SOUVENIRS ET REGRETS
I
BOIS DE BOULOGNE
Madame, il ne faut pas écraser les manants
Qui traversent pour voir vos yeux impertinents,
Car vous risqueriez fort, par une après dinée,
De tuer le plus grand amour de cette année.
De Porto-Riche.
Je redisais ces vers charmants quand vous passiez
Jadis, au Bois, au trot de vos jeunes coursiers.
Hélas ! j’ai dû rester bien longtemps dans mon île,
Hélène à présent vieille en votre automobile !
II
QUARTIER LATIN
Où sont les gracieux galants
Que nous suivons au temps jadis.
François Villon.
De-ci, de-là, dans le quartier,
Je rencontre un visage
Que portait un beau corps altier
Quand j’avais mon jeune âge.
Quoi, c’est donc vous, frais céladon,
Adorable Marie ;
Ce gras, cet énorme bedon,
Cette dame flétrie ?
Déjà le « gracieux galant »
Est devenu notaire
Et Rose au front étincelant
Est morte à Saint-Nazaire.
III
AUTEUIL
But where is bounty guy ?
Walter Scott.
Rien n’a changé, verte pelouse,
Pas même le starter,
Quant aux jockeys, j’en revois douze ;
Mais où donc est Carter ?
Où donc est-il, ô « La Valeuse »,
Celui qui te montait
Au mois où La Morlais heureuse
Voit poindre le muguet ?
Alec Carter est mort en guerre
Ainsi qu’un preux de roi :
Au ciel il porte la bannière
Sur un grand palefroi.
IV
BAR DE LA PAIX
A Henri Martineau.
Comment entrer dans ce bar triste
Sans songer à Toulet ?
C’est là que fut bel ironiste
Ce poète complet.
La nuit est couleur de poussière
Dites-nous donc, garçon,
Ne pourrait-on avoir un verre
De vin de Jurançon ?
ENVOI
Aux Aliscamps, Muses fidèles,
Qu’ils sont purs vos sanglots !
Maurice ! sous tes filaos
Pleurent les tourterelles !