LES SERVANTES DE PÉNÉLOPE

Fuis la jeunesse des servantes, qui dénoue

Le luxe insolent d’un beau crin.

Il te sied de servir les seules Muses. Crains

Une intendante aux belles joues.

Lorsque tu dors, furtive, elle quitte ta couche,

Et court se vendre à ton voisin,

Qui parmi les baisers grapille sur sa bouche

Tes secrets comme des raisins.

Tel, sur son lit de peaux de brebis et de vaches,

Ulysse, aux corridors obscurs,

Méditant l’Arc sonore et la Joute des Haches,

Surprit les commerces impurs

Des servantes qui rient, en s’échappant des chambres,

Et vont choyer les Prétendants

De viandes, de vins, de leurs corps frottés d’ambre,

Et de mensonge à belles dents.

La nuit, les jeunes bras tannés par les lessives

Se targuent de moire et de fleurs ;

Car où rôde Vénus une fièvre offensive

Emplit les misérables cœurs.

Mais le fort de leurs mois ferait tourner les sauces

Dont l’âge gourmand fait grand cas,

Et tu dois préférer à leurs caresses fausses

L’amitié d’un vin délicat.

Tu fuiras la jeunesse, et prendras Euryclée

Au pas lent, à l’agile main,

Pour que de torches d’or et de sagesse ailée

Minerve éclaire tes chemins.