DE LA NÉCESSITÉ ET DE L’ART DE BATTRE LES FEMMES

A monsieur Paul Bourget.

Zarathustra l’a dit : « Tu vas parmi les femmes ? Prends ton fouet. »

Nous savons à combien de reproches nous nous exposons en abordant ce sujet, combien nos intentions, qui sont pures, seront perverties. Mais comme il s’agit d’une œuvre philanthropique et de rien moins que du bonheur de notre tendre compagne, rien ne saurait nous retenir, et, conscient de la haute tâche que nous avons à remplir, nous prenons le courage de braver les préjugés et de lui offrir, en ami véritable, de toute bonne volonté, ces utiles et inédites recherches pleines de moelle substantielle.

C’est un sujet défendu ; il faut être sans hypocrisie pour oser le traiter. C’est un sujet difficile aussi, car les hommes qui battent les femmes ne l’avouent pas, par une fausse honte dont la lecture de ces lignes les débarrassera peut-être ; quant aux femmes, dissimulatrices éternelles, elles s’écrient d’une voix unanime : « Me toucher, moi ! J’aimerais voir cela ! » Ainsi n’aurons-nous d’aveux, ni des hommes ni des femmes. On cache les coups comme des caresses défendues. Mais nous écrivons ici sans hypocrisie et sans peur et nous irons hardiment à la chasse des vérités qu’ignorent les nobles héroïnes de M. Paul Bourget. Nous prions seulement nos lectrices de nous lire avec les yeux de l’esprit.


Disons-le sans ambages, sans nous occuper des clameurs, qu’une telle affirmation va soulever :

Les femmes désirent secrètement être battues.

Elles ne l’avouent ni à autrui ni à elles-mêmes ; peut-être même l’ignorent-elles ; mais — est-ce l’obscur réveil d’un sentiment atavique, le souvenir empreint, au tréfonds de leur conscience, des ancestrales raclées reçues par leurs sœurs timides, farouches et soumises, au sein des paradis perdus ? est-ce la nostalgie de ce bonheur primitif et disparu ? — elles veulent des coups.


Quelle femme digne de ce nom et sexe admirable n’a connu les heures d’exaspération grâce auxquelles nous savons, enfin, le prix de la vie calme ? Quelle femme ne fait des scènes ?

Or on peut poser l’axiome suivant :

Une femme qui fait une scène désire être battue.

Voyez notre infortunée compagne malade d’énervement. Elle ne sait ni la cause, ni le remède de son mal. Pourtant, avec la merveilleuse et aveugle sûreté de l’instinct, elle va droit où il faut aller. Elle prend un prétexte et le hérisse de pointes… L’homme imbécile, qui n’emploie sa raison qu’à déraisonner, s’efforce de rester calme : « Tu cries, dit-il, parce que tu es une pauvre petite créature de nerfs ; moi, plus sage, je te montrerai ce qu’est un homme raisonnable et maître de soi. »

Il prodigue les bonnes paroles ; elle s’exaspère… C’est de bien autre chose que de paroles bonnes où mauvaises qu’elle a besoin. Maintenant ses nerfs vibrent si aigus qu’il semble qu’on les entende. De toute ardeur, elle cherche ce qui mettra l’homme hors de lui, ce qui lui fera perdre son détestable sang-froid, ce qui amènera, enfin, l’explosion désirée ; — et, en face d’elle, blanc de colère contenue, dépensant une force inutile dans la vaine besogne de se maîtriser, ce grand benêt d’homme civilisé continue à crisper son poing dans sa poche au lieu d’en meurtrir les délicats méplats du visage convulsé qui se tend vers lui.


Si la femme est plus intelligente que celui auquel elle est associée, elle souffre de la supériorité anormale de sa position ; elle est heureuse que l’homme, par l’emploi opportun de ses poings, lui démontre qu’il y a au moins une supériorité qui est restée sienne. Ainsi l’équilibre du ménage se trouve-t-il rétabli.

La femme est-elle une sotte ? Incessamment elle provoque l’intelligence de l’homme à une lutte inégale dans laquelle elle triomphe, car, d’un homme intelligent et d’une femme sotte, c’est toujours la femme qui l’emporte. En effet, les mots ayant pour elle le seul sens étroit que sa passion leur donne, elle ne comprend rien. Jamais elle ne reconnaît, par un acte spontané de son intelligence, la supériorité de l’homme. Qu’il lui fasse donc comprendre dans sa chair, puisque c’est sa seule partie sensible, qu’il est le plus fort.


Il y a des situations dont on ne peut sortir dignement que par une raclée.

Encore faut-il être en état de la donner. Je recommande à mes frères de faible constitution l’emploi quotidien de l’Exerciser. Il y a une série d’exercices qui développent merveilleusement les muscles extenseurs. En outre, quelques leçons de boxe ne seront pas inutiles pour apprendre à loger rapidement un coup de poing, à se tenir en garde. Il faut avoir des biceps et des épaules irréprochables dont la seule vue inspire à la femme un sentiment de respect et d’admiration, auquel se mêle un trouble infiniment flatteur.


Il ne faut pas, qu’à l’idée de battre les femmes, s’ajoutent de sadiques désirs, que, pour trouver de la chair tiède et cachée, on retrousse jupes et jupons, qu’on arrache un corsage fiévreusement. L’homme juste et supérieur que nous voulons bat les femmes, non pour son plaisir, mais pour leur bien.


La femme comprendra sans doute un jour que l’homme qui la frappe lui donne la plus grande preuve d’amour. N’est pas battue qui veut.

Il y a là un privilège. Les coups vont aux femmes aimées. Les traditions populaires de chaque pays l’indiquent (Cf. Hongrie folklore : « Ton mari ne te bat pas, pauvre femme ! Il ne t’aime donc pas »).

Depuis des siècles, nous avons oublié que nous étions, à l’origine, un animal frappeur ; des siècles ont été employés à nous enseigner qu’il était lâche et mauvais de battre quelqu’un de plus faible que nous (on n’a jamais eu besoin de nous apprendre à ne pas cogner sur qui est plus fort) ; l’opinion, reine du monde, est unanime à condamner l’homme qui bat. Nietzsche dirait que ce sont précisément les faibles qui se sont employés à créer cette opinion qui leur est si favorable, — et ils y ont réussi.

On voit à quelle profondeur l’homme doit plonger pour retrouver la volonté d’employer ses poings ; les couches d’idées accumulées par l’éducation, les convenances, les habitudes, le respect de soi-même et d’autrui, qu’il doit traverser ; il faut qu’il franchisse les concepts d’honneur et de lâcheté, de bonté et de pitié. Le sacrifice de ce qu’il y a de délicat et d’achevé en lui, des précieuses conquêtes qui ont demandé à l’humanité des siècles d’efforts et de peines, notre irritée et trépidante compagne n’en saisit-elle pas la grandeur ?… Il y a une véritable beauté morale, une victoire remportée sur soi-même chez l’homme qui bat une femme, précisément parce qu’il n’y a, à ce faire, aucun danger et qu’il ne sera pas récompensé de ce geste par la vaine gloire qui s’attache aux pseudo-actions d’éclat.


Depuis que celui qui signe ces lignes, comme disait Victor Hugo, a orienté ses méditations vers le noble art de battre les femmes, il a provoqué plusieurs confidences dont une au moins vaut d’être relatée, car elle contribuera à donner de l’assurance à nos frères hésitants.

L’histoire suivante lui a été racontée par Jacques S…, l’homme de qui on attendrait le moins qu’il battît les femmes, car il est d’une parfaite maîtrise de lui-même et reste, dans les orages les plus violents, impassible.

Jacques parla ainsi :

— Il m’est arrivé d’employer ma force contre une femme, et cette expérience, unique, je l’avoue, m’est restée lumineuse dans la mémoire. La maîtresse que j’ai battue était une femme du monde. Elle était séparée de son mari et je la voyais, alors que j’étais amoureux d’elle, avec la plus grande facilité. Souvent nous passions les journées et les nuits ensemble, nous ne nous quittions guère et menions vraiment la vie à deux d’un ménage régulier. Ces détails sont nécessaires pour que vous compreniez la suite de cette histoire. Il y a tel geste qui n’aurait jamais été fait si nous ne nous étions vus que furtivement, trois fois par semaine, de cinq à sept. Marthe, donnons-lui ce nom, était d’une extrême délicatesse physique ; ses gestes indolents s’arrêtaient inachevés et la grâce fluide de son corps faisait penser à ces verreries graciles et éphémères dont il semble qu’un regard trop direct les brisera. En cette enveloppe fragile, la pauvre enfant abritait une âme maladive, sans cesse inquiète et tourmentée. Elle ne cessait de se déchirer et, sous le prétexte que j’étais alors l’autre moitié d’elle-même, elle me déchirait le premier. Une jalousie effroyable et stupide la torturait. Tout lui était prétexte à s’inquiéter… Parlais-je seul à une femme devant elle ? je lui faisais la cour. Évitais-je, au contraire, par amour de la paix, de causer avec telle jolie femme, Marthe en inférait que, puisque nous ne nous parlions pas en public, il y avait entre nous une entente secrète… Du reste, sa jalousie n’était pas un sentiment profond et humain, mais quelque chose de cérébral, de factice, où l’orgueil tenait une large place.

Nous vivions ainsi depuis quelques mois dans un état d’énervement croissant. J’étais obligé à un effort constant pour rester maître de moi ; pas un geste de colère ne m’échappa au cours des scènes quotidiennes que j’avais à subir ; je savais trop combien je me reprocherais la moindre brutalité, si je m’y laissais entraîner.

Un soir, nous étions au théâtre, dans une avant-scène avec des amis. Marthe s’imagina, à tort du reste, qu’une actrice que je n’avais jamais vue, me regardait ; elle en conclut aussitôt que je devais avoir une liaison avec elle, que j’avais choisi ce théâtre pour retrouver cette fille, etc., etc. Pendant deux heures, sa rage s’accrut du silence gardé. Nous sortons, nous montons, elle et moi, en voiture. Je n’avais rien deviné du drame qui s’était passé dans la tête de Marthe ; j’étais ce soir-là heureux et confiant.

A peine seuls, elle commença, d’une voix tremblante de colère contenue que je connaissais trop :

— J’ai vu ton manège.

— Quel manège ?

— C’est ignoble ! Cette femme !…

Ce fut la querelle la plus sotte, la plus violente… Soudain, au paroxysme de la colère, elle essaya de me pincer. Je l’arrêtai ; d’un mouvement rapide, je lui saisis le poignet, et, enfiévré, au souvenir de tant de scènes analogues, je tordis d’un coup sec ce poignet délicat… On entendit un craquement léger du bras… puis ce fut un « Ah ! » de douleur, un « Ah ! » si étonné, si franc, si humain qu’il vibre encore en moi ; c’était la première fois que je trouvais cet accent profond de nature dans la bouche de Marthe… J’en fus stupéfait et charmé comme l’est un virtuose qui tire par hasard un son admirable d’un instrument ingrat… Ayant poussé ce cri, Marthe, écroulée dans l’angle de la voiture, éclata en sanglots… Minute inoubliable !

Alors je fus rappelé à la réalité ; j’avais été brutal, j’attendais avec angoisse le remords certain, terrible, qui allait m’accabler… Mais, ô surprise ! au lieu de la mauvaise conscience de mon acte, voici que montait en moi un sentiment délicieux, inconnu, de paix retrouvée après de longs tracas, de devoir accompli à travers mille difficultés, de bien-être enfin gagné après un rude voyage ; j’étais heureux et soulagé, j’avais l’âme légère, généreuse, lavée de toute animosité, purgée de toute rancune ; j’avais abordé par un coup hardi sur des terres ignorées et bénies… M’excuser, demander pardon ? — De quoi ? D’être heureux.

A côté de moi Marthe pleurait toujours, mais je sentais que c’étaient de bonnes larmes salutaires dans lesquelles se fondaient les colères et les aigreurs. J’étais certain qu’au fond d’elle-même elle ne m’en voulait pas, qu’elle n’était nullement fâchée… Ce fut, pour moi comme pour elle, une des heures les meilleures de notre liaison. Voilà…

— Et pourquoi vous êtes-vous quittés ?

— La lassitude m’a pris. Nous nous sommes séparés, parce que je ne l’aimais plus assez pour la battre.


Interrogez par ailleurs un de ces individus affranchis de scrupules qui vivent du labeur de leur compagne. Ils vont tranquilles et sûrs d’eux-mêmes ; ils donnent à leur amie de l’amour et des coups. Aussi sont-ils adorés, et les rapports qui existent entre elle et lui peuvent-ils à juste titre, pour le respect de la femme à l’homme, la déférence, le juste sentiment des inégalités naturelles et sociales, être recommandés aux autres classes de la société.

En échange de ce qu’il reçoit, le mâle accorde sa protection, c’est-à-dire qu’il empêche que son amie soit battue par d’autres que par lui. Sachez, jeunes femmes qui lisez avec indignation ces lignes, que seul un amant véritable peut porter la main sur vous. Imitons M. Paul Bourget et posons ici un axiome :

— L’homme aimé a seul le droit de donner des coups.

Que l’homme qui veut se débarrasser d’une maîtresse trop aimante ne s’imagine pas qu’il suffit de la battre pour amener une rupture. Elle sera plus tendre après la raclée qu’avant.


Ayant démontré à la satisfaction de l’un et l’autre sexe la nécessité de battre les femmes, passons maintenant à la seconde partie de notre sujet : Comment faut-il battre nos délicates compagnes ?

Disons-le tout de suite. Il ne s’agit pas de les battre souvent et sans raison. Ce serait un exercice fatigant et qui deviendrait bientôt inutile, car l’effet diminuant à l’usage — on s’habitue à tout, — vous seriez bientôt obligé d’augmenter démesurément la dose. Ainsi en est-il des fumeurs d’opium. L’exquis et rare Thomas de Quincey prenait jusqu’à trois mille gouttes de laudanum par jour. Songez à ce que serait la vie d’un homme obligé de donner trois cent coups par vingt-quatre heures à la chère moitié de son âme. Il s’userait la peau, le malheureux !

Il ne faut battre que rarement et méditer le mot de Machiavel, qui recommande au tyran de faire toutes les cruautés nécessaires d’un seul coup. Qu’on laisse donc passer quelques scènes sans bouger ; qu’on se contente d’avertir calmement, mais avec conviction, une fois ou deux, pas plus. Alors, à la prochaine scène, on frappe.

Un seul coup bien porté peut suffire. Il faut que notre faible amie sente en sa chair la force supérieure de notre musculature. L’effet est produit : au lieu de s’énerver, elle pleure ; elle est heureuse.


Le triomphe de la civilisation, je le vois dans l’homme impassible, sans colère, qui bat par raison. Il y a entre lui et la brute qui frappe en fureur, la différence qui existe entre l’assassin qui plante son couteau dans le dos d’un « pante », et le chirurgien qui, lui aussi, enfonce de l’acier dans une chair vivante.


Utile précepte à méditer : Il ne faut battre qu’en particulier.

Rien de plus pénible pour les délicats qu’une rixe publique entre homme et femme ; les vieux et stupides instincts de chevalerie (époque où la femme fut changée en la dame, hélas !) nous obligent, à cause des spectateurs, à intervenir en faveur de la femme, quand même chacun de nous, séparément, est convaincu qu’il s’agit d’une correction philanthropique, amicale et méritée. Aussi ne battez que dans le privé. Cela est surtout recommandé aux maris contre qui pourraient être invoqués dans un moment de folie les sévices et injures graves. Donc pas de témoins importuns : la solitude d’un cabinet de toilette, ou mieux, de la chambre à coucher (il est inutile de casser une coûteuse garniture de toilette). Les caresses et les coups — ce sont les deux expressions d’un même sentiment — demandent le secret des portes closes.

Si vous n’habitez pas un hôtel privé mais un appartement, ne vous inquiétez pas des bruits qui pourraient filtrer à travers parquets et plafonds jusqu’aux voisins attentifs. Les gémissements, pamoisons, interjections, soupirs, appels aux dieux ou à madame sa mère, d’une femme battue ressemblent d’une façon surprenante, pour l’écouteur distant, à ceux d’une femme heureuse. Chose singulière et digne de remarque : ils produisent une identique harmonie… Ne craignez pas les insultes qui pourraient éclairer la religion du voisin ; une femme battue n’insulte pas ; elle ne prodigue les injures que pour avoir des coups. Si vous les lui donnez sans tarder, elle ne songera plus à proférer d’inutiles paroles, elle sera toute au bonheur de pleurer.

Évitez vous-même les apostrophes vaines. Que vaut le mot le plus énergique auprès d’un coup de poing bien asséné ?


Il faut battre les femmes maigres avec un bâton.

Pour les fausses maigres, le poing est recommandé.

Pour les grasses, le plat de la main suffit.

En somme, il s’agit de ne pas se faire mal à soi-même.

VI
DE LA BEAUTÉ

Henri, dans un salon, regarde une femme, avec plus de soin qu’un médecin n’examine un client, avec plus de sérieux qu’un avare ne compte son argent. — « Elle est grande, se dit-il, elle a la taille ronde et flexible, les épaules larges ; le dos plat, les jambes longues. » Il la regarde encore. N’essayez pas de lui parler : il n’entend plus. « Le cou, continue-t-il, est élevé, les yeux grands, le visage délicat et plein à la fois, le menton bien dessiné — comment aimer une femme au menton fuyant — Les lèvres sont fermes, les dents nettes et régulières. Il y a dans son regard quelque chose de grave, une spiritualité qui m’est chère. Ce n’est pas un animal que je veux aimer, mais un être tendre et passionné qui saura pleurer dans mes bras. »

Il s’approche ; il va lui parler, il tremble presque… Soudain il s’arrête. Qu’a-t-il vu ? — Hélas ! les ailes des narines sont un peu trop remontées !… Il recule, il n’aimera pas.


Qui expliquera jamais que nous fassions dépendre notre bonheur, et, parfois notre vie, de l’ovale plus ou moins parfait d’un visage, du grain de la peau, de l’éclat d’un regard ?


Un sourire, un regard, une inflexion de voix qui nous émeut, suffisent parfois à nous fixer.

Ailleurs les traits les plus réguliers, les plus beaux, nous laissent indifférents.


Il est dans la jeunesse un tel éclat de vie et de beauté qu’on peut à peine en supporter la vue.


C’est une curieuse déviation de l’instinct qui fait rechercher à certains hommes une beauté garçonnière chez les filles.


Il est un moment dans sa vie où une fille laide devient presque charmante. Elle a pour quelques heures un parfum léger qui attire. A cet instant, elle plaît, elle peut séduire. Qu’elle se hâte de mettre à profit la générosité de la nature, car, une fois le moment passé, elle revient à sa laideur première et définitive.


Il est une beauté des traits ; il en est une de l’expression ; il en est une enfin des gestes et des attitudes, c’est la grâce.

Laquelle de ces beautés nous touche le plus fortement ? S’il fallait choisir, je dirais la grâce d’abord. La beauté des traits ne révèle rien de l’âme. Elle peut s’allier à la vulgarité la plus basse. La grâce, au contraire, est comme la fleur même de la vie, et, au fond de nous, l’instinct nous souffle que c’est une œuvre de vie dont il s’agit.


Peut-être n’est-il de qualités que physiques ? Les yeux, par lesquels on croit lire jusqu’au fond de l’être, les yeux qui semblent enfermer les trésors du sentiment, dont le langage parle de l’âme à l’âme, les yeux, c’est du brun, du bleu, du noir, du vert et du blanc, cela et rien de plus. « Elle a des yeux admirables », ne veut rien dire, sinon : « Il y a du bleu, du blanc, et des points jaunes et bruns, mêlés de telle et telle manière. »


Lorsque nous examinons une femme et que nous nous bornons à constater ses beautés et ses défauts physiques, nous sommes sur un terrain où il n’y a place pour aucune duperie. La grandeur, la taille, la sveltesse, le grain de la peau, l’éclat du regard, le dessin de la bouche, voilà des choses susceptibles d’être exactement jugées. Ici on ne peut nous passer de faux jetons. Nous ne courrons pas les risques terribles que présente la bourse des valeurs sentimentales où nous croyons acheter, par exemple, une tendresse infinie (et payons en conséquence) pour nous apercevoir à livraison qu’on nous a vendu un petit sentiment médiocre et sans durée.

Un grand nombre d’hommes se refusent à spéculer sur les valeurs sentimentales, soit qu’elles n’aient aucun prix à leurs yeux, soit qu’ils tiennent à éviter les déceptions amères d’une mauvaise affaire.

C’est pour eux que nous entreprenons d’écrire ici une étude détaillée de l’anatomie de la femme.