SUR L’ANANDRINE
Formé ανανδρύνομαι, devenir lâche, diminuer, composé de l’α privatif et de l’ν euphonique: efféminéité.
I.—«Sapho... peut être regardée comme la plus illustre des tribades.»
Cette célèbre, mais trop infortunée Sapho, qui vécut du temps de Stésichore et d’Alcée, environ 600 ans avant l’ère chrétienne, se distingua non seulement par ses habitudes lesbiennes de κλειτοριάζειν. (Voyez la Linguanmanie.) C’est cette erreur lascive qui justifie la résection du clitoris dans les pays méridionaux, où les femmes, par le prolongement quelquefois prodigieux de cette portion externe des nymphes, ont propagé cette nouvelle manière d’aimer de Sapho. (Voyez l’Akropodie, que Sénèque et saint Augustin lui reprochent avec tant de véhémence, mais encore par son beau talent poétique, qui la fit surnommer la dixième Muse. Elle inventa deux sortes de rythmes, le saphique et l’éolique, et dans la faible partie de ses œuvres que l’ignorance et la barbarie ont laissé parvenir jusqu’à nous, son âme respire tout entière dans les vers brûlants d’amour, qu’elle soupirait pour le volage Phaon.
L’ardeur, ou plutôt le feu de son tempérament, dit Virey, la fit accuser d’un vice... qui la rendit presque un homme: Mascula Sapho. Inspirée par l’amour et les dédains de Phaon, elle put transmettre à la postérité la peinture de ses ardeurs ou plutôt les transports de son érotomanie; elle les eût moins vivement représentés s’ils eussent été assouvis. Tout prouve donc que le génie ne s’allume que par la chaleur amoureuse, et celle-ci ne brille que dans les caractères virils, même chez les femmes de lettres les plus célèbres. (Virey, Effets de l’Amour sur l’esprit.)
Voici la traduction, par Boileau, d’une des odes que Sapho adressa à une Lesbienne, et qui fera juger de son beau génie:
Heureux qui, près de toi, pour toi seule soupire,
Qui jouit du plaisir de t’entendre parler,
Qui te voit quelquefois doucement lui sourire.
Les Dieux, dans son bonheur, pourraient-ils l’égaler?
Je sens de veine en veine une subtile flamme
Courir par tout mon corps sitôt que je te vois;
Et dans les doux transports où s’effare mon âme,
Je ne saurais trouver de langue ni de voix.
Un nuage confus se répand sur ma vue,
Je n’entends plus, je tombe en de douces langueurs;
Et pâle, sans haleine, interdite, éperdue,
Un frisson me saisit, je tombe, je me meurs!