ILLISIBLE, INLISIBLE.

Locut. vic. Ce manuscrit est inlisible.
Un auteur de romans illisibles.
Locut. corr. Ce manuscrit est illisible.
Un auteur de romans inlisibles.

Ce qui n’est pas lisible peut être illisible ou inlisible. S’il est question de caractères d’écriture qu’on ne puisse pas déchiffrer, on doit dire: cette lettre est illisible; mais s’il s’agit d’un ouvrage dont on ne peut supporter la lecture à cause des défauts qu’on y remarque, on dira: ce livre est inlisible. Tel est, sur ce point, le sentiment de nos meilleurs grammairiens, au nombre desquels nous citerons M. Ch. Nodier. Cependant Laveaux (Dict. des diff.), rapporte les deux exemples suivans, où chacun de ces adjectifs est employé dans une signification toute contraire à celle que nous venons d’établir. «Sa main ne forma que des caractères inlisibles. (Volt. Histoire de Russie). Pourquoi ces hommes n’ont-ils fait que d’illisibles ouvrages? (Laharpe, Cours de litt.).» Cette double autorité embarrasse quelque peu la solution de la question; mais sans examiner si l’on ne pourrait pas y voir aussi une double distraction, reconnaissons la nécessité d’établir une différence de valeur entre les deux mots illisible et inlisible, et tenons-nous-en à celle que nos grammairiens ont établie, savoir: qu’illisible s’applique exclusivement à l’écriture, et inlisible au style. Illisible étant d’une formation régulière et parfaitement en analogie avec nos privatifs illégal, illicite, illégitime, illettré, etc., doit être préféré dans la signification directe d’impossible à lire; inlisible, au contraire, de formation bâtarde et détournée, convient mieux dans la signification d’ennuyeux à lire, qui n’a pu être donnée que par extension au privatif de l’adjectif lisible.