FACÉTIES SUR LES VAMPIRES.

—Tandis que les vampires faisaient bonne chère en Autriche, en Lorraine, en Moravie, en Pologne, on n'entendait point parler de vampires à Londres, ni même à Paris. J'avoue, dit Voltaire, que, dans les deux villes, il y eut des agioteurs, des traitans, des gens d'affaires, qui sucèrent en plein jour le sang du peuple; mais ils n'étaient point morts, quoique corrompus. Ces suceurs véritables ne demeuraient pas dans des cimetières, mais dans des palais fort agréables.

—C'est une chose véritablement curieuse que les procès-verbaux qui concernent les vampires. Calmet rapporte qu'en Hongrie, deux officiers délégués par l'empereur Charles VI, assistés du bailli du lieu et du bourreau, allèrent faire enquête d'un vampire mort depuis six semaines, qui suçait tout le voisinage. On le trouva dans sa bière frais, gaillard, les yeux ouverts, et demandant à manger. Le bailli rendit sa sentence. Le bourreau arracha le coeur au vampire et le brûla; après quoi le vampire ne mangea plus. Qu'on ose douter après cela des morts ressuscités dont nos anciennes légendes sont remplies! (Dictionnaire phylosophique.)

—Dans le vaudeville des Variétés, les trois Vampires se font connaître de cette sorte:

Le vampire Ledoux. «Un instant!… Je suis connu, je me nomme Ledoux, fils de M. Grippart Ledoux, huissier de Pantin….. Messieurs.»

Le vampire Larose. «Moi je m'appelle Larose, fils de Pierre Taxant Larose, percepteur des contributions de Sceaux….. Messieurs; et honnête homme, si j'ose m'exprimer ainsi.»

Le vampire Lasonde. «Et moi, je suis Lasonde, commis à la barrière des Bons-Hommes….. Messieurs.»

M. Gobetout. «Puisque votre père est huissier, que le vôtre est percepteur des contributions, et que monsieur est commis à la barrière…., je ne m'étais pas tout-à-fait trompé en vous prenant pour des vampires. Vous nous sucez bien un peu….

—Quand les vents glacés du dernier hyver eurent perdu les oliviers de la Provence, un mauvais plaisant dit:»Les vents de l'année passée étaient bien mauvais, mais ceux de cette année sont encore des vents pires….»

—Le fameux marquis d'Argens témoigna, dans ses Lettres juives, quelque crédulité pour les histoires de vampires. Il faut voir, dit Voltaire, comme les Jésuites de Trévoux en triomphèrent: «Voilà donc, disaient-ils, ce fameux incrédule qui a osé jetter des doutes sur l'apparition de l'ange à la Sainte-Vierge, sur l'étoile qui conduisit les mages, sur la guérison des possédés, sur la submersion de deux mille cochons dans un lac, sur une éclypse de soleil en plaine lune, sur la résurrection des morts qui se promenèrent dans Jérusalem: son coeur s'est amolli, son esprit s'est éclairé; il croit aux vampires…..

—Il était reconnu que les vampires buvaient et mangeaient. La difficulté était de savoir si c'était l'âme ou le corps du mort qui mangeait. Il fut décidé que c'était l'une et l'autre. Les mets délicats et peu substantiels, comme les meringues, la crème fouettée et les fruits fondans, étaient pour l'âme; les rost-bif étaient pour le corps. (Dictionnaire philosophique).

—Le résultat de ceci est qu'une grande partie de l'Europe a été infestée de vampires, pendant cinq ou six ans, et qu'il n'y en a plus; que nous avons eu des convulsionnaires en France, pendant plus de vingt ans, et qu'il n'y en a plus; que nous avons eu des possédés pendant dix sept cents ans, et qu'il n'y en a plus; qu'on a toujours ressuscité des morts depuis Hyppolite, et qu'on n'en ressuscite plus. (Même ouvrage.)

CONCLUSION.—Parce qu'on a vu dans ce volume quelques histoires qui portent en apparence une certain caractère de vérité, il ne faut pas pour cela les croire. On n'a lu généralement que des contes, ou des aventures qui ne sont nullement authentiques. Doit-on croire une personne qui a vu seule des choses surnaturelles? Et dans toutes apparitions, il n'y a jamais de témoins imposans.

Il est vrai qu'on a déterré des morts dont le corps était encore frais. Cet accident était causé par la nature du terrain où ils étaient inhumés ou bien par des maladies; la peur et l'imagination troublée en ont fait des vampires.

Mais comme il est reconnu et démontré que les morts ne peuvent revenir, et qu'il n'y a jamais eu de revenants, à plus forte raison, doit-on être assuré qu'il n'y a ni vampires, ni spectres, qui aient le pouvoir de nuire.

Remarquons en finissant que les personnes d'un esprit un peu solide n'ont jamais rien vu de cette sorte, que les apparitions n'ont effrayé que des villageois ignorants, des esprits faibles et superstitieux.—Pourquoi Dieu, qui est clément et juste prendrait-il plaisir à nous épouvanter, pour nous rendre plus misérables?…

FIN.