II
Au temps de Périclès que tu paraissais belle!
Ta force le cédait alors à ta douceur.
De pompeux cavaliers, en file solennelle,
Célébraient sur ta frise une fête éternelle,
Et chaque Athénienne était ta blanche sœur.
O Vierge! pour montrer ta face auguste et pure,
Pour mieux fixer les traits sous lesquels tu survis,
Tu créas Phidias... L'art passa la nature,
Et soudain tu parus, divine sous l'armure,
Toute d'ivoire et d'or au fond du saint parvis.
De ton sublime front, d'où la clarté ruisselle,
Sans cesse descendit dès lors la vérité.
De tes rayons brûlants quelque ardente parcelle
Chaque jour du génie alluma l'étincelle,
Et le monde ébloui vécut pour ta beauté.
Ton culte universel n'avait point de sceptique,
Tout mortel était prêtre à tes divins autels.
Euripide charmait les paysans d'Attique,
Et l'humble mendiant, assis sous ton portique,
Discutait de Platon les dogmes immortels.
Qu'il était donc aisé de suivre ta loi douce
Lorsque sur l'Acropole on pouvait t'approcher!
Mais le front de ton temple a roulé sur la mousse.
Toujours vers l'avenir notre destin nous pousse.
Où faut-il, où faut-il à présent te chercher?
Jamais nous n'atteindrons la grâce athénienne,
Minerve, car en nous survivent nos aïeux,
Durs guerriers, descendus de la Scythie ancienne,
Dont la fureur brisa cette ville, la tienne,
Où, fière, tu posais ton pied victorieux.
Que d'efforts il nous faut pour secouer une heure
Le lourd fardeau sanglant des siècles entassés!
L'abeille de l'Hymette en vain passe et m'effleure...
Pour moi, triste étranger, qui lutte, implore et pleure,
Ce doux frisson subtil, hélas! n'est point assez.