LE VOYAGE.
Je partis de la capitale pour faire un voyage que nécessitait mes affaires: quatre voyageurs, une voyageuse et moi, remplissions la voiture. On débuta par les complimens; ensuite on mangea, on dormit; mais enfin on ne peut pas toujours dormir et manger, et il faut passer le temps à quelque chose. Après qu'on eut épuisé les modes, passé en revue le genre humain, critiqué chaque ministre, les autorités, les missions, les missionnaires; réglé les états du monde entier, et contrôlé jusqu'au plus petit commis, on n'avait plus rien à dire, lorsque la conversation tomba sur les revenans. Ah! mon Dieu dit la voyageuse, j'ai un château que je ne peux habiter, parce que tous les esprits de l'autre monde y reviennent. Où est votre château, dîmes-nous? Nous passerons devant, répondit-elle. Tant mieux, nous verrons ces esprits.
Je ne suis pas très curieux de ces sortes d'aventures, dit un voyageur qui avoit toute la mine d'un homme de bon sens, ni moi non plus, répondit un autre, et je suis bien payé pour ne pas les aimer. Notre curiosité étant excitée par ces réflexions, nous les priâmes de nous dire pourquoi ils redoutaient tant les esprits.
Rien de plus facile, dit le premier qui avait parlé, je vais vous conter mon histoire.