J

JABOT: La gorge.

Allusion au jabot du dindon.

Dans l’argot des voleurs, on dit aussi étal, sans doute par analogie avec l’étal du boucher, sur lequel il passe toutes sortes de viandes (Argot des voleurs). N.

JABOT (S’arroser le): Boire.

—Toute la tine s’arrose le jabot (Argot des voleurs). N.

JACQUES: Sou (Argot du peuple). V. Fricadier.

Jacques: mollets (Argot du peuple). V. Jacquots.

JACQUELINE: Grisette.

—J’ai été promener ma petite jacqueline (Argot du peuple). N.

JACQUOT: Niais, bavard importun. A. D.

Jacquot: mollet (Argot du peuple). N.

JACOBIN: Pince à l’usage des cambrioleurs (Argot des voleurs). V. Monseigneur. N.

JACTE: Crie (Argot des voleurs).

JACTER: Parler, crier.

Si quelque pante

Se glisse et entre

Et se permet

Chez nous de faire du pet

On l’saigne, on l’frotte,

Et c’est fini par là.

S’il se cavale et jacte dans la rue

Pour ameuter tous les daims contre nous.

dit une des plus vieilles chansons d’argot connue.

Jacter vient sûrement de jactare (Argot des voleurs).

JAFFLES ou JAFFES: Les joues.

En Normandie, on dit jaffe pour soufflet (Argot du peuple).

JAMBES EN L’AIR: Potence. A. D.

Il est vrai que le pendu a les jambes en l’air; mais le peuple ne donne pas du tout le même sens à cette expression quand il dit: faire une partie de jambes en l’air.

Généralement cette partie se joue sans témoins.

Ce jeu est connu chez tous les peuples (Argot du peuple). N.

JAMBES EN MANCHE DE VESTE: Individu mal bâti, tordu, qui festonne en marchant (Argot du peuple). N.

JAMBES DE LAINE: Individu peu solide sur ses jambes.

Quand un homme sort de l’hôpital, il a généralement des jambes de laine: il flageole.

Autrefois on disait, pour exprimer la même image: jambes de coton (Argot du peuple). N.

JAMBONNEAU: Les cuisses (Argot du peuple). V. Boudinots.

JARDINER: Médire de quelqu’un, fouiller dans sa vie, comme le jardinier fouille dans la terre pour en mettre à jour les coins les plus secrets.

Jardiner est synonyme de bêcher (Argot du peuple). N.

JARDINIER: Nom donné au complice des voleurs à l’américaine (Argot des voleurs).

JARNAFFLE ou JARNAFFE: Jarretière (Argot des voleurs).

JASANTE: Prière.

—Y me fait suer le ratichon avec sa jasante en latimpem (Argot des voleurs).

JASPINER: Signe convenu d’aboyer sur la voie publique pendant que des complices dévalisent les poches des badauds (Argot des voleurs).

JAVARD: Lin que les paysans mettent en javelles avant le rouissage (Argot des voleurs). N.

J’MENFOUTISTE: Gens qui se foutent de tout et de tous.

Cette catégorie devient chaque jour de plus en plus nombreuse.

—Que pensez-vous de la politique?

J’m’en fous.

—Votre femme vous trompe.

J’m’en fous (Argot du peuple). N.

JE ME LA BRISE: Je m’en vais.

Quand un individu vous ennuie, dans le peuple on lui dit sans façon:

—Tu peux te la briser, il y aura moins de perte qu’une pièce de vin (Argot du peuple). N.

J’EN AI MON PIED: J’en ai assez.

J’en ai soupé signifie la même chose.

J’ai soupé de ta fiole, de même.

Donne-moi mon pied veut dire: Donnez-moi ma part.

Ça fait le pied, synonyme de ça fait le joint (l’affaire) (Argot des voleurs). N.

JÉSUITE: Dindon.

Ce sont les jésuites qui, en 1570, ont introduit le dindon en France; mais tous ceux qui ont été leurs victimes ne pensent pas comme les voleurs (Argot des voleurs).

JÉSUS: Jeune homme à l’aspect efféminé, frisé, parfumé, qui sert d’appât pour attirer les individus à passions honteuses.

Souvent il travaille réellement pour son compte (Argot des voleurs).

JETER SON BONNET PAR DESSUS LES MOULINS: Traîner sa fleur d’oranger dans les ruisseaux (Argot du peuple).

JETER UN FROID: Au milieu d’une soirée joyeuse, raconter une histoire macabre.

L’invité au maître de la maison:

—Quelle est donc cette horrible femme, laide, vieille, sèche et revêche qui fait tapisserie.

—C’est ma sœur.

Voilà qui s’appelle jeter un froid (Argot du peuple).

JEUNE HOMME (Avoir son): Être ivre (Argot du peuple).

JEUNE HOMME (Suivez-moi): Rubans que les femmes laissent pendre sur leur dos (Argot du peuple). N.

JONC: Or (Argot des voleurs).

JONCS: Lit des prisonniers.

Allusion à la dureté de la paille des matelas (Argot des voleurs). V. Plumes de beauce.

JONQUILLE: Cocu.

Allusion à la couleur jaune qui est l’emblème des prédestinés (Argot du peuple).

JORNE: Le jour (Argot des voleurs). N.

JOSEPH: Homme trop chaste. A. D.

Joseph, dans le peuple, est le patron des cocus.

On ne dit pas: tu fais ton Joseph, mais bien: tu es un Joseph, à celui qui a assez de cornes sur la tête pour alimenter de manches une fabrique de couteaux (Argot du peuple). N.

JOSÉPHINE: Mijaurée, bégueule. A. D.

Joséphine est le nom donné à la tête de carton sur laquelle les modistes essayent l’effet des chapeaux avant de les ajuster sur la tête de la cliente (Argot du peuple). N.

JOUER À LA MAIN

CHAUDE: Être guillotiné.

Cette expression n’est plus juste, car, comme autrefois, le condamné ne s’agenouille plus pour recevoir le coup fatal, il est couché sur la planche.

On dit: Il fait la planche (Argot des voleurs). N.

JOUER UN AIR DE VIOLON: Prisonnier qui scie les barreaux de sa cellule pour s’évader (Argot des voleurs).

JOUER UN PIED DE COCHON: Jouer un bon tour à quelqu’un; s’en aller, le laisser en plan au moment de payer son écot, sachant qu’il est sans le sou (Argot du peuple). N.

JOUR DE LA SAINT-JEAN-BAPTISTE (Le): Le jour de l’exécution d’un condamné.

À la prison de la Roquette, le jour d’une exécution, les prisonniers ne descendent pas à l’atelier, à l’heure réglementaire, ils savent ce que cela veut dire: c’est le jour de la Saint-Jean-Baptiste: on décolle un copain (Argot des voleurs).

JOURNAILLE: La journée.

On dit d’un paresseux qu’il trouve la journaille plus longue que la queue au pain (Argot du peuple).

JOURNALISTES À RICHER: Les vidangeurs.

Cette expression vient d’un mauvais calembour.

Les journalistes publient souvent des fausses nouvelles.

Les vidangeurs recherchent les fosses nouvelles (Argot du peuple). N.

JUDÉE: La préfecture de police.

Ce mot n’est plus en circulation depuis la démolition de la rue de Jérusalem (Argot des voleurs).

JUGE DE PAIX: Le lit.

Dans le peuple, on trouve qu’après une dispute et même une bataille, le lit est un instrument de raccommodement.

Cette expression vient d’une enseigne d’un marchand de meubles établi boulevard de Belleville.

L’enseigne figurait un lit complet, et sur l’oreiller placé au milieu, il y avait cette inscription:

Au Juge de Paix (Argot du peuple). N.

JUGE DE PAIX: Un cornet contenant trois dés, la partie qui se nomme zanzibar se joue sur le comptoir du marchand de vins.

Ce jeu est ainsi appelé parce qu’il met les joueurs d’accord (Argot du peuple). N.

JUGEOTTE (En avoir):

Bien juger les choses, avoir un jugement sain (Argot du peuple).

JULES: Pot de chambre (Argot du peuple). V. Goguenot.

JUS DE CHAPEAU: Mauvais café, celui que les femmes vendent le matin au coin des rues, aux ouvriers qui se rendent à leur travail.

Quand il pleut sur un chapeau, le jus a exactement la couleur de ce café (Argot du peuple).

JUTEUX: Il a du jus, il est rupin.

Une affaire est juteuse, quand elle donne beaucoup de bénéfices.

Tomber à l’eau, c’est tomber dans le jus.

Boire du vin, licher un coup de jus.

Faire du jus, faire de l’embarras (Argot du peuple). N.