VI

Mais les disciples chers au cœur du maître, les vrais fidèles et éternellement, ne sont point là. Ils s'appellent Paul Alexis, Henry Céard et Léon Hennique. Des deux autres combattants de la première heure, l'un, M. Huysmans (Joris-Karl), s'est jeté dans la traverse symboliste et est devenu à son tour chef de bande; et M. de Maupassant, son talent sain et vigoureux a tranché trop vite sur l'honnête médiocrité des disciples pour qu'on puisse le considérer autrement qu'en lui-même et dans sa pleine possession. On le retrouvera plus loin et isolé.

Pour M. Alexis, qu'il est passé en habitude de traiter de bourrique naturaliste, il ne l'est point tant qu'on dit, je pense. Il a eu du talent, au moins une fois, en 1875, dans une petite nouvelle intitulée Blanche d'Entrecasteaux, qu'il a justement négligé de recueillir, et c'est bien regrettable pour la réputation de Trublot.

M. Céard est l'auteur d'Une belle journée. Mme Duhamain, bourgeoise en mal d'amour, s'est laissée prendre aux gilets à fleur et au parler sentimental d'un courtier en vins nommé Trudon. Elle accepte un rendez-vous, entre au bras de Trudon dans un restaurant de Bercy, déguste du vin blanc et des huîtres, engloutit une sole normande, des petits pois, du fromage et de la frangipane; et la grande ironie du livre, c'est que tous ces prolégomènes n'aboutissent, chez Mme Duhamain, qu'à un écœurement stomachique où sombrent ses idées d'amour. Depuis Une belle journée, M. Céard n'a publié aucun roman. «Cette affirmation de sa personnalité faite et bien faite, dit M. Geffroy, Céard revint à ses bureaucratiques occupations et garda le silence»[ [19].

Reste M. Hennique. Celui-ci est un mâle, comme on dit dans l'école, et qui porte allègrement un bagage déjà lourd. Je signalerai seulement Dévouée et Pœuf, qui est l'histoire d'un brave homme de sapeur condamné à mort pour avoir volé un mouchoir bleu. La chanteuse Thérésa et le nouvelliste Becquet avaient déjà pris la défense du pauvre troubade. Mais le colonel demeure intraitable dans le roman comme dans la nouvelle, et dans la nouvelle comme dans la chanson. Et Pœuf continue à être fusillé. M. Hennique a une corde à sa lyre que n'ont point ses confrères en naturalisme, le sentiment, et il en tire d'assez jolies notes, parfois.