H

[HACHE]. On a cherché fort loin l'étymologie de ce mot. Elle est dans le son naturel, dans l'aspiration forte et profonde, dans l'ahan pénible qui marque les efforts d'un bucheron.

L'initiale h, si nulle dans la plupart des mots, est singulièrement caractéristique lorsqu'elle est aspirée, et les Onomatopées qui expriment les divers accidens de la respiration de l'homme, lui sont, presque toutes, redevables de leur énergie.

* [HAHALIS]. De hahé, cri de chasse, dont on se sert pour arrêter les chiens qui prennent le change ou qui s'emportent trop, ou bien de l'éclat tumultueux de la voix des chasseurs, et des retentissemens de l'écho, on a composé cette expression, d'ailleurs peu connue et restreinte dans son usage, à l'acception pour laquelle elle a été inventée.

[HALETER]. Je ne m'attacherai point à démontrer que le mot haleine et certains autres qui en dépendent, sont faits par Onomatopée de l'émission de l'air dans l'acte de la respiration. Cela me paraît bien établi, et je n'aurais point rejeté ces expressions, s'il n'avait pas été de mon projet de réunir seulement celles qui conservent un caractère d'imitation évident, sans m'occuper de celles qui l'ont perdu, et dans lesquelles le son radical se cache parmi des sons étrangers.

Le mot qui fait le sujet de cet article, est sensiblement formé du bruit d'une respiration pressée, entre-coupée et violente. L'anhelare, et mieux encore le diminutif anhelitare des Latins, ont le même type.

[HAPPER]. Saisir quelque chose avidement, et avec une forte aspiration qui marque l'impatience ou le desir.

Il y a de certaines terres et de certains métaux qui happent la langue dès qu'on l'applique sur leur surface, et, par exemple, l'argille et toutes les agrégations alumineuses. Cet effet est produit par une absorption rapide de la salive qui met en contact plus parfait la peau de la langue et la terre qu'elle essaye. Ce mot semble spécialement fait pour représenter la sensation tenace et subite dont je parle, quoique la rapidité monosyllabique de sa racine le rende d'ailleurs très-pittoresque dans grand nombre d'occasions.

[HARPE]. Je conjecture que ce mot est fait par Onomatopée du son des cordes de la harpe, rassemblées en grand nombre sous les doigts, et ébranlées simultanément.

Quoi qu'il en soit, le nom de la harpe a très-peu varié dans les Langues modernes. Les Anglo-Saxons l'ont appelée hearpa, les Allemands herp et harf, les Anglais arp, et les Italiens arpa.

Harper, est un vieux terme encore employé par Molière et par Sarrazin, pour, prendre, saisir, dérober. Il semble que le peuple, dont toutes les expressions présentent d'ordinaire des images vives et singulières, s'est emparé de cette racine pour l'appliquer aux actions qui exigent un grand développement de la main, comme dans les exemples auxquels je renvoie. L'arpax des Grecs dont le rapax des Latins est le parfait équivalent, à une petite transposition près, et tous les mots qui en dérivent, n'ont pas dû être autrement construits, quel que soit l'instrument ou l'objet qui en a fourni le son radical.

On disait harpaille en vieux langage, d'une troupe de brigands et de maraudeurs, comme dans ces vers tirés des Vigiles de Charles VII.

Illecques et à saincte Ermine
Appartenant à feu Tremouille,
Avoit grande harpaille et vermine,
Ne n'y demeuroit coq ne poule.

On a vu à ce sujet, dans la préface de cet ouvrage, ce que j'ai dit de la lettre h, considérée comme signe figuré d'une rapacité avide et impatiente[4]. Ces applications particulières sont à l'appui de mon opinion.

Raper, Rapt, sont faits de harper par métathèse.

[HENNIR, HENNISSEMENT]. Mots formés du cri des chevaux, et qu'on ne peut prononcer sans se rappeler ces beaux vers de M. Delille:

Plus loin, fier de sa race, et sûr de sa beauté,
S'il entend ou le cor, ou le cri des cavales,
De son sérail nombreux hennissantes rivales,
Du rempart épineux qui borde le vallon,
Indocile, inquiet, le fougueux étalon
S'échappe, et libre enfin, bondissant et superbe,
Tantôt d'un pied léger à peine effleure l'herbe,
Tantôt demande aux vents les objets de ses feux,
Tantôt vers la fraîcheur d'un bain voluptueux,
Fier, relevant ses crins que le zéphir déploie,
Vole, et frémit d'orgueil, de jeunesse et de joie.

Les Latins avaient cette Onomatopée. On lit dans Virgile au troisième livre des Géorgiques:

Talis et ipse jubam cervice effudit equinâ
Conjugis adventu pernix Saturnus, et altum
Pelion hinnitu fugiens implevit acuto.

Tel, Saturne surpris dans un tendre larcin
En superbe coursier se transforma soudain,
Et secouant dans l'air sa crinière flottante,
De ses hennissemens effraya son amante.

C'est le c'hwirina des Bretons. Davies écrit chwyrnu. Il traduit le mot Rhinge qui y a rapport, par stridulus, ou sonus stridens.

L'ingénieux auteur du roman de Gulliver a tiré du même son radical le nom factice de houyhinms, pour désigner un peuple de chevaux.

[HEURT, HEURTER]. Du choc rude et brusque de deux corps durs.

[HISSER]. Hausser une vergue, la faire monter au haut du mât, au commandement de hisse, hisse.

Ces mots sont pris du bruit de la vergue quand on la relève, et du frémissement de la voile quand on la froisse.

[HOQUET]. Du bruit d'une inspiration subite, courte et convulsive.

Les Latins ont dit singultus, les Anglais hicket et hiccough, les Flamands hick, les Celtes hak, et hic ou ig, rapportés par Lepelletier et Davies.

Un Etymologiste cherche l'origine de ce mot dans l'hébreu enka, qui veut dire sanglot. Il est probable que ces différentes expressions sont de la même racine.

[HORREUR]. Horror. Ce mot est une Onomatopée qui représente l'impression que produisent sur nous les objets épouvantables. De là,

Horrible, ce qui fait horreur,

Abhorrer, avoir en horreur.

[HUÉE, HUER]. Huée se dit d'une clameur de désapprobation qui s'élève dans les assemblées nombreuses, et dont ce mot est formé très-imitativement.

On employait autrefois hus, hüe, et huyer dans le même sens.

[HULOTTE]. En latin et en italien ulula, en allemand huhu, en anglais howlet.

Ces noms de la hulotte lui viennent de son cri sinistre. Le bubo des Latins, dont nous avons fait peu imitativement le mot hibou, procède de la même analogie.

* Hululer, est un verbe que des Ecrivains en petit nombre ont cru pouvoir tirer du gémissement de la hulotte, pour une foule d'acceptions auxquelles le verbe hurler paraît moins propre. Cette Onomatopée singulièrement précieuse n'a pas été dédaignée dans la Langue latine, et enrichirait la nôtre.

[HUMER]. Avaler quelque chose avec une aspiration forte et tout d'une haleine.

Le vieux mot super, qui a la même valeur, ne se dit plus qu'en quelques provinces. On peut conjecturer que le mot soupe était fait de la même racine, et cela d'autant plus probablement, que, suivant Ménage, super signifie humer du bouillon.

[HUPPE, ou PUPU]. Les deux noms de cet oiseau sont l'effet d'une controverse assez oiseuse parmi les Etymologistes. On se demande si le premier lui a été donné en raison de la huppe élégante dont sa tête est ornée, ou s'il est une simple traduction un peu contractée de l'upupa des Latins, qui était dérivé du cri ordinaire de l'animal. On est aussi embarrassé sur le second, que les uns regardent comme l'expression de ce cri, et les autres comme une dénomination odieuse par laquelle nos aïeux désignaient la huppe, à cause de la saleté qu'on lui reproche. Quant à moi, je suis porté à croire que Belon s'est trompé en faisant venir le nom de la huppe de cette touffe de plumes qui la caractérise, et je partage l'opinion de Ménage qui regarde au contraire le mot huppe dans cette dernière signification, comme dérivé du nom de l'oiseau qui l'est lui-même de son cri.

Aristophane s'est amusé à imiter la voix de la huppe dans ces mots factices: epopoë, popopo, popoè, jo, io, ito, ito, ito, ito.

Cette Onomotapée se retrouve chez tous les peuples; c'est l'epops des Grecs, le bubbola des Italiens, le popa des Portugais, le hoppe des Flamands, le hoop et le hoopof des Anglais, le popp des Suédois, etc. Nous avons dit pupeput, pepu et pipu.

[HURLEMENT, HURLER]. Heureuses Onomatopées du cri des loups et des chiens effrayés.

Tel un loup furieux, de butin affamé,
Qu'on chasse, encore à jeun, d'un bercail alarmé,
Hurle les longs regrets de sa rage impuissante,
Se retourne en grondant, et mord la proie absente.

Cette nuance a échappé à la Langue latine, puisque les mots ululatus et ululare sont plus propres à exprimer des bruits coulans et modulés que le roulement rauque et effroyable que ceux-ci représentent. C'est pourquoi le verbe hululer serait une innovation avantageuse à notre Langue. Les Italiens qui usent d'urlare et d'ululare, suivant les occasions, ont bien senti le prix de cette modification, toute légère qu'elle paraisse. Voyez le Dante, parlant de la pluie de feu qui dévore les damnés dans le troisième cercle:

Urlar gli fa la pioggia, come cani:
Dell'un de' lati fanno all'altro schermo,
Volgonsi spesso i miseri profani.

Et concluons de là que nous avons traduit l'urlare des Italiens, et non pas l'ululare des Latins, qui est cependant susceptible d'un aussi grand nombre d'applications, et qui est au moins aussi noble et aussi harmonieux.

Rabelais a dit ullement dans ce passage de Pantagruel: «Le grand effroi et vacarme principal provient du deuil et ullement des diables, qui là guettans péle mélle les paovres ames des blessez, reçoipvent coups d'épées à l'improviste, et pastissent solution en la continuité de leurs substance aerée et invisible,... puis crient et ullent comme diables».