MARÉE EN CARÊME, MARS EN CARÊME.
| Locut. vic. | Il vient tous les ans dans ce mois-ci: il est comme marée en carême. | |
| Vous arrivez à propos, comme mars en carême. | ||
| Locut. corr. | Il vient tous les ans dans ce mois-ci: il est comme mars en carême. | |
| Vous arrivez à propos, comme marée en carême. | ||
Il est aisé de voir que, dans la première phrase, marée ne signifie rien, car la marée peut ne pas toujours arriver en carême, tandis que mars ne manque jamais à cette époque. Aussi faut-il mars dans cette phrase. Dans la seconde, mars n’est pas mieux placé, car il importe certainement fort peu au carême que mars se trouve compris dans la quarantaine; c’est la marée qui seule est d’une grande importance pour ce temps de nourriture maigre. Mettez donc marée dans le second cas.
Comment se fait-il que presque tous nos grammairiens confondent ces deux expressions, et regardent la seconde comme une corruption de la première? N’y a-t-il pas deux idées bien distinctes exprimées par ces deux locutions proverbiales, l’une de périodicité, l’autre d’à-propos, et n’a-t-on pas lieu de s’étonner de la distraction des modernes lexicographes, qui, en cette qualité, devaient compulser avec la plus grande attention les ouvrages de leurs devanciers, et qui n’ont pas su voir, nous ne dirons pas apprécier, la judicieuse distinction établie déjà entre ces deux expressions par l’Académie, Féraud, etc.?
«On dit proverbialement d’une chose qui arrive à propos, qu’elle arrive comme marée en carême.»
«On dit proverbialement d’une chose qui ne manque jamais d’arriver en certain temps, cela vient comme mars en carême.» (Académie, Féraud, etc.)
Rien est-il en effet plus agréable, plus à propos enfin pour des gens qui observent rigoureusement le carême qu’un envoi de marée bien fraîche? Rien est-il encore plus susceptible d’un retour certain que le mois de mars dans le carême, puisque ce temps de pénitence le comprend toujours en totalité ou en partie?
M. Raymond, qui a fait l’article Carême comme l’a fait l’Académie, passe sous silence, au mot marée, l’expression marée en carême, et traite plus loin mars en carême de corruption de marée en carême. Voilà deux fautes graves. A quoi sert-il de venir après le Dict. de l’Académie si, au lieu de profiter de ses erreurs, on fait plus mal que lui?
«Il y a une considération qui me refroidirait, dit M. Jacquemont (Correspondance, t. I) c’est le sort incertain de mes lettres, et la crainte de voir celles-là se perdre comme les autres, ou n’arriver que comme mars en carême.» M. Jacquemont s’est étrangement mépris sur la valeur de cette expression proverbiale. Il en a retourné le sens, et au lieu de lui attribuer une signification d’à-propos, c’est une signification toute contraire qu’il lui donne.