IV
Dans le riant boudoir ils sont tous deux assis.
Leurs sièges ont pour pieds des griffes de panthère,
Et dans leurs coupes d'or coulent des vins choisis.
Taïa contraint Satni haletant à se taire.
Lente, elle prend des fruits et prétend avoir faim;
Son grand œil sombre est plein d'un irritant mystère.
Un souple aspic d'argent orne son poignet fin.
Son pied foule un tapis qui vient de Babylone.
Ce repas, il faudra pourtant qu'il prenne fin!
Près de cet homme au sang jeune et vif qui bouillonne
Elle garde un visage impassible et très froid,
Comme un masque d'Hathor en haut d'une colonne.
Lui, qui souffre, pourtant l'aime ainsi, car il croit
Qu'elle ignore encor tout de l'ivresse insensée;
Et la force lui manque, et son désir s'accroît...
Alors Taïa sourit à sa propre pensée.