taillis de tamarix au milieu desquels serpentent, avec mille détours, les eaux jaunes du fleuve. D’Izeṛran à Misour, la Mlouïa coule ainsi, entre les deux mêmes tribus. Sur ce long espace, sa vallée, immense plaine, est habituellement déserte du côté des Aït Ioussi, semée de quelques campements du côté des Oulad Khaoua. Son cours n’a que deux points habités, deux qçars situés assez loin l’un de l’autre, isolés chacun sur ses bords, où ils coupent un instant le long ruban de tamarix ; tous deux appartiennent aux Oulad Khaoua ; ils se nomment, l’un Megdoul, l’autre El Bridja. Le premier est le plus haut, il est situé sur la rive droite et se compose de 40 maisons ; El Bridja est à onze kilomètres plus bas, sur la rive gauche ; elle a à peine 15 ou 20 feux. Le bois de tamarix qui remplit l’encaissement du fleuve porte, entre Megdoul et El Bridja, le nom de Ṛaba Oumm el Lefạ.
Ainsi coule la Mlouïa jusqu’à Misour. Ce lieu est un groupe de 10 à 12 qçars entourés d’admirables jardins, situé au confluent de la Mlouïa et de l’Ouad Souf ech Cherg, tributaire de sa rive gauche. Les qçars de Misour sont tous sur l’Ouad Souf ech Cherg, à l’exception d’un seul, Igli, qui se trouve sur la Mlouïa. Il s’élève sur sa rive gauche, un peu au-dessous du confluent ; c’est une localité importante, pouvant lever 300 fusils. Elle est située au bord même du fleuve, au fond de la tranchée où il a coulé jusqu’ici et où il continuera à être jusqu’à Ouṭat Oulad el Ḥadj.
A hauteur de Misour finissent les territoires des Aït Ioussi et des Oulad Khaoua. En les quittant, la Mlouïa entre sur celui des Oulad el Ḥadj ; cette puissante tribu occupe tout le fond de sa vallée, sur les deux rives : la vallée est ici une plaine immense, nue et déserte, triste région rappelant les Hauts Plateaux d’Algérie. Le fleuve coule au milieu, caché au fond de son encaissement, que remplissent toujours des tamarix touffus. Il demeure ainsi de Misour à Ouṭat Oulad el Ḥadj. Sur cette portion de son cours, il baigne un seul lieu habité, Touggour, petit village situé sur sa rive même, du côté gauche : le hameau se compose d’environ 50 habitations, occupées par des cherifs, descendants de Moulei Iạqob ben Selîman, et d’une qoubba, mausolée de ce saint. Touggour est située à peu près à mi-distance de Misour à Ouṭat Oulad el Ḥadj. Elle coupe ainsi la longue ligne de tamarix qui, au-dessus et au-dessous d’elle, garnit l’excavation du fleuve, en deux parties presque égales. Elles ont chacune leur nom : de Misour à Touggour, c’est Ṛaba Sidi Ạbd el Ouaḥad, ainsi appelée d’une qoubba qui s’y trouve ; de Touggour à Ouṭat Oulad el Ḥadj, c’est Ṛaba el Ạrich.
Ouṭat Oulad el Ḥadj est un groupe d’environ 30 qçars unis entre eux et enveloppés par de superbes jardins ; il est situé au confluent de la Mlouïa et de l’Ouad Chegg el Arḍ, son tributaire de gauche. Les jardins de cette sorte d’oasis touchent au fleuve, mais aucune localité n’est sur son cours ; toutes sont sur l’Ouad Chegg el Arḍ.
Au-dessous d’Ouṭat Oulad el Ḥadj, la Mlouïa demeure encore longtemps sur le territoire des Oulad el Ḥadj. La vallée tout entière leur appartient jusqu’au petit centre d’Oulad Ḥamid. Dans cette nouvelle portion, la vallée et les rives de la Mlouïa sont un peu différentes de ce qu’elles étaient auparavant. La vallée est toujours une vaste plaine, mais elle est moins large : elle avait plus de 30 kilomètres à hauteur de Misour, elle n’en a que 20 à El Ouṭat et ne cesse de se rétrécir jusqu’à Oulad Ḥamid. Elle reste déserte, avec çà et là de rares campements de nomades. Quant au fleuve, à partir d’El Ouṭat, il n’est plus encaissé et coule au niveau de la plaine ; plus de tamarix sur ses bords. Encore désert pendant une grande partie de son cours, il se garnit de qçars de distance en distance ; ces qçars sont, en le descendant : Oulad Jerrar (rive droite ; 20 fusils), Baṛdad (rive gauche ; 40 fusils), Oulad El Ḥasen (rive droite ; 40 fusils), Ez Zaouïa (rive droite ; 40 fusils), Oulad Sidi Ben Ạïada (rive gauche ; 30 fusils), Zerzaïa (rive gauche ; 80 fusils), Oulad Sidi Bou Iạqob (rive droite ; 30 fusils), Oulad Ḥamid (petite qaçba entourée de tentes et de huttes réparties sur les deux rives du fleuve ; 200 fusils). Il y a environ 17 kilomètres d’El Ouṭat à Oulad Jerrar. Les autres localités s’échelonnent au-dessous, ayant tantôt peu, tantôt beaucoup de distance entre elles. Les qçars d’Oulad Sidi Ben Ạïada et d’Oulad Sidi Bou Iạqob sont peuplés de marabouts, celui de Zerzaïa de Qebala, les autres d’Oulad el Ḥadj. Tous appartiennent à cette tribu. Les espaces qui les séparent sont déserts, excepté d’Oulad Sidi Bou Iạqob à Oulad Ḥamid ; entre ces deux points, les bords du fleuve sont sans interruption garnis de cultures.
En sortant du territoire des Oulad el Ḥadj, la Mlouïa passe à Refoula. C’est une petite qaçba entourée d’un certain nombre de tentes qui, comme celles d’Oulad Ḥamid, comme celles du Za, de l’Ouad Mesegmar, sont là constamment, aussi fixes que des maisons. Refoula appartient aux Ḥallaf, bien que le gros de cette tribu soit plus bas, séparé d’elle par les Houara. D’Oulad Ḥamid à Refoula, les bords du fleuve ne cessent d’être couverts de cultures.
De Refoula, la Mlouïa entre sur le territoire des Houara. Cette tribu en occupe les deux rives et parcourt la vaste plaine au milieu de laquelle elle coule. La vallée, après s’être beaucoup rétrécie aux environs d’Oulad Ḥamid, resserrée entre les monts des Ṛiata et les monts Debdou, s’élargit ensuite subitement : les montagnes font place à d’immenses plaines, le Tafrâta, l’Angad, le Jell, le Ṛaret ; le fleuve coule à leur niveau ; on ne voit plus de limite à sa vallée. C’est dans ces plaines, sur les deux rives de l’ouad, que campent les Houara. Nomades, ils n’ont que deux établissements fixes au bord du fleuve ; ce sont deux qaçbas, Gersif (ou Agersif) et Oulad Ḥammou ou Mousa. La première, très ancienne, mais délabrée aujourd’hui, commande un gué important ; elle appartient à la fraction des Oulad Mesạoud ; la seconde est à une certaine distance au-dessous de la première ; toutes deux sont sur la rive gauche. A défaut d’habitations fixes sur la Mlouïa, les Houara y ont un certain nombre de tentes et beaucoup de cultures. Ils ont divisé le cours du fleuve entre leurs diverses fractions ; chacune en possède un tronçon, où elle laboure au bord de l’eau et où elle campe pendant une partie de l’année ; voici, en descendant l’ouad, en quel ordre les fractions des Houara s’y succèdent : Ạtamna, Oulad Sedira, Mezarcha, Zergan, Oulad Mesạoud, Oulad Ḥammou ou Mousa. Tant que la Mlouïa est sur le territoire des Houara, et depuis Refoula, les deux côtés ne cessent d’en être garnis de cultures.
Des Houara, la Mlouïa passe chez les Ḥallaf ; ce sont encore des nomades ; ils occupent les deux rives du fleuve et les plaines qui le bordent. Chez eux, pas une seule construction sur son cours ; mais il ne cesse d’être garni de cultures tout le temps qu’il demeure sur leur territoire. Celui-ci succédant immédiatement au territoire des Houara, les plantations ne s’interrompent pas entre les deux tribus : ainsi depuis Oulad Sidi Bou Iạqob, chez les Oulad el Ḥadj, jusqu’au point le plus bas des Ḥallaf, les deux rives de la Mlouïa sont constamment cultivées. Comme les Houara, les Ḥallaf ont partagé le cours du fleuve entre leurs diverses fractions ; voici, en le descendant, dans quel ordre elles s’y suivent : Oulad Reḥou, Medafra, Oulad Sidi Moḥammed bel Ḥoseïn (cherifs), Oulad Mahdi, El Arbạ, Oulad Selîman.
En sortant de chez les Ḥallaf, la Mlouïa entre chez les Beni Oukil. C’est une tribu de marabouts, n’ayant que des tentes, mais installés toujours aux mêmes lieux et ne quittant pas les bords du fleuve dont ils possèdent les deux rives. Ils se divisent en trois fractions : chacune d’elles campe groupée en un point déterminé du cours de la Mlouïa. Ces trois points sont espacés à environ 13 kilomètres les uns des autres ; on n’a pu me dire le nom de la fraction qui est le plus haut, la seconde s’appelle El Khorb, la plus basse Oulad el Bacha. Entre ces trois groupes, comme entre le premier et la frontière des Ḥallaf, le fleuve est désert ; plus de cultures sur ses bords.
Au-dessous des Beni Oukil, la Mlouïa coule dans le désert jusqu’à son embouchure dans la Méditerranée ; dans cet espace, ni lieu habité ni plantations sur ses rives. Cette dernière portion de son cours est étroitement resserrée entre deux chaînes de montagnes, l’une à droite habitée par les Beni Iznâten, l’autre à gauche occupée par les Kebdana.
| Distances : | de Qaçba el Makhzen (Qçâbi ech Cheurfa) au confluent de la Mlouïa et de l’Ouad Ouṭat Aït Izdeg comme de Kerrando à Nezala. |
| de Qaçba el Makhzen (Qçâbi ech Cheurfa.) au qçar le plus haut du district comme d’Aït Çaleḥ à Mellaḥ Tiallalin. | |
| de Qaçba el Makhzen (Qçâbi ech Cheurfa) au qçar le plus bas du district comme 2 fois d’Aït Çaleḥ à Mellaḥ Tiallalin. | |
| de Qaçba el Makhzen (Qçâbi ech Cheurfa) à Aḥouli comme d’Aït Çaleḥ au Gers. | |
| de Qaçba el Makhzen (Qçâbi ech Cheurfa) à Megdoul comme d’Aït Ọtman à Mellaḥ Tiallalin. | |
| de Qçâbi ech Cheurfa à Izeṛran comme d’Aït ou Alil à Mellaḥ Tiallalin. | |
| de Megdoul à El Bridja comme d’El Bridja à Misour. | |
| du confluent de la Mlouïa et de l’Ouad Souf ech Cherg à Igli comme d’Aït ou Alil à Mellaḥ Tiallalin. | |
| d’Igli à Touggour comme du Gers à Nezala. | |
| de Touggour à Ouṭat Oulad el Ḥadj comme du Gers à Nezala. | |
| d’El Ạrzan à Oulad Jerrar comme d’Aït Ọtman à Qçar es Souq. | |
| d’Oulad Jerrar à Baṛdad comme d’Aït Çaleḥ à Mellaḥ Tiallalin. | |
| Oulad El Ḥasen est en face de Baṛdad. | |
| Ez Zaouïa touche Oulad El Ḥasen. | |
| de Reggou à Oulad Sidi Ben Ạïada comme de Qçar es Souq à Aït Ọtman. | |
| de Feggouç à Zerzaïa comme d’Aït Ọtman à Tamerrakecht. | |
| de Zerzaïa à Oulad Ḥamid comme d’El Bridja à Misour. | |
| d’Oulad Sidi Bou Iạqob à Oulad Ḥamid, la moitié de la distance d’Oudjda à Lalla Maṛnia. | |
| d’Oulad Sidi Bou Iạqob à Gersif comme du Za à Qaçba el Ạïoun. | |
| de Debdou à Gersif comme du Za à Qaçba el Ạïoun. | |
| d’Oulad Selîman au groupe le plus haut des Beni Oukil, la moitié de la distance d’Oudjda à Lalla Maṛnia. | |
| du groupe le plus haut des Beni Oukil à El Khorb, la moitié de la distance d’Oudjda à Lalla Maṛnia. | |
| d’El Khorb à Oulad el Bacha, la moitié de la distance d’Oudjda à Lalla Maṛnia. |
Après avoir décrit dans son ensemble le cours de la Mlouïa, nous allons étudier séparément les trois importants groupes de qçars qui se trouvent l’un sur ses rives mêmes, les deux autres tout près d’elles : Qçâbi ech Cheurfa, Misour, Ouṭat Oulad el Ḥadj.
Qçâbi ech Cheurfa.
Ce district se compose d’un certain nombre de qçars, tous situés sur les rives de la Mlouïa ; en voici les noms, dans l’ordre où on les rencontre en descendant le fleuve :
| Oulad Ṭeïr (Qebala) | rive droite, | 30 | fusils. |
| Taṛzout (cherifs et Ḥaraṭîn) | rive droite, | 120 | |
| Oulad Ạrzin (cherifs et Ḥaraṭîn) | rive droite, | 25 | |
| Qçar Djedid (cherifs et Ḥaraṭîn) | rive droite, | 60 | |
| El Qçâbi (cherifs et Ḥaraṭîn) | rive droite, | 150 | |
| Chegg el Ouad (cherifs et Ḥaraṭîn) | rive gauche, | 30 | |
| El Mektoufa (cherifs et Ḥaraṭîn) | rive gauche, | 20 | |
| Sạïda (Aït Tseṛrouchen) | rive droite, | 50 | |
| Aït Blal (Aït Izdeg) | rive droite, | 50 | |
| Akhsab (Aït Izdeg) | rive gauche, | 30 |
Le district appartient aux cherifs qui l’habitent : eux seuls y possèdent la terre et ont part à l’administration. Dans quelques endroits, tels que Sạïda et Aït Blal, ils louent la terre à des étrangers, mais sans l’aliéner. Jadis indépendants du sultan, ils se sont soumis à lui sans résistance en 1877. Depuis ce temps, ils ont un qaïd, résidant à El Qçâbi, dans une qaçba appelée Qaçba el Makhzen. Mais celui-ci ne s’ingère point dans leurs affaires locales ; il est peu respecté des cherifs, qui plus d’une fois ont répondu à ses demandes par des coups de fusil. De tout temps le district a eu une debiḥa sur les Aït Izdeg : il l’a aujourd’hui encore et continue, bien que blad el makhzen, à leur payer tribut.
Les cherifs de Qçâbi ech Cheurfa sont originaires du Tafilelt ; ils appartiennent à deux rameaux de la branche des Ạlaouïa, ceux des Oulad Moulei Ḥachem et des Oulad Moulei Ạli.
L’arabe et le tamaziṛt sont également en usage dans le district. La plupart des habitants parlent les deux langues.
Marché permanent dans la localité d’El Qçâbi ; c’est le seul du district.
Un mellaḥ.
Misour.
Misour est un district indépendant, formé d’un certain nombre de qçars qui s’élèvent auprès du confluent de l’Ouad Souf ech Cherg et de la Mlouïa ; il est divisé en deux parties distinctes, l’une située sur les rives de l’Ouad Souf ech Cherg, l’autre sur celles de la Mlouïa. La première, Misour proprement dit, est de beaucoup la plus considérable ; elle se compose de tous les qçars du district à l’exception d’un. La seconde est formée de la seule localité d’Igli. Nous avons déjà indiqué la position d’Igli ; nous ne parlerons donc que de la portion de Misour placée sur l’Ouad Souf ech Cherg. Celle-ci ne forme qu’un seul îlot de verdure où sont disséminés les neuf qçars qui la composent ; voici les noms de ces derniers, dans l’ordre où on les trouve en descendant la rivière :
| Oulad Bou Ḥafra | rive droite, | 15 | fusils. |
| Oulad Bou Jejia | rive droite, | 60 | |
| Oulad Selîman | rive droite, | 80 | |
| El Gara (ce sont 3 tours construites sur une éminence : on les emplit de tireurs en temps de guerre ; elles sont inhabitées pendant la paix) | rive droite, | ||
| Oulad Seṛeïr (située sur une colline) | rive droite, | 100 | fusils. |
| Gebdour | rive droite, | 50 | |
| El Ḥarsa | rive droite, | 30 | |
| Bou Kenzt | rive droite, | 300 | |
| Oulad Sidi Bou el Ạlam | rive droite, | 50 |
Les cinq premiers qçars sont très rapprochés les uns des autres ; ils portent le nom collectif d’Oulad Abbad. Les 4 derniers sont plus espacés ; ils portent le nom d’Oulad Bou Ṭîb.
Misour est indépendant et du sultan et des tribus voisines. Chaque qçar s’y administre isolément, sans aucun lien avec les autres.
La population de Misour se compose partie d’Arabes, partie de marabouts. On n’y parle que l’arabe.
Pas de marché.
Un mellaḥ.
| Distances : | d’Oulad Bou Ḥafra à l’Ouad Souf ech Cherg comme d’Aït ou Alil à Kerrando. |
| d’Oulad Bou Jejia à l’Ouad Souf ech Cherg comme d’Aït ou Alil à Kerrando. | |
| d’Oulad Selîman à l’Ouad Souf ech Cherg comme d’Aït ou Alil à Kerrando. | |
| d’El Gara à l’Ouad Souf ech Cherg, 200 mètres de plus que d’Aït ou Alil à Kerrando. | |
| d’Oulad Seṛeïr à l’Ouad Souf ech Cherg, 200 mètres de plus que d’Aït ou Alil à Kerrando. | |
| d’Oulad Bou Ḥafra à Oulad Bou Jejia, 500 mètres. | |
| d’Oulad Bou Jejia à Oulad Selîman, 200 mètres. | |
| d’Oulad Bou Jejia à El Gara, 200 mètres. | |
| d’Oulad Selîman à Oulad Seṛeïr, 200 mètres. | |
| d’El Gara à Oulad Seṛeïr, 200 mètres. | |
| d’Oulad Bou Ḥafra à Oulad Selîman, 700 mètres. | |
| de Gebdour à l’Ouad Souf ech Cherg comme d’Aït ou Alil à Kerrando. | |
| d’El Ḥarsa à l’Ouad Souf ech Cherg comme d’Aït ou Alil à Kerrando. | |
| de Bou Kenzt à l’Ouad Souf ech Cherg comme d’Aït ou Alil à Kerrando. | |
| Oulad Sidi Bou el Ạlam est sur la rive même de l’Ouad Souf ech Cherg. | |
| d’Oulad Selîman à Gebdour, 1000 mètres. | |
| de Gebdour à El Ḥarsa, 1500 mètres. | |
| d’El Ḥarsa à Bou Kenzt, 600 mètres. | |
| d’El Ḥarsa à Oulad Sidi Bou el Ạlam, 2000 mètres. | |
| d’Oulad Bou Ḥafra à l’Ouad Mlouïa comme de Tamerrakecht à Aït Çaleḥ. | |
| d’Oulad S. Bou el Ạlam à Igii comme d’Aït Çaleḥ au Gers. |
Outat Oulad El Hadj.
Ouṭat Oulad el Ḥadj, ou El Ouṭat, comme on l’appelle le plus souvent, est un groupe d’une trentaine de qçars situés sur les rives de l’Ouad Chegg el Arḍ auprès de son confluent avec la Mlouïa. Ces qçars sont enveloppés et unis par de superbes vergers qui font du groupe un seul îlot de verdure. El Ouṭat appartient aux Oulad el Ḥadj, sur le territoire desquels elle est située, et n’est peuplée que d’eux, à l’exception de quelques localités habitées par des marabouts. Voici les qçars qui la composent, dans l’ordre où on les trouve en descendant l’Ouad Chegg el Arḍ :
| Oulad El Feḍil | rive droite, | 6 | fusils. |
| Oulad Ạbd el Malek | rive gauche, | 20 | |
| Mellaḥ el Ihoud | rive droite, | 30 | |
| Oulad El Bekri | rive gauche, | 20 | |
| El Angab (2 qçars) | rive droite, | 30 | |
| El Hamouziin | rive droite, | 30 | |
| Zaouïa Sidi Ạbd el Ouaḥad | rive gauche, | 40 | |
| El Ḥarar | rive droite, | 50 | |
| Oulad Mellouk (groupe de 12 qçars) | rive droite, | 300 | |
| Cheurfa Qouareṭ (Oulad Moulei Iạqob ; 3 qçars) | rive droite, | 50 | |
| Cheurfa Touggour (Oulad Moulei Iạqob ; 3 qçars) | rive droite, | 50 | |
| Zaouïa Sidi Ạbd el Ouaḥad | rive gauche, | 40 | |
| Zaouïa Sidi Oumbarek (marabouts de Kenadsa) | rive gauche, | ||
| Kechchacha (2 qçars) | rive droite, | 30 | |
| Beni Bou Ḥi | rive gauche, | 150 |
Ces localités sont toutes situées sur la rivière même ou très près d’elle, à l’exception d’Oulad Mellouk ; les 12 qçars qui composent ce groupe, presque contigus les uns aux autres, s’élèvent à environ 2 kilomètres de la rivière et des autres qçars ; ils leur sont unis par des jardins et sont compris dans l’îlot général d’El Ouṭat. Oulad Mellouk est alimentée par des canaux dérivés de l’Oulad Chegg el Arḍ.
El Ouṭat, étant aux Oulad el Ḥadj, suit leur sort, et chaque qçar suit celui de la fraction à laquelle il appartient. En ce moment, la tribu est insoumise au sultan. Les Oulad el Ḥadj sont de race et de langue arabe ; mais beaucoup d’habitants d’El Ouṭat savent aussi le tamaziṛt.
Point de marché à Ouṭat Oulad el Ḥadj.
Un mellaḥ.
On considère souvent comme faisant partie d’Ouṭat Oulad el Ḥadj le groupe isolé d’El Ạrzan : il se compose d’environ 10 qçars (300 fusils) entourés de jardins. C’est un îlot, séparé de celui d’El Ouṭat et distant de lui de 5 kilomètres ; il appartient aussi aux Oulad el Ḥadj et est de tout point analogue à celui dont on le regarde comme un complément.
| Distances : | d’Oulad El Feḍil à Kechchacha comme de Mellaḥ Tiallalin au Gers. |
| d’El Ạrzan à l’Ouad Chegg el Arḍ comme d’Aït Çaleḥ à Aït ou Alil. | |
| d’El Ạrzan à Kechchacha comme d’Aït Çaleḥ à Kerrando. | |
| Zaouïa Sidi Ạbd el Ouaḥad est en face d’El Hamouziin. | |
| Beni Bou Ḥi est en face de Kechchacha. |
2o. — VALLÉE DE LA MLOUIA.
La vallée de la Mlouïa est en général très large ; voici les aspects qu’elle prend successivement.
Nous ne savons point ce qu’elle est dans sa partie haute, chez les Beni Mgild.
Du confluent de l’Ouad Ouṭat Aït Izdeg à El Bridja, elle a une largeur uniforme d’environ 16 kilomètres. C’est une vaste plaine, unie au milieu, en pente légère sur les deux bords, bornée à gauche par le pied du Moyen Atlas, à droite par le Grand Atlas.
A El Bridja, la vallée s’élargit beaucoup ; à Misour, elle atteint sa plus grande largeur, environ 32 kilomètres. De là à Oulad Ḥamid, c’est une immense plaine, unie et nue, appelée du nom du fleuve, Mlouïa ; elle est bornée à gauche par le Moyen Atlas, haute muraille sombre aux crêtes neigeuses ; à droite par le Rekkam, mouvement de terrain à peine sensible apparaissant comme une ligne jaune à l’horizon : le Rekkam est une succession de côtes très douces et de plateaux très bas, formant dans leur ensemble une longue rampe ondulée, de pente très faible, au sommet de laquelle commence, sous le nom de Ḍahra, la vaste région des Hauts Plateaux. Le Rekkam a son origine au Grand Atlas, se dirige à peu près du sud au nord, et se prolonge jusqu’aux monts Debdou. De Misour à Oulad Ḥamid, la vallée va en se rétrécissant d’une façon insensible, mais continue. A Ouṭat Oulad el Ḥadj, elle n’a plus que 20 kilomètres ; à Oulad Ḥamid, elle est beaucoup plus étroite. Aux environs de ce point, le fleuve traverse un kheneg. C’est la trouée par laquelle il perce le Moyen Atlas ; là, le Rekkam a disparu : des deux côtés du fleuve, s’élèvent les hautes murailles de la chaîne où il se fraie un passage, après en avoir si longtemps longé le pied. A droite du kheneg, le Moyen Atlas porte le nom de Djebel Debdou. A sa gauche, il n’a pas de nom spécial ; c’est la partie de la chaîne occupée, à quelque distance du fleuve, par les Beni Ouaṛaïn.
A cet étranglement de la vallée succède une plaine : sur la rive droite, c’est le vaste désert de Tafrâta, commençant près d’Oulad Ḥamid et se prolongeant jusqu’au pays de Za ; sur la rive gauche, c’est la vallée de l’Ouad Melillo : celui-ci coule entre le Moyen Atlas et la chaîne des Ṛiata et se jette dans la Mlouïa à Gersif.
Cette plaine est suivie d’une autre, qui est séparée de la première par une ligne de coteaux très bas unissant le Djebel Ṛiata à la chaîne des monts Mergeshoum, Beni Bou Zeggou et Zekkara, son prolongement ; le fleuve perce ces hauteurs presque insensibles vers les confins des Houara et des Ḥallaf, et entre dans la nouvelle plaine qui porte à droite le nom d’Angad, à gauche ceux de Jell d’abord, de Ṛaret ensuite : la plaine de Jell et celle de Ṛaret sont séparées par une chaîne de collines peu élevées, le Gelez. L’Angad, le Tafrâta, le Jell, le Ṛaret sont de vastes surfaces unies et désertes s’étendant très loin à l’est et à l’ouest, et bornées dans ces directions par des mouvements de terrain peu élevés qu’on n’aperçoit pas de la Mlouïa ; rien, pendant que le fleuve parcourt ces plaines, ne détermine les limites de sa vallée.
L’Angad et le Ṛaret finissent au-dessous des dernières tentes des Beni Oukil. Là le fleuve rentre en montagne. Sa vallée, jusqu’à la mer, demeure resserrée entre les flancs d’une haute chaîne au milieu de laquelle il s’est percé un passage ; cette chaîne, prenant les noms des tribus qui l’habitent, s’appelle, à droite de la Mlouïa, Djebel Beni Iznâten, à gauche Djebel Kebdana.
Après avoir dessiné à grands traits la vallée de la Mlouïa, nous allons énumérer les qçars qui s’y trouvent, situés dans le fond ou sur les flancs, sans être sur le cours du fleuve ni sur ceux de ses affluents. Il y en a fort peu dans le fond, mais un certain nombre sur les premières pentes des chaînes qui le bordent. Nous les diviserons en cinq classes :
1o Qçars des Aït ou Afella.
2o Qçars au pied du Grand Atlas.
3o Qçars du Rekkam.
4o Qçars des premières pentes du flanc gauche de la vallée (Moyen Atlas).
5o Qçars du Djebel Debdou (Moyen Atlas).
1o Qçars des Aït ou Afella.
Ils sont au nombre de trois, tous situés dans le fond de la vallée, entre le Grand Atlas et la Mlouïa : ce sont :
| Zebzat. | 200 | fusils. |
| Bou Aïach (arrosée par un ruisseau sortant du Djebel Aldoun dans le Grand Atlas). | 30 | |
| Entrit (arrosée par des sources). | 15 |
Nous les avons vus tous trois en allant du col de Telṛemt à Qçâbi ech Cheurfa ; les deux premiers étaient à l’ouest de notre route, le dernier à l’est.
| Distances : | de Qaçba el Makhzen (El Qçâbi) à Entrit comme d’Aït Çaleḥ à Kerrando. |
| d’Entrit à Bou Ạïach comme d’Aït Çaleḥ à Kerrando. | |
| de Qaçba el Makhzen à Zebzat comme d’Aït Ọtman à Mellaḥ Tiallalin. |
2o Qçars au pied du Grand Atlas.
Voici leurs noms, dans l’ordre où on les rencontre en longeant le pied du Grand Atlas, de l’ouest à l’est :
| Zriouila (Aït Tseṛrouchen et Aït Izdeg). | 20 | fusils. |
| Bertat (Aït Izdeg). | 200 |
Ces localités sont arrosées par des sources ; elles appartiennent aux tribus que nous venons de citer. Dans chacune, la population se compose partie d’individus de la tribu qui possède le qçar, partie de Qebala.
Ni marché, ni Juifs en aucun de ces points.
| Distances : | de Qaçba el Makhzen (El Qçâbi) à Zriouila comme d’Aït Çaleḥ au Gers. |
| de Zriouila à Bertat comme d’Aït Çaleḥ à Mellaḥ Tiallalin. | |
| de Bertat à Ạïat (Ouad Ouizert) comme d’Aït Ọtman à Mellaḥ Tiallalin. | |
| d’Ạïat à Bou Sellam comme d’Aït Çaleḥ au Gers. | |
| de Bou Sellam à Tagenza comme du Gers à Nezala. | |
| de Tagenza à Azdad comme d’Aït Ọtman à Aït Çaleḥ. | |
| de Qaçba el Makhzen à Azdad, un jour 1/2 de marche. | |
| de Tagenza à Tanslemt comme d’Aït Ọtman à Qçar es Souq. | |
| de Tanslemt à Talsit comme de Qçar es Souq à Mellaḥ Tiallalin. | |
| de Talsit à Anoual comme de Nezala à Qçâbi ech Cheurfa. |
Les cinq points d’Azdad, de Talsit, d’Anoual, de Tagenza et de Tanslemt, dont il est parlé ici, sont des localités du Ḍahra ou du pied du Grand Atlas. Azdad est un groupe de 5 qçars appartenant aux Aït Tseṛrouchen : 200 fusils. Talsit est un groupe indépendant de 3 qçars contigus, habités par des marabouts de Sidi Ben Ạbd Allah ; il est situé sur une rivière de même nom que lui, dont le reste du cours est à sec et désert : 300 fusils. Anoual est un qçar de 60 fusils, peuplé d’Aït Tseṛrouchen et de marabouts ; il compte dans le Ḍahra[121]. Tagenza est un qçar de 80 fusils, peuplé moitié d’Aït Izdeg, moitié d’Aït Tseṛrouchen, et dépendant des deux tribus ; il est situé sur un petit cours d’eau de même nom que lui dont le reste du cours est désert. Tanslemt est un qçar isolé de 100 fusils, habité par des Qebala ; ceux-ci, comme les autres Qebala de la région, sont vassaux des puissantes tribus voisines et indépendants du sultan ; Tanslemt est sur une petite rivière dont le reste du cours est désert.
3o Qçars du Rekkam.
Ils sont au nombre de quatre, contigus les uns aux autres, et enveloppés dans une même ceinture de jardins. Ce groupe se nomme :
| Tiissaf. | 300 fusils. |
La population de Tiissaf est composée de marabouts des Oulad Sidi Ạïssa ; ces religieux sont regardés comme formant une des fractions des Oulad el Ḥadj.
Une grande ḍaïa alimente ce lieu.
| Distances : | de Tiissaf au lit de la Mlouïa comme d’Aït Çaleḥ au Gers. |
| Tiissaf est à peu près en face de Tirnest par rapport à la Mlouïa. |
4o Qçars sur les premières pentes du flanc gauche de la vallée.
Ils forment cinq groupes, situés sur les premières pentes du Moyen Atlas, dans la région de cette chaîne comprise entre Misour et Oulad Ḥamid. En voici les noms, dans l’ordre où on les trouve en suivant les premières pentes du Moyen Atlas du sud au nord :
| Almis (un seul village ; Chellaḥa). | 250 | fusils. |
| Tirnest (10 qçars ; Oulad el Ḥadj). | 600 | |
| Reggou (5 qçars ; Chellaḥa). | 400 | |
| Qçar el Mạllemin (1 qçar ; Chellaḥa). | 12 | |
| Feggouç (2 qçars ; marabouts des Oulad Sidi Iạqob). | 80 |
Tous ces points sont arrosés par des sources et entourés de jardins fertiles. Tirnest, Reggou, Feggouç ont chacun leurs qçars contigus et groupés au milieu d’un seul îlot de verdure, comme Misour et El Ouṭat. Almis et Reggou, bien que peuplés de Chellaḥa, sont constamment alliés aux Oulad el Ḥadj. Qçar el Mạllemin dépend des Oulad el Ḥadj. A Tirnest, ils forment la majorité des habitants et sont les maîtres. Ni marché, ni Juifs dans aucune de ces localités.
Almis est fort riche ; ce village possède à lui seul 100 chevaux.
| Distances : | d’Almis à Ouṭat Oulad el Ḥadj comme d’Ouṭat Oulad el Ḥadj à Misour. |
| d’Almis à Misour comme de Megdoul à Misour. | |
| d’Almis à Tiouant comme de Megdoul à Misour. | |
| de Tirnest à Mellaḥ el Ihoud (Ouṭat Oulad el Ḥadj) comme de Megdoul à Misour. | |
| de Tirnest à El Ạrzan comme d’Aït Çaleḥ à Kerrando. | |
| de Tirnest à Oulad Ạli (Ouad Chegg el Arḍ) comme de Qçâbi ech Cheurfa à Megdoul. | |
| de Tirnest à Reggou comme de Megdoul à Misour. | |
| de Reggou à Oulad Jerrar comme d’El Bridja à Misour. | |
| de Reggou à l’Ouad Mlouïa comme de Qçar es Souq à Aït Ọtman. | |
| de Reggou à Oulad S. Ben Ạïada comme de Qçar es Souq à Aït Ọtman. | |
| de Reggou à Qçar el Mạllemin comme de Kerrando au Gers. | |
| de Qçar el Mạllemin à l’Ouad Mlouïa comme d’Aït Çaleḥ au Gers. | |
| de Qçar el Mạllemin à Feggouç comme d’Aït Çaleḥ à Kerrando. | |
| de Feggouç à Reggou comme de Megdoul à Misour. | |
| de Feggouç à l’Ouad Mlouïa comme d’Aït Çaleḥ à Kerrando. |
5o Qçars du Djebel Debdou.
On appelle Djebel Debdou la portion du Moyen Atlas qui s’étend de Sidi Ạli ben Ạbd er Raḥman d Admer à Sidi Ạli ben Samaḥ d Oulad Ạmer, c’est-à-dire de la Mlouïa à l’Ouad Za.
Ce massif renferme un assez grand nombre de qçars et de villages ; on leur donne le nom général de Haouz Debdou. Ils peuvent se diviser en trois groupes :
I. Villages de la vallée de l’Ouad Debdou.
II. Rechida et qçars voisins.
III. Villages des Beni Ṛiis.
Nous allons dire un mot des deux premiers groupes ; le troisième est situé sur un affluent de la Mlouïa dont il sera parlé plus bas.
I. VILLAGES DE LA VALLÉE DE L’OUAD DEBDOU. — L’Ouad Debdou n’est qu’un ruisseau qui se perd dans le désert de Tafrâta, sans atteindre la Mlouïa. Les villages de sa vallée se composent d’abord de ceux qui sont situés au fond ; ce sont, en descendant :
| Debdou (300 familles israélites et 100 musulmanes) | rive droite, | 100 | fusils. |
| Qaçba Debdou | rive droite, | 50 | |
| Qoubbouin | rive droite, | 15 | |
| El Mesalla | rive gauche, | 100 | |
| Bou Aïach | rive gauche, | 10 |
ensuite de ceux qui se trouvent à mi-côte des flancs ; ce sont, en descendant la vallée :
| Sellaout | flanc droit, | 50 | fusils. |
| Flouch | flanc gauche, | 30 |
Ces 7 villages, avec les deux groupes de tentes des Beni Fachat (contigu à Sellaout ; flanc droit ; 150 fusils) et des Beni Ouchgel (en aval du précédent ; flanc droit ; 30 fusils), groupes qui, situés auprès de sources, de jardins, de cultures, sont aussi invariables dans leurs positions que des villages, forment ce qu’on appelle le pays de Debdou, El Debdou.
Le Debdou est soumis au sultan et dépend du qaïd de Tâza (en ce moment Ạbd Allah Ech Cherradi) ; mais celui-ci n’y a placé ni lieutenant, ni mkhaznis, ni aucun représentant de l’autorité ; il se borne à venir en tournée tous les ans ou tous les deux ans, et à envoyer de temps en temps quelques mkhaznis lever l’impôt sur les Musulmans. Chose curieuse, le qaïd de Tâza n’a sous ses ordres directs que les Musulmans du Debdou ; les Israélites, fort nombreux dans le district, dépendent non de lui, mais d’un des bachas de Fâs, Ould Ba Moḥammed ; c’est à ce dernier qu’ils remettent tous les ans le montant de leur tribut.
Les habitants du Debdou s’administrent donc eux-mêmes et, pour les difficultés, s’en réfèrent à Tâza. On les désigne sous le nom d’Ahel Debdou. Ce semble être une population mêlée, Arabes et Chellaḥa, ces derniers dominant. La langue est pour les uns l’arabe, pour les autres le tamaziṛt.
Marché permanent au village de Debdou et, de plus, souq el khemîs dans la même localité.
Un mellaḥ.
II. RECHIDA ET QÇARS VOISINS. — Ce second groupe se compose d’un certain nombre de qçars isolés les uns des autres, situés ceux-ci sur les pentes, ceux-là au pied du revers occidental du Djebel Debdou ; ils sont beaucoup plus près de la Mlouïa que les précédents et sont situés sur le flanc même de sa vallée. Voici leurs noms, dans l’ordre où on les rencontre en descendant celle-ci :
| Admer (marabouts de Sidi Ạli ben Ạbd er Raḥman). | 100 | fusils. |
| Beni Khelften. | 150 | |
| Rechida (marabouts). | 200 | |
| Alouana. | 30 |
Les habitants de Rechida et d’Admer sont marabouts. Ils font partie, ainsi que les gens de Beni Khelften, des Oulad el Ḥadj, dont les Ahel Rechida et les Oulad Admer sont deux fractions. Mais en ce moment ils sont en guerre avec le reste de leur tribu. Celle-ci est insoumise ; eux obéissent au sultan ; d’où querelle.
Rechida est un grand et beau qçar, situé à mi-côte du Djebel Debdou, dans un lieu escarpé. Sources abondantes, grands jardins, beaux oliviers.
Beni Khelften est au pied de Rechida, dans la position de Debdou par rapport à Qaçba Debdou.
Admer est au sud de Beni Khelften ; des sources l’arrosent.
Ạlouana se trouve dans un repli de la montagne, au nord-ouest de Debdou.
Admer, Beni Khelften, Rechida, Ạlouana, sont soumis au sultan et dépendent du qaïd de Tâza.
| Distances : | d’Admer à Beni Khelften, le tiers de la distance de Lalla Maṛnia à Oudjda. |
| d’Admer à Oulad Sidi Bou Iạqob, la moitié de la distance de Lalla Maṛnia à Oudjda. | |
| de Rechida à la Mlouïa, la distance de Lalla Maṛnia à Oudjda. | |
| de Rechida à Beni Ṛiis, la moitié de la distance de Lalla Maṛnia à Oudjda. | |
| de Debdou à Beni Ṛiis, la moitié de la distance de Lalla Maṛnia à Oudjda. | |
| Beni Khelften est au pied de Rechida. |
3o. — AFFLUENTS DE LA MLOUIA.
La Mlouïa reçoit un grand nombre d’affluents. Voici les principaux d’entre eux, dans l’ordre où on les rencontre en descendant le fleuve :
- Ouad Ouṭat Aït Izdeg, se jetant sur sa rive droite aux confins des Beni Mgild et des Aït ou Afella.
- Ouad Ouizert, se jetant sur sa rive droite entre Megdoul et El Bridja.
- Ouad Souf ech Cherg, se jetant sur sa rive gauche à quelques mètres au-dessus d’Igli.
- Ouad Tiddarin, se jetant sur sa rive droite à 1000 mètres au-dessous d’Igli.
- Ouad Tiouant, se jetant sur sa rive gauche entre Touggour et Ouṭat Oulad el Ḥadj.
- Ouad Medfạ Keddou, se jetant sur sa rive droite entre Touggour et Ouṭat Oulad el Ḥadj.
- Ouad Chegg el Arḍ, se jetant sur sa rive gauche à Ouṭat Oulad el Ḥadj.
- Ouad Beni Ṛiis, se jetant sur sa rive droite dans la fraction des Ạtamna (Houara).
- Ouad Melillo, se jetant sur sa rive gauche à Gersif.
- Ouad Messoun, se jetant sur sa rive gauche dans la fraction des Oulad Reḥou (Ḥallaf).
- Ouad Za, se jetant sur sa rive droite dans la plus haute des 3 fractions des Beni Oukil.
- Ouad el Qceb, se jetant sur sa rive droite chez les Beni Oukil, au-dessous du Za.
OUAD OUTAT AIT IZDEG. — Cette rivière prend sa source dans le Grand Atlas au Djebel El Ạïachi. Elle arrose sur son cours le district d’Ouṭat Aït Izdeg ; le reste du temps, elle coule dans le désert. Voici les qçars dont se compose Ouṭat Aït Izdeg, dans l’ordre où on les trouve en descendant l’ouad :
| RIVE DROITE : | ||
| Tatteouin. | 60 | fusils. |
| Afelilou (2 qçars). | 150 | |
| Tissouit. | 20 | |
| Asellim (2 qçars). | 150 | |
| Aït ou Afella (3 qçars). | 100 | |
| Ikher Imzioun. | 60 | |
| RIVE GAUCHE : | ||
| Berrom. | 100 | fusils. |
| Tabnattout. | 50 | |
| Semmoura. | 60 | |
| Bou Zmella. | 60 | |
| Aït Ọtman ou Mousa. | 150 | |
| Teççaouit. | 100 | |
Ces divers qçars ne forment qu’un seul groupe et sont, sur chaque rive, unis entre eux par des cultures. Ils appartiennent aux Aït Izdeg. Ceux-ci en sont la seule population. La localité d’Aït ou Afella dépend de la fraction de ce nom.
Le district étant la propriété des Aït Izdeg, il va de soi qu’il est indépendant du sultan et qu’on y parle le tamaziṛt.
Marché permanent (le samedi excepté) à Bou Zmella. C’est le seul d’Ouṭat Aït Izdeg.
Deux mellaḥs.
| Distances : | de Tatteouin à Ikher Imzioun comme de Mellaḥ Tiallalin à Aït ou Alil. |
| Berrom est en face d’Asellim. | |
| Ikher Imzioun est en face d’Aït Ọtman ou Mousa. | |
| d’Ouṭat Aït Izdeg au confluent de l’Ouad Ouṭat Aït Izdeg et de la Mlouïa comme de Mellaḥ Tiallalin à Qçar es Souq. |
AFFLUENT. — L’Ouad Ouṭat Aït Izdeg reçoit un affluent, l’Ouad Aït Ạïach, se jetant sur sa rive gauche à une certaine distance au-dessous du district d’Ouṭat Aït Izdeg.
Ouad Ait Aiach. — Il prend sa source au Djebel El Ạïachi et arrose en descendant quatre qçars appartenant aux Aït Ạïach ; le reste de son cours est désert. Voici les quatre qçars, dans l’ordre où on les trouve en descendant la rivière :
| Aït Tiferraḥin | rive droite, | 50 | fusils. |
| Aït Tourast | rive droite, | 50 | |
| Aït Ben Ạli | rive gauche, | 50 | |
| Ansegmir | rive gauche, | 150 |
Les deux derniers qçars sont en face des deux premiers ; ils ne forment tous quatre qu’un seul groupe ; les jardins sont unis sur chaque rive du cours d’eau.
Les Aït Ạïach sont une fraction des Aït Iafelman. C’est dire qu’ils sont indépendants et parlent le tamaziṛt. Ils composent la seule population des 4 qçars de l’Ouad Aït Ạïach.
Ni marché, ni Juifs dans aucun d’eux.
| Distances : | du confluent de la Mlouïa et de l’Ouad Ouṭat Aït Izdeg à celui de l’Ouad Ouṭat Aït Izdeg et de l’Ouad Aït Ạïach comme de Qçar es Souq à Aït Ọtman. |
| de Qaçba el Makhzen (El Qçâbi) à Ansegmir comme de Nezala à El Qçâbi. |
OUAD OUIZERT. — Il prend sa source dans le Grand Atlas, au sommet appelé Ikhf n Iṛir (Djebel Gir). Plusieurs qçars se trouvent sur son cours ; les voici, dans l’ordre où on les rencontre en le descendant :
| Ạïat (3 petits qçars : Qcîra Cheurfa ; Qcîra Aït Attou ; Qcîra Sidi Ben Ḥachem). | 60 | fusils. | |
| Bou Sellam (5 petits qçars : Qçar Ṭoual, rive gauche ; Qcîra Sidi Moḥammed bel Bachir, rive gauche ; Qcîra ech Cheurfa, rive gauche ; Qçar Oulad Moulei El Ḥasen, rive droite ; Qçar Ousebri, rive droite). | 200 | ||
| Tisana | rive gauche, | 10 | |
| Tikoutamin (2 qçars : Ḥaselfa ; Oulad Deḥou). | 50 | ||
| Ouizert (3 qçars : Oulad Deḥou ; Oulad Ious ; Oulad Abbou) | rive droite, | 150 |
Ces localités sont échelonnées sur la rivière, assez loin les unes des autres. Aucun lien ne les unit. Entre elles, au-dessus et au-dessous, le cours de l’ouad est désert.
Ạïat est peuplée de cherifs et d’Aït Tseṛrouchen, Bou Sellam de Qebala, Tisana de Qebala, Tikoutamin et Ouizert d’Oulad Khaoua.
| Distances : | d’Ạïat à Bou Sellam comme d’Aït Çaleḥ au Gers. |
| de Bou Sellam à Tisana comme d’Aït Çaleḥ au Gers. | |
| de Tisana à Tikoutamin comme d’Aït Çaleḥ à Aït ou Alil. | |
| de Tikoutamin à Ouizert comme d’Aït Çaleḥ à Aït ou Alil. | |
| d’Ouizert à Megdoul comme d’Aït Çaleḥ à Aït ou Alil. | |
| d’Ouizert à Megdoul comme de Mellaḥ Tiallalin au Gers. | |
| d’Ouizert au confluent de l’Ouad Ouizert et de la Mlouïa comme d’Aït Çaleḥ à Kerrando. | |
| d’Ouizert à Igli comme d’Aït Ọtman au Gers. | |
| de Megdoul au confluent de l’Ouad Ouizert et de la Mlouïa comme d’Aït Ọtman au Gers. |
OUAD SOUF ECH CHERG. — Il prend sa source dans le Moyen Atlas, sur le territoire des Aït Ioussi. Il arrose deux qçars avant d’arriver à Misour ; ce sont, en descendant la rivière :
| Qcîra Aït Ḥamed ou Selîman. | 40 | fusils. |
| El Kseạt. | 40 |
De là il passe à Misour, qui a été décrit plus haut.
Qcîra Aït Ḥamed ou Selîman et El Kseạt sont habités par des Aït Ioussi et appartiennent à cette tribu. Ces deux qçars sont isolés l’un de l’autre ; entre eux, au-dessus et au-dessous, le cours de la rivière est désert.
| Distances : | de Misour à El Kseạt comme d’Aït Ọtman à Kerrando. |
| d’El Kseạt à Qcîra Aït Ḥamed ou Selîman comme du Gers à Aït Çaleḥ. |
OUAD TIDDARIN. — Il prend sa source dans le Grand Atlas. Tout le cours en est désert.
OUAD TIOUANT. — Il prend sa source dans le Moyen Atlas, au Djebel Tiouant. Cette montagne, où l’on trouve du sel, est située, par rapport à la Mlouïa, au-dessus de Touggour. A son pied, la rivière arrose quelques villages qui composent le district de Tiouant. Ce sont les seuls lieux habités de son cours, qui tout le reste du temps est désert. Voici les noms de ces villages, dans l’ordre où on les rencontre en descendant l’ouad :
| Bou Ḥennoun | rive droite, | 80 | fusils. |
| Aït Ḥammou | rive gauche, | 150 | |
| Aït Ạïssa | rive gauche, | 80 | |
| Aït Baroukh | rive gauche, | 120 | |
| Aït ou Iaḥian (2 petits villages se faisant face, l’un sur la rive droite, l’autre sur la rive gauche) | 150 |
Ces localités ne forment qu’un seul groupe ; leurs cultures se touchent sur les deux rives du cours d’eau. A elles cinq, elles composent tout le district de Tiouant.
Les gens du Tiouant sont toujours alliés aux Oulad el Ḥadj. Ils sont Chellaḥa et sédentaires. Leur langue est le tamaziṛt. Point de relations avec le sultan.
Ni marché, ni Juifs sur leur territoire.
L’Ouad Tiouant a toujours de l’eau dans son lit.
| Distances : | de la Mlouïa à Aït ou Iaḥian 1/2 jour de chemin. |
| de la Mlouïa à Aït ou Iaḥian comme d’Aït Ọtman à Kerrando. | |
| d’Aït Ḥammou à Aït ou Iaḥian comme de Mellaḥ Ouṭat Oulad el Ḥadj à Kechchacha. | |
| Aït Ḥammou et Bou Ḥennoun se font face. |
OUAD MEDFA KEDDOU. — Il prend naissance dans le Ḍahra. Tout le cours en est désert. De sa source à son confluent avec la Mlouïa, il y a environ 2 jours de marche.
OUAD CHEGG EL ARD. — La source en est dans le Moyen Atlas. Avant d’arriver à Ouṭat Oulad el Ḥadj, il arrose plusieurs villages. En voici les noms, dans l’ordre où on les trouve en descendant la rivière :
| Oulad Bou Ṛilas (bien qu’isolé, ce village compte avec les Beni Ḥassan). | rive droite, | ||
| Beni Ḥassan (4 villages ; 1 sur la rive gauche, 3 sur la rive droite) | 600 | fusils. | |
| Oulad Ạli (4 villages) | rive gauche, | 200 | |
| Beni Ḥaïoun (2 villages) | rive droite, | 200 | |
| Oulad Sạïd | rive gauche, | 30 |
De là il descend à Ouṭat Oulad el Ḥadj.
Ces diverses localités sont espacées, à distance les unes des autres ; entre elles, le cours de la rivière est désert.
Des villages situés sur l’Ouad Chegg el Arḍ au-dessus d’Ouṭat Oulad el Ḥadj, quatre, Beni Ḥassan, Oulad Ạli, Beni Ḥaïoun, Oulad Sạïd, ont chacun leur organisation séparée et n’ont aucun lien entre eux. Oulad Bou Ṛilas est peuplée de gens de Beni Ḥassan et dépend de cette localité. Ces divers centres ont pour habitants des Chellaḥa sédentaires n’appartenant à aucune tribu. Ils sont la plupart du temps, mais non toujours, alliés aux Oulad el Ḥadj. Leur position géographique les met, pour certaines choses, dans la dépendance de cette tribu. Elle est la seule avec laquelle ils puissent faire le commerce : d’elle leur viennent et les huiles et les grains. Il y a bien, à travers la montagne, des chemins vers Fâs et vers Tâza ; mais ils sont très difficiles et on ne les prend pas. Cependant ces villages n’ont pas de debiḥa sur les Oulad el Ḥadj : ils ne sont vassaux d’aucune tribu. Au temps où les Oulad el Ḥadj étaient soumis au sultan, ils s’étaient rangés sous l’autorité de leur qaïd. Depuis que les Oulad el Ḥadj ont secoué le joug, eux aussi ont repris leur indépendance.
Ni marché, ni Juifs dans aucune de ces localités.
Langue tamaziṛt.
La rivière a en toute saison de l’eau jusqu’à Ouṭat Oulad el Ḥadj ; au printemps et au moment des pluies, les eaux atteignent la Mlouïa ; le reste de l’année, elles sont absorbées par les irrigations d’El Ouṭat.
| Distances : | d’Ouṭat Oulad el Ḥadj à Oulad Sạïd comme d’Aït Blal à Megdoul. |
| d’Oulad Sạïd à Beni Ḥaïoun comme de Mellaḥ El Ouṭat à Kechchacha. | |
| de Beni Ḥaïoun à Oulad Ạli comme de Megdoul à Misour. | |
| d’Oulad Ạli à Beni Ḥassan comme d’El Bridja à Misour. | |
| de Beni Ḥassan à Oulad Bou Ṛilas comme de El Bridja à Misour. |
OUAD BENI RIIS. — Il prend sa source dans le Djebel Debdou. Sur son cours se trouve le grand village de :
Oulad Ben el Ḥoul, sur les 2 rives de l’ouad ; 400 fusils.
Cette localité appartient aux Beni Ṛiis, fraction des Oulad el Ḥadj. Nous l’avons traversée en allant à Debdou. C’est le seul lieu habité qui soit sur la rivière ; le reste de son cours est désert.
AFFLUENT. — L’Ouad Beni Ṛiis reçoit un affluent, l’Ouad Oulad Ọtman, se jetant sur sa rive droite à 1 kilomètre environ au-dessous d’Oulad Ben el Ḥoul.
Ouad Oulad Otman. — Il prend sa source dans le Djebel Debdou. Sur ses bords se trouvent trois petits villages très rapprochés entre eux, portant le nom collectif de :
| Oulad Ọtman | rive droite, 200 fusils. |
Pas d’autre lieu habité sur cette rivière. Le reste de son cours est désert. Oulad Ọtman, comme Oulad Ben el Ḥoul, appartient aux Beni Ṛiis. Les habitants de ces deux endroits composent toute la fraction. Les Beni Ṛiis sont soumis au sultan et dépendent du qaïd de Tâza.
Nous avons traversé Oulad Ọtman en allant à Debdou.
OUAD MELILLO. — Il prend sa source dans le Djebel Beni Ouaṛaïn et se jette dans la Mlouïa à Gersif.
OUAD MESSOUN. — Il prend sa source dans le Rif, du côté des Gezennaïa ; puis il traverse le Fḥama, plateau ondulé s’étendant entre les monts du Rif et ceux des Ṛiata ; ensuite il entre dans la plaine de Jell, où il reste jusqu’à son confluent avec la Mlouïa. Un seul établissement fixe sur ses bords : c’est Qaçba Messoun, située dans le Fḥama et appartenant aux Houara. Tout le reste de son cours est désert ou occupé passagèrement par des nomades. Les eaux de l’Ouad Messoun sont salées.
| Distances : | de Qaçba Messoun à Tâza comme de Lalla Maṛnia à Oudjda. |
| de Qaçba Messoun à Gersif comme de Taourirt (Ouad Za) à Qaçba el Ạïoun. |
OUAD ZA. — Il prend sa source dans la partie du Ḍahra parcourue par les Aït Bou Ouchchaouen, auprès d’un groupe de puits appelé Tisreïn. Pendant plusieurs journées, son cours se poursuit dans le Ḍahra, c’est-à-dire sur un immense plateau désert.
Il y reste jusqu’à Tegafeït. De sa source à ce point, il n’a qu’un seul lieu habité sur ses bords,
| Qaçba Ras el Ạïn Beni Matar. | 100 fusils. |
Sauf ce petit qçar, isolé dans la plaine solitaire, l’Ouad Za est désert jusqu’à Tegafeït. Là il change brusquement d’aspect. Le Ḍahra cesse ; la rivière entre dans une étroite vallée, resserrée entre le Djebel Beni Bou Zeggou à droite, le Djebel Oulad Ạmer et le Djebel Mergeshoum à gauche. Les bords, arides jusque-là, se couvrent de champs et de jardins, et resteront tels jusqu’au confluent de la rivière avec la Mlouïa ; de Tegafeït à ce point, l’Ouad Za n’est qu’un long verger : c’est cette riche partie de son cours qu’on appelle blad Za. Elle se divise en deux portions : la première, de Tegafeït à Qaçba Beni Qoulal ; l’Ouad Za reste en montagne, resserré entre les deux massifs que nous avons nommés ; la deuxième, de Beni Qoulal à la Mlouïa ; il coule en plaine, ruban vert se déroulant le long des sables de l’Angad.
Tant qu’il est en montagne, l’Ouad Za, bien que garni de superbes cultures, n’est pas très peuplé. Les tribus auxquelles appartiennent champs et jardins, tribus qui ne vivent que sous la tente, habitent le flanc de sa vallée et non le fond. Nous parlerons plus tard de ces tribus. Dans cette partie, le Za n’a que quelques tentes dispersées au milieu des cultures, et deux villages :
| Tegafeït. | 100 | fusils. |
| Qaçba Beni Qoulal. | 50 |
Mais aussitôt qu’il entre en plaine, il devient très habité. Les Kerarma, qui possèdent cette dernière partie de son cours, résident sur ses rives mêmes, leurs tentes disséminées au milieu des cultures. Ils n’ont point de maisons ; il n’existe que deux constructions dans cette portion du Za :
- Dar Chikh Ech Chaoui.
- Taourirt (appelée aussi Qaçba Moulei Ismạïl).
On voit donc que le cours de l’Ouad Za se divise en deux parties distinctes : l’une, de sa source à Tegafeït, aride, inculte, déserte ; l’autre, de Tegafeït à son confluent avec la Mlouïa, cultivée, garnie de jardins, aussi riche que la précédente était désolée, aussi verdoyante qu’elle était aride. Ces deux portions sont si différentes l’une de l’autre que les indigènes donnent à chacune un nom particulier. De Tisreïn à Ras el Ạïn Beni Matar, ils appellent la rivière Ouad Charef ; de Ras el Ạïn Beni Matar à la Mlouïa, ils la nomment Ouad Za. Ils n’étendent jamais la signification de ces deux termes et n’emploient pas l’un pour l’autre. Le point de Ras el Ạïn Beni Matar, qu’ils ont choisi comme marquant le lieu de changement dans la manière d’être de l’ouad, est remarquable à un double titre : c’est le premier lieu habité qui se trouve sur le cours de la rivière depuis sa source, et c’est à partir de là que l’Ouad Za a de l’eau d’une façon permanente ; au-dessus de ce point, il n’a que des ṛedirs qui se remplissent au moment des pluies ; au-dessous, il a de l’eau partout, en toutes saisons. De ce dernier fait vient le nom de Ras el Ạïn donné à la qaçba des Beni Matar.
| Distances : | de Tisreïn à Ras el Ạïn Beni Matar comme de Misour à Debdou. |
| de Tisreïn à Debdou comme de Taourirt, (Kerarma) à Lalla Maṛnia. | |
| de Ras el Ạïn Beni Matar à Tegafeït comme de Dar Ech Chaoui à Qaçba el Ạïoun. | |
| de Tegafeït à Qaçba Beni Qoulal comme de Qaçba el Ạïoun à Oudjda. | |
| de Qaçba Beni Qoulal à Taourirt (Kerarma) comme la 1/2 distance de Lalla Maṛnia à Oudjda. | |
| de Taourirt (Kerarma) au confluent de l’Ouad Za et de la Mlouïa comme de Lalla Maṛnia à Oudjda. |
POINTS HABITÉS DU COURS DU ZA. — Voici quelques détails sur ces localités, déjà énumérées, et au nombre de 5 seulement :
Ras el Aïn Beni Matar est une qaçba appartenant par moitié aux Beni Matar et aux Mhaïa. Elle est sur la rive de l’ouad, au milieu du désert, en plein Ḍahra. Il s’y trouve une source très abondante et ne tarissant jamais, dont les eaux forment l’Ouad Za.
Tegafeït est un village appartenant à un marabout qui l’habite, Ould Sidi Ḥamza.
Qaçba Beni Qoulal. Elle se compose d’une enceinte où les Beni Qoulal serrent leurs grains et d’un certain nombre d’habitations. Elle appartient aux Beni Qoulal.
Dar Chikh Ech Chaoui. C’est une maison unique, demeure de Chikh Ben Ech Chaoui, qaïd des Kerarma.
Taourirt. C’est une qaçba construite par Moulei Ismạïl ; elle est en partie ruinée et sert aux Kerarma à emmagasiner leurs grains. Nous avons vu Taourirt, ainsi que Dar Chikh Ech Chaoui, en allant de Debdou à Qaçba el Ạïoun.
TRIBUS DU COURS DE L’OUAD ZA. — De sa source à Ras el Ạïn Beni Matar, l’Ouad Za, coulant dans le Ḍahra, traverse les terres de parcours de toutes les tribus qui fréquentent ce désert, mais n’arrose en particulier aucune d’elles. Nous ne parlerons pas ici de ces tribus, dont il sera question plus bas en même temps que du Ḍahra. Les tribus possédant des terres sur les rives de l’Ouad Za sont les suivantes, dans l’ordre où on les trouve en descendant la rivière : Oulad Ạmer, Beni Chebel, Oulad el Mîdi, Beni Qoulal, Kerarma. Les quatre premières habitent dans le massif du Djebel Oulad Ạmer et du Djebel Mergeshoum ; la portion de l’Ouad Za comprise entre Tegafeït et Qaçba Beni Qoulal leur appartient. La dernière possède les rives du Za de Qaçba Beni Qoulal à la Mlouïa, et les habite. Toutes cinq, bien que sédentaires, vivent sous la tente. Pas de Juifs dans aucune d’elles. Deux marchés : Souq el Arbạa Beni Qoulal et Souq et Tenîn Kerarma. Ce dernier, qui se tient à Dar Ech Chaoui, est fort important.
Oulad Amer. — Tribu séparée, soumise au sultan, du ressort du qaïd Ḥamada des Beni Bou Zeggou. Elle habite le massif du Djebel Oulad Ạmer, situé à gauche de l’Ouad Za. Langue tamaziṛt. 1000 fusils. 50 chevaux.
Distance : de Debdou aux Oulad Ạmer comme d’Oudjda à Lalla Maṛnia.
Beni Chebel. — Tribu séparée, soumise au sultan, sous l’autorité du qaïd Ḥamada des Beni Bou Zeggou. Elle habite le Djebel Mergeshoum situé à gauche de l’Ouad Za. Langue tamaziṛt. 70 fusils.
Oulad el Midi. — Tribu séparée, soumise au sultan, dépendant du qaïd Ḥamada des Beni Bou Zeggou. Elle habite le Djebel Mergeshoum. Langue tamaziṛt. 200 fusils.
Beni Qoulal. — Tribu séparée, soumise au sultan, du ressort du qaïd Ḥamada des Beni Bou Zeggou. Elle habite le Djebel Mergeshoum et les rives du Za, où elle possède Qaçba Beni Qoulal. Langue tamaziṛt. 150 fusils.
Kerarma. — Tribu séparée. Elle est soumise au sultan, qui lui a donné pour qaïd son propre chikh héréditaire, Ben Ech Chaoui, résidant à Dar Chikh Ech Chaoui. Elle habite les bords de l’Ouad Za entre le confluent de cette rivière avec la Mlouïa et Qaçba Beni Qoulal. Dar Chikh Ech Chaoui et Taourirt lui appartiennent. Langue arabe. 500 fusils.
AFFLUENT. — L’Ouad Za, au-dessus de Ras el Ạïn Beni Matar, dans la portion de son cours où on l’appelle Ouad Charef, reçoit l’Ouad el Ạououdj venant de l’est et se jetant sur sa rive droite. Cet affluent est une rivière sans eau, comme l’Ouad Charef.
OUAD EL QCEB. — Il prend sa source dans le Djebel Beni Iạla, perce la chaîne des Beni Bou Zeggou et des Zekkara, traverse le désert d’Angad, où il passe auprès de Qaçba el Ạïoun, et enfin se jette dans la Mlouïa. Cette rivière n’a d’eau que les années pluvieuses et pendant quelques jours.
| Distances : | de Qaçba el Ạïoun au Djebel Beni Iznâten comme de Lalla Maṛnia à Oudjda ou un peu moins. |
| de Qaçba el Ạïoun au Djebel Beni Iạla comme de Qaçba el Ạïoun à Oudjda. | |
| de Qaçba el Ạïoun au Djebel Beni Bou Zeggou, 5 heures de marche. | |
| de Qaçba el Ạïoun au Djebel Zekkara, 5 heures de marche. |
Le Djebel Beni Iạla, où l’Ouad el Qceb prend sa source, est au sud des djebels Beni Bou Zeggou et Zekkara, à hauteur du milieu environ de la chaîne.
AFFLUENT. — L’Ouad el Qceb reçoit un affluent, l’Ouad Mesegmar, prenant sa source dans le Djebel Beni Bou Zeggou et se jetant sur sa rive gauche.
4o. — TRIBUS DE LA VALLÉE DE LA MLOUIA.
Les tribus qui occupent ou parcourent la vallée de la Mlouïa sont, en la descendant : les Beni Mgild, les Aït Ạïach, les Aït ou Afella, les Oulad Khaoua, les Aït Ioussi, les Aït Tseṛrouchen, les Oulad el Ḥadj, les Houara, les Ḥallaf et les Beni Oukil. Nous allons dire un mot de chacune d’elles.
BENI MGILD. — Puissante tribu limitée au nord par les Beni Mṭir, à l’est par les Aït Ioussi, à l’ouest par les Zaïan et les Akebab, au sud par trois fractions des Aït Iafelman, les Aït Iaḥia, les Aït Ạïach et les Aït Izdeg. Les Beni Mgild sont indépendants ; ils sont de race et de langue tamaziṛt.
AIT AIACH. — Ils sont Berâber et forment une des fractions des Aït Iafelman. Ils sont limités au nord par le Djebel El Ạïachi, à l’est par Aït Izdeg et les Aït ou Afella, à l’ouest par les Aït Iaḥia (autre fraction des Aït Iafelman) et les Beni Mgild, au sud par les Beni Mgild. Les Aït Ạïach sont partie sédentaires, partie nomades, ces derniers étant les plus nombreux. Ils ne possèdent que 4 qçars et des tentes.
Les 4 qçars sont ceux qui se trouvent sur l’Ouad Aït Ạïach ; la population en est de 300 fusils.
Les tentes sont dans la vallée de l’Ouad Aït Ạïach, sur l’Ouad Ouṭat Aït Izdeg au-dessous du confluent des deux rivières, et parfois sur la Mlouïa au-dessous du confluent de l’Ouad Ouṭat Aït Izdeg.
Les Aït Ạïach forment 800 fusils et 40 chevaux.
Ils sont indépendants.
Langue tamaziṛt, comme tous les Berâber.
Ni marché, ni Juifs.
AIT OU AFELLA. — Les Aït ou Afella sont une subdivision des Aït Izdeg. Ils sont bornés au nord par la crête supérieure du Grand Atlas, au sud par la Mlouïa et le district de Qçâbi ech Cheurfa, à l’est par les Oulad Khaoua et les Aït Tseṛrouchen, à l’ouest par le district d’Ouṭat Aït Izdeg, les Aït Ạïach et les Beni Mgild.
Les Aït ou Afella sont sédentaires et n’habitent que des qçars ; leurs principaux qçars sont :
Dans la plaine entre le Grand Atlas et la Mlouïa : Zebzat, Bou Ạïach, Entrit.
Sur la Mlouïa : Aḥouli et Tamdafelt.
Sur l’Ouad Ouṭat Aït Izdeg : Aït ou Afella.
Ces six qçars contiennent environ 460 fusils : les Aït ou Afella en forment 600. Point de chevaux.
Bien que fraction des Aït Izdeg, les Aït ou Afella ne comptent pas actuellement avec eux. Ils en sont séparés politiquement. Depuis l’installation d’un qaïd à Qçâbi ech Cheurfa, les Aït ou Afella sont soumis au sultan. Le reste des Aït Izdeg est resté indépendant. De là, séparation et hostilités.
Ni marché, ni Juifs.
OULAD KHAOUA. — Ils sont une fraction des Oulad el Ḥadj ; mais, comme les Aït ou Afella, et depuis plus longtemps qu’eux, ils sont séparés de leur tribu d’origine. Ils sont bornés au nord par la Mlouïa et les Oulad el Ḥadj, et à l’ouest par les Aït ou Afella ; au sud et à l’est, ils s’étendent jusqu’au pied du Grand Atlas et du Rekkam, où commencent les terres des Aït Tseṛrouchen : cette tribu, qui occupe ces deux massifs, les limite ainsi de deux côtés.
Les Oulad Khaoua sont partie sédentaires, partie nomades ; ceux-ci sont les plus nombreux.
Leurs qçars sont au nombre de quatre : deux sur la Mlouïa, Megdoul et El Bridja ; deux sur l’Ouad Ouizert, Tikoutamin et Ouizert. A eux quatre, ils contiennent 250 à 260 fusils.
Leurs tentes sont dispersées dans la plaine, au sud de la Mlouïa et près de l’Ouad Ouizert.
Ils forment 600 à 700 fusils. Ils ont environ 30 chevaux.
Appartenant aux Oulad el Ḥadj, les Oulad Khaoua sont de race et de langue arabe. Politiquement, ils sont, avons-nous dit, séparés de leur tribu. Cette séparation date de très loin. Il y a bien des années, les Oulad Khaoua, ayant eu des querelles avec les autres fractions des Oulad el Ḥadj, les abandonnèrent et s’allièrent aux Aït Izdeg ; leur union avec les Aït Izdeg dure toujours depuis cette époque ; aujourd’hui encore, bien que d’origine étrangère, ils comptent comme faisant partie de cette tribu. Lors de l’installation d’un qaïd à Qçâbi ech Cheurfa, ils ont fait leur soumission au sultan ; depuis ce temps, ils sont blad el makhzen ; le qaïd d’El Qçâbi les a, ainsi que les Aït ou Afella, dans son ressort. Le fait de leur soumission, contrairement à ce qui est arrivé pour les Aït ou Afella, ne les a point brouillés avec les Aït Izdeg. Ils leur sont toujours étroitement unis.
Ni marché, ni Juifs.
AIT IOUSSI. — C’est une grande tribu chleuḥa occupant toute la région qui s’étend entre Qçâbi ech Cheurfa et Sfrou. Elle est bornée au nord par Sfrou, au sud par la Mlouïa, à l’ouest par les Beni Mgild, à l’est par les Beni Ouaṛaïn, les Aït Tseṛrouchen et les Oulad el Ḥadj.
Les Aït Ioussi se divisent en trois fractions à peu près d’égale force :
Reṛraba (au sud de Sfrou).
Aït Ḥelli (au sud des Reṛraba).
Aït Mesạoud ou Ạli (au sud des Aït Ḥelli, entre la Mlouïa et le Djebel Oumm Djeniba).
Ils sont soumis au sultan et ont trois qaïds, un pour chaque fraction. Ils sont de race et de langue tamaziṛt. Partie sédentaires, partie nomades, ils ont des villages et des tentes.
Ni marché, ni Juifs sur leur territoire.
Les Aït Ioussi sont une tribu de montagne : ils possèdent à la vérité une grande plaine, la moitié de la vallée de la Mlouïa sur une longue étendue ; mais ils n’y descendent presque jamais : de loin en loin, on y voit apparaître quelques-uns de leurs douars ou de leurs troupeaux ; mais ils ne font que passer et bientôt regagnent les hauteurs. Tout le reste de leur territoire est montagneux ; les diverses chaînes qui le traversent sont nommées indifféremment Djebel Aït Ioussi. Les principales d’entre elles sont le Moyen Atlas et celle que nous appelons chaîne Oulmess-Ṛiata. On y remarque aussi le plateau montueux du Fezaz, qui sépare les Aït Ioussi des Beni Mgild.
Moyen Atlas. — Cette haute chaîne, dont nous avons vu au mois de mai presque toute la crête couverte de neige, commence au sud du Tâdla et se prolonge par les monts Debdou jusqu’aux Hauts Plateaux où elle expire. Dans sa portion comprise entre les Beni Mgild et la Mlouïa, on y remarque trois sommets principaux : à l’ouest, le Djebel Tsouqt, sur le territoire des Aït Ioussi ; à l’est, le Djebel Oulad Ạli (portant aussi les noms de Djebel Beni Ḥassan, de Djebel Tirnest et de Djebel Oulad el Ḥadj), occupé partie par de petits groupes isolés de Chellaḥa, partie par les Oulad el Ḥadj ; entre les deux, le Djebel Oumm Djeniba, dont le versant ouest est habité par les Aït Ioussi, le versant est par les Aït Tseṛrouchen. Entre le Djebel Tsouqt et le Djebel Oumm Djeniba, la chaîne est toute sur le territoire des Aït Ioussi ; du Djebel Oumm Djeniba au Djebel Oulad Ạli, le versant septentrional en appartient aux Beni Ouaṛaïn, le versant méridional aux Aït Tseṛrouchen.
Le chemin de Qçâbi ech Cheurfa à Fâs, par Sfrou, passe entre le Djebel Tsouqt et le Djebel Oumm Djeniba. Sur cette route se remarque la ḍaïa d’Ifraḥ, grand étang situé dans la montagne.
Chaîne Oulmess-Riata. — Commençant à l’ouest d’Oulmess, se continuant dans le Djebel Ṛiata et se prolongeant jusqu’en Algérie par les monts Beni Bou Zeggou et Zekkara, cette chaîne traverse le territoire des Aït Ioussi au nord de la précédente, à laquelle elle est à peu près parallèle. Entre les Aït Ioussi et la Mlouïa, elle appartient, le versant nord aux Ṛiata, le versant sud aux Beni Ouaṛraïn.
Fezaz. — C’est un plateau élevé, montueux, allant du Moyen Atlas à la chaîne Oulmess-Ṛiata ; sa direction est perpendiculaire à celle de ces deux chaînes entre lesquelles il est comme un trait d’union. Il forme limite entre les Aït Ioussi et les Beni Mgild.
AIT TSERROUCHEN. — Les Aït Tseṛrouchen sont une puissante tribu tamaziṛt composée de deux grandes fractions, l’une sédentaire, l’autre nomade. Les Aït Tseṛrouchen sont connus sous trois noms : on les appelle indifféremment Aït Tseṛrouchen, Mermoucha, et Oulad Moulei Ạli ben Ạmer ; ils se font donner ce dernier nom parce qu’ils prétendent descendre du cherif Moulei Ạli ben Ạmer qui serait leur souche commune[122].
Particularité rare, les deux fractions des Aït Tseṛrouchen vivent complètement isolées l’une de l’autre, sans aucune relation ensemble, leurs territoires séparés par d’autres tribus. L’une d’elles habite le versant sud du Moyen Atlas, la seconde le revers nord du Grand Atlas et le Ḍahra. Toute la vallée de la Mlouïa, avec ses vastes plaines et les tribus qui les occupent, les séparent. Ces deux fractions ne sont pas moins différentes de mœurs qu’isolées de territoires : la première est composée de montagnards sédentaires, la seconde de nomades. Nous allons les étudier l’une après l’autre.
Les Aït Tserrouchen du nord sont bornés : à l’ouest, par les Aït Ioussi ; au sud, par la plaine déserte, appartenant aux Aït Ioussi, qui forme la vallée de la Mlouïa de Qçâbi ech Cheurfa à Misour ; à l’est, par les groupes isolés de Chellaḥa qui, d’Almis à Feggouç, occupent les dernières pentes du Moyen Atlas, le long de la vallée de la Mlouïa ; au nord, par les Beni Ouaṛaïn : la ligne de faîte du Moyen Atlas forme frontière entre cette dernière tribu et les Aït Tseṛrouchen du nord. Ceux-ci sont donc entièrement cantonnés dans le massif montagneux que forme le versant sud du Moyen Atlas et que limite à l’est et au sud la vallée de la Mlouïa. Cette fraction est sédentaire et n’habite que des villages. Elle peut lever environ 2000 fusils. Point de Juifs sur ses terres.
Les Aït Tserrouchen du sud occupent le revers septentrional du Grand Atlas au nord des Oulad Khaoua, les deux versants de la chaîne à l’est de cette tribu, et une partie du Ḍahra. La plupart d’entre eux sont nomades ; cependant ils possèdent un certain nombre de qçars. Ces qçars sont : Azdad (5 qçars) et El Kaf, sur le revers nord du Grand Atlas, Taoura, non loin de Tanslemt, qui leur appartiennent en entier ; Zriouila, Ạïat, Tagenza, situés dans la même région, qu’ils habitent en commun avec d’autres tribus ; de plus ils résident dans la localité de Sạïda, dans le district de Qçâbi ech Cheurfa, et ont quelques individus dispersés dans les qçars de Beni Mesri.
Voici la décomposition des Aït Tseṛrouchen du sud :
| Aït Sạïd (nomades, vivant habituellement entre Beni Tzit et Talsit). | 200 | fusils. |
| Aït Bou Ouchchaouen (ou Aït Bou Oussaouen) (nomades, vivant habituellement près d’Anoual, dans le Ḍahra). | 1000 | |
| Aït Sạïd ou El Ḥasen (nomades, vivant dans le Ḍahra). | 200 | |
| Aït Ḥeddou ou Bel Ḥasen (nomades, vivant dans le Ḍahra). | 200 | |
| Aït Bou Mariem (mi-sédentaires, mi-nomades, possèdent Azdad et ont des tentes). | 600 | |
| Aït Ạli Bou Mariem (mi-sédentaires, mi-nomades, quelques-uns d’entre eux sont dispersés dans les qçars de Beni Mesri. Les autres vivent sous la tente). | 80 | |
| Aït Ben Ouedfel (mi-sédentaires, mi-nomades, possèdent le qçar de Taoura et des tentes). | 120 | |
| Aït Ḥaseïn (nomades, vivant aux environs de l’Ouad Gir). | 800 | |
| Aït Ḥammou Bel Ḥasen (nomades, vivant dans le Ḍahra). | 60 |
Point de marché, ni de Juifs chez eux.
Tous les Aït Tseṛrouchen sont indépendants et sans relation avec le sultan. On a cru quelquefois que les Aït Tseṛrouchen étaient une fraction des Aït Iafelman ; c’est une erreur : les Aït Tseṛrouchen ne sont point des Berâber. Ils forment une tribu à part. Ils sont Chellaḥa. Leur langue est le tamaziṛt.
OULAD EL HADJ. — Puissante tribu arabe, moitié nomade, moitié sédentaire ; elle occupe les deux rives de la Mlouïa et la vaste plaine qui en forme la vallée depuis Misour jusqu’à Oulad Ḥamid. Plusieurs des qçars situés sur les premières pentes du Moyen Atlas lui appartiennent ; les autres sont ses alliés. Enfin elle possède le Rekkam et une partie du Djebel Debdou. Les Oulad el Ḥadj sont Arabes de race et de langue. Autrefois ils étaient, de nom plutôt que de fait, soumis au sultan et avaient un qaïd nommé par lui. Depuis 1882, ils ne reconnaissent plus ni sultan ni qaïd et sont indépendants.
Voici leur décomposition :
| Ṭoual (nomades) | 100 | fantassins. | 30 cavaliers. |
| Oulad Bou Qaïs (nomades, toujours unis aux Ṭoual) | 100 | fantassins. | 40 cavaliers. |
| Oulad Sidi Aïssa (marabouts sédentaires, habitant Tiissaf) | 300 | fantassins. | |
| Oulad Ḥamid (nomades et sédentaires ; ces derniers habitent Oulad Ḥamid sur la Mlouïa) | 300 | fantassins. | 40 cavaliers. |
| Ahel Tirnest (sédentaires, habitant le groupe de qçars de ce nom) | 600 | fantassins. | |
| Oulad Jerrar (nomades et sédentaires ; ces derniers habitent divers qçars de la Mlouïa) | 800 | fantassins. | 60 cavaliers. |
| Oulad Daoud (nomades, ils campent dans le voisinage de Debdou) | 200 | fantassins. | 30 cavaliers. |
| Beni Ṛiis (sédentaires, habitant des villages dans le Djebel Debdou) | 600 | fantassins. | |
| Ahel Rechida (marabouts sédentaires, habitant Rechida et Beni Khelften). | 350 | fantassins. | |
| Oulad Admer (marabouts sédentaires, habitant Admer) | 100 | fantassins. | |
| Oulad El Bekri (nomades et sédentaires habitant à Ouṭat Oulad el Ḥadj) | 120 | fantassins. | 30 cavaliers. |
| Oulad Ạbd el Kerim (sédentaires, habitant dans les qçars d’Oulad El Feḍil, Oulad Ạbd el Malek, El Angab, El Hamouziin, etc.) | 90 | fantassins. | |
| El Ạrzan (sédentaires, habitant le groupe de qçars de ce nom) | 250 | fantassins. | 50 cavaliers. |
| Oulad Mellouk (sédentaires, habitant les qçars de ce nom) | 300 | fantassins. | |
| Beni Bou Ḥi (sédentaires, habitant Ouṭat Oulad el Ḥadj) | 150 | fantassins. | |
| El Ḥarar (sédentaires, habitant le qçar de ce nom à Ouṭat Oulad el Ḥadj). | 50 | fantassins. | |
| El Kechchacha (sédentaires, résidant dans la localité de ce nom à El Ouṭat). | 30 | fantassins. |
enfin, et pour mémoire seulement :
| Oulad Khaoua | 650 fantassins. 30 cavaliers. |
Cette dernière fraction des Oulad el Ḥadj s’est séparée de ses frères et n’a plus de commun avec eux que l’origine ; elle compte depuis longtemps avec les Aït Izdeg.
Trois autres fractions, les Beni Ṛiis, les Ahel Rechida et les Oulad Admer, sont en ce moment en dehors du concert des Oulad el Ḥadj. Pendant que ceux-ci sont insoumis, elles reconnaissent le sultan et obéissent au qaïd de Tâza.
Il n’y a qu’un mellaḥ chez les Oulad el Ḥadj, celui d’El Ouṭat.
Deux marchés, tous deux à Oulad Ḥamid, tlâta et djemạa.
HOUARA. — Tribu nomade se disant de race arabe. La langue en est l’arabe. La principale installation et les cultures les plus importantes en sont sur les deux rives de la Mlouïa, entre Refoula et le gros des Ḥallaf. Elle cultive aussi dans le Fḥama. Ce sont les seuls labourages qu’elle possède. Quant à ses troupeaux, elle les fait paître dans l’Angad, dans le Fḥama, dans le Jell et jusque dans le Ḍahra.
Les Houara ne vivent que sous la tente, mais ils ont trois qaçbas qui leur servent de magasins ; ce sont : Gersif (ou Agersif), sur la Mlouïa.
Qaçba Oulad Ḥammou ou Mousa, sur la Mlouïa.
Qaçba Messoun, sur l’Ouad Messoun.
Les Houara sont une forte tribu, ils peuvent lever 1500 fantassins et 500 chevaux. Ils se décomposent en 6 fractions :
Ạtamna, Oulad Sedira, Mezarcha, Zergan, Oulad Mesạoud, Oulad Ḥammou ou Mousa.
Les Houara sont soumis au sultan et ont quatre qaïds ; ceux-ci sont en ce moment :
Ạli El Ḥamar, gouvernant les Ạtamna.
Mḥammed bel Ḥadj El Korradi, gouvernant les Oulad Sedira et les Mezarcha.
Chikh Ṭîb El Ḥafi, gouvernant les Zergan et les Oulad Mesạoud.
Mḥammed ould Qaddour ben Djilali, gouvernant les Oulad Ḥammou ou Mousa.
Deux marchés, le khemîs et le ḥad de Gersif. Point de mellaḥ ; des Israélites de Debdou viennent, sans emmener leur famille, passer une partie de l’année dans la tribu pour trafiquer.
HALLAF. — Tribu nomade, de race et de langue arabe. Elle se divise en deux groupes : les Ahel Refoula et les Ḥallaf proprement dits. Les premiers ont une qaçba sur la Mlouïa, Refoula, et habitent à l’entour sous la tente. Ils forment environ 100 fusils.
Les seconds, qu’on désigne seuls lorsqu’on prononce le nom de Ḥallaf, occupent les deux rives de la Mlouïa entre les Houara et les Beni Oukil : là sont toutes leurs cultures et leurs tentes ; leurs troupeaux paissent dans les plaines voisines. Ils ne possèdent aucune construction. Cette tribu peut lever 400 fantassins et 100 chevaux. Elle se décompose en 6 fractions, savoir :
Oulad Reḥou, Medafra, Oulad Sidi Mḥammed bel Ḥoseïn (cherifs), Oulad Mahdi, El Arbạ, Oulad Selîman.
Les Ahel Refoula et les Ḥallaf proprement dits forment toute la tribu des Ḥallaf. Toutefois les Kerarma (tribu de l’Ouad Za) sont considérés comme frères des Ḥallaf et comme Ḥallaf d’origine ; en cas de guerre, ils leur sont toujours alliés.
Les Ḥallaf, ceux de Refoula comme les autres, sont soumis au sultan. Ils n’ont point de qaïd particulier. Tous dépendent du qaïd des Kerarma.
Point de marché. Quelques Juifs de Debdou viennent trafiquer dans la tribu, mais il n’y a point de mellaḥ.
BENI OUKIL. — Tribu de marabouts. Ils sont de mœurs sédentaires, bien que vivant sous la tente. Ils habitent trois points du cours de la Mlouïa entre les Ḥallaf et l’embouchure du fleuve. Leurs campements sont en des lieux invariables, au milieu de leurs cultures et de leurs jardins. Aucune construction. Ils forment environ 200 familles ; point de chevaux ni de fusils chez eux ; ils ne possèdent que des chapelets.
Ils se divisent en 3 fractions. On n’a pu me dire le nom de la première ; les 2 autres s’appellent :
El Khorb, Oulad El Bacha.
Les Beni Oukil reconnaissent le sultan, mais, en qualité de marabouts, n’ont point de qaïd et ne paient pas d’impôt.
Ni marché, ni Juifs chez eux.
5o. — PLAINES ENTRE LA MLOUIA ET FAS.
Une des choses remarquables de la géographie du Maroc oriental est la large trouée qui forme une voie naturelle entre l’Algérie et Fâs. De Lalla Maṛnia à cette capitale, le chemin est constamment en sol uni. C’est une succession de plaines que la Mlouïa coupe en deux parties. Nous allons donner quelques renseignements sur chacune d’elles, en commençant par la contrée comprise entre la Mlouïa et Fâs.
La région plate s’étendant entre la Mlouïa et Fâs se compose d’abord de deux plaines désertes, celle de Jell et celle de Ṛaret, situées l’une et l’autre sur la rive du fleuve, la première au sud de la seconde ; puis d’un plateau bas et ondulé, le Fḥama, servant de ligne de partage entre le bassin de la Mlouïa et celui du Sebou ; enfin de la vallée de l’Ouad Innaouen, affluent du Sebou.
Jell. — C’est une plaine déserte que parcourent en hiver et au printemps les troupeaux des Houara. Elle a pour limites : au nord, le Gelez, ligne de collines très basses qui la sépare du Ṛaret ; à l’est, la Mlouïa ; à l’ouest, le plateau du Fḥama ; au sud, la chaîne des monts Ṛiata, fort abaissée en ce point et qui, aux environs de la Mlouïa, disparaît complètement pour reprendre plus loin avec un autre nom sur la rive droite du fleuve.
Le Jell est arrosé par l’Ouad Messoun, qui y entre au-dessous de Qaçba Messoun et y demeure jusqu’à son confluent avec la Mlouïa.
Raret. — Plaine déserte ayant pour limites : au nord, le Djebel Qelaïa et le Djebel Kebdana ; à l’est, la Mlouïa ; à l’ouest, le Djebel Metalsa ; au sud, les collines du Gelez qui la séparent du Jell. Dans le désert de Ṛaret campe la tribu nomade des Beni Bou Iaḥia.
Le Djebel Metalsa est situé à l’ouest de Qaçba Iselouan.
Le Djebel Qelaïa se trouve au nord de Qaçba Iselouan et à l’ouest du Djebel Kebdana.
Les Beni Bou Iaḥia, appelés aussi Beni Bou Iaḥi, sont une tribu nomade ne quittant point le désert de Ṛaret. Ils comptent 800 fantassins et 60 chevaux. Ils sont soumis au sultan et gouvernés par un qaïd nommé par lui, Moḥammed bel Ḥirch. Leur langue est le tamaziṛt.
Fhama. — Plateau ondulé, désert la plus grande partie de l’année, cultivé en quelques points par les Houara et parcouru par leurs troupeaux. Il a pour bornes : au nord, les montagnes du Rif (massifs des Gezennaïa et des Metalsa) ; à l’est, la plaine du Jell ; à l’ouest, le confluent de l’Ouad Bou el Djerf et de l’Ouad el Arbạ, dont la réunion forme l’Innaouen ; au sud, les monts des Ṛiata.
Le peu d’élévation de ce plateau en rend l’accès et le parcours si faciles qu’il prolonge plutôt qu’il ne coupe les plaines voisines. Ce n’est qu’un dos peu accentué séparant les bassins de la Mlouïa et du Sebou.
Il est arrosé par deux cours d’eau, l’Ouad Bou el Djerf, l’une des sources de l’Innaouen, et l’Ouad Messoun, tributaire de la Mlouïa.
Qaçba Messoun, localité appartenant aux Houara, est située dans le Fḥama.
Ouad Innaouen. — Cette rivière, dont nous avons parcouru et décrit la vallée entre Tâza et Fâs, se jette dans le Sebou un peu au-dessus de Ḥadjra ech Cherifa. Elle est formée de la jonction de deux cours d’eau, l’Ouad Bou el Djerf et l’Ouad el Arbạ, qui se réunissent à 2 heures de marche au-dessus du confluent de l’Ouad Tâza et de l’Ouad Innaouen.
Ouad Bou el Djerf. — Il prend sa source dans la portion orientale des monts Ṛiata, traverse ensuite le Fḥama et se joint enfin à l’Ouad el Arbạ à peu de distance de Tâza.
Ouad el Arba. — La source s’en trouve dans les montagnes du Rif, au massif du Djebel Brânes, ainsi nommé de la tribu des Brânes qui l’habite. Il arrose les terres de cette tribu, puis entre dans celle des Miknâsa. C’est après l’avoir traversée qu’il s’unit à l’Ouad Bou el Djerf.
AFFLUENTS DE L’OUAD INNAOUEN. — En outre des affluents que nous avons mentionnés dans notre itinéraire, l’Ouad Innaouen reçoit les quatre suivants :
Ouad Bou Ḥelou, se jetant sur sa rive gauche à Ạdjib ech Cherif, point situé chez les Hiaïna, à l’extrémité du Djebel Ṛiata.
Ouad Bou Zemlal, se jetant sur sa rive gauche au-dessous du précédent, dans la tribu des Hiaïna.
Ouad Leben, se jetant sur sa rive droite au-dessous des deux premiers, dans la tribu des Hiaïna.
Ouad El Ḥaḍar, se jetant sur sa rive droite à peu de distance de son confluent avec le Sebou.
Ouad Bou Helou. — Rivière assez considérable descendant du Djebel Beni Ouaṛaïn et arrosant le territoire des Ṛiata.
Ouad Bou Zemlal. — Cours d’eau peu important, prenant sa source dans le Djebel Beni Ouaṛaïn.
Ouad Leben. — Assez grande rivière descendant des montagnes du Rif, et ayant presque tout son cours sur le territoire des Hiaïna.
Ouad El Hadar. — Assez grande rivière qui prend sa source dans le Djebel Brânes. Elle arrose la tribu des Brânes, puis, laissant les Miknâsa au sud, entre dans le territoire des Tsoul qu’elle traverse. De là elle passe chez les Hiaïna et, au point où elle se jette dans l’Ouad Innaouen, forme frontière entre eux et les Oulad Djemạ.
Ainsi qu’on le voit, cette longue bande plane s’étendant entre la Mlouïa et Fâs, et formée du Jell, du Ṛaret, du Fḥama et de la vallée de l’Ouad Innaouen, est bordée au nord et au sud par deux chaînes de montagnes : monts du Rif au nord, monts des Ṛiata au sud. L’une et l’autre sont habitées, et la population y est même, dit-on, très dense. Les monts du Rif sont occupés par plusieurs tribus, d’importance diverse, de mœurs sédentaires, toutes Imaziṛen de langue et de race, quelques-unes soumises, la plupart indépendantes. Les monts des Ṛiata sont habités, sur leur versant nord par les Ṛiata, sur leur versant sud par les Beni Ouaṛaïn. Nous allons dire un mot de cette dernière tribu.
Beni Ouaraïn. — Grande tribu chleuḥa limitée, au nord, par les Ṛiata et les Hiaïna ; à l’ouest, par les Aït Ioussi ; à l’est, par les petits groupes isolés de Chellaḥa qui garnissent la vallée de la Mlouïa au pied de son flanc gauche ; au sud, par les Aït Tseṛrouchen. Les Beni Ouaṛaïn ne parlent que le tamaziṛt. De mœurs sédentaires, ils habitent tous des villages. Ils vivent indépendants au fond de leurs montagnes, sans avoir eu, depuis un temps immémorial, aucune relation avec les sultans.
Point de marché, ni de Juifs sur leur territoire : ils font peu de commerce ; cependant ils ont d’excellentes laines, que les marchands de Sfrou vont acheter chez eux.
On compte plus d’une journée de marche pour aller de Sfrou aux Beni Ouaṛaïn.
6o. — PLAINES ENTRE LA MLOUIA ET LALLA MARNIA.
Ces plaines sont au nombre de deux : celle de Tafrâta et celle d’Angad. L’une et l’autre touchent à la Mlouïa ; la première est au sud de la seconde. Voici quelques indications sur chacune d’elles.
Tafrata. — Vaste plaine déserte ayant pour limites : au nord, l’Ouad Za ; à l’est, les monts Mergeshoum et Oulad Ạmer ; à l’ouest, la Mlouïa ; au sud, les monts Debdou. Le désert de Tafrâta n’appartient à aucune tribu ; mais Houara, Chedjạ, Ḥallaf, et parfois même Oulad el Ḥadj, viennent y faire paître leurs troupeaux lorsque la verdure, après les pluies, y apparaît sur le sol nu d’ordinaire. Aucune rivière n’arrose le Tafrâta ; on y trouve quelques ḍaïas, de très rares sources, des lits de ruisseaux.
Angad. — Vaste plaine déserte ayant pour limites : au nord, le Djebel Beni Iznâten ; à l’est, les hauteurs qui bordent la Tafna ; à l’ouest, la Mlouïa et l’Ouad Za ; au sud, le Djebel Beni Bou Zeggou et le Djebel Zekkara. Ce désert, le plus étendu de ceux dont nous venons de parler, est sillonné d’un grand nombre de cours d’eau ; souvent desséchés pendant plusieurs années, de grandes pluies en font durant quelques heures des torrents impétueux. Plaine aride et nue la plupart du temps, l’Angad se couvre, dans les périodes pluvieuses, d’une végétation abondante, pâturages précieux pour les nomades.
Il n’existe que deux lieux construits dans le désert d’Angad : Oudjda et Qaçba el Ạïoun. Mais trois tribus nomades y ont leurs campements, les Mhaïa, les Chedjạ et les Angad.
Mhaïa. — Tribu nomade, parlant l’arabe. Les tentes et les troupeaux en sont partie dans le Ḍahra, partie dans l’Angad. Les Mhaïa sont continuellement en mouvement, circulant dans l’Angad, dans le Ḍahra, allant de l’un à l’autre ; la stérilité de ces contrées les force à des changements incessants pour nourrir leurs troupeaux.
Les Mhaïa peuvent lever environ 2000 fusils. Ils sont soumis au sultan depuis la campagne que fit celui-ci en 1876. Un qaïd, qui leur fut donné alors, les gouverne ; il s’appelle Bou Bekr, a une maison à Oudjda, et vit habituellement sous la tente dans l’Angad.
Ni marché, ni Juifs.
Chedja. — Petite tribu nomade, de race et de langue arabe. Elle ne compte pas plus de 400 fusils. Comme les Mhaïa, et pour les mêmes motifs, elle est constamment en voyage, parcourant tantôt l’Angad, tantôt le Tafrâta, tantôt le Ḍahra. Son quartier général est l’Angad ; c’est là qu’elle est le plus souvent. Jadis indépendante, elle s’est soumise au sultan lors de l’expédition de 1876. Elle a depuis ce temps un qaïd, Si Ḥamida, qui réside à Qaçba el Ạïoun.
Ni marché, ni Juifs.
Angad. — Petite tribu nomade, parlant l’arabe. Comme les précédentes, elle est presque toujours errante, mais ses terrains de parcours ne s’étendent guère au delà de l’Angad. Elle peut lever environ 400 fusils. Autrefois libre et renommée pour ses brigandages, ainsi d’ailleurs que les Chedjạ et les Mhaïa, elle est, depuis l’expédition de 1876, soumise au sultan et gouvernée par un qaïd ; son qaïd actuel s’appelle Ould Bou Ṭerfas et vit dans la tribu.
Les Angad se décomposent en quatre fractions :
Oulad Seṛir.
Mezaouir.
Oulad Ạli ben Ṭelḥa.
Houara Angad.
Ni marché, ni Juifs.
Le désert d’Angad est, avons-nous vu, bordé au nord et au sud par deux longues chaînes de montagnes. Prenant les noms des tribus qui les habitent, elles s’appellent, l’une Djebel Beni Iznâten, l’autre, d’abord Djebel Beni Bou Zeggou, puis Djebel Zekkara. Nous allons dire un mot des Beni Iznâten, des Beni Bou Zeggou et des Zekkara.
Beni Iznâten. — Riche et puissante tribu habitant la chaîne de montagnes qui s’étend entre l’Angad et la Méditerranée, de la frontière algérienne à la Mlouïa. Elle est citée dans la plupart des ouvrages français sous le nom altéré de Beni Snassen. C’est une tribu sédentaire, de race et de langue tamaziṛt. Elle a été longtemps libre et était, il y a quelques années encore, gouvernée en toute indépendance par son chikh héréditaire. Le dernier fut Ḥadj Mimoun ben El Bachir, célèbre et encore populaire dans toute la contrée par sa puissance, ses richesses, et par la justice de son gouvernement. Dans une des premières années de son règne, Moulei El Ḥasen, avec l’aide du moqaddem de la zaouïa de Moulei Edris de Fâs, s’empara par trahison de sa personne et le jeta en prison. Il espérait amener par là la soumission des Beni Iznâten ; mais elle ne se fit pas : ils vécurent dans l’anarchie jusqu’au moment où le sultan, en 1876, vint avec son armée à Oudjda. Ils se décidèrent alors à le reconnaître. Il les subdivisa en quatre commandements ; à la tête de chacun fut placé un qaïd à qui ils obéissent depuis tant bien que mal.
Beni Bou Zeggou. — Tribu sédentaire bien que n’ayant que des tentes. Celles-ci sont, comme chez les Kerarma, installées au milieu de cultures, en des lieux invariables. Les Beni Bou Zeggou habitent la chaîne de montagnes à laquelle ils ont donné leur nom, entre le Ḍahra et l’Angad ; de plus, ils s’étendent à son pied sur la lisière de l’Angad et occupent dans cette plaine le cours entier de l’Ouad Mesegmar. C’est une tribu tamaziṛt, de langue comme de race. Elle compte 1200 fantassins et 120 chevaux. Indépendante jusqu’en 1876, elle s’est à cette époque soumise au sultan, au moment de l’expédition d’Oudjda. Moulei El Ḥasen donna le titre de qaïd à son chikh héréditaire, Ḥamada. Celui-ci la gouverne depuis lors, réprimant le vol et le brigandage avec une ardeur extrême, qu’égale seulement, dit-on, celle qu’il mettait, avant sa soumission, à les pratiquer lui-même.
Point de Juifs chez les Beni Bou Zeggou.
Zekkara. — Petite tribu sédentaire. Elle vit dans des villages. C’est une tribu de montagne tout entière cantonnée dans le tronçon de chaîne qu’elle occupe et auquel elle a donné son nom. Elle ne compte que 200 fantassins et n’a point de chevaux. Elle est tamaziṛt de langue comme de race. Les Zekkara sont soumis au sultan depuis la campagne de 1876. Ils sont gouvernés par un chikh qui dépend du qaïd d’Oudjda.
7o. — DAHRA.
Ḍahra est le nom que porte la région des Hauts Plateaux dans sa partie marocaine. Le Ḍahra est limité, au nord, par les monts Debdou et Oulad Ạmer et par un long talus montagneux qui le sépare de l’Angad, talus dont les djebels Beni Bou Zeggou et Zekkara sont les degrés inférieurs ; à l’est, par la frontière algérienne ; à l’ouest, par le Rekkam ; au sud, par les dernières pentes du Grand Atlas et le bassin du Gir.
De tout point pareil aux Hauts Plateaux de la province d’Oran, le Ḍahra est une vaste étendue déserte, au sol uni, dure sans être pierreuse, aride, sans autre végétation que l’ḥalfa qui la couvre en entier, sans autre eau que celle de rares puits creusés à grands intervalles, souvent à plus d’une journée de marche l’une de l’autre. Encore les puits sont-ils fréquemment à sec ou comblés, et si l’on y trouve de l’eau, elle est presque toujours saumâtre. Tels sont ces steppes désolés où cependant, comme dans ceux d’Algérie, vivent des tribus nomades. Elles n’y ont point de territoire fixe : toujours en mouvement, changeant constamment de place pour donner de nouveaux pâturages à leurs troupeaux, elles parcourent le Ḍahra en tous sens, tantôt groupées, tantôt éparpillées, tantôt côte à côte, tantôt loin les unes des autres. Cependant certaines tribus sont plus souvent au sud, d’autres se tiennent généralement dans le nord. Les premières sont celles qui ont leurs qçars et leurs dépôts de grains au pied du Grand Atlas, les secondes celles dont les magasins sont près du revers septentrional du plateau, ou dans l’Angad.
Les tribus du sud sont :
Aït Tseṛrouchen, Beni Gil, Oulad Sidi Ạli Bou Chnafa, Oulad Sidi Mḥammed ben Ḥamed.
Celles du nord sont :
Beni Matar, Mhaïa, Chedjạ.
Les deux dernières n’y sont qu’une partie de l’année et n’y ont qu’une portion de leurs tentes ; elles vont et viennent, se partageant entre le Ḍahra et l’Angad.
Ces sept tribus, les unes imaziṛen, les autres arabes, sont toutes nomades. Celles du sud sont indépendantes, celles du nord sont soumises au sultan.
Les Beni Matar forment une très petite tribu : ils ne comptent que 150 fusils. Ils sont nomades, mais possèdent, de moitié avec les Mhaïa, un qçar où ils serrent leurs grains, Qaçba Ras el Ạïn Beni Matar (Ouad Za). Ils sont soumis au sultan et dépendent du qaïd des Mhaïa.
Les Beni Matar parlent l’arabe. Point de Juifs chez eux.
Le Ḍahra est sillonné par plusieurs rivières ; mais ces rivières ne coulent jamais ; elles n’ont que des ṛedirs qui se remplissent à la saison des pluies.
Il existe quelques qçars dans la région méridionale de ce désert, auprès des dernières pentes du Grand Atlas et vers les sources des affluents du Gir. Mais ils sont peu nombreux. Ce sont, soit des zaouïas, soit des dépôts de grains appartenant à des tribus nomades du Ḍahra. Les plus connus sont Talsit, Anoual, et surtout Ạïn Chạïr.
8o. — ITINÉRAIRES.
1o DE TAZA A DEBDOU. — De Tâza à Qaçba Messoun, 3 heures et demie de marche. De Qaçba Messoun à Gersif, une demi-journée. De Gersif à Debdou, un jour.
2o DE DEBDOU A SEBDOU. — On monte sur le sommet du Djebel Debdou : il est couronné par un vaste plateau pierreux, couvert de grands arbres, arrosé de nombreuses sources ; ce plateau s’appelle Gạda Debdou. On y marche un espace égal à la distance de Lalla Maṛnia à Oudjda ; sol uni, dur, boisé. On se trouve alors à la limite du plateau : on quitte la Gạda et on entre dans le Ḍahra. La forêt cesse et fait place aux longs steppes couverts d’ḥalfa. Après 3 journées et demie de marche faites dans le Ḍahra et 3 nuits passées dans ce désert, on arrive à Sebdou, le soir du quatrième jour.
3o DE DEBDOU A MELILLA. — De Debdou à Taourirt (Ouad Za), 1 jour. De Taourirt à Mouâzen Sidi Bel Khîr, 1 jour. De Mouâzen Sidi Bel Khîr à Melilla, une forte demi-journée.
1er jour. — Cette partie du trajet a été faite par nous et décrite plus haut.
2e jour. — On traverse la Mlouïa entre Taourirt et Mouâzen Sidi Bel Khîr. Elle est à une distance de ce dernier point égale à celle qui sépare Oudjda de Lalla Maṛnia. De Taourirt au fleuve, on est dans le désert d’Angad, du fleuve à Mouâzen Sidi Bel Khîr dans celui de Ṛaret. Mouâzen Sidi Bel Khîr est un lieu inhabité, simple point d’eau dans la plaine.
3e jour. — Entre Mouâzen Sidi Bel Khîr et Melilla, à mi-distance entre les deux points, se trouve sur le chemin une localité, Qaçba Iselouan. Jusque-là on a continué à marcher dans le Ṛaret. Cette qaçba en marque la fin. On est désormais au bord de la mer et dans la tribu des Qelaïa. Qaçba Iselouan est à une demi-heure de la mer. De ce point à Melilla, on longe le rivage en ayant constamment la Méditerranée à main droite et le Djebel Qelaïa à main gauche.
Qaçba Iselouan est la résidence du qaïd des Qelaïa ; elle est arrosée par un petit cours d’eau, le seul que l’on traverse de la journée : il s’appelle Ouad Chlouk et se jette près de là dans la mer. Les eaux en sont salées.
Les Qelaïa sont une tribu tamaziṛt sédentaire ; ils sont soumis au sultan. Leur territoire est voisin de celui des Kebdana, tribu de même race et de mœurs semblables ; les Kebdana sont soumis et ont un qaïd, Ould Harfouf.
Distance : de Mouâzen Sidi Bel Khîr à Melilla comme d’Oudjda à Lalla Maṛnia.
4o D’OUDJDA A FAS. — Des cavaliers bien montés mettent cinq journées pour aller d’Oudjda à Fâs.
1er jour. — D’Oudjda à Qaçba el Ạïoun.
2e jour. — De Qaçba el Ạïoun à Gersif. (On traverse, sans s’y arrêter, le pays de Za.)
3e jour. — De Gersif à Qaçba Miknâsa. (C’est une petite qaçba fort mal construite. On passe, chemin faisant, sous les murs de Qaçba Messoun.)
4e jour. — De Qaçba Miknâsa aux Hiaïna.
5e jour. — Des Hiaïna à Fâs.
FIN DE LA SECONDE PARTIE.
[121]« Anoual, ou Zaouïa Anoual se compose de 50 à 60 maisons habitées par des cheurfa des Oulad Moulei Ali ben Amer (Idrissin) appartenant aux Aït Tserrouchen. Ils descendent, comme les marabouts de Kenadsa, de Moulei Abd Allah el Rezouani (enterré à Merrâkech). Mais ils sont berbérisés et parlent tamazirt plus qu’arabe. Ils ont quelques maigres cultures dans les pierres, arrosées par des fontaines et par l’ouad dit des Oulad Ali. Cette rivière tombe dans l’Ouad Aït Aïssa à Kheneg Gro, à environ 8 kilomètres au sud de la zaouïa. » (Renseignement fourni par M. Pilard.)
[122]« Les Aït Tserrouchen sont entièrement à la dévotion des marabouts de Kenadsa, qui ont chez eux plusieurs zaouïas et dont les grandes familles de la tribu disent être parentes. » (Renseignement fourni par M. Pilard.) On a vu par une note précédente que les descendants de Moulei Ali ben Amer et les marabouts de Kenadsa avaient une origine commune.