AUTRES CHOSES
On voit des hommes, par ailleurs délicats, aimer des femmes qui sont à tous, qui ont eu cinq cents amants, qui se donnent à la nuit.
Pourtant ils les aiment ; ils leur murmurent des mots ardents ; ils scrutent leurs yeux ; ils frémissent de passion dans leurs bras.
L’énorme cortège de leurs prédécesseurs lointains et immédiats, de ceux qui ont passé là les nuits précédentes, ne les gêne pas. Ils aiment ces filles comme un autre aime une femme qu’il a prise vierge et qui ne sera jamais qu’à lui.
Ce goût de la fille est étrange. Mais il existe. L’idée qu’une femme a appartenu à d’autres excite certains hommes au lieu de les paralyser. Ils veulent user d’un corps qui ait déjà servi. On en voit qui préfèrent prendre pour femme légitime une fille. Je connais des familles où, de père en fils, les hommes ont épousé leur maîtresse qui était parfois leur cuisinière.
Chez ces gens un peu bohèmes, il y a au moins une tradition, celle de la fille.
Il est des hommes nés pour la vie de famille. Ils l’ont toujours menée. Elle leur est indispensable. Ils ont vécu, comme on dit, dans les jupes de leur mère. Lorsqu’ils quittent le foyer maternel, ils souffrent horriblement de la solitude. Ils seraient d’excellents maris, mais il n’est pas possible de se marier jeune. Il faut faire ses études, établir ses affaires avant que la société autorise à prendre une épouse et à fonder une famille légitime. Alors ils s’acoquinent avec la première venue. Et les voilà collés.