LE REVENANT ET SON FILS.
M. Cayol, riche propriétaire à Marseille régla un compte avec un de ses paysans; celui-ci, lui compta une somme de douze cent francs: le maître se trouvant fort occupé dans ce moment lui dit: tu reviendras demain, je te donnerai ta quittance; sur cela le cultivateur s'en va: tranquille sur la probité de son bourgeois, il ne se presse pas d'aller demander son récépissé; plusieurs jours se passent: durant cet intervalle, M. Cayol meurt d'apoplexie.
Son fils unique prend possession de son héritage. En visitant les papiers de son père, il voit que son paysan, Pierre, lui doit douze cent francs, il les lui demande; celui-ci répond qu'il les a payés. M. Cayol demande le reçu, le malheureux Pierre ne l'a point, il raconte le fait; le propriétaire n'y ajoute point foi, donne congé au paysan, le poursuit, et obtient condamnation. Il allait faire saisir ses meubles, lorsqu'une nuit bien éveillé (à ce qu'il m'a dit lui-même), son père lui apparaît et lui tint ce discours: «Malheureux! que vas-tu faire, Pierre m'a payé, lève-toi, regarde derrière le miroir qui est sur la cheminée de ma chambre, et tu y trouveras mon reçu.
Le fils se lève tout tremblant, obéit, et trouve la quittance de son père.
Il paya tous les frais qu'il avait faits à son paysan et le garda.
Il l'avait encore à mon dernier voyage dans cette ville.