V

* [VAGIR, VAGISSEMENT]. Ces mots expriment le cri des enfans qui viennent de naître, et notre Langue a récemment admis le substantif vagissement sur les réclamations de Voltaire. «C'est une disette insupportable, écrivait-il, d'appeler des choses si différentes du même nom. Le mot vagissement, dérivé du latin vagitus, aurait très-bien exprimé le cri des enfans au berceau.

»Dumarsais, observe un autre Littérateur, a fait tout ce qu'il a pu pour faire prendre ce mot, et n'a point réussi. C'est le cas de le reproduire, et de faire voir qu'il est aussi naturel et aussi utile que mugissement. Le cri d'un enfant au berceau est, à coup sûr, une bien longue périphrase».

Le verbe vagir, qui est fait du substantif, comme de mugissement et rugissement sont faits mugir et rugir, et dont la construction est, par conséquent, très-conforme à l'esprit de notre Langue, n'est sans doute pas à dédaigner. Un étranger qui a donné quelques volumes à la Littérature française, a dit quelque part: «Si Dieu m'offrait le privilége de la rétrogradation jusqu'à mon enfance, et de vagir une seconde fois dans le berceau, je refuserais ses offres».

Vagues, est le nom qu'on donne aux eaux agitées et mugissantes, parce que le bruit qui s'en élève ressemble à un long vagissement. En allemand wage, woge; en gothique wego; en anglo-saxon waeg; en islandais vag.

[VIOLON]. Je crois devoir rapporter à propos de ce mot les raisons ingénieuses qu'emploie M. Court de Gébelin pour en faire remonter l'origine au son naturel. «Le mot violon, dit-il, désigne un instrument à cordes qu'on fait résonner avec un archet. Mais quelle est l'origine de ce nom? Elle se perd dans la nuit des temps pour tous les Étymologistes; car, dire avec eux qu'il vient de l'espagnol biolone, ce serait tout au plus supposer que cet instrument nous vînt par l'Espagne, ce qui serait, peut-être, difficile à prouver.

»Ce nom tient à ceux de quelques autres instrumens appelés viole, basse de viole, violoncelle, etc.

»Si jamais nom dut être formé par Onomatopée, n'est-ce pas celui d'un instrument de musique? Ils ont un son à eux, un son déterminé et constant, un son propre à les distinguer de tout autre. Ce son dut devenir leur nom dès l'origine; et, quoique naturelle, on dut perdre à jamais cette origine de vue, dès qu'on eut perdu de vue les origines de la Langue qu'on parlait, et les révolutions de la nation dont on faisait partie.

»Les instrumens bruyans, tels que le tambour, le tympanon, et la tymbale, portent des noms parfaitement imitatifs: en les nommant, on peint le coup qui les fait retentir.

»Dans les instrumens à cordes, on avait à peindre des sons d'une toute autre espèce, des sons aigus et sifflans, grêles en quelque sorte; on eut donc recours, pour les peindre, à la voyelle i, dont le son grêle, aigu et sifflant se met si bien à l'unisson de ces instrumens, et qui, associée au son o, sert également à peindre cette joie et cette gaîté qu'accompagne et qu'inspire dans les fêtes le son des instrumens. On dit donc viole, violon par le même sentiment qu'on disait ioh! ioh! et qu'on fit en iol et en jol les mots celtes, theutons, basques, etc. qui peignent la joie et le plaisir.

»C'est de ce mot que les Latins firent également celui de fides, qui désigna les instrumens à cordes, et qui forma le diminutif fidicula, petit instrument à cordes; tandis qu'en le prononçant en v, ils en firent vitula, 1o. la déesse de la joie; 2o. en latin barbare, cet instrument dont nous avons altéré le nom en celui de vielle.

»Ils en firent encore

»Vitulari, se réjouir, folâtrer,

»Vitellianæ, tablettes sur lesquelles on écrivait des choses gaies».

[VÎTE, VÎTESSE]. Le mot vîte est peut-être l'imitation du souffle, accéléré par la promptitude de la marche.

Les Latins n'en auraient-ils pas fait festinare, se hâter? En anglo-saxon, hwato signifie alerte, prompt, et hwetan, exciter, animer.