SUR LE THALABA

Mot hébreu que l’on comprendra aisément quand on aura lu l’histoire des Jésuites, l’Onanisme de Tissot et la Nymphomanie de M. de Bienville.

I.—«Un des plus beaux monuments de la sagesse des anciens est leur gymnastique.»

L’homme par sa nature, destiné au travail, a souvent besoin de se reposer de ses fatigues. C’est dans ces intervalles de repos momentané qu’il aime à se livrer volontiers aux plaisirs du jeu qui récréent son esprit, en même temps qu’ils lui préparent de nouvelles forces pour reprendre ses travaux accoutumés. Mais si je parle de jeu, je n’entends nullement vanter ici ces dangereuses maisons qui engloutissent la santé, l’honneur et la fortune des gens crédules qui entretiennent avec elles de funestes rapports, que repousse la morale publique et qu’une politique bien entendue eût depuis longtemps supprimées, si, pour les maintenir, l’avidité du fisc n’usait de tout le pouvoir dont il est revêtu.

Je ne signale donc les dangers de cette vile passion qui dégrade l’homme en le portant à tous les excès, que pour relever davantage ces jeux et ces exercices si utiles que les anciens avaient rangés parmi leurs cérémonies religieuses, dans le but de développer les forces et l’agilité du corps, et de disposer la jeunesse par une santé robuste, toujours si influente sur ses actions, à devenir d’utiles citoyens.

Les théâtres consacrés à ces nobles gymnastiques (du grec γυμναστικὸς, lieu où les Grecs s’exerçaient à certains jeux; formé de γυμνος nu, parce qu’ils étaient nus ou presque nus pour s’y livrer plus librement), étaient des lieux spacieux, où les anciens s’assemblaient pour y disputer le prix de la lutte, du disque, du palet, de la course, du saut ou du pugilat.

Leurs jeux les plus célèbres étaient au nombre de quatre, qu’ils désignaient sous le nom de combat ἀγων, ainsi que le confirme ce vers d’Homère:

Τεσσαρές εἰσιν αγῶνες Ελλαδα

Les Olympiques se célébraient au bout de quatre ans révolus, en l’honneur de Jupiter, à Pise, non loin d’Olympie, ville d’Élide, dans le Péloponèse. Ils duraient cinq jours et commençaient par un sacrifice solennel.

Les Pythiques avaient lieu à Delphes, en l’honneur d’Apollon, pour perpétuer sa victoire sur le serpent Python.

Les Isthmiques, institués par Sisyphe, roi de Corinthe, en l’honneur de Neptune, se solennisaient tous les trois ans dans l’isthme de Corinthe, près du temple de ce dieu.

Et les cérémonies des Néméens se consacraient à la même époque à Argos, en mémoire d’Archemor, fils de Lycurgue, roi de Némie, qui mourut de la morsure d’un serpent.

Célébrés avec éclat et magnificence, sous les yeux des rois, des magistrats et d’une foule immense de spectateurs que le désir de la gloire y attirait de toutes parts, ces jeux enflammaient l’émulation en élevant l’âme aux grandes actions, et enfantaient des citoyens dévoués à la patrie.

Le vainqueur était couronné de branches de pin, de laurier, de feuilles d’olivier sauvage ou de roses, aux yeux de tous les assistants et au bruit de leurs acclamations. Honoré dans sa patrie pour le reste de ses jours, son nom et sa victoire étaient chantés par les plus grands poètes. On lui érigeait des statues, et on poussa même les éloges du vainqueur jusqu’à l’élever au rang des dieux.

C’est par ces nobles institutions que la Grèce remplit le monde de l’éclat de sa gloire et qu’elle parvint à transmettre son nom à l’immortalité.