LES COULEURS DE LA MER

Suivant l’heure de la journée,

La mer a changé de couleur ;

Parfois plus rose qu’une fleur,

Parfois de teinte surannée.

Reflétant l’enfance du jour,

A l’aurore elle est verte et claire,

Comme eau d’une source légère,

Dorée et verte tour à tour.

Elle est tachée en mille places

De grandes taches jaune-marron,

Quand elle ourle le goémon

Venu de la mer des Sargasses.

La brise soulevant ses eaux

Blanchit le courant qui voyage ;

Et sur elle à l’infini nage

Une écume de blancs oiseaux.

Plus tard elle s’orne de moires

Couleur de plumes de paons bleus,

Elle étale des lacs ombreux

Et des déserts brûlés de gloires.

Sous le grain vif, l’air est de miel,

Les gouttes au soleil sont blondes ;

La mer revêt quelques secondes

Sa robe couleur d’arc-en-ciel.

Des marsouins noirs, comme en débauche,

Dansent autour du steamer gris ;

Et le poisson volant surpris

Comme un caillou d’argent ricoche.

Puis le soir sème çà et là

De grenats sa robe de gaze,

Et de la lune la topaze

Dore sa robe de gala.

Ceux que le roulis bouleverse

Sur le pont marchent de travers,

Et moi je compose des vers

Au beau chant de la mer diverse.

Car j’écris ce poème clair

Loin de la ville et de la foule,

A bord d’un grand vapeur qui roule

Sur l’Atlantique découvert.

Derrière sont les grandes villes,

Londres, Paris aux yeux de feu ;

Devant nous, c’est le chemin bleu

De la mer et les vertes îles.