L’ÉPREUVE DE LA CHAIR

On aime une femme à en perdre le sommeil et l’appétit. Tant qu’on ne l’a pas possédée, on ne sait rien sur le bonheur ou la déception qu’elle vous apportera.

Vous l’adorez ; vous faites pour l’obtenir cent folies dommageables ; elle cède ; elle est à vous. Au sortir du lit, elle vous devient indifférente ; vous vous êtes trompé ; vous ne l’aimez plus.

Rien à l’avance ne peut vous renseigner.

Vos expériences antérieures sont sans utilité. A chaque fois vous vous trouvez devant l’inconnu. La science pourra faire mille progrès, elle établira que l’amour est ceci ou cela, qu’il y a au contact de certaines personnes dégagement d’électrons ou d’ions, ou de rayons n ; on mettra en formules algébriques les lois de l’attraction sensuelle…; les savants n’en seront pas plus avancés que les autres, car, sur ce point qui est le tout de l’amour, seule l’épreuve de la chair décide.

C’est pourquoi beaucoup de femmes hésitent. Elles savent que les serments, les promesses d’avant le lit, sont paroles vaines, que rien ne les assure du lendemain, qu’il faut se donner d’abord et, sans être sûres d’être remboursées, payer de leur personne. Le risque est immense.

Heureusement les femmes ont-elles plus de courage que nous.