MADEMOISELLE DE SCUDÉRY

Eh là ! n’esmouvez plus, Sapho,

L’esventail, zéphyr des ruelles.

S’il vous cuit, la glace ne fault

Que mon vers jette à pleine escuelle.

Relevez votre beau séant

Du throsne de la Chambre bleue ;

Assez avez piaffé céans

Dedans vos mots à longue queue.

Vos poulets ne se mangent point,

— Régime bon aux fièvres quartes. —

Du village des Petits Soins

Vous avez dessiné la carte.

Ains en votre privé, ma sœur,

Vous ne vous estes point faict coulpe

De vous régaller pour le seur

D’une plus nourricière poulpe.

L’ambition dont s’enflamma

Vostre bouche, où branle un pieu jaune,

Charge la langue et l’estomac,

Et rote des phrases d’une aune.

L’in-quarto, frais noirci de vers,

Moins que votre peau suinte l’encre.

Estes-vous plus blanche à l’envers,

Où vertu de fille s’eschancre ?

Ores veulx, — poussé le verrou —

Vierge au fusain, mais qui sens l’huile,

Vous esclaircir — je sçais par où —

Le teint, l’oraison et le chyle.

Ces jupes à bas ! Ostez donc

La friponne après la modeste,

Ces liens que l’épingle (oh ! pardon)

La sangsue encor me conteste.

Salut Phœbé ! Dans ce bassin

Mire ta beauté qui se scinde !

L’eau d’Hippocrène est au ricin ;

Voici l’Hélicon et le Pinde.

Qu’entre deux monts il soit congreû

Que coule un ruisseau, je m’affie :

Le Bouillon des deux Sœurs ! Ce rû

Manque à votre géographie.

Si trouvez trop aigu l’outil

Dedans votre honneur, j’y subroge

La pointe de vos concetti…

Et je pousse à val. Loge ! Loge !

Est-ce là ce qu’un rêve pur

Vous promist du premier Sylvandre

Offrant quelque chose de dur

A l’étroite Reine du Tendre ?

Or, jà dans vos flancs caverneux

Cyrus gronde et la Calprenède…

Je fuis le Perse au trait ocreux

Et la balistique du Mède.

A SONNET DE COURVAL
Médecin de Vire

Aux malades Virois, en médecin de Vire,

Au lieu de se borner à tailler des tombeaux,

A lui-même il bastit son monument, plus beau

De ses durables vers que d’un muet porphyre.

Ce Juvénal bourgeois écrivit maint libelle

Contre le féminin, et tança ses humeurs.

Il montre le Dégout épousant la Laideur,

Et ce qu’il croît de corne au mari d’une Belle.

Aucunes fois la Chaude au lit du flegmatique

— Et rage d’os pelvien passe le mal de dents —

Evente à grand meschef de ses soupirs ardents

Le sang trop froidureux des vaisseaux spermatiques.

La Superbe a mari lâche et ladre. — O lésine !

Sans rabats à la Guise, en robe de blanchet,

Moi, noble Damoiselle, où tant d’honneur t’échet,

Ne peux faire le brave autant que la voisine.

La Pauvre te contraint d’endurer les diffames.

L’Infidèle t’encorne en satyre bouquin.

Pour son honneur venger d’injurieux pasquin

La Quinteuse te pousse aux espagnolles lames.

De Laide, Pauvre, Riche, ou de Belle, son livre

Fait cruelle censure et portraits d’Arétin.

Mais sur toutes il hait la secrète putain

Baisant dévotement ses médailles de cuivre.

Ces Circés il purgea d’horrible scammonée,

Vomit au lit nopcier ; puis, bien vidé son pot,

Sans craindre les écueils signés par ses drapeaux,

Cingla délibéré vers le port d’Hyménée.

Il disait : « Le serez ! L’estes ! Ou bien le fustes ! »

Le fut-il ? Mourut-il squammeux, farci de clous,

Le priape écorché des dents de mille loups,

Comme l’avait prédit à bons maris de putes ?

Au moins d’un Récipe[8] sauvait-il la dépense

Contre bouton de Naple ou chancre corallin.

Si toi-mesme as métier[9] de baster un poulain,

Lecteur, dedans ses vers lis au long l’ordonnance.

[8] Ordonnance.

[9] Besoin (en français de ce temps-là).

Vers pour
LES SERVANTES