SCÈNE IV

Il est minuit passé. Le théâtre représente un salon particulier d’un restaurant du boulevard, où la célèbre Élisa Spiralifère soupe avec quelques-unes de ses amies.

UN GARÇON, entrant. M. le marquis de Beffaria demande à présenter ses hommages à ces dames.

ÉLISA SPIRALIFÈRE. Joseph, nous vous avons défendu de laisser entrer aucun homme ici. Présentez nos excuses à M. le marquis, et dites-lui de nous ficher la paix.

BLANCHE, CAMILLE, ERNESTINE. C’est cela; pas d’hommes! pas d’hommes!

NANCY. Cha tient trop de plache!

ÉLISA SPIRALIFÈRE. Joseph! un parfait!

CAMILLE. Joseph! des impériales!

BLANCHE. Joseph! une carafe frappée!

ERNESTINE. Joseph! le café! les liqueurs! la chartreuse!

NANCY, au piano. Mon arrêt, descends du ciel?.... Venez tous, c’est une fê...ê...ê...te!

TOUTES. Non! non! non!

CAMILLE, à Élisa Spiralifère. Oh! le joli diamant! Depuis quand l’as-tu?

ÉLISA SPIRALIFÈRE. Depuis ce soir.

CAMILLE, tristement. Tu as de la chance, toi.

ÉLISA SPIRALIFÈRE. Je l’ai acheté à ma revendeuse.

CAMILLE. Cher?

ÉLISA SPIRALIFÈRE. Je ne sais pas; nous sommes en compte.

BLANCHE, à Ernestine. Je n’ai jamais compris le javanais.

ERNESTINE. Que tu es bête!

NANCY. Pas à moi, ces dents-là! Regarde donc. (Elle mâche la griffe à sucre.)

ERNESTINE. Je te parie de casser cette autre assiette au même endroit.

BLANCHE. Je te parie que non!—Mesdames, taisez-vous donc; on ne s’entend pas casser les assiettes!

ÉLISA SPIRALIFÈRE. Joseph! (Elle attire le garçon dans un coin du salon.) Vous viendrez chez moi demain matin avec l’addition.

LE GARÇON. Très-bien, madame.

ÉLISA SPIRALIFÈRE. A onze heures.

LE GARÇON. Oui, madame.

ÉLISA SPIRALIFÈRE. Vous insisterez pour être introduit. Il y aura peut-être un monsieur chez moi.

LE GARÇON. Madame peut compter sur la façon discrète...

ÉLISA SPIRALIFÈRE. Vous êtes un serin. Vous parlerez très-haut, au contraire. Vous direz que vous me rapportez cette bague, que je vous ai laissée en nantissement. Prenez-la, avez-vous compris, cette fois?

LE GARÇON. Oui, madame.

ÉLISA SPIRALIFÈRE. Ce n’est pas dommage. Allez maintenant, et envoyez-moi chercher du tabac turc!

LE GARÇON, hésitant. Madame...

ÉLISA SPIRALIFÈRE. Quoi?

LE GARÇON. C’est qu’il y a dans le corridor le jeune M. de Chalossé qui sollicite la faveur...

ÉLISA SPIRALIFÈRE, sévèrement. Encore, Joseph!

TOUTES. A bas les hommes!