JOSEPH

Nulle part on ne voit mieux le travail de la ruse féminine que dans l’interprétation traditionnelle de l’histoire de Joseph et de l’épouse de Putiphar, car ce sont les femmes éternellement occupées à défendre leurs positions et à les fortifier qui, en amour, créent l’opinion.

Cette histoire pouvait leur être fatale ; elles y faisaient piètre figure, s’y montraient sous un jour vraiment fâcheux. Une femme, laissant tomber le masque, perdant toute pudeur, s’offrant à un jeune homme et refusée par lui !… Comment se tirer de là ?

Elles y sont arrivées, n’en doutez pas. Elles ont jeté toute la lumière sur Joseph. La femme reste dans l’ombre ; on ne l’aperçoit pas ; on ne sait même comment elle s’appelle, on ne voit que l’homme. Et cet homme — c’est ici que la grandeur du génie féminin apparaît — est irrémédiablement ridicule ; il se montre dans une posture absurde ; on ne le cite que pour s’en moquer. Elles ont accablé ce pauvre Joseph de leurs sarcasmes. Il est indéfendable. Du même coup elles ont créé l’opinion, si avantageuse pour elles, que, sous peine d’être déshonoré, un homme, non seulement ne peut pas résister à la femme, mais encore doit l’attaquer. C’est devenu un devoir pour l’homme bien élevé, le premier devoir de la politesse masculine.

Ainsi ont-elles travaillé merveilleusement pour leur sexe et réussi, dans des conditions défavorables, un admirable coup de partie.