LE CONVIVE
Tu voudrais être mon convive, jeune affamé qui manges des yeux le festin? Tu aspires la fumée des mets pleins d'odorantes promesses. La blancheur de la nappe te rend joyeux.
Vois les vins rouges et dorés qui frissonnent dans la pureté du cristal. Vois ces beaux fruits qui s'amoncellent en pyramides somptueuses, et ces fleurs qui croulent dans des vases.
L'ardeur de la faim luit dans tes yeux avec l'espoir du repas prochain. Quelle fête de regarder s'assouvir ton appétit fougueux! Je voudrais voir tes dents déchirer la joue froide des fruits mûrs, je voudrais voir tes jeunes lèvres se baigner dans la rougeur du vin.
Mais ne t'assieds pas à ma table, enfant au naïf désir: ici les mets n'ont aucune saveur.
Les vins sont figés dans leur prison claire: tu te briserais les dents sur la chair de marbre de ces fruits si beaux.
Va-t-en vers d'autres régals moins pompeux, va t'asseoir à une table plus hospitalière et tandis que tu apaiseras ta faim, tandis que l'ivresse réjouira ton front, déplore le triste festin sans convive, le repas solitaire dont nulle faim ne s'assouvira.