V
Or, un matin qu’il souffrait d’un cor au pied, il envoya chercher un pédicure.
Le pédicure arriva.
Francis lui tendit la jambe, et s’étendit silencieusement dans un vaste fauteuil.
Le pédicure, tout en déployant sa trousse et en tâtant le pied, voulut causer, comme font un assez grand nombre de pédicures.
—Voilà une callosité, monsieur,—essaya-t-il de dire,—qui doit vous occasionner de vives souffrances, surtout pendant les changements de température.
Mais lui, pensif, se contenta de répondre au pédicure:
—Vous allez vous taire, n’est-ce pas?
Le pédicure, un peu troublé, baissa la tête et se mit à l’œuvre.
Tout à coup, l’acier, guidé par une main mal assurée, entama la chair vive.
Francis poussa un rugissement.
Il retira précipitamment sa jambe; de l’autre, il sauta vers un secrétaire ouvert, y prit un revolver et brûla la cervelle au pédicure.
Une seconde avait suffi à la perpétration de ce drame de cabinet, qui n’excita aucune émotion dans le quartier.
Le bris du pédicure passa pour une explosion de gaz.
Dire que Francis éprouva quelque regret de ce forfait, ce serait beaucoup s’avancer, mais, à coup sûr, il en éprouva un certain embarras.
Le cadavre d’un pédicure est toujours gênant.
Après avoir mûrement réfléchi pendant un quart d’heure, il prit le parti de l’emballer fort proprement dans une caisse (peut-être lésina-t-il sur les aromates) et de l’expédier au chemin de fer de l’Est, par la petite vitesse.