A LA MER

A M. Albert Thibaudet.

Femme et Sirène, ô mer, mystérieuse mer,

C’est de toi que je tiens le rêve et les poèmes.

Sous l’adieu solennel des crépuscules blêmes,

Je me suis imprégné de ton grand souffle amer !

C’est toi qui balançais dans le soir pourpre et vert

Le paquebot, à l’heure où dans les aquarelles

Que le couchant dessine à l’horizon désert,

Les nuages semblaient d’ardentes caravelles !

O mer, c’est sur tes bords que je voudrais dormir.

Pendant l’éternité, j’écouterais frémir

Tes chants comme les miens fidèles et sauvages.

Les vents feraient danser l’écume de clarté ;

Et tu me redirais la chanson des voyages,

Pour consoler mon cœur de l’immobilité !