A UNE DAME ÉTRANGÈRE

La Couronne de Vénus

Des bourdeaux évadée en la Littérature,

De monstrueux morpions t’ont taraudé la pel.

Tu fis — j’en jure le conin de Jézabel ! —

Largesse de poulains aux camps d’Estramadure.

Puisqu’on t’a recousu le ventre et la nature,

Appends en ex-voto le bienfaisant scalpel.

Et qu’on dise : « Autrefois, Nymphe au grec Archipel,

« Apollo la connut sous le nom de Mercure. »

Pour les ruts douloureux ton squelette allongé

Punit son chevaucheur, à chaque ahan, d’un jet ;

Et de tes yeux trop mûrs chavirent les opâles.

Sur ton front, par le suint des mèches fustigé,

— Juste couronne due aux tempes triomphales, —

Vénus Dolorosa saigne en ces roses pâles.

URANIE
Muse des Choses Célestes et des Divinations

TA PLANÈTE
Si tu veux faire une amie

I

Si tu veux faire une amie,

Je t’offre ici ces leçons,

Quand jà Vieillesse ennemie

Me fait vider les arçons,

Et ne laisse que le flanc

De Pégase à mon élan.

II

Fuis les sèches, fuis les plates.

Laisse les mineures chez

Macette, où bave, écarlate,

Et rouant des yeux pochés,

Le barbon qu’aucunes fois

Il faut ranimer du fouet.

Jadis me plut davantage,

Encore un peu verdelet,

Non tout à fait mûr, cet âge

Qui Ronsard ensorcelait.

Je penchai mes voluptés

Vers ces froides puretés.

Tel, ses cheveux à l’épaule,

D’un rû de nacre abusé,

Se penche l’amour d’un saule

Sur le fugace baiser

Qu’aux reflets noue et déclot

L’ombre des Nymphes dans l’eau.

N’agace point à ces proies

Le bout de tes doigts mouillés ;

Le jeu de la petite oie

Sied aux vices écoliers.

Mais fonds ton désir total

Dans la chair comme un métal.

III

Ton amie aura cinq lustres,

Des tétins non étoilés,

Dignes des ciseaux illustres,

Tétins et non pots de lait.

Un sein noblement taillé

Eteint le plus clair collier.

Prends-la grande : un grand domaine

Peut seul te découvrir maints

Beaux sites, où se promène

Ton regard, aussi tes mains.

Des petites te défends

Comme de prendre une enfant.

La blonde, les nuits ardentes,

Répand d’abondantes chairs.

Sa croupe chaude et fondante

Est d’une épouse d’hiver.

Soit ton lit acclimaté

Aux seules brunes, l’été.

IV

Le désir est prompt, et flambe

Parfois avant de savoir

Si le galbe de la jambe

Aura de quoi l’émouvoir,

Quand aux ultimes combats

La pudeur perdra ses bas.

Regarde les doigts : graciles,

Ou bouffis, ronds ou carrés,

Ils sont sculptés sur le style

Dont le corps même est ouvré.

Comme est taillé le sourcil

L’aine est implantée aussi.

Ciboire où le vin de messe

De l’amant va faire un dieu,

La bouche fait la promesse

D’un velours caché aux yeux ;

Et sur la lèvre un léger

Duvet n’est point mensonger.

V

Que la fierté des yeux chastes

Ferme au désir le chemin,

Tandis qu’une croupe vaste

Invite au palper les mains,

Et fait l’ange si fâché

De recéler le péché.

Son chef luise sous la charge

De crins annelés et fins ;

Et soit son buste une large

Table d’harmonie, afin

Que lamente par son col

Puissamment un rossignol.

Et je veux qu’en ses yeux flotte

La tendre pudicité

De l’adorable Charlotte

Dans le roman de Goethe,

Que comme Dorothéa

Patet incessu dea.

VI

Crois-tu qu’un portrait je brode

Des chimères copié ?

Et qu’au seul lit froid de l’Ode

Elle allonge ses beaux pieds ?

La chair t’attend quelque part

Comme elle attendit Ronsard.

Cassandre est belle, il l’obsède,

Et n’en jouit que de l’œil.

L’Hélène qu’il chante est laide.

Mais voici devers Bourgueil

La vachère de quinze ans

Qui va rejeunir ses sens.

TERPSICHORE
Muse de la Danse