LA COMPLAINTE DES SOUVENIRS
I
Ah ! vos parfums sur la pelouse
O violettes de Toulouse !
II
Au cœur des fraîches Pyrénées
J’ai connu des jours souriants.
Chers beaux jours des mortes années,
Espagne, peupliers tremblants !
Se cache-t-elle encor la caille
Dans le blé noir et le sainfoin ?
L’étable a-t-elle assez de paille
Pour le troupeau qui vient de loin ?
III
Londres, cité la plus splendide,
Je vins à vous par un soir blond
Je n’étais que la chrysalide,
Vite je devins papillon.
IV
Petit cottage anglais aux roses,
Que j’aimais tes heures moroses
Bexil chantait près de la mer
Un nostalgique petit air.
V
Europe, Europe, Europe exquise !
Vieille terre de mes parents,
Dans la brise de mer qui grise
Que de beaux effluves errants !
VI
Un doux air me vient en mémoire :
« Sous le grand chapeau green-away »
Il est mort l’espoir de la gloire
And the blue bird has gone away.
VII
Le temps passe et la neige lasse.
J’ai trop peur de mes souvenirs.
Oublions, pour mieux voir en face
Les jours nouveaux qui vont venir.
VIII
Emporte-moi, vieux train sonore,
A travers prés et champs.
Je verrai Paris à l’aurore !
Espoir chante tes chants !
IX
Rouges lueurs au ciel gris-bleu…
Paris ! le sang vibre à mes tempes !
Paris ! les papillons du feu
Palpitent dans les lampes !
X
Quand soudain du vapeur retentit la sirène,
O France, je te vis surgir des grandes eaux ;
Bien que l’hiver eût pris tes fleurs et tes oiseaux
Ton beau ciel n’eut jamais de douceur plus sereine.