O TOI
A Renée M.
O toi que j’eusse aimée, ô toi qui le savais !
Baudelaire.
Je ne sais rien de toi, mais je te vis de près
Par une folle nuit et j’aimai ton teint frais,
Ton jeune corps, tes yeux, ton sourire, tes lèvres,
Depuis, je suis brûlé de nostalgiques fièvres.
Je te cherche partout et ne te trouve pas.
Parfois, je me retourne en entendant des pas,
Mais ce sont d’autres yeux qui passent dans la rue.
Je te cherche sans fin dans l’ardente cohue
Des sombres boulevards où je te rencontrai,
Par ce beau soir plus tendre encor qu’un soir de mai.
Je ne sais rien de toi, j’ignore la province
Qui te fit le front droit et la lèvre si mince,
Mais dans mon cœur pour toi brûle un limpide feu.
Les autres yeux n’ont pas ton triste regard bleu.
Chaque soir, je reviens toujours à la même heure.
Ah ! te trouver et te mener dans ma demeure.
Mais, c’est en vain, hélas, que je fais le chemin,
Où je te rencontrais, ma Rose, mon Jasmin.
Ah, qui sait, il se peut qu’ayant quitté la ville,
Tu sois dans la douceur d’un village tranquille ;
Il se peut bien aussi que vous soyez, beaux yeux,
A bord d’un noir steamer parti vers d’autres cieux.
En songeant à cela, mon rêve se désole.
Reverrai-je jamais tes yeux, petite idole ?