RONDEL

Je muse souvent à l’entrée

De l’appartement féminin.

Quand Madame fait sa nonnain,

Une chambrière m’agrée.

Je joue en sa robe échancrée ;

Mais j’ai si grand peur du venin !

Je muse souvent à l’entrée

De l’appartement féminin.

Je ne me rue à la curée

Des cœurs fiers et des beaux hennins.

Petit chasseur, petit connin.

Des palais que le rêve crée

Je muse souvent à l’entrée.

JOUR DE MARASME
Du Vieux peintre amant de sa bonne

Les écoliers de cinquante ans, et de soixante !

Toujours en quête, en vain fessés, d’autres leçons,

Rêvant de lac limpide où tremper leurs cuissons,

Se vont noyer aux yeux d’une fausse innocente.

Quand, leurs écus palpés, une main commerçante

Arme le vieux mousquet qui crache à leurs chaussons,

Qu’ont-ils pris ? Un chat maigre et qui sent le poisson.

Ils tiennent gros butin un connin de servante.

Une lourde gothon, sur leur bouche, que tord

Le malfaisant plaisir comme une affre de mort,

Flaire l’eau des vieux puits et la cendre de l’âtre.

Peintre, on voit sur ton lit deux coulombs s’épouser.

Plutôt, d’un ton cruel charge l’aile bleuâtre

D’un corbeau qui te creuse avec son bec rusé.

NUIT DE VICTOIRE
Du Vieux peintre avec son modèle

L’aurore s’étonnait que ruisselle un crin fauve

Près de mon poil chenu sur le même oreiller.

Or, Vénus qui me tint cette nuit éveillé

Au quatorzième lustre a fleuri mon front chauve.

Ma vigueur a goûté, des défaillances sauve,

Aprement cet amour, peut être le dernier !

J’ai bu le sang des dieux sur un corps printanier.

Qui sent la rose et fait un verger de l’alcôve.

Penché sur l’or moussu qui voile un antre frais,

J’ai respiré l’automne et les rouges forêts,

Où de l’aubier vivant s’étire la faunesse…

Ce n’est pas l’heure encor qu’à mes tempes de dieu

Le déclin menaçant ma trop longue jeunesse

Efface l’œillet pâle et cette rose feu !

FIN