LES ILES

A Marius-Ary Leblond.

Océan, garde-nous les Iles.

Fernand Thaly.

Qui dira le charme des îles,

Oasis que borde d’azur

Le désert des ondes mobiles ?

Qui chantera leur soleil pur ?

Berceau de légendes splendides

Depuis le temps d’Aphrodite,

Ne sont-elles ces Atlantides

Les paradis de la beauté ?

C’est dans un îlot qu’Ariane

Fut abandonnée aux tourments.

En Sicile, au chant du platane,

Théocrite eut des jeux charmants.

Chio te vit grandir, Homère !

Rhodes charma les Chevaliers ;

Et Cœur-de-Lion, âme fière,

Aima Chypre aux pourpres halliers,

Sur les mers de la solitude

C’est par l’une des Bahamas

Que Colomb commença l’étude

Des merveilleux panoramas.

C’est aux Mascareignes, dans l’île

Des filaos plantés en rangs

Que naquit Leconte de Lisle,

Poète grand parmi les grands.

Les plus beaux yeux de l’Odyssée

D’une île ont admiré la mer,

Et Nausicaa fut bercée

Par le lyrisme du flot clair.

Iles du Sud hospitalières

Aux Bougainville, aux Carteret ;

Elles gazouillent, vos lisières ;

Mais pas d’oiseaux dans la forêt !

Et c’est vous, charmantes Antilles,

Les plus admirables joyaux

Des îles riches en coquilles

Sous l’or des tropiques royaux.

Terres d’amour, chères aux rêves

Et propices aux Robinsons,

Les vents alizés de vos grèves

M’ont donné de belles leçons !…

Vous parfumez vos claires rades

Du souffle des matins rosés

Et dans vos golfes les dorades

Dansent sous les flots irisés.

C’est à vos cieux que je dérobe

Le murmure des filaos,

Lorsque la mer change de robe

A l’aurore, au parfum des flots.

Je vois rentrer le paille-en-queue

Pareil à mon blanc rêve pur,

Lorsque blonde en sa prison bleue

La lune contemple l’azur.

Ile ardente du Pacifique

Stevenson ne t’aime pas mieux

Que je n’aime ma Dominique,

Ma belle île aux oiseaux heureux.

Douce Antille aux bois admirables,

Sera-ce sous ton azur clair,

Que j’entendrai, du fond des sables,

Les grandes lyres de la mer ?