NOTES

SUR LE VINGTIÈME CHANT

[1] Allusion aux processions et aux litanies des Rogations.

[2] Un des sept rois qui allèrent au siége de Thèbes: il était devin, et avait prédit qu'il y mourrait. Il fut englouti avec son char devant les murs de Thèbes. Tout ceci est pris de la Thébaïde: Illum ingens haurit specus, etc.

[3] Tirésias est fort connu. On sait qu'il avait joui tour à tour des deux sexes. Voyez les Métamorphoses d'Ovide, liv. III. Il était de Thèbes, et c'est de lui que naquit la fée Manto.

[4] Arons était encore un devin, et Lucain en parle dans sa Pharsale: Arons incoluit desertae moenia lunæ, fulminis edoctus motus, etc.

[5] Carrare, ville d'Italie dont le marbre est fort connu.

[6] On peut voir dans Virgile même ce qu'il dit de l'origine de Mantoue et de la fée Manto (Énéide, liv. X, vers 200 et suivants). Nous ajouterons seulement que ce fut pour échapper à la tyrannie de Créon que Manto s'enfuit de Thèbes, et vint en Italie.

[7] Ces trois diocèses ont effectivement leurs limites au centre du lac, dans la petite île Saint-Georges, qui dépend des trois évêchés.

[8] Ceci prouve qu'en effet on consultait le sort lorsqu'il s'agissait de donner un nom à une ville.

[9] Le comte Albert Casalodi s'était rendu maître de Mantoue; mais Pinamont Bonacossi, s'apercevant que le peuple n'aimait pas les nobles, conseilla à Albert de les chasser de la ville. Le comte suivit ce conseil, et se priva de ses défenseurs naturels. Alors Pinamont, aidé de la faveur du peuple, chassa les Casalodi, et s'empara de la ville, qui avait ainsi perdu un grand nombre de familles. Au reste, cette longue histoire de Mantoue ne valait pas les compliments que Dante fait ici à son guide.

[10] Voici les vers où Virgile parle de cet Euripyle; Suspensi, Euripylum scitatum oracula Phoebi, mittimus. C'est ici que Dante appelle l'Énéide, alta tragoedia, comme on l'a dit au discours préliminaire.

[11] Michel Scot florissait dans l'astrologie sous Frédéric II. Il prédit que cet empereur mourrait à Florence; et il se trouva que cet empereur mourut dans une terre de la Pouille, nommée petite Florence. Il prédit de lui-même qu'il périrait d'un coup de pierre de telle grosseur et de tel poids; et un jour qu'il entendait la messe, une petite pierre se détacha de la voûte, et tomba sur sa tête. Le coup était léger; mais la pierre ayant le poids fatal, l'astrologue alla se mettre au lit, et mourut pour l'honneur de l'art et pour sa propre réputation.

[12] Astrologue né à Forli, s'était attaché au comte Guidon, qui ne marchait jamais contre l'ennemi, et ne donnait aucune bataille qu'il ne l'eût consulté. Il nous reste quelques ouvrages de Scot et de Bonatti, qui sont devenus très-rares.

[13] Asdent était un cordonnier de Parme. Quoiqu'il fût sans lettres, il se mit à prédire l'avenir, et annonça la défaite de Frédéric sous les murs de cette ville.

[14] Séville est à l'horizon occidental de l'Europe: la lune venait donc de se coucher; il y a donc une nuit de passée, et quelques moments de plus, puisque Virgile dit à Dante: «Hier au soir, la lune dans son plein se levait quand vous êtes sorti de la forêt pour me suivre aux Enfers.» Observons que, dans le texte, le poëte désigne la lune par Caïn et son fagot d'épines, suivant en cela le conte populaire sur les apparences que forment les taches de cet astre.

On sera peut-être étonné que j'aie traduit: Qui vive la pietà quando è ben morta, par on est sans pitié pour des maux sans mesure; et le natiche bagnava per lo fesso, par des larmes qui n'arrosent plus leurs poitrines: quelques autres passages causeront la même surprise, et on criera à l'inexactitude.

J'avoue donc que toutes les fois que le mot à mot n'offrait qu'une sottise ou une image dégoûtante, j'ai pris le parti de dissimuler; mais c'était pour me coller plus étroitement à Dante, même quand je m'écartais de son texte: la lettre tue, et l'esprit vivifie. Tantôt je n'ai rendu que l'intention du poëte, et laissé là son expression: tantôt j'ai généralisé le mot, et tantôt j'en ai restreint le sens; ne pouvant offrir une image en face, je l'ai montrée par son profil ou son revers: enfin il n'est point d'artifice dont je ne me sois avisé dans cette traduction, que je regarde comme une forte étude faite d'après un grand poëte. C'est ainsi que les jeunes peintres font leurs cartons d'après les maîtres.

L'art de traduire, qui ne mène pas à la gloire, peut conduire un commençant à une souplesse et à une sûreté de dessin que n'aura peut-être jamais celui qui peint toujours de fantaisie, et qui ne connaît pas combien il est difficile de marcher fidèlement et avec grâce sur les pas d'un autre. Plus même un poëte est parfait, plus il exige cette réunion d'aisance et de fidélité dans son traducteur. Virgile et Racine ayant donné, je ne dis pas aux langues française et romaine, mais au langage humain, les plus belles formes connues, il faudrait se jeter dans tous les moules qu'ils présentent et les serrer de très-près en les traduisant, vestigia semper adorans. Mais Dante, à cause de ses défauts, exigeait plus de goût que d'exactitude; il fallait avec lui s'élever jusqu'à une sorte de création: ce qui forçait le traducteur à un peu de rivalité.