P
PAF: Cette expression désigne l’objet qui distingue l’homme de la femme.
Ce sont les voyous qui ont inventé le mot.
Quand un tenancier d’une maison de tolérance se retire des affaires et qu’il se fait construire une maison à la campagne, s’il éprouve, par vanité, le besoin de mettre au fronton de sa maison un écusson, il peut y ajouter cette devise qui explique le mot paf:
Pene erexit domum (Argot du peuple). N.
PAF (Être): Être gris.
—Je me suis paffé hier soir que c’en est dégoûtant.
—Paf, ça y est.
Chose accomplie. Synonyme de: J’en ai mon pied. (Argot du peuple).
PAFFS: Souliers.
C’est à peu près le meilleur mot d’argot pour désigner le bruit que fait le marcheur ou frappant le sol du pied.
C’est une image: paff! paff! (Argot du peuple).
PAGNE: Lit.
Allusion au pagne qui entoure la taille des sauvages; les draps cachent également la nudité de l’homme et de la femme (Argot du peuple). N.
PAGNE: Provision.
On n’les but’plus, car c’est un mauvais flanche,
Y en a toujours qui sont paumés marrons,
Mais sans r’niffler, pour eux on fait la manche,
On leur envoie le pagne au violon.
(Argot des voleurs).
PAGNOTER (Se): Se coucher.
Malgré le double emploi, on dit dans le peuple:
—Je vais me pagnoter dans mon pieu avec mes dardants (Argot du peuple).
PAILLASSE: Femme.
Un homme se promène, sa femme au bras; il est rencontré par un ami:
—Tiens, tu déménages, Charlot?
—Pourquoi donc?
—Puisque t’as ta paillasse sous le bras (Argot du peuple). V. Boulet.
PAILLASSE À SOLDAT: Femme sur laquelle tout un régiment couche.
Mot à mot: qui sert de paillasse (Argot du peuple). N.
PAILLASSE: Pitre qui fait le boniment devant les baraques de saltimbanques.
Paillasses: les hommes politiques qui servent tous les gouvernements, pourvu qu’ils paient.
Paillass’, mon ami,
N’saut’ pas à demi.
Saute pour tout le monde.
(Argot du peuple).
PAILLE (C’est une): Signe d’étonnement qui veut dire beaucoup, trop gros fardeau à porter:
C’est une paille que de porter ça là bas (Argot du peuple). N.
PAILLE AU CUL (Avoir la): Être mis à la réforme. L. L.
S’en aller la paille au cul, c’est quitter le régiment en ayant encore de la salle de police ou de la prison à faire.
Allusion à la paille sur laquelle couchent les prisonniers (Argot des troupiers). N.
PALABRE: Discours ennuyeux, prudhommesque. A. D.
Palabra, en langue espagnole, signifie parole, il est vrai, mais ce n’est pas le sens dans le langage populaire.
Palabre trembleuse: figure de bourgeois qui tremble à propos de rien, qui a peur de son ombre, qui se cache au moindre bruit.
Palabre signifie figure:
—Le biffard a tellement la frousse que sa palabre défargue (Argot du peuple). N.
PALAIS: Pièce de cinq francs.
Allusion à la forme plate du palais qui sert pour jouer au tonneau (Argot du peuple). V. Tune.
PALLAS: Discours.
—Tu ne vas pas bientôt nous lâcher le coude avec ton pallas à dormir debout.
—Viens-tu entendre le bénisseur, il va pallasser sur la tombe de son ami (Argot des voleurs).
PALLASSEUR: Individu qui parle d’abondance, longuement, sur tout ce qu’il ne sait pas.
—Gare aux inondations! le pallasseur a ouvert son robinet (Argot du peuple).
PALPEUR: Juge d’instruction.
Il palpe en effet les prisonniers pour les faire avouer.
Cette expression est plus jolie que l’ancienne: curieux (Argot des voleurs). N.
PALPITANT: Le cœur (Argot des voleurs). V. Grand ressort. N.
PAMPINE: Sœur de charité (Argot des voleurs).
PANAMISTE: Cette expression date de 1892.
Ce sont les dénonciations faites par M. Andrieux contre les 104 députés qui auraient touché des chèques à la caisse du Panama qui ont donné naissance à ce mot (Argot du peuple). N.
PANADE: Soupe de pain qui mijote lentement sur un feu doux.
Dans le peuple, être dans la panade, c’est être dans la misère.
Allusion à ce que la panade est généralement faite avec des croûtes de pain (Argot du peuple). N.
PANAIS: Pan de chemise.
Être en panais, être en chemise.
Dans le peuple, panais est employé comme négation.
—Veux-tu me prêter cent sous?
—Des panais, tu te fouterais de ma fiole (Argot du peuple). N.
PANIER: Lit.
—Mon petit homme, veux-tu venir avec moi faire une séance de panier, tu verras comme je suis aimable (Argot des filles).
PANIER À SALADE: Voiture cellulaire pour conduire les prisonniers des postes de police au Dépôt de la préfecture, ainsi nommée parce qu’autrefois cette voiture était à claire-voie (Argot des voleurs).
PANIER À DEUX ANSES: Avoir une femme à chaque bras (Argot du peuple).
PANIER PERCÉ: Homme qui n’a rien à lui.
Allusion au panier sans fond que jamais on ne peut emplir (Argot du peuple).
PANSU: Terme de mépris employé par le peuple pour qualifier un bourgeois qui fait un dieu de son ventre et qui a une panse arrondie.
Pansu: égoïste qui ne songe qu’à lui (Argot du peuple). N.
PANTIN: Paris.
Quand on a bien billanché pour son compte,
On défourage et renquille à Pantin.
L’long du trimard, bequillant son décompte,
De gueule en gueule on pique un gai refrain.
Pantin: Argot du peuple.
Pantruche: Argot des voleurs.
PANTE: Imbécile qui se laisse facilement duper.
Inutile, je pense, de dire que pante vient de pantin: gens de Paris (Argot des voleurs).
PANTRE ARGOTÉ: Imbécile de la pire espèce, plus bête que ses pieds; être facile à tromper (Argot des voleurs).
PANTRE ARNAU: Mot à mot: individu qui renaude, qui marronne en s’apercevant qu’il vient d’être victime d’un vol (Argot des voleurs).
PANUCHE: Femme élégamment mise. L. L.
Panuche est la maîtresse d’une maison de tolérance (Argot des souteneurs). V. Maman-maca.
PAPILLON: Blanchisseur de campagne (Argot des voleurs).
PAPILLON: Vol à la marque.
Il se pratique dans les voitures de blanchisseuses qui viennent de la campagne et confient leurs voitures à la garde d’un enfant (Argot des voleurs).
PAQUET: Homme ou femme gros, court sur pattes, sans élégance, ressemblant à un paquet de chair (Argot du peuple).
PARANGONNER: Arranger au moyen d’interlignes des caractères de différents corps (Argot d’imprimerie).
PARAPHE (En détacher un): Donner un soufflet à quelqu’un.
On dit aussi:
—Je vais te poser un cachet.
Détacher un paraphe est rarement employé, c’est trop long; bègne vaut mieux (Argot du peuple).
PARC AUX HUÎTRES: Mouchoir.
L’allusion n’est pas tout ce qu’il y a de plus distingué, mais l’image est juste (Argot du peuple). N.
PARFAIT AMOUR DE CHIFFONNIER: Eau-de-vie vendue dans les assommoirs (Argot du peuple).
PARFUMEUR: Avocat.
Mot à mot: il couvre son client de fleurs (Argot du peuple). V. Blanchisseur.
PARISIEN À GROS BEC: Quand, dans les ateliers, un provincial fait de l’embarras, qu’il prend des airs casseurs, qu’il fait le crâne et dit: nous autres Parisiens, parce qu’il habite la capitale depuis six mois, on lui répond:
—Tu n’es qu’un Parisien à gros bec (Argot du peuple). N.
PARLOIR DES SINGES: Parloir des prisons.
Allusion aux trois grilles entre lesquelles sont enfermés les visiteurs et les prisonniers (Argot des voleurs).
PAROUFLE: La paroisse.
C’est un sale parouflard; pour sale paroissien (Argot des voleurs). N.
PARRAIN: Avocat.
Il sert en effet de parrain à l’accusé, il le tient sur les fonds baptismaux eu cour d’assises (Argot des voleurs). N.
PASCAILLER: Passer.
—Le gonce a pascaillé avant toi au carré des petites gerbes, il est enflaqué pour dix berges.
Pascailler veut dire également prendre le tour ou la place de quelqu’un.
—J’ai pascaillé la Môme Livarot au Rouquin (Argot des voleurs). N.
PAS CUIT: Un courtier demande à un libraire un livre ou une revue; s’ils ne sont pas parus, on lui répond laconiquement: pas cuit.
Mot à mot: ils sont encore au four (en confection) (Argot des libraires). N.
PAS SI CHER: Silence, parlez plus bas, on nous écoute.
Expression employée dans les prisons pour signaler l’arrivée d’un gardien qui punirait les causeurs.
Synonyme de: il pleut, employé dans les imprimeries quand le prote ou le patron entre à l’atelier (Argot des voleurs).
PAS MÈCHE: Impossible de réussir.
Mèche pour moyen.
—J’ai beau la chauffer, pas mèche d’y arriver (Argot du peuple).
PASSE (Être gerbé à la): Mauvaise affaire pour celui qui est dans ce cas-là.
Être gerbé à la passe, c’est être condamné à mort.
La passe, c’est la guillotine (Argot des voleurs).
PASSE (Faire une): Fille qui raccroche sur la voie publique et conduit ses clients de hasard au premier hôtel venu.
Elle ne fait que passer.
Faire une passe vient aussi de faire un passant (Argot des filles).
PASSE-BOURGEOISE: Femme mariée, habituée des maisons de rendez-vous et qui, par ses passes, aide à faire bouillir la marmite (Argot du peuple).
PASSER À LA PIPE: Quand un individu est arrêté et conduit dans un poste, les agents le battent.
On le passe à la pipe.
Mot à mot: il est fumé.
Synonyme de passer à tabac (Argot du peuple).
PASSER DE BELLE (Se): Né pas recevoir sa part d’un vol ou d’une affaire.
Il s’en passe de belles: homme qui vit, joyeusement.
Mot à mot: qui passe de belles journées.
Il s’en passe de belles pour exprimer que dans tel endroit il se passe de vilaines choses.
Il en fait de belles: commettre de mauvaises actions.
—Il en fait de belles ton vilain sujet, il crèvera sur l’échafaud (Argot du peuple et des voleurs). N.
PASSER DEVANT LE FOUR DU BOULANGER: Voilà une expression qui n’est pas banale et qui est très usitée.
Quand un gamin ou une gamine sont trop précoces, qu’ils ont l’esprit plus éveillé qu’il ne faudrait, on emploie ce mot.
Mais il est plus typique dans ce sens.
Quand une toute jeune fille a avalé son pépin et qu’elle pose quand même pour la vertu, on lui dit:
—Ne fais donc pas tant ta gueule, tu as passé devant le four du boulanger.
Mot à mot, elle a vu enfourner (Argot du peuple). N.
PASSER LE GOÛT DU PAIN: Étrangler un individu, lui faire passer le goût du pain (Argot du peuple).
PASSER DEVANT LA GLACE: Payer.
Allusion à la glace qui est toujours derrière le comptoir, chez le marchand de vin (Argot du peuple).
PASSER L’ARME À GAUCHE: Mourir (Argot du peuple).
PASSER L’ÉPONGE: Oublier, pardonner.
Mot à mot: laver le passé (Argot du peuple).
PASSER À TABAC: Cette expression est toute récente.
Quand un individu est arrêté et conduit dans un poste de police, il est souvent frappé par la police, de là: passer à tabac (Argot du peuple).
PASSÉ-SINGE: Roué. A. D.
Singe ne doit pas ici être pris dans le sens de patron; singe est l’animal de ce nom.
Passé-singe, passé maître dans l’art de faire des grimaces et de se contorsionner.
Synonyme de souplesse et d’agilité.
—Il est donc passé-singe qu’il a pu cromper la tante malgré l’oncle et les barbauttiers (Argot des voleurs). N.
PASSE VANTERNE: Échelle.
Mot à mot: passer par la fenêtre (Argot des voleurs).
PASSIFS: Souliers.
Il en est peu, en effet, qui résistent au mauvais temps, surtout depuis l’invention des semelles en cuir factice (Argot du peuple).
PASSIF: Homme pour homme, celui qui subit.
Habitué des latrines de la berge du Pont-Neuf, des bains de la rue de Penthièvre ou des pissotières des Champs-Élysées.
Dans le peuple on dit:
—Il va ramasser des marrons dans l’allée des Veuves.
L’allusion est claire (Argot du peuple).
PATAPOUF: Homme gros et court sur jambes, qui peut à peine souffler en marchant.
Dans le peuple on dit:
—Ce patapouf souffle comme un phoque (Argot du peuple).
PATELIN: Pays.
Corruption du vieux mot pasquelin, qui signifiait la même chose (Argot du peuple).
PATINER (Se): Se sauver.
—Je me patine parce que je suis en retard.
Allusion aux patineurs qui avancent rapidement.
Patiner veut aussi dire se dépêcher de terminer une besogne.
—Je me patine de finir ma pièce, autrement samedi pas de galette.
Patiner du chiffon rouge, se patiner de la langue: parler vite (Argot du peuple). N.
PATOUILLER: Manier.
—Vous n’avez pas bientôt fini de me patouiller avec vos sales pattes?
On patouille dans un coffre-fort.
On dit également patrifouiller.
—Ce cochon de quart d’œil a passé deux heures à patrifouiller dans mes frusques pour trouver de quoi me faire sapé, mais il est grinchi. C’était au moulin.
Patrifouiller est le superlatif de fouiller (Argot des voleurs). N.
PATRICOTAGE: Les danseurs patricotent des jambes.
On dit aussi:
—Il a patricoté dans la caisse.
Patricoter est ici pour tricoter (Argot du peuple). N.
PAUMER: Perdre.
—Tu fais une drôle de gueule.
—J’avais deux sigues d’affaire et j’en paume quatre, y a de quoi.
—Fallait pas jouer (Argot des voleurs). N.
PAUMÉ: Être pris, empoigné.
Les agents arrêtent un voleur en lui mettant généralement la paume de la main sur l’épaule.
L’allusion est claire.
Être empaumé: être fourré en prison (Argot des voleurs).
PAUMÉ MARRON: Paumé, pris, marron, l’être.
Je suis marron signifie être refait.
Un gogo est marron dans une affaire qui rate.
—On m’a pris ma place, je suis marron.
Synonyme de rester en panne (Argot des voleurs). N.
PAVE (On): Rue dans laquelle on ne peut passer à cause d’un créancier (Argot du peuple).
PAYER UN HOMME (Se): Moyen que possèdent toutes les femmes sans débourser d’argent.
Cette expression est généralement employée par les femmes à caprices.
—Elle se paye autant d’hommes qu’elle change de chemises (Argot des filles). N.
PEAU COURTE (Avoir la): Accident qui arrive à ceux qui mangent trop de haricots.
Mot à mot: péter (Argot du peuple).
PEAU DE LAPIN: Nom donné aux ouvrières cartonnières:
—Jamais mes peaux de lapins ne turbinent le lundi (Argot du peuple). N.
PÉDÉRASTE: Ce mot est trop connu pour avoir besoin de l’expliquer autrement que par ceci: homme qui commet volontairement des erreurs de grammaire et met au masculin ce qui devrait être au féminin (Argot du peuple).
PÉGOCE: Pou.
On dit aussi gau.
Abasourdir des gaux: tuer les poux qui morganent sur son cuir (Argot des voleurs).
PÈGRES: Voleurs.
Les pègres forment deux catégories: la haute et la basse pègre (Argot des voleurs).
PÉGRIOT: Petit voleur.
Diminutif de pègre.
Le pégriot est d’une très grande utilité pour les ratiboiseurs de boutanches, qui pratiquent le vol au radin (Argot des voleurs).
PEIGNER UN DIABLE QUI N’A PAS DE CHEVEUX: Réponse d’un débiteur malheureux à un créancier obstiné (Argot du peuple).
PEIGNE-CUL: Homme vil, bas, flatteur.
Mot à mot: homme de rien.
Terme de profond mépris, en usage dans les ateliers, pour qualifier un ouvrier qui donne toujours raison au patron (Argot du peuple).
PÉLAGO: La prison de Sainte-Pélagie.
Cette expression est une défiguration du mot Pélagie par l’emploi du suffixe go.
Ce fait se produit souvent en argot (Argot des voleurs).
PÉLO: Sou.
—Je suis dans une dèche carabinée, depuis une semaine je n’ai pas louché un pélo (Argot du peuple).
PELOTER LE CARME: On sait que les changeurs, pour attirer les regards, placent dans leurs vitrines des sébiles remplies d’or; les pauvres diables s’arrêtent à contempler ces richesses comme le savoyard mange son pain à l’odeur des cuisines du Café Anglais.
Ils pelotent le carme... moralement (Argot du peuple).
PELURE: Paletot ou veston.
—J’enquille ma pelure à manger le rôti (Argot du peuple).
PENDARDS: Seins qui pendent comme de vieilles vessies.
Cette expression est attribuée à Talleyrand.
Il assistait à la toilette d’une grande dame. Il regardait une femme de chambre lui lacer son corset; elle lui dit en minaudant:
—Vous regardez mes petits coquins?
—Vous pourriez dire vos grands pendards (Argot du peuple).
PENDU (Se payer un): On sait que les brocanteurs pendent à leur étalage les vêtements qu’ils ont à vendre.
Ils passent les manches dans un bâton, ce qui donne l’aspect des bras.
Vu d’un peu loin, on jurerait un pendu.
Se payer un pendu, c’est acheter ce vêtement (Argot du peuple).
PENDU GLACÉ: Le candélabre en forme de potence qui supporte le bec de gaz.
Les voleurs n’aiment pas beaucoup ces pendus-là.
—J’ai été paumé pour avoir barbotté un pante, sans ce chameau de pendu glacé, je me cavalais à la frime du sergot (Argot des voleurs). N.
PENDULARD: Voleur de pendules.
Les Allemands, en 1870, nous ont donné un joli échantillon de leur savoir faire dans ce genre de vol.
Ce sont les bonjouriers qui pratiquent ce vol, principalement dans les loges de concierges (Argot des voleurs). N.
PENDULE À PLUMES: Le coq qui chante chaque matin à heures fixes.
On dit également réveil-matin.
C’en est un très économique qui n’a pas besoin d’être remonté et qui a l’avantage de pouvoir être mangé quand il a cessé de plaire (Argot du peuple).
PÉNICHES: Souliers, lorsqu’ils sont d’une dimension démesurée (Argot du peuple).
PÉ-PÈTES: Sous.
—Ça commence à être rudement rasant, pas un pé-pète à la clé (Argot du peuple).
PÉPIN: Avoir un pépin, aimer quelqu’un.
Se dit aussi à la poule qui se joue au billard. Quand un joueur a derrière lui un adversaire maladroit, il est protégé par un pépin, il est couvert.
Pépin, par le même motif, signifie parapluie (Argot du peuple). N.
PERCHER: Loger au hasard, tantôt ici, tantôt là.
Allusion à l’oiseau qui perche tantôt sur une branche tantôt sur une autre (Argot du peuple).
PERDRE SES BAS: Oublier.
—Tu perds donc tes bas, que tu manques au rendez-vous que tu m’as donné?
—Prêtez-moi mille francs.
—Vous perdez donc vos bas, mon vieux?
Ici le sens est ironique.
On dit aussi:
—Tu fais dans tes bas.
Pour: Tu te moques de moi (Argot du peuple).
PÈRE PEINARD (En): Y aller doucement, sans se presser, sans se faire de bile.
Les agents arrivent en Père Peinard pour surprendre un voleur en flagrant délit (Argot du peuple). N.
PERLOT: Tabac—dérivé de semper. L. L.
Semper s’écrit Saint-Père dans toutes les prisons.
À la centrousse de Melun, on chante depuis des années:
Pour du tabac, disait un pègre,
Et pour trois pouces de Saint-Père.
(Argot des voleurs).
PERSIL: Faire le persil, aller au persil: raccrocher.
On n’est pas fixé sur l’origine et la valeur de cette expression. Francisque Michel la fait venir de pesciller; Delvau dit qu’elle a pour motif que les filles raccrochent dans les terrains vagues où pousse le persil; le peuple, qui ne connaît ni l’un ni l’autre, applique cette expression aussi bien aux filles de la rue qu’à celles du boulevard, parce que la fille trotte dans la boue et qu’elle a les pieds sales; or, depuis plus de cinquante ans, on dit d’une fille qui a les pieds malpropres:
—Elle a du persil dans les pieds; de là: faire son persil (Argot des souteneurs).
PERROQUET: Absinthe.
Allusion à la couleur verte de la liqueur, qui ressemble à celle du perroquet (Argot du peuple). V. Poileuse.
PERRUQUE: Vieille perruque, vieux serin, homme qui n’est pas fin-de-siècle.
Perruque (En faire une): Vendre des matériaux qui appartiennent à autrui (Argot des entrepreneurs).
PESCILLER D’ESBROUFFE: Prendre d’autorité.
Le voleur à l’esbrouffe pescille de cette façon le portefeuille ou le porte-monnaie du bourgeois (Argot des voleurs). V. Vol à l’esbrouffe.
PESSIGNER ou PESSIGUER: Ouvrir.
—J’ai une carouble qui pessigne toutes les lourdes sans fric-frac (Argot des voleurs).
PESTAILLES: Agents de la sûreté ou sergents de ville.
Pour les voleurs, ce sont des pestes; ils ont ajouté la finale de railles, l’ancien mot, et n’en ont fait qu’un (Argot des voleurs). N.
PET: Signal convenu pour prévenir ses complices qu’il y a du danger.
—Pet, pet, v’là les pestailles.
On dit également:
—Au bastringue du Pou Volant, il y aura du pet ce soir (Argot des voleurs).
PET À VINGT ONGLES: Enfant nouveau-né (Argot du peuple).
PÉTARD: Sou.
C’est une corruption du mot patard, expression employée par François Villon.
En Suisse, il y a des siècles, patard était une monnaie divisionnaire; en terme de mépris, on disait: un patard de vache (Argot du peuple). N.
PÉTARD: Le derrière.
—Crois-tu qu’elle est bien en viande? Quel riche pétard! On en mangerait une tranche.
L’allusion se devine; souvent il tire des feux d’artifice (Argot du peuple). N.
PÉTARDIER, PÉTARDIÈRE: Faire du tapage, du bruit.
—Ah! tu sais, il ne faut pas l’emmener quand il a le nez sale, c’est un pétardier (Argot du peuple).
PÉTASE: Chapeau ridicule comme en portent les paysans les jours de fête.
Ce chapeau se transmet de père en fils, tant pis si la tête est plus ou moins forte.
Il en est qui datent du siècle dernier (Argot du peuple).
PÉTASSE: Vieille femme avachie qui perd ses vestiges en marchant.
Putain et soularde (Argot des souteneurs).
PÈTE-SEC (Monsieur): Individu qui ne rit jamais et paraît toujours en colère.
Surnom donné au régiment aux officiers dont la rigueur est proverbiale (Argot du peuple).
PÉTER: Se plaindre.
—Ah! mon vieil aminche, comme ta frime est toquarde, tu as les douilles savonnées, d’où que tu sors?
—De la boîte aux cailloux. À cause d’un mec qui a pété au moissonneur, j’ai passé à la planche à pain.
Péter, mot à mot: faire du pet, se plaindre à la justice (Argot des voleurs). N.
PÉTER LA SOUS-VENTRIÈRE (S’en faire): Terme ironique employé pour dire à quelqu’un qui vous fait une demande saugrenue:
—Tu t’en ferais péter la sous-ventrière.
Synonyme de: Tu n’en voudrais pas.
Avoir mangé à s’en faire péter la sous-ventrière (Argot du peuple). N.
PÉTER PLUS HAUT QUE LE CUL: Faire de l’embarras, de l’esbroufe, vouloir prouver que l’on est riche lorsque l’on n’a pas le sou.
Homme ou femme qui s’habille élégamment en se privant sur la nourriture:
—Ils veulent péter plus haut qu’ils n’ont le cul.
C’est le cas des filles de boutique et des commis de magasins.
Dans le peuple, par ironie, on les appelle:
Tout sur le dos, rien dans l’estomac (Argot du peuple). N.
PÉTEUR: Dénonciateur.
Comme pour dénoncer il faut parler, le mot péteur doit être pris dans le sens de péter du bec (Argot des voleurs).
PETIT MONDE: Lentille.
On dit aussi par allusion de forme et presque de couleur: punaise (Argot des voleurs).
PÉTILLARDS: Diamants.
Pétiller est dit pour briller. C’en est le superlatif.
—Les durailles de la gonzesse sont pétillants aux pendus glacés (Argot des voleurs). N.
PETIT SALÉ: Petit enfant.
—Tu ne vas pas faire taire ton salé; fous-y donc sa gamelle pour qu’il ne chialle plus (Argot du peuple).
PETITE FILLE: Demi-bouteille.
—Viens-tu boire une bouteille?
—Non, une petite-fille suffira (Argot du peuple).
PÉTROLE: Mauvaise eau-de-vie servie dans les assommoirs.
Elle brûle l’estomac (Argot du peuple). N.
PÉTROUSQUIN: La partie du corps sur laquelle on tombe le plus souvent. A. D.
Pétrousquin, paysan.
Malgré la croyance populaire, le paysan n’est pas aussi cul qu’il le paraît.
Ce n’est donc pas de là, que vient l’expression.
Pétrousquin, ne viendrait-il pas de Pétrus, avec une finale ajoutée (Argot du peuple).
PETSOUILLE: Cette expression est suffisamment claire.
Elle désigne un jardinier habitué à travailler la terre; elle est un terme de mépris lorsqu’elle est employée vis-à-vis d’un bourgeois (Argot du peuple).
PÈRE LA TUILE (Le): Dieu.
Il n’est pourtant jamais tombé sur personne.
Cette expression est en usage dans le monde des prisons.
—As-tu entendu le ratichon balancer sa jasante au Père la Tuile? (Argot des voleurs).
PÈZE ou PÈSE: Argent.
L’expression est due à Frédérick-Lemaître.
Il jouait avec Clarisse Miroy à la Porte-Saint-Martin sous la direction Harel. Ce dernier n’aimait pas payer; un soir qu’il était en retard avec les appointements du grand artiste, celui-ci ne voulut pas entrer en scène avant d’être réglé. Il envoya Clarisse à la caisse; elle en revint peu après avec un énorme sac de pièces de cent sous. Elle le tendit à Frédérick.
—Tiens, pèse?
Depuis ce temps, on dit dans le peuple:
—As-tu du pèse? (Argot du peuple).
PHILÉMON-BAUCIS: Quand deux bourgeois jouent aux dominos, et que l’un d’eux se débarrasse du double-six, il s’écrie en riant:
—Filez mon beau six (Argot des bourgeois).
PIANO DU PAUVRE (Le): Des haricots.
Allusion au bruit du lendemain (Argot du peuple).
PIAU: Cette expression est employée dans les ateliers de composition en réponse à une question indiscrète ou ridicule. Piau, c’est tout dire.
Quand on ne veut pas répondre, on se contente de dire:
—Il est derrière le poêle chez Cosson. C’est tout.
Si l’insistance est trop grande, on dit:
—Va donc chier dans le cassetin aux apostrophes.
Cette dernière expression est également employée quand un camarade devient riche:
—Il a chié dans le cassetin aux apostrophes.
En ce cas, elle ne sert pas souvent, car nos camarades, les typos, nous ressemblent, le travail ne les enrichit guère (Argot d’imprimerie). N.
PIAULE: La maison.
—Y a pas, faut rappliquer à la piaule de la dabe, sans ça pas de boulottage à la clé.
Pourquoi piaule?
Delvau dit que c’est une allusion aux nombreux enfants qui piaillent dans la maison. Ne serait-ce pas plutôt à cause du pieu (lit) dont par déformation on a fait piaule?
C’est plus que probable (Argot du peuple).
PICHENET: Petit vin aigre que l’on boit à Argenteuil (Argot du peuple).
PICOREUR: Voleur de grands chemins.
Le picorage est le vol commis au hasard sur le passant qui est picoré, ou dans les fermes isolées.
Le voleur picore comme la poule, dans les armoires; il y trouve plus de butin que sur le fumier (Argot des voleurs).
PIED DE BICHE: Pince (Argot des voleurs). V. Monseigneur.
PIEDS FUNICULÉS (Avoir les): Refuser de marcher.
Allusion au funiculaire de Belleville qui marche quand il veut (Argot du peuple). N.
PIERRE À AFFÛTER: Le pain.
En le coupant, cela n’affûte pourtant pas le couteau, mais c’est une allusion au va et vient du couteau sur la pierre à repasser, quand le rémouleur lui donne le fil, ou quand le boucher l’aiguise sur son fusil (Argot du peuple).
PIERREUSE: Fille publique qui bat son quart dans les terrains vagues, où il se trouve plus de cailloux que d’herbe (Argot des souteneurs).
PIEU: Le lit.
Se fourrer au pieu.
Se coller dans le pieu.
Allusion à ce que l’on s’y enfonce comme le pieu s’enfonce dans la terre (Argot du peuple).
PIÈCE DE DIX SOUS: Monnaie affectionnée par les pédérastes.
Ils la préfèrent particulièrement quand elle est neuve (Argot du peuple). N.
PIGE: Année.
Synonyme de berge (Argot des voleurs).
PIGE: Expression employée dans les imprimeries pour constater quel est celui des compositeurs qui lève le plus de lignes à l’heure (Argot des imprimeurs).
PIGE: Employé par les enfants quand ils jouent aux billes; à l’aide d’une paille ou d’un petit morceau de bois, ils mesurent la distance de la bille la plus près du but pour trancher le différend (Argot du peuple).
PIGEON: Homme facile à plumer.
Patiner un pigeon, c’est plumer un individu qui a un béguin pour une fille.
—Je tiens mon pigeon, il laissera sa dernière plume dans mon alcove (Argot des filles).
PIGNOCHER: Terme employé dans les ateliers de peintres pour désigner un artiste qui peint à petits coups de pinceau.
Il pignoche sa toile.
Meissonier était le roi des pignocheurs (Argot des artistes).
PIGNOUF: Un miché qui pose un lapin à une fille est un pignouf (Argot des filles).
PILE (En recevoir une): Être battu à plate couture (Argot du peuple).
PILE (Une): Cent francs (Argot des voleurs).
PILER DU POIVRE: Individu qui a des chaussures neuves qui lui font mal; il marche sur la pointe des pieds.
Il pile du poivre.
On dit également:
—Il est dans la prison de Saint-Crépin.
Quand une personne est absente et que l’on médit d’elle, on pile du poivre sur son compte.
On connaît cette anecdote de Tortoni:
Il y avait une vingtaine de journalistes réunis. Chaque fois que l’un s’en allait, aussitôt il était arrangé de belle façon, et ainsi de suite jusqu’au dernier.
Celui-là, en partant, se dit: au moins on ne pilera pas de poivre sur mon compte; je reste seul.
Le garçon l’accompagna et dit en fermant la porte:—Quel crétin que ce coco-là, il se croit l’égal de Victor Hugo et il est plus bête que trente-six cochons.
Le garçon pilait du poivre.
Faire piler du poivre à quelqu’un: lui casser la tête sur le pavé (Argot du peuple). N.
PILIER DE CABARET: Soulard qui ne quitte pas le mastroquet.
C’est, en effet, une des colonnes de la boutique.
Les ménagères emploient souvent cette expression quand leur mari rentre par trop imbibé (Argot du peuple).
PILIER DE COUR D’ASSISES: Récidiviste qui a subi plusieurs condamnations.
Cheval de retour (Argot du peuple).
PINCEAU: Balai.
—Quel riche coup de pinceau (Argot du peuple).
PINCE-CUL: Bal de bas étage où l’on pelote la marchandise avant de l’emmener bacher (Argot des souteneurs).
PINCÉ: Être pincé, être pris.
Être pincé: être amoureux.
—Je suis pincé pour Nana. Je n’en dors plus.
En pincer pour quelqu’un, c’est avoir un ardent désir (Argot du peuple). N.
PINCER DE LA GUITARE: Toutes les fenêtres des cellules des prisonniers sont garnies de barreaux de fer.
Ils pincent de la guitare avec les barreaux.
Allusion aux cordes de la guitare (Argot des voleurs).
PINCE-LOQUES: Aiguille.
L’aiguille, en effet, sert à repriser les loques, à les raccommoder. Elle rapproche les trous, elle les pince (Argot des voleurs).
PINCER DES FRÉTILLANTES: Danser.
L’image est jolie, les jambes frétillent.
Quand la Goulue pince des frétillantes dans un cavalier seul distingué, elle pince le pas du hareng saur en détresse (Argot du peuple).
PINCETTES: Jambes, quand elles sont minces.
—Tu fais sécher les bas sur des pincettes (Argot du peuple).
PINGAUD (Il est): Il est joli, bien élevé.
—Ah! Madame, le joli enfant que vous avez là.
—Fais voir à Madame que tu es pingaud; souhaite-lui le bonjour.
—Est-ce que je la connais, c’te vache-là.
—Oh! c’est y Dieu possible, un enfant que j’ai porté neuf mois dans mon sein...
—Fous-moi le cul dans ta hotte, tu me porteras trois mois de plus; ça fera un an (Argot du peuple).
PINGRE: Avare qui rapine sur tout.
Le roi des pingres était un nommé Crétin, un des plus riches propriétaires de Lyon; il déchirait les marges blanches des affiches apposées sur les murs, pour en faire des quittances pour toucher ses loyers.
Quand il pleuvait, il lâchait ses poules dans les champs; elles lui rapportaient à leurs pattes la terre du voisin! (Argot du peuple).
PIOCHER: Travailler dur et ferme.
—Je pioche mon examen.
Piocher est synonyme de fouiller.
Allusion à l’ouvrier qui fouille la terre en la piochant (Argot du peuple).
PIONCER: Dormir à poings fermés (Argot du peuple).
PIPE (Tête de): La tête.
Allusion à ce que la plupart de nos grands hommes ont eu l’honneur d’être moulés en terre de pipe et fumés par le peuple, culottés quelquefois.
Il existe une chanson sur ce sujet:
Ils dis’nt en le voyant picter
Sa pipe enfin commence à s’culotter.
On dit d’un individu grotesque qu’il a une tête de pipe (Argot du peuple).
PIPÉ: Château.
Il est presque impossible de trouver le pourquoi des principales expressions employées par les voleurs pour désigner des choses spéciales, telles que bergerie, grange, ferme, etc., etc.
J’en ai questionné un certain nombre, tous m’ont répondu:
—Ça s’appelle comme ça, voilà tout (Argot des voleurs).
PIQUE-PRUNE: Ouvrier tailleur. Allusion à la marche de l’aiguille.
On dit aussi: Pique-puce et pique-poux.
C’est un terme de métier (Argot du peuple).
PIQUER UNE ROMANCE: Dormir.
Allusion au ronflement du dormeur qui est une sorte de chanson en faux-bourdon (Argot du peuple).
PIQUER LE NEZ (Se): Se payer une belle soulographie (Argot du peuple).
PIQUER SON MOULIN: Salade trop épicée.
Elle vous pique le moulin (la bouche) (Argot du peuple). N.
PIQUER SON FARD: Rougir en entendant un propos grossier (Argot du peuple).
PIQUE-VERT: Petite scie fabriquée avec un ressort de montre (Argot des voleurs).
PIQUETTE: Fourchette.
L’allusion est claire (Argot des voleurs). N.
PISSER DE L’ŒIL: Pleurer.
—Depuis que mon homme a foutu le camp, je pisse de l’œil comme une fontaine Wallace (Argot du peuple). N.
PISSE-FROID: Homme guindé, raide, froid, dont l’aspect vous glace.
Homme qui, en parlant, laisse tomber ses mots avec une lenteur monotone.
Se dit de tout homme à l’aspect peu sympathique (Argot du peuple).
PISSER COMME LES POULES: Aller au cabinet.
Pour qualifier un individu très niais, on dit:
—Il a une gueule à mener les poules pisser (Argot du peuple).
PISSER DES LAMES DE RASOIR EN TRAVERS: Celui qui est dans ce cas-là n’est pas heureux.
L’image est juste pour indiquer les douleurs cuisantes qu’éprouvent les pauvres diables qui ont reçu un coup de pied de Vénus.
Pour témoigner à une personne qu’elle vous impatiente, on lui dit: Vous me faites pisser des lames de rasoir en travers (Argot du peuple).
PISSER UNE CÔTELETTE: Accoucher.
On dit aussi:
—Elle pisse des os.
Pisser une côtelette est une allusion à la légende biblique d’Adam et Ève (Argot du peuple).
PISSER À L’ANGLAISE: S’en aller subrepticement sans payer son écot.
Pisser à l’anglaise: quitter un salon sans saluer les maîtres de la maison pour ne pas jeter le trouble dans la réunion... ou parce que l’on s’embête à quarante francs par tête (Argot du peuple).
PISTOLE: Pièce de dix francs dans l’argot des maquignons et des bouchers.
La pistole, dans les prisons, est une chambre à part où les détenus, par faveur et moyennant une redevance quotidienne, jouissent de quelques douceurs.
Sous la Révolution, pour être à la pistole, à la Conciergerie, les prisonniers payaient pour un lit 27 livres 12 sous le premier mois, et 22 livres 10 sous les mois suivants.
Sous la Terreur, les prisonniers payaient 15 livres par nuit. Chaque lit rapportait 22,000 livres par mois.
Alboize et A. Maquet qui me donnent ces chiffres dans leur Histoire des prisons de l’Europe, ajoutent que la Conciergerie était le premier hôtel garni de Paris.
Les détenus qui sont à la pistole s’appellent des pistoliers (Argot des voleurs).
PITON: Nez extraordinaire qui se rapproche de la trompe de l’éléphant.
—Monsieur, ôtez votre nez de là, dit Gavroche à un homme affligé d’un piton phénoménal, pour que je voie l’heure à Notre-Dame (Argot du peuple).
PIVE: Vin (Argot des voleurs). V. Pivois.
PIVOIS: Vin rouge.
Je ne vois guère qu’une raison à cette expression: c’est une allusion de couleur.
Pivois vient certainement de pivoine (Argot du peuple).
PIVOIS DE BLANCHIMONT: Vin blanc (Argot des voleurs).
PLACARDE: La place.
Non pas seulement comme le dit A. Delvau la place où se font les exécutions, mais bien n’importe laquelle.
La placarde du fourmillon: la place du marché (Argot des voleurs).
PLACE D’ARMES: La poitrine (Argot du peuple).
PLAN DE COUILLÉ: Faire de la prison pour un autre.
Faire de la prison sans avoir joui du produit de son vol.
Couillé est le diminutif de couillon.
Dialogue au Dépôt:
—Pourquoi que t’es ici?
—J’ai pas de piaule pour pagnoter.
—Je file la comète; j’ai été fabriqué par un sale sergot.
—Et ton nière?
—Mon orgue? J’étais méquard de la bande à Bibi.
—Alors tu vas aller au carré des petites gerbes.
—Veux-tu me désenflaquer et m’aider à casser la ficelle?
—Pour aller à la boîte aux cailloux, où y a pas mèche de faire chibis; où on ne boulotte que des bourres-coquins et où on ne lampe que du sirop de macchabée? y a pas de pet.
—Je te donne la paire de sigues, mais tu ne bonniras que peau.
—Tes sigues, c’est du carme à l’estorgue.
—Non, c’est du bath.
—C’est pas assez, car si les palpeurs me foutent deux berges de Centrousse, ça serait du plan de couillé.
Mot à mot: de la prison pour rien (Argot des voleurs).
PLAN: Le Mont-de-Piété.
Allusion à la planche sur laquelle on emmagasine les effets engagés (Argot du peuple).
PLAN: Prison.
—Je tire dix berges de plan.
Tomber en plan: se faire arrêter.
Être en plan: rester en gage pour un écot.
Laisser sa femme en plan c’est synonyme de la lâcher (Argot du peuple).
PLANTEUSE DE BOIS: Femme qui fait son mari cocu.
Mot à mot: elle lui plante du bois sur la tête (Argot du peuple). N.
PLANCHE À PAIN: Cour d’assises.
Se dit aussi d’une femme maigre (Argot des voleurs). N.
PLANCHE À LAVEMENT: Le confessionnal.
On y lave sa conscience; pour certains, il faudrait une rude lessive (Argot des voleurs).
PLANQUE (En faire une): Agent qui se planque pour surveiller des individus.
Être en planque, être filé.
Mot à mot: planque, attendre.
La chanson des mecs dit:
Jadis pour une fille, la plus chouette des catins
Tous les mecs se mettaient en planque
C’qui lui valait le flac dont casquaient les rupins
Sans les grinchir ni d’truc ni d’banque.
(Argot des voleurs).
PLANQUE À LARBIN: Bureau de placement spécial pour les domestiques (Argot des voleurs). V. Suce-larbin.
PLANQUER: Cacher.
—Pour dépister la rousse, je vais me planquer un marqué chez un garnaffier de mes aminches (Argot des voleurs).
PLANTER UN DRAPEAU: Autrefois on disait faire un puff.
Les ouvriers et les petits employés ont l’habitude de manger à la semaine ou au mois chez leur restaurateur; fréquemment quand ils quittent leur place, ils ne payent pas le gargotier.
—Pourquoi ne passes-tu pas par-là?
—J’ai planté un drapeau.
Allusion au drapeau planté par les cantonniers sur la voie publique qu’ils réparent pour avertir qu’il ne faut pas passer là (Argot du peuple). N.
PLÂTRE (En avoir): Posséder beaucoup d’argent.
Allusion au propriétaire qui fait construire une maison: il a du plâtre (Argot du peuple).
PLAT-CUL: Tomber sur le côté pile.
Les typographes disent sur le côté de deux.
Allusion à l’envers de la page (Argot du peuple).
PLATS À BARBE: Oreilles démesurées, se détachant du visage.
—Faudrait un balai pour nettoyer tes plats à barbe (Argot du peuple).
PLAT DU JOUR: Femme nouvelle servie aux habitués des maisons de rendez-vous avant qu’elle ne serve au public (Argot des filles). N.
PLAT DE CHAT: Il ne s’agit pas de la gibelotte de gouttière servie chez les Borgias à vingt-trois sous (Argot des filles). V. Accouplées.
PLAT-GUEUX: Homme lâche (Argot du peuple). V. Plat-ventre.
PLAT-VENTRE (Se mettre à): Se dit de quelqu’un qui rampe devant un supérieur.
Se mettre à plat ventre, c’est le comble de l’humiliation et de l’abaissement (Argot du peuple).
PLEIN COMME UN BOUDIN (Être): Être repu de nourriture et de boisson.
Mot à mot: avoir mangé comme un cochon (Argot du peuple).
PLOMB (Avoir une carotte dans le): Puer de la bouche.
Plomb est une expression déjà ancienne.
Théophile Gautier faisant goûter à Alexandre Dumas père de la fine Champagne excessivement rare, celui-ci avala son petit verre d’un seul coup.
—Ah! dit Théophile Gautier, tu jettes ça dans le plomb (Argot du peuple). N.
PLOMBÉ: Ivre: l’homme ivre est lourd comme du plomb. L. L.
Plombé veut dire atteint d’une maladie qui a fait la fortune de Charles Albert.
—Elle m’a plombé jusqu’à la moelle (Argot du peuple). N.
PLOMBES: Heures.
—Voilà dix plombes qui se décrochent au tintamarre de l’antonne; le ratichon va grimper à son zinc pour débagouler sa jasante au père la Tuile.
Plombes, allusion au marteau qui tombe d’aplomb sur la cloche (Argot des voleurs).
PLOMBER DE LA CARGUE: Sentir mauvais de la bouche. Tuer les mouches au vol (Argot du peuple).
PLUMARD: Lit de plumes. C’est un simple changement de finale, comme pour épicemar et frimard (Argot du peuple).
PLUMES: Cheveux.
—Tu veux toujours paraître jeune, mais tu te déplumes.
—Tu as rudement, grandi; ta tête dépasse tes cheveux (Argot du peuple).
PLUMES DE BEAUCE: Bottes de paille.
On sait que les plaines de la Beauce sont fertiles en graminées; le blé, le seigle et l’avoine y sont cultivés avec soin.
Dans les prisons, où les détenus n’ont pour literie qu’une simple paillasse, ils disent, par ironie, qu’ils couchent sur de la plume de Beauce (Argot des prisons).
PLUMER: Dépouiller.
Allusion à l’oiseau que la cuisinière plume pour le faire rôtir.
Ruiner un individu, lui prendre jusqu’à sa dernière plume.
—Il faut à tout prix que vous sortiez de cette affaire, vous y laisseriez vos plumes (Argot du peuple).
POCHETTES: Les joues.
Comme les poches, elles se gonflent (Argot du peuple).
POCHETÉE (Avoir une):
Avoir une forte dose de bêtise.
—Il en a une rude pochetée.
Synonyme de gourde (Argot du peuple).
POÊLE A MARRONS: Homme grêlé.
Allusion à la poêle percée de trous (Argot du peuple). N.
POGNON: Argent, monnaie.
Allusion à l’argent mis à même la poche et que l’on prend à poignée.
Une poignée d’argent; de là, pognon (Argot des souteneurs).
POIGNE (Avoir de la): Raide, dur comme une barre de fer.
Diriger une affaire avec énergie, commander avec rudesse.
Cette expression date de l’Empire, qui inventa les préfets à poigne (Argot du peuple).
POIL DE BRIQUE: Femme ou homme à cheveux rouges, rouquin.
On dit dans le peuple, par allusion à la couleur:
—Trois jours de plus dans le ventre de sa mère, elle était rôtie (Argot du peuple). N.
POIL (En avoir quelque part): Homme courageux qui ne redoute rien.
Dans le peuple, on dit le mot carrément (Argot du peuple).
POIL (En recevoir un): Être fortement grondé.
On dit aussi recevoir un galop ou un gras.
Ce mot remplace suif (Argot du peuple).
POILS (Être à): Être dans un costume primitif, comme Geneviève de Brabant, avoir ses cheveux pour vêtement, ou, comme au bal des Quatr’z’Arts, avoir laissé sa chemise au vestiaire (Argot du peuple).
POIL DANS LA MAIN (En avoir un): Paresseux qui ne veut pas travailler, qui fête tous les jours la Sainte-Flemme.
—Il faudrait une rude paire de ciseaux pour lui couper le poil qu’il a dans la main (Argot du peuple).
POILEUSE: Absinthe.
Dans les assommoirs où l’on débite de l’absinthe commune à la mesure, on emploie cette expression.
Elle vient de ce que l’homme, abruti par cette boisson, ne peut plus travailler; il est poileux.
Mol à mot: il a un poil (Argot du peuple). N.
POINCELETS: Clés fabriquées d’une certaine manière.
Au lieu d’avoir un anneau à son extrémité comme les clés ordinaires, le poincelet se termine en pointe et peut servir à deux usages: à caroubler les portes ou à pratiquer une pesée pour faire sauter les gâches des serrures (Argot des voleurs).
POINT DE COTÉ: Créancier.
Maître-chanteur exploitant les hommes qui ont un certain vice.
Allusion à la gêne causée par le mal de ce nom. L. L.
Point de côté: tiers gêneur. Celui qui, par exemple, vous empêche, par sa présence, de lever une femme et de l’emmener après l’avoir levée. A. D.
Point de côté, mari gênant, ombrageux, jaloux, qui surveille sa femme comme Bartholo sa nièce:
—Je ne peux pas sortir, mon point de côté est à la maison, il ne me lâche pas d’une semelle (Argot du peuple). N.
POIRE: Tête.
On dit d’un homme naïf et simple:
—Il a une bonne poire, il est facile à acheter.
—Vous n’allez pas longtemps vous moquer de ma poire, je suppose?
Se payer la tête de quelqu’un est synonyme de se payer sa poire (Argot du peuple).
POIROTER: V. Faire le poireau.
POISSE: Voleur. A. D.
C’est absolument, tout le contraire; un poisse est un agent de la sûreté.
La poix du cordonnier s’attache aux mains en poissant le fil; l’agent s’attache au voleur, il le poisse.
Il le fait bon pour Poissy.
Nous sommes poissés: nous sommes pris (Argot des voleurs). N.
POISSÉ SUR LE TAS: Être pris en flagrant délit de vol.
Poissé de poisse, agent; tas, terrain (Argot des voleurs). N.
POISSER DES PHILIPPES: Poisser, voler; philippes, pièces de cinq francs.
Mot à mot: voler des pièces de cinq francs (Argot du peuple).
POISSON SOUFFLEUR: Rendre par les narines, comme le font certains fumeurs de cigarettes, ce qui est aspiré par la bouche.
Se prend dans deux sens (Argot du peuple).
POITOU: Non. A. D.
Poitou: Public. A. D.
Poitou: Nulle chose. L. L.
C’est assez difficile à accorder. Qui a raison des deux auteurs?
Moi, je crois que poitou veut dire silence, prenez garde, car ce mot est employé dans les prisons à l’arrivée d’un surveillant (Argot des voleurs). N.
POIVRE ET SEL: Cheveux qui commencent à grisonner.
L’allusion est claire (Argot du peuple).
POIVRER: Quand la cuisinière poivre trop ses mots, elle met le feu au palais des convives.
Quand une femme poivre un homme, le poivré maudit Christophe Colomb comme François Ier la belle Ferronnière (Argot du peuple).
POIVRIER: Voleur qui dévalise les ivrognes qui s’endorment sur les bancs ou sur l’herbe des fortifications.
Ce vol est connu sous le nom de vol au poivrier (Argot des voleurs).
POIVROT: Ivrogne qui se colle des bitures à tout casser.
Poivrot vient sûrement de ce que dans les assommoirs, on débite de l’eau-de-vie qui ressemble à une décoction de poivre long.
Il est saoûl, il est poivré, de là poivrot (Argot du peuple).
POLOCHON: Le traversin qui complète la fourniture du troupier à la caserne.
Quand on a bu un coup de trop, on a reçu un coup de polochon.
Allusion à la farce qui se fait dans les chambrées aux jeunes conscrits: on les étourdit à coups de polochon (Argot des troupiers).
POMMADEUR: Réparateur de vieux meubles à qui il donne l’apparence du neuf en les truquant avec de la cire et de la gomme laque (Argot du peuple).
POMMADEUR: Flatteur.
Passer de la pommade à quelqu’un, lui trouver toutes les qualités possibles.
Dire à un bossu, par exemple, qu’il est droit comme un cierge. On en a fait ce calembour: la louange comme le tonnerre fout droit (Argot du peuple). N.
POMMADIN: Individu infatué de lui-même, qui ne songe qu’à soigner sa tête.
Mot à mot: qui ressemble à une poupée de coiffeur (Argot du peuple).
POMPER: Boire comme un trou.
Dialogue devant le comptoir d’un marchand de vins:
—Voulez-vous, en buvant, ressembler à deux empereurs romains?
—Comment?
—Soyez César et pompez (Argot des bourgeois facétieux). N.
POMPER: Travailler ferme.
Quand le travail se ralentit, le metteur en pages dit:
—Allons, les amis, encore un petit coup de pompe (Argot des typographes).
POMPEZ, SEIGNEUR, POUR LES BIENS DE LA TERRE ET LE REPOS DU PAUVRE MILITAIRE.
Pomper signifie pleuvoir; alors le soldat coupe à la corvée ou à la revue (Argot des troupiers).
POMPON (Vieux): Se dit d’un vieux soldat:
Le soldat est comme son pompon
Plus il devient vieux, plus il devient... melon.
(Argot des troupiers).
POMPON (En avoir un): Être abominablement gris.
Avoir la face rouge comme une pivoine.
Allusion à la couleur rouge du pompon des grenadiers (Argot du peuple).
PONTES POUR L’AFF: Ponte doit être pris dans le sens de bailleur de fonds assemblés pour lancer une affaire plus ou moins véreuse.
On sait que le ponte (joueur) est généralement peu scrupuleux (Argot des boursiers).
PONANTE: Fille publique.
On dit également ponette quand elle est jeune (Argot des voleurs). N.
PONIFLE: Raccrocheuse de bas étage.
Ponifle est le diminutif de ponifler, aimer (Argot des souteneurs).
PORC-ÉPIC: L’ostensoir.
Allusion aux rayons qui l’entourent (Argot des voleurs).
PORTE-BONHEUR: Le cabriolet que les agents passent aux poignets des prisonniers.
Allusion de forme (Argot des voleurs). N.
PORTE-EFFETS, PORTE-TURBIN: Porte-turbin est une expression heureuse; elle désigne à merveille les épaules du coltineur (Argot des voleurs). V. Bascules. N.
PORTEFEUILLE: Le lit.
—Je vais me fourrer dans mon portefeuille.
Allusion de forme (Argot du peuple).
PORTER LE BÉGUIN: Pâlir, perdre sa fraîcheur.
Celui des deux jeunes mariés qui est le moins robuste ou le plus gourmand, porte le béguin le premier (Argot du peuple).
PORTER LES CULOTTES: Virago qui traite son mari comme un petit garçon (Argot du peuple). V. Déculotté.
PORTE-MORNIFLE: Porte-monnaie (Argot des voleurs). V. Morlingue.
PORTION: Fille publique.
Allusion à l’heure de la soupe.
Quand le soldat a faim, il tombe sur la bidoche (Argot des troupiers).
POSE TA CHIQUE ET FAIS LE MORT: Reste tranquille et ne parle pas (Argot du peuple).
POSER UN GLUAU: Ce ne sont pas les oiseaux qui se prennent dans ce gluau-là, mais le plus souvent les pieds (Argot du peuple).
POSTICHE: Quand, dans un atelier de composition, un compagnon raconte une histoire à dormir debout, on lui crie:
—À Chaillot le posticheur.
Postiche: faire un boniment sur la voie publique pour amasser le trèpe (la foule).
Les saltimbanques qui font des tours de cartes ou jonglent avec des poids sur les places publiques, font une postiche.
Postiche: travail (Argots divers). N.
POSTILLON: Baver en parlant, c’est lancer des postillons (Argot du peuple).
POSTILLON: Boulette de mie de pain dans laquelle est un billet laconique.
Cette boulette est lancée dans la cour où se trouve le prisonnier que l’on veut prévenir qu’un de ses complices s’est mis à table.
La postillon est aussitôt ramassé, et ouvert; le billet est collé sur la muraille; quand les gardiens s’aperçoivent du coup, il est trop tard (Argot des voleurs).
POSTILLON D’EAU CHAUDE: Infirmier (Argot du peuple). V. Canonnier de la pièce humide.
POT À COLLE: Ouvrier menuisier (Argot du peuple).
POT À TABAC: Homme énormément gros et court, par analogie avec le cochon gras.
On dit aussi dans le peuple: bon à tuer (Argot du peuple).
POT DE VIN: Argent donné pour obtenir un privilège, un monopole, une adjudication en dehors des voies légales.
Un maître maçon donne un pot de vin à un architecte pour obtenir des travaux (Argot du peuple).
POT DE VINARD: Qui accepte le pot devin.
Nous en avons eu un triste exemple dans l’affaire du Panama (Argot du peuple).
POTEAU: Ami.
La figure en juste; un poteau soutient.
Poteau veut dire aussi complice (Argot des voleurs).
POTEAUX: Jambes énormes, comme disent les voyous: grosses du bas et énormes du haut (Argot du peuple).
POUBELLE (La): Boîte à ordures qui tire son nom du préfet de la Seine qui en a ordonné l’usage.
Avant, les ordures étaient jetées en tas dans la rue (Argot du peuple). N.
POUFFIACE: Fille publique avariée.
On dit aussi: chameau, chiasse, camelotte (Argot des souteneurs).
POULE D’EAU: Blanchisseuse.
Elle est bien nommée, puisqu’elle passe sa vie à l’eau (Argot du peuple).
POULET DE CARÊME: Hareng saur.
C’est un triste poulet qui pourtant fait le bonheur d’un tas de pauvres gens. Le hareng se nomme aussi un gendarme (Argot du peuple).
POUSSAH: Homme gros, ventripotent, qui a peine à traîner son corps difforme sur ses jambes courtes (Argot du peuple).
POUSSE-MOULIN: Eau.
Allusion à ce que l’eau sert de moteur pour faire tourner la roue du moulin (Argot du peuple).
POUSSE-FAUTEUIL: Valet (Argot du peuple).
POUSSE-MOU: Homme mou qui travaille avec mollesse, sans courage (Argot du peuple).
POUSSER SA MOULURE: Faire ses besoins.
Allusion à la moulure ronde qu’il faut pousser avec effort sous le fer du rabot (Argot du peuple).
POUSSER À LA PEAU: Femme de feu, amoureuse, chaude comme braise dont l’ensemble parle aux sens.
Elle pousse à la peau (Argot du peuple).
POUSSIER: Lit malpropre.
Poussier, chambre pauvre, en désordre.
—Comment peux-tu vivre dans un pareil poussier?
Synonyme de taudis (Argot du peuple).
PRÉ AU DAB COURT TOUJOURS: Prison de Mazas (Argot des voleurs).
PRÉFECTANCE: La Préfecture.
Quelques-uns écrivent: Préfectanche (Argot du peuple).
PRENDRE LE COLLIER DE MISÈRE: Aller travailler.
L’établi est bien un collier de misère, c’est même un collier de force, car l’ouvrier ne peut le lâcher, il subit ce carcan jusqu’à la tombe.
Ce qui fait dire quand l’un d’eux meurt:
—Il a quitté le collier de misère (Argot du peuple).
PRENDRE LA VACHE PAR LES ..... (ce que porte le taureau entier): Prendre les choses au rebours, commencer quelque chose par la fin (Argot du peuple).
PRENDRE UN PLAT: V. Rouscailler.
PRÊTER LOCHE: Prête moi ton oreille.
Écoute bien ce que je vais te dire (Argot des voleurs).
PRINCESSE: Vivre pour rien. Vivre aux frais de la princesse (Argot du peuple).
PROBLOQUE: Propriétaire (Argot du peuple). N.
PROCUREUSE: Ancienne fille publique qui fait métier de procurer sur commande des jeunes filles aux vieux cochons.
Elle alimente les maisons clandestines.
Souvent, c’est une marchande à la toilette qui masque sa honteuse profession sous les apparences de son commerce (Argot du peuple).
PRODUISANTE: La terre.
L’allusion est juste: la terre produit (Argot des voleurs).
PROFONDES: Poches.
Elles sont, hélas! parfois si profondes; que l’on ne peut parvenir à y trouver le moindre maravédis (Argot du peuple).
PROLO: Abréviation de prolétaire.
Travailleur de n’importe quel métier qui n’a d’autres ressources que ses dix doigts pour vivre (Argot du peuple). N.
PROPRIO: Abréviation de propriétaire (Argot du peuple).
PROUTER: Marronner, ne pas être content (Argot du peuple). V. À cran.
PROXÉNÈTE: Ou maquerelle; c’est la même chose.
La proxénète est à l’affût de toutes les misères pour livrer les malheureuses à la prostitution.
Celle-là ne connaît pas la grève des mineures.
Elle revêt toutes les formes, depuis la grande dame qui a «eu des malheurs», qui tient une agence dramatique, jusqu’à l’ancienne cuisinière qui tient un bureau de placement (Argot du peuple).
PRUNEAU: Tabac en carotte qui se nomme grosse ou petite ficelle; il se chique. Comme le morceau, une fois mâché, est noir et juteux, on le nomme un pruneau (Argot du peuple).
PRUSSIEN: Le derrière.
—Je vais te fourrer un coup de pied dans le prussien (Argot du peuple).
PUCE DE MEUNIER: V. Pégoce.
PUCE TRAVAILLEUSE: C’est l’ancienne expression pour désigner les femmes pour femmes.
C’est dans les maisons de rendez-vous, où il y a des voyeurs (voyez ce mot), que ce travail s’accomplit, à la grande satisfaction des vieux érotomanes qui viennent là, chercher par les yeux un spectacle écœurant pour émoustiller ce qui leur reste de sens.
Les femmes qui opèrent dans ces maisons sont payées à la séance (Argot du peuple).
PUCELAGE: Petit oiseau qui s’envole quand il lui pousse une queue.
On sait que les petits sortent du nid quand cet appendice caudal arrive à point (Argot du peuple). N.
PUNAISE: Cette expression date de 1862; elle est due à un voyou. Sur le boulevard Montmartre, une fille hèle un cocher.
—Au Bois, lui dit-elle.
—Au bois de lit, punaise, fait le gamin.
Le mot est resté (Argot du peuple).
PURÉE (Être dans la): V. Mélasse.
PURÉE: Absinthe.
Quand elle est forte, la liqueur épaisse ressemble, en effet, à une purée de pois cassés (Argot du peuple).
PURGATION: Quand un avocat plaide en cour d’assises ou en police correctionnelle, les voleurs de profession appellent sa plaidoirie une purgation.
—As-tu entendu mon blanchisseur; ce qu’il a assis l’avocat bêcheur et les nonneurs. Quelle purgation! (Argot des voleurs).
PUROTAIN: Qui est dans la purée (Argot du peuple) V. Mélasse.
PUTAIN: Femme qui va à tous, soit à l’œil, soit par métier.
La putain est vieille comme le monde; depuis le lupanar antique elle existe.
Malgré la brutalité de cette expression, on la retrouve chez tous les poètes anciens.
Le Dict des rues de Paris, par Guillot (1270), publié en 1754 par l’abbé Fleury.
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Y entrai dans la maison Luce
Qui maint en la rue Tyron.
Des Dames hymnes vous diron,
Une femme vi destrecié
Pour toi pignier qui me donna
Au bon vin ma voix a donné
Où l’on trouve bien por denier
Femmes, par son cors solacier
Où il a maintes tencheresses
Qui ont maint homme pris au brai.
(Argot du peuple).