II
Dans un léger canot construit en papyrus
Tous deux ont traversé le large bras du fleuve,
Sur la rive duquel s'ouvrent les bleus lotus.
Taïa songe à conduire habilement l'épreuve;
Sa lèvre rouge garde un pli mystérieux.
L'œil ardent de Satni de sa beauté s'abreuve.
Dans la riche maison il entre, curieux.
Les murs sont recouverts d'onyx et d'émeraude.
Il suit la chaste fille au doux front sérieux.
Elle va jusqu'en haut. L'atmosphère plus chaude
Se charge de parfums pénétrants et subtils.
Elle éloigne d'un geste une esclave qui rôde.
Ils sont seuls maintenant... Seuls! Et que disent-ils?
Satni n'ordonne point, il sanglote et supplie...
Elle, de son réseau tend et serre les fils.
Voici que s'ouvre enfin sa lèvre si jolie:
Que tu me donneras pour ma honte accomplie.»
Et le prince répond: «Oui, si tu m'appartiens,
Tu posséderas tout, mon or, mes fines pierres,
Mes perles, mes émaux, mes coursiers syriens.
—«Signe-le,» dit Taïa sans baisser les paupières.