I

Satni, prince royal, qui porte sur la tempe,

Bien que père déjà, la tresse des enfants[ [C],

Du grand temple de Phtah descend la large rampe.

Râ, l'éternel Soleil, dans les cieux triomphants,

Quittant, jeune et joyeux, le sein d'Isis sa mère,

Monte au fond des déserts aux sables étouffants.

Et l'antique Memphis, où rien n'est éphémère,

Plus haut que ses palais élève ses tombeaux,

Dont l'ombre inviolée enferme sa chimère.

Mais Satni-Khamoïs, aux traits calmes et beaux,

Soudain a vu passer sous les brillants portiques

Une femme aux yeux vifs ainsi que deux flambeaux.

Couverte de joyaux aux figures mystiques

Et de longs vêtements brodés d'un très grand prix,

Comme cortège elle a de nombreux domestiques.

Le prince, à son aspect, s'est arrêté, surpris:

Ses longs yeux sont si doux, sa bouche si hautaine,

Qu'un désir invincible entre en ce cœur épris.

Il est le fils du roi, la conquête est certaine.

Puis ce n'est, après tout, qu'un caprice léger.

Il suit la jeune femme en sa marche lointaine.

«Mon père à cette ville est, dit-elle, étranger.

C'est un homme puissant, grand-prêtre de Bubaste.

Je suis pure. A mon lit il ne faut point songer.»

Lui, qui vit dans l'orgueil, dans la pompe et le faste,

Et qui jamais encor n'éprouva de refus,

L'aime pour sa pudeur et sa fierté de caste.

Ce fils des Pharaons se trouble, tout confus.

Son front, qui sera ceint de la double couronne,

Rougit... Mais il proteste en longs propos diffus.

Elle, un éclair aux yeux, sourit et lui pardonne.

Ses lourds cheveux tressés tombent sur son col nu;

Ses anneaux, en marchant, font un bruit monotone.

Elle dit simplement et d'un air ingénu:

«Je m'appelle Taïa. Viens dans notre demeure.

Tu me respecteras, puisque c'est convenu.»

Lui, sent qu'il va la vaincre ou qu'il faut qu'il en meure.