SCÈNE V
Le lendemain. Il est onze heures du matin. Le théâtre représente la chambre à coucher d’Élisa Spiralifère, chez qui M. de Monbazon se trouve en visite.
M. DE MONBAZON. Encore, si j’étais certain de votre amour, Élisa!
ÉLISA SPIRALIFÈRE. Pouvez-vous en douter, Paul, après tous les sacrifices que j’ai faits pour vous!
UNE FEMME DE CHAMBRE, entrant. Madame...
ÉLISA SPIRALIFÈRE. Qu’est-ce qu’il y a, Victoire?
LA FEMME DE CHAMBRE. C’est...
ÉLISA SPIRALIFÈRE. Parle. Tu sais bien que je n’ai pas de secrets pour M. le comte.
LA FEMME DE CHAMBRE. Eh bien, madame, c’est un garçon de la Maison Dorée.
ÉLISA SPIRALIFÈRE. Ah! oui, je sais ce que c’est. Fais-le entrer.
M. DE MONBAZON, avec étonnement. La Maison Dorée?...
ÉLISA SPIRALIFÈRE. N’allez-vous pas être inquiet déjà? C’est pourtant bien simple. Hier soir, en sortant des Variétés, j’ai invité trois ou quatre de mes bonnes amies à manger un morceau. Nous avons sucé des crevettes et bu deux doigts de tisane. Une orgie! J’avais oublié mon porte-monnaie; j’ai laissé la première chose venue, c’est sans doute cela que ce garçon me rapporte.
M. DE MONBAZON. Toujours évaporée! (Entrée du garçon.)
ÉLISA SPIRALIFÈRE. Ah! c’est vous, mon ami. (A M. de Monbazon.) Paul, donnez donc dix louis, je vous prie.
M. DE MONBAZON, faisant la grimace. Dix louis de crevettes! diable!
ÉLISA SPIRALIFÈRE. Dix ou onze, je ne sais pas. Avez-vous votre papier, garçon, votre note... comment appelez-vous cela?
LE GARÇON. Voici, madame, avec la bague.
M. DE MONBAZON, après s’être exécuté. Voyons cette bague. Elle est gentille, oui, elle est gentille.
ÉLISA SPIRALIFÈRE. La voulez-vous?
M. DE MONBAZON. Qu’est-ce que vous voulez à la place?
ÉLISA SPIRALIFÈRE. Vous le savez bien, gros vilain... le cachemire... Hein?
M. DE MONBAZON. Oh! Oh!
ÉLISA SPIRALIFÈRE. Vous n’en mourrez pas, chéri.
M. DE MONBAZON, mettant la bague dans sa poche. Encore, si j’étais certain de votre amour, Élisa!
ÉLISA SPIRALIFÈRE. Pouvez-vous en douter, Paul, après tous les sacrifices que j’ai faits pour vous!