II

Je regrette les boutiques, et je regrette aussi les enseignes des boutiques. Les unes n’allaient pas sans les autres. Je parle de l’enseigne originale, allégorique, compliquée, appelant à son aide la sculpture ou la serrurerie. Je parle des Barbes d’or, des Tours d’argent, des Chats noirs, des Saint-Esprit, des Bons coings, des Paniers fleuris, des Puits d’amour, des Verts galants, de tous ces caprices qui étaient la poésie de l’ancienne boutique. Aujourd’hui, on se passe volontiers de l’enseigne, que l’on trouve de mauvais goût; on écrit simplement: Félix, pâtissier, là où on aurait écrit jadis: Au Flan couronné.—Qui me rendra les vieilles enseignes, hélas! Il y en avait de naïves, et ce n’étaient pas celles que j’aimais le moins. Le bois y jouait un grand rôle; le bois se pliait à tous les attributs. Des saucissons en bois, balancés par le vent, invitaient à entrer chez les charcutiers; des gants en bois et des bas en bois d’une longueur interminable, disaient l’industrie des bonnetiers; les chapeliers étalaient des chapeaux en bois de diverses formes, depuis les demi-lunes démesurées des généraux de l’Empire, jusqu’aux élégants chapkas des lanciers polonais.