II

Un des caractères principaux des vieilles bêtes, c’est leur prétention à l’infaillibilité.

Il semblerait au contraire que l’âge, les événements, les catastrophes, les déceptions, auraient dû leur apprendre à se tenir dans une méfiance et dans une réserve continuelles.

Point du tout.

De même qu’elles ont une façon inexorable de mettre leur cravate, les vieilles bêtes ont aussi une façon inexorable de penser.

Leur point de départ est qu’elles rendent des oracles.

Une vieille bête politique,—c’est une des séries les plus abondantes,—se faisait lire le journal, un matin, devant moi.

Le lecteur arrive à un passage important, à l’annonce d’une combinaison ministérielle, dans laquelle entraient plusieurs hommes nouveaux.

La vieille bête soulève un peu la tête, se fait répéter les noms, sourit, se renverse dans son fauteuil, en fermant à moitié les paupières,—comme M. de Talleyrand.

Puis, tapant sur sa tabatière en or:

—Ce ministère-là ne durera pas huit jours.

Le ministère a duré deux ans.