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ŒIL À LA COQUE: Recevoir sur l’œil un formidable coup de poing qui le poche et en fait un œil au beurre noir.
La violence du coup fait extravaser le sang et le lendemain, l’œil est couvert par une large tache noire.
On appelle alors le blessé: tape à l’œil (Argot du peuple).
ŒIL EN COULISSE: Regarder quelqu’un amoureusement, tendrement, avoir l’air de lui dire:
—Veux-tu?
Faire le genou à sa voisine sous la table, est aussi significatif et beaucoup moins visible, surtout si le mari est là (Argot du peuple).
ŒIL QUI DIT MERDE À L’AUTRE: Deux yeux qui ne vivent pas en bonne intelligence, qui se regardent en chiens de faïence (Argot du peuple). V. Guigne à gauche.
ŒIL (Faire de l’): Les filles font de l’œil aux passants qu’elles veulent raccrocher:
Ses deux beaux chasses vous rembroquaient
Puis à la piaule tous les gonces rappliquaient.
dit la chanson du marlou (Argot des filles).
ŒIL (Faire l’): Avoir à crédit chez les fournisseurs.
Dans le peuple, quand on oublie de payer, le fournisseur refuse crédit; alors on dit que l’œil est crevé (Argot du peuple).
OGRESSE: La procureuse ou la proxénète, bouquetière ou marchande à la toilette; elle donne cent sous aux filles quand elle touche vingt francs, elle leur vend mille francs ce qui vaut cent francs.
Mot à mot: l’ogresse les mange toutes crues (Argot des filles).
OGRESSE: Femme friande de chair fraîche appartenant à son sexe (Argot des filles). V. Accouplées.
OIGNON (L’): Il s’appelle aussi trou de balle (Argot des souteneurs). V. Figne. N.
OIGNON: Montre énorme. Argot du peuple qui dit: ognon.
—Ton ognon marque-t-il l’heure et le linge? (Argot du peuple).
OISEAU: Hélas! quand il est envolé c’est pour longtemps et les regrets si amers qu’ils soient sont superflus.
Heureux encore s’il ne laisse pas un petit dans la cage.
—Elle a perdu son oiseau (Argot du peuple). N.
OLIVIER DE SAVETIER: Navet.
Comme ils sont économes pour la plupart, ils se servent de l’huile de navette qui se vend bon marché pour assaisonner leur salade.
C’est exactement la même chose que pour les pommes de terre; on dit des oranges de limousins (Argot du peuple).
OMNIBUS: Femme à tous.
On dit aussi: wagons et omnibusardes.
Fréquemment, ces omnibus là donnent une correspondance pour l’hôpital du Midi (Argot du peuple).
OMNIBUS À CONI: Voiture qui emporte le guillotiné du lieu d’exécution au cimetière (Argot des voleurs).
ONCLE: Le guichetier qui garde la première porte d’entrée d’une prison.
Je ne vois pas trop pourquoi on l’appelle mon oncle car il n’a guère de tendresse pour les visiteurs, à moins que ce ne soit un à peu près. Quand on va au clou, mon oncle prend soin des objets déposés (Argot des prisons).
ONGLES CROCHES (Les avoir): Ce sont généralement les Normands qui ont cette spécialité, car on dit très souvent d’un grippe-sous que l’on pourrait le jeter au plafond qu’il ne retomberait pas.
Avoir les ongles croches est synonyme de poser zéro et de retenir tout (Argot du peuple).
ORANGER DE SAVETIER: Pied de sarriette, que les savetiers placent dans leur échoppe à côté d’eux (Argot du peuple).
ORDINAIRE: La soupe et le bœuf que les ouvriers mangent le matin.
Comme presque toute l’année c’est la nourriture ordinaire, de là, le nom (Argot du peuple).
ORDINAIRE: Homme habitué à venir à heure et à jour fixe chez une fille.
C’est un protecteur intermittent (Argot des filles).
ORGUE: Homme.
Mon orgue, moi.
Ton orgue, toi.
Son orgue, lui.
Leur orgue, eux.
(Argot des voleurs).
ORGUE (Jouer de l’): Ronfler.
Il ronfle comme un tuyau d’orgue.
Il ronfle comme une toupie d’Allemagne.
Allusion au ronflement sonore que fait la toupie en tournant sur elle-même (Argot du peuple).
ORNICHON: Oie, volaille.
Les voleurs qui ont la spécialité de dévaliser les poulaillers dans les campagnes se nomment des nettoyeurs d’ornichons (Argot des voleurs). V. Angluce.
ORNIE DE BALLE: Dindon (Argot des voleurs).
ORPHELIN DE MURAILLE: Les étrons qui s’alignent le long des murs isolés.
Pourquoi orphelins?
Ils sont parfois en nombreuse société et beaucoup ne peuvent être pris pour des vagabonds étant munis de papiers (Argot du peuple).
ORPHELIN: Bout de cigare ou de cigare que le fumeur abandonne dédaigneusement.
Ils sont aussitôt recueillis par le ramasseur de mégots qui leur fait un sort (Argot du peuple).
ORPHELIN: Verre de vin à moitié bu que le buveur abandonne sur le comptoir du mastroquet.
Quand un consommateur boit seul sans trinquer, il étouffe un orphelin.
Dans les bars, il ne manque pas de Saint-Vincent-de-Paul pour les recueillir (Argot du peuple).
OSEILLE: La faire à l’oseille.
Jouer un tour désagréable à quelqu’un. A. D.
Il attribue ce mot à un cabotin habitué d’une petite gargote de la rue de Malte où mangeaient les artistes des théâtres du boulevard et du Temple.
Selon lui, ce mot date de 1861 environ.
Comme cette locution: la faire à l’oseille est très répandue, il est bon de rétablir son origine.
Le petit père Vinet, mort il y a deux ans dans un taudis de la rue de Tourtille, à Belleville, était vers 1840 un chansonnier en vogue.
Il avait été sauvage au Caveau des Aveugles, au Palais-Royal, avant le père Blondelet; il mangeait dans la gargote citée par Delvau.
La gargote était non rue de Malte, mais rue de la Tour. Un après-déjeuner, il composa une chanson intitulée: Vous me la faites à l’oseille. Bouvard, l’homme à la vessie la chantait encore en 1848, place de la Bastille.
Voici un couplet de cette chanson:
Comme papa j’suis resté garçon
Pour bonne j’ai pris Gervaise.
Elle est maîtresse à la maison
Je la trouve mauvaise
De la cave au grenier
La danse du panier
Que c’est une merveille.
Elle mange à son goût
Mes meilleurs ragoûts,
Vous me la faites à l’oseille.
Comme on le voit, il y a plus de cinquante ans que l’on connaît cette expression (Argot du peuple). N.
OS: Argent, or ou monnaie.
—J’ai de l’os à moelle dans ma poche (plusieurs pièces de cent sous) (Argot du peuple).
OSEILLE: Argent (Argot du peuple). V. Aubert.
OSEILLE (La faire à l’): Réussir un bon vol qui a été bien nourri.
Sûrement c’est la faire à l’oseille à celui qui a été dévalisé.
Les voleurs sont quelquefois facétieux (Argot des voleurs).
OSSELETS: Les cinq doigts.
Les gamins jouent un jeu qui se nomme osselet avec des os de pied de mouton (Argot du peuple). V. Apôtres.
OURLER LE BEC: Besogne terminée.
Quand un ouvrier graveur met sa signature au bas de sa planche ou de son bois, le bec est ourlé (Argot d’atelier).
OURS: Homme sombre, triste.
Dans les ateliers, on dit d’un ouvrier qui fuit ses camarades: c’est un ours.
En réalité, ours mal léché est synonyme de mufle (Argot du peuple).
OURS: Mauvais livre qui reste pour compte à l’éditeur.
Mauvais manuscrit de pièce qui dort dans les cartons du directeur.
En un mot, tout ce qui ne vaut rien, qui est raté, est un ours (Argot du peuple).
OURS (En poser un): Quitter sa casse pour raser un copain; la séance se prolongeant, les camarades crient:
—Mince d’ours (Argot d’imprimerie).
OURSER: Il est très difficile d’expliquer le sens brutal de ce mot autrement que comme ceci:
Mari qui remplit ses devoirs conjugaux comme un ours (Argot du peuple). N.
OUTIL: Vieille femme.
Objet de rebut qui ne peut servir à aucun usage.
Terme de mépris fréquemment employé:
—Sale outil (Argot du peuple).
OUTIL DE BESOIN: Femme ou fille.
Elles ne deviennent outil que par l’habitude de la cohabitation.
Un souteneur qui n’a pas de poigne pour défendre sa marmite est également un outil de besoin... jusqu’à temps qu’elle en trouve un autre (Argot du peuple).
OUVRIR SA SOUPAPE: Péter bruyamment.
Allusion à la soupape de la chaudière qui se soulève pour laisser échapper la vapeur quand la pression est trop haute.
On crie à celui qui s’oublie aussi fort:
—Ferme ta soupape, ça pue (Argot du peuple). N.
OUVRIR SA TABATIÈRE: Péter.
Par allusion à l’odeur, on dit: Quelle rude prise! On en prend plus avec son nez qu’avec une pelle (Argot du peuple). N.