VI

Il a perdu Sophie, ou plutôt Sophie l’a perdu,—que dis-je? perdu! servons-nous donc des mots de notre temps: Sophie l’a lâché.—Un chicard est trop gênant pour une femme. Un chicard doit toujours aller seul, comme le bourreau.

Sophie l’a lâché pendant qu’il s’obstinait à demander à un Chinois sa photographie; elle a pris le bras d’un jeune monsieur, tout émerveillé de ce commencement d’aventure, et elle a disparu avec lui dans les couloirs faits pour la causerie. Quand le chicard s’est retourné, il n’a plus vu personne.

Il s’informe, il s’inquiète, il s’alarme; il prend à gauche; il revient sur ses pas; il monte sur les banquettes; il fouille de son nez toutes les loges; il explore les galeries; il inspecte les buffets; il se penche par-dessus les rampes d’escalier en appelant à tue-tête:

—Sophie! hé! Sophie!

Un être barbu, fagoté en nourrice, se jette à son cou, en lui disant:

—Me voilà! rassure-toi!