B
[BABIL, BABILLARD, BABILLER]. Babil, abondance de paroles sur des choses inutiles, manie importune de parler continuellement.
De la lettre b qui résulte de la simple disjonction des lèvres, et qui est la première que les enfans combinent avec les sons vocaux. Aussi est-elle la première consonne de tous les alphabets.
Nicod dérive ce mot de Babel, à cause de la confusion des Langues qui y eut lieu. Ménage le fait venir de bambinare, qui a été fait de bambino, diminutif de bambo, transféré selon lui dans l'italien du syriaque babion, qui signifie enfant. De la même racine, nous avons créé
Babiole, une chose de peu de conséquence, une bagatelle qui ne peut occuper que des enfans;
Babouin, Bambin, un petit enfant qui articule à peine; en gallois bach, d'où vient le nom de Bacchus qu'on représente ordinairement comme un enfant gros et joufflu;
Bamboche, un enfant grotesque et contrefait, une marionnette ridicule;
Bambochade, un genre de Peinture qui ne s'exerce que sur des formes triviales, sur des marionnettes et des bambins.
Ménage aurait trouvé d'ailleurs une étymologie plus exacte et plus naturelle encore dans le grec, où l'on dit bao, babazo, babalo et bambaino pour loquor. Mais le fait est que tous ces mots et leur immense famille sont composés d'après le son naturel.
Baba, babe, en arabe, signifient bouche, ouverture; be a le même sens en Langue celtique. Dans la même Langue, enfant se dit map, vap, mab, vab, et avec le diminutif, babic, un petit enfant.
On dit dans le latin garrulitas, garrulus, garrire, autres Onomatopées; dans l'italien, garrire, cicalare, ciarlare et ciachierare; dans l'espagnol, babillar, charlar, chicarrar.
Amyot a dit rebabiller. «Si un babillard escoute un peu, ce n'est que comme un reflux de babil qui prend haleine pour rebabiller puis après encore davantage».
Madame Pernelle dit dans le Tartuffe:
C'est véritablement la tour de Babylone,
Car chacun y babille et tout du long de l'aune.
Voilà l'étymologie de Nicod consacrée par deux vers de Molière.
[BÂILLEMENT, BÂILLER]. De l'action d'ouvrir involontairement la bouche dans le sommeil ou dans l'ennui.
Observez que la première syllabe de ce mot est longue, et qu'autrefois on disait baailler et baaillement, ce qui donnait plus d'expression à l'Onomatopée.
En latin, hiare, hiatus; en italien, sbadigliare, sbadigliamento.
Béer, ou plutôt, Bayer, mot fait pour peindre une curiosité vaine et un peu niaise, qui se manifeste par la même émission vocale et par la même figuration de la bouche, appartiennent à la même racine. Bayer aux corneilles, est une expression proverbiale assez en usage dans notre langue. On lit dans un de nos plus anciens dictionnaires: bayer à la mamelle, appetere mammam. «C'est proprement ouvrir la bouche, mais parce que quand plusieurs regardent par grande affection quelque chose, ils ouvrent la bouche; de là est que bayer signifie aucunes fois autant que regarder».
Bah, est un mot factice ou artificiel qui échappe aux gens étonnés. De là
Badaud, homme simple et sans expérience, qui s'étonne de tout,
S'ébahir, être ébahi, termes attachés au même sens. S'il est vrai qu'ils remontent à l'hébreu Schebasch, comme l'ont prétendu les Etymologistes, c'est que celui-ci a été fait sur le son commun, et n'a pas d'autre type naturel.
[BARBOTER]. Ce mot, dit Ménage, est formé du bruit que font les cannes quand elles cherchent dans la boue de quoi manger, et on appelle de là barboteur, un canard privé. Barboter en cette signification semble être une Onomatopée.
[Baret]. On emploie presqu'indistinctement baret, barret, ou barri. C'est le cri de l'éléphant. On appelait autrefois l'éléphant barre aux Indes orientales. En latin, on l'appelle barrus, et son cri barritus.
Nous avons perdu ce mot.
[BEFFROI]. Espèce de tocsin. «Quasi bée effroi, dit Nicod, car il est expressément fait pour béer et regarder, ou faire le guet en temps soupçonneux, et pour sonner à l'effroi».
Il est à remarquer cependant qu'un instrument d'airain creux et sonore s'appelait bel en breton, et que de là peuvent venir l'anglais belfry et le français beffroi.
[BÊLEMENT, BÊLER]. On disait beaucoup mieux autrefois béellement, béeller. Onomatopée du cri du mouton. Elle est parfaitement naturelle, et Pasquier la préfère avec raison au balare des Latins.
Bégayement, Bégayer, ont été pris de la même racine, parce que le défaut de prononciation que ces mots désignent consiste à répéter souvent le même son avec des inflexions tremblantes, comme les animaux bêlans.
[BELIER]. Le nom de cet animal est certainement formé d'après son cri, d'après son bêlement. Il est donc ridicule de l'avoir cherché dans vellus qui signifie toison; dans bahal, hebreu, qui est notre mot Seigneur ou chef, parce que le belier est le maître du troupeau.
Le belier, colonel de la laineuse troupe,
dit Ronsard; et dans Jobel, autre terme de la même langue, qui était un des noms de ce quadrupède.
Belin, est l'ancien nom du belier. On le dit encore en certains lieux, des agneaux, et il s'est conservé long-tems au figuré où il signifiait doucereux. C'est un nom d'amitié, que l'on donne aux enfans, mon belin, ma beline; on a employé beliner, faire le doucereux, dans quelques occasions, et Rabelais l'a étendu à des acceptions très-variées. Il est absolument hors d'usage.
[BEUGLEMENT, BEUGLER]. Cri du taureau, du bœuf, de la vache, mugir comme les taureaux.
Ménage dérive ce mot de baculare, à bacula; mais c'est une Onomatopée qui est également dans le latin boare, d'où bos a été tiré.
Bœuf, est le nom d'un animal qui beugle.
Boa, est celui d'un serpent énorme dont le cri ressemble au beuglement des taureaux.
Meuglement, Meugler, qui se prononcent sur la même touche avec une bien légère modification, s'emploient indistinctement. On a même dit muglement en vieux langage, comme dans ce passage d'Amadis: «La blanche biche qui en la forest craintive eslevoit ses muglements contre le ciel, sera retirée et rappellée».
[BIBERON]. Homme qui aime à boire, qui boit avec excès.
Du bruit que fait le vin en coulant goutte à goutte. Le bibax et sur-tout le bibulus des Latins, représentent bien cette expression. Ces mots dérivaient de leur bibere, qui était aussi fort imitatif, et dont nous avons dégradé la valeur en le contractant dans le mot boire. Leur joli mot bilbire était de la même famille.
En celtique, le mot boire se rend par ef, ev, Onomatopées du bruit que fait la bouche en aspirant un liquide. C'est de là que vient probablement le verbe avaler.
C'est une idée d'une hardiesse bien plaisante et bien ridicule, que celle de ce savant d'ailleurs estimable, qui explique le nom d'Eve par ce petit verbe de la Langue celtique, et qui se sert de ce rapprochement pour prouver que cette Langue est la première que les hommes aient parlée.
[BIFFER]. Effacer une écriture en passant la plume dessus.
Un habile Etymologiste regarde ce mot comme pris de buffare, souffler, qui est une Onomatopée latine: ainsi, biffer signifierait, détruire un objet, et le faire disparaître, comme en soufflant dessus. Sans aller en fixer si loin l'origine, on l'aurait trouvée dans le bruit que fait une plume passée brusquement sur le papier. Cette conjecture est d'autant plus vraisemblable, que le mot biffer n'a point d'analogie de consonnance avec les mots anciens qui ont été attachés à une idée de même espèce, et peut passer pour une Onomatopée très moderne.
[BOMBE]. Ce mot dérive du bruit de la bombe qui éclate.
Il était au moins inutile d'en chercher ailleurs l'étymologie, et de la dériver, soit de Lombardie, parce qu'on croit qu'elle y a été inventée, soit de bomba dont quelques Auteurs ont usé pour parler de certaines coquilles qui servaient de trompettes, ou de bombus qui exprime le bruit du même instrument, ou de l'allemand bomber qui signifiait baliste. Il est étonnant qu'on ne l'ait pas fait remonter aussi aux belles Onomatopées italienne et espagnole, rimbomba et zumbido avec lesquelles il a tout autant de rapport; mais le fait est qu'on devait le chercher, aussi bien que ses différens analogues, dans le son naturel qui les a tous produits.
[BOND, BONDIR, BONDISSEMENT]. L'Onomatopée est prise du retentissement de la terre sous un corps dur qui la frappe, et se relève aussitôt.
Le mot bondir revient au subsilire des Latins qui est moins imitatif.
[BORBORIGME]. On dit aussi borborisme. Bruit de l'air contenu dans les intestins.
[BOUC]. La grande conformité des différens noms de cet animal dans presque toutes les Langues, prouve qu'ils ont dû avoir une racine commune et naturelle. C'est l'imitation de son cri. Les Grecs qui l'appelaient communément tragon, l'ont aussi nommé bekkos. Ménage dit que buccus se trouve dans la loi salique, et bouch dans le Celtique. En Langue franque, c'est buk, en allemand, bock, en italien, becco.
[BOUFFÉE, BOUFFI]. «Ces mots, suivant Nicod, sont par raison d'Onomatopée, et représentent tant le son du vent qui vient à bouffées, que de la flamme bouffant, ainsi que de la bouche de l'homme quand il bouffe, c'est-à-dire, souffle ou le feu, ou la poudre, ou autre chose».
Ouf, est le son radical converti en interjection pour exprimer l'émission de l'air, poussé par un homme essoufflé. Les Latins en avaient fait buffare ou bouffare, que nous avons fidèlement transporté en notre langue dans le vieux verbe bouffer.
Buffe, se dit fort anciennement pour un soufflet, pour un coup sur les joues, comme en ce passage de Marot:
Vien donc, déclare toy
Qui de buffes renverses
Mes ennemis mordans,
Et qui leur moult les dents
En leurs gueules perverses.
Et observez que buffe et soufflet ont été faits analogiquement, et d'après le même principe, parce que la joue frappée paraît souffler ou bouffer sous la main qui la comprime.
On a employé buffoi au figuré, pour orgueil et présomption; et en perdant l'expression, nous avons conservé la métaphore. Bouffi de vanité, est une figure d'un usage très-commun.
Bouffon, doit se rapporter à la même racine, suivant Ménage qui, d'après Saumaise, le dérive du bocca infiata des Italiens. Ils appellent encore buffo magro, un maigre bouffon, le mauvais plaisant qui ne les fait pas rire; soit, comme le dit Voltaire, qu'on veuille dans un bouffon un visage rond et une joue rebondie; soit que cette bouffissure des joues, qui est une des bouffonneries les plus triviales des plus grossiers saltinbanques, ait déterminé leur nom générique. Il serait tout au moins difficile d'en donner une autre explication.
[BOUILLIR, BOUILLONNEMENT, BOUILLONNER].
Bouillie, Bouillon, choses que l'on fait bouillir. Ces mots viennent du bruit que fait un liquide échauffé à certain degré. Dans le verbe bouillir, le son radical pur a été conservé aux trois personnes du singulier de l'indicatif présent.
Ceux à qui la chaleur ne bout plus dans les veines
En vain dans les combats ont des soins diligens;
Mars est comme l'Amour. Ses travaux et ses peines
Veulent de jeunes gens.
Malherbe.
Bulle, mot par lequel on désigne ces petites éminences qui s'élèvent sur l'eau bouillante,
Boule, qui en est une espèce d'homonyme, étendu à des acceptions plus générales,
Bouton, autre terme qui, dans toutes ses acceptions, signifie une éminence ou un corps de la même forme, n'ont probablement pas d'autre étymologie. Le peuple, si riche en expressions pittoresques, se sert du verbe boutonner pour déterminer le premier degré de l'ébullition.
M. Court de Gébelin s'est donc certainement trompé en dérivant toute cette famille de mots du Celtique bal, qui signifierait œil, et par une extension d'ailleurs très-forcée, suivant l'usage de cet érudit, tous les objets ronds ou roulans. Il est faux qu'œil se dise en Celtique autrement que lagad; les deux yeux, daou lagad. L'auteur du monde primitif a pris cette fausse interprétation dans Bullet et dans tel autre lexicographe, qui ont confondu le Basque et le Celtique, et y ont mêlé, en outre, une foule de mots qui n'ont jamais fait partie de ces deux langues.
[BOURDON, BOURDONNEMENT, BOURDONNER].
«Bourdon, dit Nicod, est une espèce de grosse mouche, tavelée comme mouche à miel, n'ayant point de picquon ou aiguillon, plus grosse de corsage que la mouche à miel nommée abeille, et ne fait ni ne sert à faire le miel ni la cire; ains dévore l'aliment et la provision que les mouches à miel se sont pourchassé, seulement de sa chaleur conserve les petits abeillons, qui est la cause que Virgile, au quatrième des Géorgiques, l'appelle ignavum pecus, fainéant et coüard. Pline, en son livre onzième, leur attribue partie de l'opifice des mouches à miel, ce que Varron son devancier ne fait pas, fucus. Le Français lui a donné ce nom par Onomatopée, à cause du bruit qu'il fait quand il volète.»
Boud a signifié le bourdonnement du frélon, dans la Langue Celtique.
Bourdon, cloche très-sonore qui produit un bruit de même genre que celui dont il est question dans cet article, a été ainsi nommée par analogie.
Bourder est un vieux mot très-précieux qui voulait dire rester court en chaire, parce que le prédicateur, en cet état, ne forme plus qu'un murmure et un bourdonnement confus. Il est à regretter que cette expression soit perdue.
Bourde, chose vague et confuse, mensonge qu'on articule à demi, en est clairement dérivé. On a pu dire allusivement qu'un menteur pris sur le fait, se tire d'affaire, en murmurant des mots sans suite, comme un prédicateur qui a perdu le fil de son sermon. Regnier se sert de ce terme dans cette hypothèse même:
Ils bâillent pour raison des chansons et des bourdes.
[BRAIRE]. «L'âne brait, dit M. de Buffon, ce qui se fait par un grand cri, très-long, très-désagréable, et discordant par dissonances alternatives de l'aigu au grave, et du grave à l'aigu. Ordinairement, il ne crie que lorsqu'il est pressé d'amour ou d'appétit. L'ânesse a la voix plus aigre et plus perçante. L'âne qu'on fait hongre, ne brait qu'à basse voix, et quoiqu'il paraisse faire autant d'efforts et les mêmes mouvemens de la gorge, son cri ne se fait pas entendre de loin.»
[BRAMER]. Ce mot se dit du cerf en certaines occasions, et en général de tous les animaux qui crient fortement. Il s'est même employé en vieux langage, pour exprimer le cri de l'homme, comme dans ces vers, attribués à Clotilde de Surville:
Tant de loin que de près n'est laide
La mort. La clamoit à son ayde
Tojorz un povre bosquillon
Que n'ôt chevance ne sillon.
. . . . . . . . . .
Tant brama, qu'advint...
Court de Gébelin et Voltaire prétendent que bram signifiait un grand cri en Langue Gothique. Cette racine, commune dans les Langues, se retrouve d'ailleurs toute entière dans le Grec.
Si l'on veut s'assurer, au reste, que l'Onomatopée n'est nulle part plus fréquente que dans les idiomes qui se rapprochent des temps primitifs, que l'on consulte Voltaire au même lieu, dans ses fragmens sur la Langue Française. Les mots que cet auteur, toutefois peu versé dans le mécanisme de la Langue qu'il a enrichie de tant de chef-d'œuvres, les mots, dis-je, qu'il fait dériver du Celte, sont autant d'Onomatopées.
Brailler, terme populaire qui ne se prend qu'en mauvaise part, et dans l'usage le plus trivial, a évidemment le même type.
[BREDOUILLER]. Parler confusément et articuler avec peine.
Bredi-breda est une locution basse et factice qui exprime l'espèce de bredouillage d'une personne très-loquace, qui articule difficilement. Ce mot ne se trouve que dans Poisson, et quelques auteurs du même ordre.
[BROUHAHA]. Bruit confus d'applaudissemens qu'on entend dans les spectacles, et dans les lieux d'assemblée où l'on récite des ouvrages d'esprit. C'est une contraction de bruit de haha, prononcé brouit de haha dans le vieux langage.
[BROUTER]. Du bruit que font les animaux en brisant les plantes près de leur racine, et en les arrachant avec les dents.
Il y a un exemple de l'harmonie pittoresque de ce mot, dans une des plus jolies fables de la Fontaine, le chat, la belette et le petit lapin.
Du palais d'un jeune lapin
Dame belette, un beau matin,
S'empara: c'est une rusée.
Le maître étant absent, ce lui fut chose aisée.
Elle porta chez lui ses pénates, un jour
Qu'il était allé faire à l'aurore sa cour
Parmi le thym et la rosée.
Après qu'il eut brouté, trotté, fait tous ses tours,
Jeannot Lapin retourne aux souterrains séjours.
Voici le même mot employé dans la prose, avec un effet d'harmonie imitative aussi vrai que celui qu'on vient de remarquer. Ce passage est de M. de Châteaubriand, un des Écrivains dont notre siècle a le plus à se glorifier; et je rapporte cet exemple avec d'autant plus d'empressement, que je n'en connais point de si riche en Onomatopées:
«Si tout est silence et repos dans les savanes de l'autre côté du fleuve, tout ici au contraire est mouvement et murmure: des coups de bec contre le tronc des chênes, des froissemens d'animaux qui marchent, broutent ou broyent entre leurs dents les noyaux des fruits; des bruissemens d'ondes, de faibles gémissemens, de sourds meuglemens, de doux roucoulemens, remplissent ces déserts d'une tendre et sauvage harmonie.»
[BROYEMENT, BROYER]. Ces mots sont faits du bruit d'une substance un peu récalcitrante, brisée entre deux corps durs. C'est ce qu'expriment aussi bien le sfratumare des Italiens, et le quebrar des Espagnols.
[BRUIRE, BRUISSEMENT, BRUIT]. Ces mots bruire et bruissement, qu'on a affecté de négliger je ne sais pourquoi, présentent une des belles Onomatopées de la Langue. Ils donnent l'idée d'un bruit vague, sourd et confus, comme celui qui s'élève d'une forêt ébranlée par des vents impétueux, ou qui résulte du fracas des torrens et de l'écoulement des grandes eaux; en général, ils sont graves et solennels, et ont un caractère particulier d'imitation qu'on ne trouve pas dans leurs analogues.
Un auteur déjà classique, et qu'on peut appeler le Racine de la prose, a prouvé, par l'emploi qu'il a fait de certains temps du verbe bruire, qu'il serait d'une injuste délicatesse de le réduire à l'infinitif, comme quelques Grammairiens y avaient paru disposés.
«La lune, dit M. Bernardin de Saint-Pierre, paraissait au milieu du firmament, entourée d'un rideau de nuages que ses rayons dissipaient par degrés. Sa lumière se répandait insensiblement sur les montagnes de l'île, et sur leurs pitons qui brillaient d'un vert argenté; les vents retenaient leurs haleines. On entendait dans les bois, au fond des vallées, au haut des rochers, de petits cris, de doux murmures d'oiseaux qui se caressaient dans leurs nids, réjouis par la clarté de la nuit et la tranquillité de l'air. Tous, jusqu'aux insectes, bruissaient sous l'herbe.»
La Bruyère a dit aussi brouissement.
«Une femme entend-elle le brouissement d'un carosse qui s'arrête à sa porte, elle prépare toute sa complaisance pour quiconque est dedans, sans le connaître».
Cette licence est heureuse dans cette occasion, parce qu'elle caractérise très-bien l'espèce de bruissement dont il s'agit.
Bruyère. Il est probable que le nom de cette plante, dont les tiges souples, grêles et ligneuses, bruissent au moindre vent, est tiré du même son radical que les mots précédens. L'étymologie que je donne de ce mot n'est d'ailleurs qu'une conjecture, aussi plausible toutefois que celle qui le tire du latin uro, parce qu'on brûle les bruyères pour les défricher, et rendre l'emplacement où elles croissaient susceptible de culture: c'est l'opinion de Borel.