III
Je connais une vieille bête qui est habituée de la Comédie française.
Elle est rogue, elle est importante, elle crache avec bruit, elle hausse les épaules à tout propos.
Elle n’aime que le vieux répertoire, les pièces mortes, les auteurs enterrés. Son admiration en est restée à Alexandre Duval. Elle commence cependant à comprendre Scribe et Valérie.
Lorsqu’on joue les Caprices de Marianne, l’Aventurière ou la Fin du roman, la vieille bête s’agite dans son fauteuil; elle se tourmente, elle soupire, elle tousse, elle ricane, elle se retourne, elle feint de dormir.
La vieille bête n’admet pas plus les comédiens nouveaux que les écrivains nouveaux; elle s’écrie en joignant les mains:—Ah! ma pauvre Dupont, où es-tu? Ah! Duchesnois! ah! Armand! ah! Cartigny! ah! Baptiste!
Un soir, incommodé par le voisinage de la vieille bête, j’essayai de discuter avec elle; je lui représentai poliment que, si parfaite que fût mademoiselle Dupont, j’étais convaincu qu’Augustine Brohan pouvait lui être comparée sans désavantage; que Bressant valait bien Armand, et que Cartigny avait trouvé dans Got un digne successeur.
J’accumulai ainsi pendant quelques minutes les exemples et les comparaisons.
La vieille bête ne trouva rien à me répondre, sinon que j’étais un insolent,—et elle me menaça d’envoyer chercher la garde.