III
La jeune fille a fait préparer un repas.
Satni voit ces lenteurs d'un œil triste et farouche;
Mais elle, rit toujours, et ne se livre pas.
«J'ai, dit-il, tout à l'heure apposé mon cartouche
Sur la donation que de moi tu voulais,
Viens, ne résiste plus, car j'ai soif de ta bouche.»
Elle reprit: «Là-bas, dans tes lointains palais,
Tu possèdes, je crois, des enfants légitimes;
Et les miens, si j'en ai, deviendront leurs valets.
—«Non, dit Satni, je puis combler tous les abîmes.
Je serai roi, Taïa, je serai maître un jour.
Tes fils ne naîtront point pour être des victimes.»
Alors Taïa lui fit jurer par son amour
Grondant au fond de lui comme un fauve qui râle,
Qu'il ferait de leurs fils des princes à sa cour.
Et Satni le jura, les yeux fous, le front pâle.