I

J’admire les magasins d’aujourd’hui, mais je regrette les boutiques d’autrefois. Je le dis comme je le pense, autant en artiste qu’en homme déjà vieillissant. Les magasins sont hauts, vastes, clairs, tant que vous voudrez;—les boutiques étaient basses, petites, obscures; et, malgré cela, les boutiques avaient quelque chose d’accort et d’honnête; c’était comme une rangée de commères le long des rues. Elles prêtaient les motifs les plus pittoresques à la peinture, et la plupart d’entre elles faisaient rêver du jeune Poquelin. O mes chères boutiques!

Les magasins d’aujourd’hui sont loin de cette bonhomie; vous chercheriez vainement chez eux quelques traces de caractère national. Ils sont construits et décorés à la façon de Pompéi mon ami, ou de l’Alhambra. Les moins riches se distinguent par des outrecuidances spéciales. Ainsi, par exemple, il n’est pas rare de lire au fronton d’un magasin puritainement peint de noir ces mots en lettres lapidaires: MODES. Pas autre chose. Que si vous essayez de plonger un regard curieux à travers la mousseline des rideaux, vous n’apercevez qu’un canapé de velours, et sur ce canapé une femme en cheveux qui lit un volume. D’ailleurs, pas le moindre chiffon. Voilà le magasin de modes d’aujourd’hui;—combien je lui préfère la boutique de modes d’autrefois, qui offrait un si réjouissant assemblage de rubans de toutes les couleurs, et où de nombreuses jeunes filles, un œil à leur ouvrage et l’autre à la rue, étaient occupées à coiffer des marottes ou têtes de carton!—La marotte, encore une chose disparue!